BODIN — BODONI
temps de la Restauration : Ze Constitutionnel, le Miroir, les Tablettes, le Diable Boiteux, la Revue Encyclopédique, le Mercure du dix-neuvième siècle, le Globe , etc., reçurent de lui tour à tour, et souvent simultanément, des articles de politique, d'histoire, de littérature. Romans, scènes historiques , à la manière de M. Vitet; dissertations d’art, tombaient de la plume de F. Bodin avec une facilité prodigieuse; et si une grande partie de tout cela pouvait passer pour médiecre, ce n’était du moins jamais décidément mauvais.
Après la révolution de Juillet, Félix Bodin fut nommé membre de la Chambre des Députés, et pendant un ou deux ans il n’y eut sorte d’ovations qu’il ne reçôt dans son département. Mais les choses ne tardèrent pas à changer de face : trop faible, ou déjà trop mûr pour suivre le mouvement révolutionnaire, Bodin prit rang parmi les hommes du juste-milieu; et bien que sa transformation fût sincère et désintéressée, qu’il n’acceptât ni places ni pensions, qu’il ne reçût pas même la croix dans cette curée générale qui suivit 1830, il n’en fut pas moins durement accusé d'apostasie. Il fut charivarisé, comme on disait alors.
La dernière publication littéraire de Félix Bodin fut, si Rous ne nous trompons, un livre assez étrange, qui parut vers 1825 sous le titre de Roman de l'Avenir. Dans cet ouvrage l’auteur avait cherché à montrer toutes les améliorations que devaient apporter dans l’ordre social les découvertes matérielles, chemins de fer, ballons, etc. C’était une nouvelle w{opie; mais, comme il arrive presque toujours, quand dans une œuvre d'art on veut prouver quelque chose, c'était une lecture ennuyeuse, et le livre tomba dans l’oubli. Jadis adepte fervent du magnétisme, Félix Bodin avait fait un roman dans lequel il s’était attaché à prouver la réalité et l'importance des expériences faites sur le somnambulisme. Peut-être, au lieu d’éparpiller ainsi son talent, eût-il mieux fait de se livrer complétement à la musique, dont il avait le goût et le sens d’une manière exquise.
Félix Bodin, dont la santé avait toujours été débile, mourut à Paris, le 7 mai 1837. Enlevé ainsi prématurément, il laissait un grand nombre de travaux littéraires commencés, et aussi plusieurs œuvres musicales inédites, parmi lesquelles un opéra de Dante et Béatrix. Dans les dernières années de sa vie, son activité s'était tournée presque entière vers la philanthropie, et la plus grande partie de son temps se passait dans les comités et sociétés de bienfaisance,
. où il déployait toute la bienveillance de sa nature, toute la bonté de son âme.
BODLEIENNE (Bibliothèque). Voyez BIBLIOTHÈQUE (t. NH, p. 157), Boney et Oxrorp.
BODLEY ( Sir Tuowas), homme d'État et savant anglais, né le 2 mars 1544, à Exeter, dans le Devonshire, mort à Oxford, le 28 janvier 1612. Bodley n'avait que douze ans lorsque les persécutions exercées contre les protestants par la reine Marie forcèrent sa famille à se réfugier en Allemagne, Il commença ses études à Genève; mais Élisabeth étant montée sur le trône, il alla les achever à Oxford, ville pour laquelle il conserva toute sa vie une tendre affection. De 1576 à 1580 il voyagea sur le continent, et à son retour il se présenta à la cour d’Élisabeth, qui lui confia diverses missions, en Danemark, en France et en Hollande. Moïus propre à la vie des cours qu’à l'étude des sciences, Bodley, sans se laisser éblouir par les offres brillantes de la reine, prit son congé en 1597, et se retira Oxford, où il donna tous ses soins à la bibliothèque de l'Université qui porte son nom , bien qu’elle doive sa naissance, dans la première moitié du quinzième siècle, à Humphrey, duc de Glocester. Par ses ordres, des émissaires parcoururent l’Allemagne, la Hollande, la France, l'Espagne, l’Italie:, et en rapportèrent environ 24,000 ouvrages, rares pour la plupart, dont il fit cadeau à la bibliothèque. Outre ce don, d’une valeur de 200,000 livres sterling, il laissa par son testament un legs
DICT, DE LA CONVERS. — T. HI
destiné à payer les bibliothécaires. Chaque année, le 8 novembre, l’Université d'Oxford célèbre sa mémoire par un discours public. Dans son S£atistical View of the principal Libraries of Europa and America (Londres, 1850), Edwards porte à 218,300 le nombre des ouvrages imprimés, et à 17,000 celui des manuscrits de cette riche bibliothèque, La vie de Badley, écrite par lui-même, se trouve dans les Reliquiæ Bodlejanæ (Londres, 1703) de Thomas Hearne.
BODMER (Jean-Jacques), célèbre poëte et littérateur allemand , naquit à Greïfensee, près de Zurich, le 19 juillet 1698. Son père, qui était pasteur, le destina d’abord à l’état ecclésiastique, puis au commerce; mais ces deux carrières ne purent fixer le jeune Bodmer, qui se livra tout entier à son penchant pour la poésie et pour les études historiques. Il avait fait connaissance de bonne heure nonseulement avec les poëtes grecs et latins, mais encore avec les chefs-d’œuvre littéraires de la France , de l’Angleterre et de l'Italie. Cette étude lui fit sentir encore plus vivement toute la pauvreté, toute la fadeur de la littérature allemande de son époque, et il pensa que ce qu’il avait de mieux à faire, et pour son pays et pour sa gloire, c'était de se charger du rôle de réformateur. A cette fin, il se ligua avec Breitinger et avec d’autres jeunes savants, et débuta, en 1721, par un écrit périodique, qui avait pour litre : Zntrelien des Peintres, el dans lequel plusieurs poëtes allemands, qui jouissaient alors d’une très-grande considération , se virent cités devant le tribunal d’une critique toute nouvelle. Tout d’abord, Bodmer rejeta complétement la poétique alors en vogue, qui n’estimait guère que la régularité des formes et leur poli, n’attachant lui-même de prix qu’à l’idée poétique. Sous ce rapport, il se laissa quelquefois entraîner trop loin, comme dans sa grande dispute avec Gotisched, où il alla jusqu’à proscrire entièrement la rime et à vouloir juger la poésie uniquement d’après les lois de la morale.
Gottsched, qui prétendait donner le ton en littérature, se prononça d’abord pour les jeunes Suisses; mais bientôt après, lorsqu'il se vit lui-même en butte à leurs coups, il se mit à la tête de leurs adversaires. De là ces deux partis, l'école de Gottsched et l’école suisse, qui luttèrent ensemble avec une sorte d’acharnement depuis 1740, où Bodmer publia son traité Du Merveilleux en Poésie, et Breitinger deux écrits d'esthétique critique. Les deux camps eurent à se reprocher bien des chicanes et des puérilités ; mais pourtant cette guerre eut des suites fort utiles, et prépara les voies à l’époque brillante de la littérature allemande. L'école suisse surtout exerça une influence très-heureuse et trèsefficace par son goût décidé pour la poétique anglaise, par ses appels incessants à la littérature classique, et par son retour aux anciens poëtes allemands.
En 1725 Bodmer fut chargé dans sa patrie d’enseïigner l’histoire de la Suisse. En 1737 il fut nommé membre du grand conseil de Zurich. Après la mort de sa femme et de ses enfants, il se retira dans une de ses propriétés, et se démit, en 1775, de ses fonctions de professeur. Il mourut à Zurich, le 2 janvier 1783.
Écrivain infatigable, ses travaux furent très-variés. Non content de paraître sur la scène comme critique et comme littérateur, Bodmer voulut encure y paraître comme poete. C’est dans ce dernier genre qu’il s’est le moins distingué, comme le prouvent suffisamment sa Noachide, ses œuvres dramatiques et ses traductions. Il s’est fait beaucoup plus d'honneur en publiant plusieurs anciens poëtes allemands , en particulier une partie des Nibelungen , la coilection des Minnesinger de Manesse, de Boner, d'Opitz. Les mœurs de Bodmer étaient sévères et patriarcales; mais on lui reproche de n'avoir pu voir sans jalousie le mérite d'autrui.
BODONI (JEAN-BarrTiste), habile etsavant imprimeur, qui revoyait lui-même les épreuves de ses belles et solides éditions des classiques grecs et latins, si recherchées des