BOCCACE — BOCCHERINI
rentins, fut chargée d'examiner l'ouvrage et de lui faire subir les corrections nécessaires. Le maître du sacré palais et le confesseur du pape devaient présider aux débats, et soutenir les intérêts du clergé. On envoya à Rome un bel exemplaire de l'édition d’Alde Manuce , sur lequel devaient être indiqués les passages à retrancher ou à changer. Pendant quatre années et plus on batailla sur ce sujet. Les commissaires florentins défendirent pied à pied les passages de leur grand écrivain, comme s’il se fût agi des limites de leur territoire, La correspondance qui eut lieu à cette occasion, et qui est conservée à la bibliothèque Laurentienne, est un des monuments les plus curieux de l’époque. Elle montre avec quelle passion, avec quel esprit de nationalité, le petit peuple de Florence combattait alors pour sa gloire littéraire, Le livre fut enfin imprimé sept années après, en 1573 : c’est l'édition dite des Députés; elle ne contenta pas encore la nation toscane, qui demanda à grands cris une nouvelle révision, que le pape Sixte V lui accorda en 1582, mais qui ne la salisfit pas davantage. Heureusement les nombreuses éditions imprimées depuis lors librement, et sans retranchements aucuns, en Hollande, en Angleterre eten France, l'ont dispensée pour toujours de solliciter du bon plaisir papal la faveur insigne de lire son divin prosateur dans une édition un peu moins revue, corrigée et surtout diminuée que les précédentes. EF, Dur.
BOCCAGE (Mani£-Anxe LEPAGE, M°* FIQUET DU), femme poëte dont les œuvres sont bien oubliées aujourd’hui, était née à Rouen, le 22 octobre 1710, et mourut à Paris, le 8 août 1802, âgée de près de quatre-vingt-douze ans.
Élevée à Paris, au couvent de l’Assomption, la jeune Lepage avait montré des dispositions précoces pour la poésie. Toutefois, ce fut seulement plusieurs années après son retour dans sa ville natale qu’elle hasarda un premier essai. Son début fut un poëme sur Les Sciences et Les Lettres, que couronna l’Académie de Rouen. La mort de son mari, receveur des tailles à Dieppe , la laissa, jeune encore, en possession d’une assez belle fortune, et libre de se livrer entièrement à son goût pour la littérature. Encouragée par sa première réussite, la muse neustrienne entreprit des travaux qui avaient plus d'importance et d’étendue : elle traduisit en vers le poëme de Gessner, {a Mort d’Abel, etne craignit pas d’aborder une composition d’une fout autre portée, le Paradis Perdu de Milton. Mais elle rapetissa à sa taille cette haute conception, et n’en donna qu’une imitation abrégée en six chants. Assez fidèle à la grâce de l'original dans la peinture des amours de nos premiers parents, comme elle avait assez bien rendu dans l’autre traduction celle des mœurs pastorales despremiers temps, son pinceau reproduisit bien faiblement tous les détails empreints de force et d'énergie, et surtout cette grande figure de Satan, admirable création du génie, dont plus d’un ouvrage de Byron n’est que le commentaire. Le poëme de madame du Boccage n’en fut pas moins accueïlli avec une faveur marquée, et cette miniature considérée comme un tableau. Belle, riche, affable et bonne, comment n’auraitelle pas exercé sur ses juges une puissante séduction?
La scène, cependant, lui fut quelque temps après moins favorable : sa tragédie des Amazones, représentée en 1749, fut accueillie avec froideur. Le sujet était ingénieusement € hoisi pour être traité par une femme; mais l’action et le style manquaient de cette énergie virile, de cette vigueur cornélienne, de ces qualités enfin qu’exige la tragédie. Le :èle de ses amis poussa pourtant l'ouvrage jusqu’à onze représentations, et cet échec, déguisé sous le nom de succès d'estime, ne l’empêcha point d'entreprendre plus tard une ü uyre d’une plus grande importance, un poëme épique.
Certes, il n’en était guère qui pût offïir un champ plus \aste au génie que la découverte de l’Amérique restituée à on véritable auteur, sous le titre de Za Colombiade. Mais le génie ne fut pour rien dans le plan et l'exécution
de cet ouvrage. Sorti de la plume d'une femme, on le préna comme une œuvre extraordinaire. La critique eût été répu-
tée malveillance ou jalousie si elle eût osé prétendre que le sexe ne faisait rien à l'affaire. Fontenelle appelait l’auteur sa fille; La Condamine quittait un travail scientifique
pour lui adresser un madrigal; Voltaire, en la recevant à Ferney , la couronnait de lauriers ; des admirateurs enthousiastes plaçaient au-dessous de son portrait ces mots flatteurs : Forma Venus, arte Minerva, que Guichard traduisait dans ces deux vers :
Ce portrait te séduit, il te charme, il abuse : Tu crois voir une Grâce, et tu vois une Muse,
mais ce fut un bien autre concert d’éloges quand elle visita l'Italie : un volume entier put à peine contenir tous les sonnets et les vers qui furent récités à sa gloire lors de sa réception solennelle à l’Académie des Arcades de Rome. Bologne et Padoue la nommèrent également à leurs académies; Lyon et Rouen leur en avaient donné l'exemple; et, sans la loi salique littéraire, qui exclut les femmes des trônes académiques fondés par Richelieu, nul doute qu’elle n’eût siégé aussi sur un de ceux-là, Dans la froide Hollande, dans la dédaigneuse Angleterre, où elle voyagea ensuite , la Sapho française recueillit également des hommages poétiques, trop complaisamment reproduits dans ses Lettres sur les trois pays qu’elle avait parcourus; mais cet enthousiasme, qui n’avait aucune base solide, ne tarda pas à décroître , et finit par s’éteindre. La plupart de ses œuvres ont pourtant été traduites en anglais, en espagnol, en allemand et en italien. Ourny.
BOCCA-TIGRIS, en chinois Humen, ou Fumen dans le dialecte de Canton, c’est-à-dire la Bouche ou la Porte du Tigre, nom donné par les Chinois à une partie de l’embouchure du Tschukiang ou fleuve des Perles, sur les bords duquel est bâtie la ville de Canton ou Kuangtor., La Bocca-Tigris, dont les nombreuses îles sont couvertes de fortifications, forme, dans l'opinion des Chinois, un point important de séparation des eaux. Au nord , sont les eaux intérieures; au sud, les eaux extérieures, qui sont censées appartenir à la mer méridionale. Le rivage est hérissé de falaises nues, et bordé d'îles élevées , peu fertiles, qui n’offrent pas un coup d’œil agréable aux navigateurs qui arrivent du sud-ouest dans l'empire du milien.
BOCCHERINI (Luicr), né à Lucques, le 14 janvier 1740, reçut les premières leçons de musique et de violoncelle de l’abbé Vannucei , alors maître de musique de l’archevêché. Dès son enfance, il montra les plus heureuses dispositions. Son père, contrebassiste, les cultiva et l’envoya à Rome suivre le cours de ses études. Il y acquit bientôt une grande réputation ; la fécondité de son génie, l’originalité de ses productions, le firent également remarquer. Peu d'années après il revint à Lucques, et voulut donner un témoignage éclatant de sa reconnaissance à Vannucci, son maître , et au séminaire, où tant de moyens d'instruction lui avaient été offerts, bien qu’il n’eût point embrassé l’état ecclésiastique. Il y fit entendre ses plus belles compositions. Filippino Manfredi, élève de Nardini, compatriote de Boccherini, était à Lucques en ce moment; ils jouèrent ensemble les sonates de violon et de violoncelle qui forment l'œuvre VIL, et l'auditoire fut émerveillé de la beauté de l'ouvrage et de la perfection des exécutants. Ces deux maitres se lièrent de l'amitié la plus tendre , et quittèrent l’Italie pour se rendre en Espagne, où le roi se plaisait à réunir les premiers talents. Devancés par la renommée, ils furent accueillis avec distinction. Leur caractère n'était pas le même : Manfredi était venu à Madrid dans l'unique intention de s’enrichir , tandis que Boccherini , plus occupé de sa gloire, consentait à se faire entendre des grands qui le sollicitaient. Boccherini resta en Espayne . admis chez le roi, il s’en fit aimer, Bientôt après, il fut attaché à l’Acadé-
BOCCHERINT — BOCKSAI
mie royale de ce prince, et comblé d’honneurs et de pré- | entre les mains de Sylla (an 106 av. J-C.). Rome se monsents. La seule obligation qu'on lui imposa fut de donner | tra reconnaissante envers Bocchus de lui avoir livré le plus
chaque année neuf morceaux desa composition à l’académie. Boccherini accepta les conditions du traité, et les remplit avec exactitude. IL est mort à Madrid, en 1806.
Les compositions qu'il a fait graver forment cinquantehuit œuvres : symphonies, sextuors, quintettes , trios, duos, sonates, pour le violon, le violoncelle, le piano avec accompagnement de violon. Il existe des quintettes de Boccheriniet des morceaux de musique vocale entre les mains de quelques amateurs. Son Stabat Mater est le seul œuvre de musique sacrée qu'il ait publié. Comme Durante, il n’a point travaillé pour le théâtre. Boccherini s’arrêta à Paris, en 1768, lorsqu’ise rendait en Espagne, et y reçut l’accueil que méritaient sa personne et ses talents. On l’entendit souvent aux concerts que donnait le fermier général La Poplinière, à Passy. Il y faisait les délices de la société brillante qui s’y réunissait.
Boccherini a précédé H a ydn. Le premier il a fait des quatuors ; Haydn, Mozart, Beethoven, ont donné des formes plus grandes à ce genre de composition, ils ont suivi.une autre route ; mais Boccherini brille encore auprès de ces nobles rivaux. Sa musique est naïve, mélodieuse, simple dans ses modulations, d’un caractère suave et religieux.
CasriL-BLAZE.
BOCCHETTA (La), célèbre et étroit défilé des Apennins, conduisant de la Lombardie vers Gênes, et protégé par trois redoutes, C’est la limite de l’Apennin septentrional, dont la cime atteint là une élévation de 800 mètres. Par sa situation, qui commande la route de Novi à Gènes, ce passage, que les Français nomment Co! de la Boquette, est la clef de la ville de Gênes du côté du nord-est, et en même temps celle du Milanais du côté du sud-ouest. Aussi, pendant la guerre de la succession d’Autriche, en 1746 et 1747, de même qu’en 1796, dans les grandes guerres de la révolution, la possession en fut-elle vivement disputée. La route qui conduit par ce défilé de Gênes à Alexandrie est presque abandonnée. La vue dont on jouit du haut de la Bocchetta sur la Méditerranée est une des plus belles de l'Italie.
BOCCHORIS ou BOCCHYRIS, roi et législateur d’Égypte, monta sur le trône l’an 781 avant J.-C., ct régna quarante-quatre ans. Selon Diodorede Sicile, ilimita Salomon par son incorruptibilité, qui donna même lieu au proverbe : C’est le jugement de Bocchoris (Bocchyridis judicium), dont on se servait quand on voulait indiquer un jugement intègre. On conservait encore du temps de Diodore de Sicile plusieurs de ses décisions et de ses jugements. Il régla les droits et les devoirs du souverain et tout ce qui regardait la forme des contrats. On lui attribue plusieurs lois sages, une entre autres qui portait que « lorsqu'il n’y aurait point de titres par écrit, le défendeur serait cru sur son serment ». Ayant voulu réformer les mœurs de son peuple, comme il avait réformé ses lois, il fut victime de son zèle : les Égyptiens appelèrent Sabacus, roi d'Éthiopie, qui lui livra bataille, mit ses troupes en fuite, se saisit de sa personne, le fit brûler vif, ets'empara de son royaume. On croit que Bocchoris est le même que le Pharaon qui permit aux Israélites de quitter l'Égypte; car tout ce que Trogue- Pompée, Tacite, Diodore et Eutrope nous apprennent de Bocchoris s'accorde avec ce que la Bible dit de ce Pharaon.
BOCCHUS, roi de Mauritanie, vivait dans la dernière moitié du deuxième siècle avant J.-C. 11 donna sa filleen mariage à Jugurtha, et consentit à faire la guerre aux Romains de concert avec ce prince, qui lui avait promis le tiers de la Numidie, à condition de contribuer à leur expulsion du territoire africain. Deux fois vaincu par Marius, Bocchus finit par prêter l'oreille aux propositions de transaction que le général romain chargea son questeur Sy] 1a de lui faire; et feignant de vouloir livrer ce dernier à Jugurtha, ce fut son beau-père Jugurtha lui-même qu'il fit tomber
joués avec succès.
implacable de ses ennemis ; et elle paya sa trahison avec ce même territoire des Numides que Jugurtha avait promis à son beau-père pour prix des secours qu'il sollicitait de lui dans sa lutte contre le peuple-roi. |
BOCCONE, genre de la famille des papavéracées, ne renfermant que deux espèces, qui, originaires du Pérou, sont cultivées avec succès dans nos jardins. Par ses caractères botaniques, le genre boccone se rapproche beaucoup du genre chélidoine. Son nom lui vient de Paul Bocconi, botaniste sicilien.
BOCHART (Sauvez), né à Rouen, en 1599, célèbre pasteur de l’Église réformée, était fils d’un ministre de ce culte et de la sœur de Pierre Dumoulin, si connu parmi les pasteurs de la même communion. Bochart alla achever à Leyde ses études théologiques, commencées à Sedan et à Saumur , et il fut nommé, à son retour en France, en 1698, pasteur de l’Église réformée de Caen. C’est vers cette époque qu'il eut avec le jésuite Véron ces célèbres conférences auxquelles assista le duc de Longueville, et dans lesquelles les deux docteurs luttèrent d'adresse et de dialectique poux faire prévaloir l'excellence de leurs dogmes respectifs. La grande réputation qu'y acquit Bochart attira sur lui l'attention de Christine, reine de Suède, qui, par une lettre autographe, l’engagea à se rendre auprès d’elle à Stockholm. L'éloquent défenseur de la foi protestante entreprit ce lointain voyage ; mais son absence fut de courte durée, et il revint bientôt à Caen reprendre ses fonctions. 11 y mourut subitement, en disputant dans l’académie contre Huet, en 1667, laissant à juste titre la réputation d'un des plus grands érudits et d’un des plus beaux esprits du siècle, Profondément versé dans la connaissance des langues orientales, l’hébreu, le syriaque, le chaldéen et larabe, il s'était dans les dernières années de sa vie occupé de l’éthiopien, et prétendait que toutes ces langues avaient toutes pour origine la langue phénicienne. Bochart a laissé de nombreux ouvrages. On estime surtout sa Géographie sacrée, écrite en latin, et son Histoire naturelle des Animaux dont il est fait mention dans la Bible (Londres, 1663, in-folio), Une édition complète de ses œuvres a paru à Leyde, en 3 vol. in-folio (1712).
BOCHNIA, chef-lieu d'un cercle, en Galicie; c'est une sale ville de 6,250 habitants, presque entièrement construite en bois, entourée de montagnes, où l’on exploite, depuis le treizième siècle, d'abondantes mines de sel.
BOCHSA ( Roserr-NicoLas-CHARLES), harpiste, naquit le 9 août 1789, à Montmédy. Fils d'un musicren d’orchestre, il fat lui-même dès l'enfance un exécutunt remarquablé el acquit sur la harpe une force qui n’a pas été surpassée. Élève de Catel, il remporta au Conservatoire de Paris un premier prix d'harmonie (1808). « Ce qui contribua à sa renommée, dit Fétis, c’est la musique brillante qu'il a composée pour son instrument. Sa fécondité en ce genre était prodigieuse. » La vie dissipée qu'il menait compromit à ce point sa fortune qu’il fut forcé de passer sous un déguisement en Angleterre pour échapper à ses créanciers (1816). Là son facile génie rétablit promptement ses affaires : il composa de plus belle, donna de fructuenses leçons et dirigea les concerts de la cour. Ayant enlevé M”° Anna Bishop, il parcourut l'Europe avec elle; en 1848 il se rendit en Amérique où il exploita de toutes les façons son talent bien déchu, et alla mourir en Australie, à Sydney, le 6 janvier 1856. On a de lui quelques opéras-comiques P. Louisv.
BOCSRKAÏ (Érienwe), chef de l'insurrection hongroise de 1604 à 1606, avail été d'abord commandant de la forteresse de Grosswardein, place dont les commissaires 1mpériaux l'avaient destitué en 1598. Accusé, en 1604, d'intelligence avec les insurgés de la Transylvanie, il força l’armée im-
BOCSKAL — PBODELSCH WINGH-VELMEDE
périale, sous les ordres de Barbiano, à battre en retraite devant lui, et fut accueilli comme un libérateur à Kaschau, à Éperies, à Leutschau et dans d’autres villes de la Haute-Hongrie, non seulement par le peuple, mais par la noblesse protestante, qui le soutenait ouvertement. Le général Basta le défit ,ilest vrai, le 29 novembre 1604; mais il ne put profiter de sa victoire, les villes hongroises refusant de lui ouvrir leurs portes et une mutinerie ayant éclaté parmi ses propres soldats : en sorte qu'il dut se retirer à Presbourg. D'un autre côté, les comtes de la Hongrie, les Hongrois &e la Transylvanie et les Szeklers se joignirent à Bocskaï, qui fut proclamé prince de la Hongrie à la diète de Szerencse, le 27 avril 1605. Le sultan Achmed 1°" l'appela à Ofen, qui était alors entre les mains des furcs, lui posa une couronne sur la tête, et le salua du titre de roi héréditaire de Hongrie; mais Bocskaï ne voulut accepter la couronne que comme un présent, et refusa le titre de roi. Le nombre de ses partisans croissant sans cesse , l'empereur Rodolphe se vit forcé de traiter avec lui. Par la médiation de son frère Matthias , il conclut, le 23 janvier 1606, la paix de Vienne (sanctionnée comme loi de l'État par la diète de Presbourg de 1608), par laquelle il fit droit aux plaintes du pays, assura aux protestants la liberté du culte, et reconnut Bocskaï comme prince héréditaire de Transylvanie et de plusieurs comitats hongrois, Bocskaï ne jouit pas longtemps de sa dignité; dès le 29 décembre il mourut d’hydropisie. On le regarde comme le fondateur de la liberté des cultes en Hongrie.
BODE ( Jean-ELerT ), astronome, né à Hambourg, le 19 janvier 1747, montra de bonne heure du goût pour les sciences mathématiques, qui lui furent enseignées par son père, puis par le célébre Busch. La première preuve qu’il donna de ses connaissances au public fut une brochure qui parut en 1766, à Berlin, sous le titre de Calcul et Eléments de l’éclipse de Soleil du 5 août 1766. L'accueil que ce petit écrit reçut encouragea Bode à entreprendre des {ravaux plus considérables. Dès 176$ il publia une /ntroduclion à La connaissance du ciel étoilé (9° édit., Berlin, 1822), manuel populaire d'astronomie, qui a beaucoup contribué à répandre des notions astronomiques plus justes. Oltmans y a ajouté un supplément (Berlin, 1833). En 1772 Bode fut nommé astronome de l’Académie de Berlin, et en 1782 il devint membre de cette société savante. Depuis un an il avait obtenu sa retraite, lorsqu'il mourut le 23 novembre 1826. Il avait fondé, en 1776, les Annales ou Éphémérides astronomiques (Berlin, 1776- 1829, 54 vol.), qui ont été continuées par Encke sous le titre d’Annales astronomiques de Berlin. Cet ouvrage renferme beaucoup de renseignements qui sont encore utiles. L'Explication de l’Astronomie (Berlin, 1778, 2 vol.) est également un livre qui a de la valeur. Son atlas céleste en vingt feuilles, intitulé Uranographia, sive Asérorum Descriplio (Berlin, 1801), offre 17,240 étoiles, c’est-à-dire près de 12,000 de plus que les atlas publiés antérieurement. Bode est auteur, en outre, d’un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels nous mentionnerons plus spécialement les Eléments des Sciences astronomiques (Berlin, 1793), et les Considérations générales sur L'Univers (Berlin, 1801).
BODE (Loi de). Les astronomes ne connaissaient encore du système solaire que six planètes, Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter et Saturne, lorsqu'on remarqua que leurs distances respectives au soleil étaient sensiblement proportionnelles aux nombres 4,7, 10, 16, 52, 100, nombres qui, diminués de 4, donnent la série 0, 3, 6, 12, 48, 96. Dans cette série chaque terme à partir du troisième serait double du précédent, si on introduisait entre le quatrième et le cinquième le nombre 24, ce qui supposerait l'existence du terme 28 entre les nombres 16 et 52 de la premiere série, Cette considération porta Bode à supposer entre Mars et Jupiter l'existence d’une planète dont la distance au
Soleil serait représentée par 28, en prenant pourles distances des autres planètes les nombres 4, 7, 10, ete,
La supposition de Bode fut vérifiée la première nuit de
notre siècle par P iazzi, qui découvrit Cérès, découverte bientôt suivie de celles de Pallas (1802), de Junon (1804) et de Vesta (1807). On trouvait donc déjà quatre planètes, au lieu d'une seule qu'avait annoncée Bode, Olbers fut porté à penser que ces quatre petites planètes n'étaient que des fragments d’une plus grande brisée par quelque cataclysme tel que le choc d’une comète. Cette hypothèse ne résolvait pas toute la difficulté; car, en représentant la distance de Mercure au soleil par 4, les distances de Vesta, Junon, Cérès et Pallas n'étaient représentées que par 24, 27, 28 et 28, dont la moyenne se trouvait inférieure à ce nombre 28 qui devait combler la lacune, Mais La découverte successive d’Astrée, d'Hébé, d’Iris, de Flore, de Métis, d'Hygie, et d’une infinité d'autres petites planètes qu'on peut faire rentrer aussi dans l’hypothèse d’Olbers, vint confirmer la loi de Bode; car, par exemple, la distance d’Hygie au Soleil se trouve représomtée par 32, ce qui rapproche la moyenne de 28.
La découverte de Saturne avait aussi vérifié la loi de Bode, en donnant une distance qui peut tre représentée approximativement par 196, nombre qui, diminué de 4, donne bien le double de 96. Quant à Neptune, il semble s'éloigner de la loi, et ne donne que 301 au lieu de 388. Häâtons-nous donc de dire que, bien que l’analogie ait fait soupçonner à Bode l'existence d’une planète entre Mars et Jupiter, il ne faut pas prêter à sa loi plus d'importance qu’elle. n’en a réellement. Nous devons principalement la considérer comme un moyen mnémonique très-simple de retenir les rapports des distances des planètes au soleil.
La loi de Bode peut s’énoncer ainsi : En retranchant de la distance de chaque planète au soleil la distance de Mercure (qui est la plus rapprochée de cet astre), on obtient une série de nombres dont chacun est double du précédent à mesure que l’on s’éloigne du soteil. Si, dans cet énoncé, on remplace le soleil par Jupiter, les planètes par les quatre satellites de Jupiter, et Mercure par celui de ces satellites qui est le plus rapproché de sa planète, la loi se vérifie encore. 11 en est de même pour Saturne et ses sept satellites, sauf une lacune qui en ferait soupçonner un nouveau entre le sixième et le septième. Il en est de même encore pour Uranus. Cette loi de Bode est donc au moins remarquable par sa généralité. E. MERLIEUX.
BODELSCHWINGH-VELMEDE (ERNEST DE), homme d’État prussien , est né le 26 novembre 1794, à Velmede, près de Hamm. Il étudiait le droit lorsque Frédéric Guillaume III appela les Prussiens aux armes; engagé volontaire dans un régiment d'infanterie, il combattit vail-lamment à Lutzen et à Leipzig, reçut une grave blessure au combat de Fribourg, prit encore part à la campagne de 1815, et se retira avecle grade de lieutenant et la croix de Fer. Après avoir achevé ses études à Berlin, il entra dans l'administration civile et occupa divers emplois dans la Prusse rhénane. De 1834 à 1842 ilen fat le président supé-rieur, Si les rapports de ces provinces avec le reste du royaume sont aujourd'hui plus favorables, c’est à son administration qu’on le doit.
Dès l’année 1840 Bodelschwingh avait été nommé conseiller privé par Frédéric Guillaume IV :; en 1842 il entra dans le cabinet avec le portefeuille des finances. Lors des discussions relatives à l'octroi d’une constitution, ilse rangea du côtéfdu roi contre les exigences du constitutionalisme moderne, et se prononça pour le développement du système des états. Au reste, dans ce cas et dans tons ceux où il fut appelé à agir comme ministre, il ne fut que l'instrument d’une volonté supérieure. Dans le comité des états, en 1842, ainsi qu'à la chambre de 1847, il ne répondit aux violentes. attaques de l’opposition qu’en se mettant àl ’abri derrière la
volonté de son maître : aussi les courtisans l’accusèrent-ils de faiblesse. Au printemps de 1844 il fut appelé à remplacer le comte d'Alvensleben, et quelques mois après, à la retraite du comte Arnim-Boilzenbourg, il fut chargé par intérim du ministère de l’intérieur, dont le portefeuille lui fut confié définitivement dans le courant de l’hiver de la même année. Le 18 mars 1848, sa démission, qu'il avait offerte huit jours auparavant, fut acceplée; mais avant de quitter son ministère, il signa encore la fameuse patente du 18 mars, qui contenait de si belles et si trompeuses promesses. Ilse retira alors dans ses terres, où il resta jusqu’au mois de janvier 1849, époque où il fut élu député à la seconde chambre. Après la modification arbitraire de la loi électorale de 1849, il fut renvoyé à la chambre, et plus tard à l'assemblée d'Erfurt, où il se montra un zélé soutien de la politique du ministère prussien. De 1850 à 1852, il fut à la tête d’une fraction du centre qui, tout en désapprouvant la politique du gouvernement, lui fournit les moyens de persister dans les mêmes voies. Il venait d’être nommé président de régence lorsqu’il mourut, le 18 mai 1854, à Medenbach.
Un personnage du même nom, Charles pe BoperscawiNce, membre conservateur dela chambre des députés , a dirigé deux fois les finances de la Prusse , Pune dans le cabinet Manteulfel (1851-1858), l’autre dans celui de Bismark (1862-1866).
BODENSEE. Voyez Consrance (Lac de).
BODENSTEDT ( Frénéric-MarTiN), littérateur allemand, né le 22 avril 1819, en Hanovre, suivit d’abord la carrière du commerce. A force de travail, il acquit une instruction solide et accepta à vingt-un ans un emploi de percepteur chez le prince Gallitzine à Moscou. En 1844 il fut chargé de diriger une maison d'éducation à Tiflis; puis il -parcourut le Caucase, l'Arménie, le Levant et la Crimée, et revint dans son pays, où il rédigea le Zloyd de Trieste et la Gazette du Weser. En 1854 il a été appelé à la chaire de littérature slave à Munich, Outre un grand nombre d'articles insérés dans les feuilles littéraires de l'Allemagne, cet écrivain a publié : ?’ Ukraine poétique (1845), les Peuplades du Caucase et leurs querres contre les Russes (1848), ouvrage traduiten français par le prince de Salm- Kyrbourg; Mille el un jours en Orient (Berlin, 1850, 2 vol.), Introduction du christianisme en Arménie (1850), Shakspeare et ses contemporains (Berlin, 1858-60, 3 vol.), l'Orient et l'Occident (1861), Fragments russes (Leipzig, 1862, 2 vol.), deux drames, des Conles (1863), etc. On lui doit en outre des éditions des poésies de Pouschkine, de Lermontof et de Mirza-Safi.
BODENSTEIN (ANDnÉ). Voyez KARLSTADT.
BODIN (Jean), publiciste du seizième siècle, naquit à Angers, en 1530, étudia le droit à Toulouse, puis l’enseigna dans celle même ville. et se rendit ensuite à Paris, où'il exerça la profession d'avocat. Ne pouvant réussir à se faire un nom dans une carrière qu’illustraient les Brisson, les Pasquier, les Pithou, il se consacra à des travaux littéraires. La renommée que lui avaient acquise son érudition, son esprit, sa gaieté, ses bons mots, le fit appeler à la cour de “Henri 111; mais des rivaux l'ayant supplanté dans la faveur du prince, i! s'attacha à François, duc d'Alençon et d'Anjou, frère du roi. Leduc le prit pour secrétaire intime, et l’'emmena dans ses voyages d'Angleterre et de Flandre. Après la mort du duc, se voyant déçu dans ses espérances, il se retira à Laon , où ilse maria, et cbtint la place de procureur du roi, En 1579 il fut député aux états de Blois par le tiers état du Vermandois, 11 y défendit les droits du peuple et la liberté de conscience, ce qui lui fitun grand nombre d’ennemis à la cour. A son instigation la ville de Laon se prononça en 1589 pour la Ligue, car il soutenait que le soulèvement de tant de villes et de tant dé parlements en faveur du duc de Guise ne de
“wait pas s'appeler une révolle, mais une révolution. Cepen
BODELSCH WINGH- VELMEDE — BODIN
dant il finit par se soumettre lui-même à Henri IV, et mourut à Laon, de la peste, en 1596.
Jean Bodin a publié un grand nombre de livres, parmi les quels on distingue : sa Démonomanie, où Histoire des Esprils; sa Méthode pour facililer l'étude de l'histoire, et son Theatrum universæ Naturæ. N avait aussi fait paraître une traduction des livres de La Chasse, d'Oppien, avec des commentaires. On a prétendu que dans son Coldoquium heplaplomeron de abditis sublimiumrerum arcanis , ouvrage qui n’a jamais vu le jour, la religion catholique et toutes les sectes chrétiennes étaient terrassées.
Mais son œuvre principale est sans contredit son traité De la République. L'auteur y passe en revue les diverses sortes de gouvernements de la chose publique, s'efforce de fixer leurs principes etleurs caractères, n’en condamne aucun, si ce n’est ceux qui tombent dans l'excès , tels que la tyrannie et l’anarchie , et laisse voir son penchant pour ce qu'il appelle la monarchie royale. X1 ne fut pas peu flatté, en arrivant à Cambridge avec le duc d'Alençon, d’y entendre interpréter sa République par les plus savants professeurs. Montesquieu, Jean de Muller et d’autres ont fait une étude sérieuse de cet ouvrage, qui a eu un grand nombre d'éditions.
BODIN (Jean-François), né à Angers, en 1776, fut pendant la révolution administrateur du district de Saint-Florent (Maine-et-Loire) et payeur à l’armée del’Ouest. Lors des événements de 1815 il était receveur particulier à Saumur, La Restauration le destitua. 11 mourutle 5 février 1829, Avant d’entrer dans l'administration, il avait fait une étude spéciale de larchitecture. Son goût pour les arts et pour les travaux historiques nous a valu deux ouvrages consciencieux, pleins de faits intéressants, dans lesquels il s’est plu à élever un monument à sa province natale. Ce sont : 1° Recherches historiques sur Saumur et le haut Anjou (2 volumes in-8°, avec planches); 2° Recherches historiques sur Angers et le bas Anjou (2 volumes in-8°, avec gravures ). Pendant la Restauration, de 1820 à 1823, Bodin siégea à la Chambre des Députés comme représentant du département de Maine-et-Loire, et vota toujours avec les amis d’une sage liberté. CHAMPAGNAG.
BODIN (Féuix), fils du précédent, naquit à Saumur, en 1795, Heureusement doué, passionr é pour les arts et pour l'étude, il se fit d’abord remarquer parmi les élèves compositeurs de l’école de musique française, où il eut Lésueur pour maître. Il remporta le grand prix de Rome; puis, suivant le torrent des idées libérales, il quitta la musique pour les lettres, et fut un des propagateurs les plus ardents du mouvement politico-historiqueet littéraire de la Restauration. La littérature, la science elle-même était devenue une arme politique, la plus puissante du temps peut-être, et Félix Bodin se montra parmi les plus ardents des combattants. Ce fut lui qui eut la première idée des Résumés historiques , et il fit paraître successivement dans cette collection une /ntroduction à l'histoire universelle, un Résumé de l'histoire de France et un Résumé de l'histoire d'Angleterre, œuvres de parli encore plus que de science. Celui de l'Histoire de France eut plus de succès que tous les autres ensemble, ayant été réimprimé sept fois à très-peu d'années de distance ; celui de l'Histoire d'Angleterre eut quatre éditions. Enfin sa réputation était telle, que lorsque M. Thiers eut achevé son Histoire de La Révolution , l'éditeur ne se chargea de cette œuvre d’un jeune homme alors obscur, qu'à la condition que le nom de Félix Bodin figurerait sur le titre. Le père des Résumcs donna une préface qu'on peut voir en tête de la première édition de l'ouvrage qui commença la haute fortune politique de M. Thiers. 11 devait y joindre, en outre, une Histoire des États Généraux sous le roi Jean, dont il ne publia que quelques fragments.
Félix Bodin fut l’un des collaborateurs les plus actifs des divers recueils périodiques que publiait l'opposition au