BOERHAAVE — BOERS
chimie, l'existence des gaz et le principe de la combustion. Enfin, les sciences depuis lui sont totalement changées, et il serait possible d'en dénombrer consciencieusement et les fondateurs et les richesses sans mentionner le nom de Boerhaave dix fois. Sa réputation comme professeur fut gigantesque et pourtant méritée ; mais ce n’est presque qu’une gloire traditionnelle, comme celle d’un avocat ou d’un acteur, et dont il serait même permis de douter après plusieurs générations, puisque rien alors ne l’atteste, ni témoins ni monuments.
Lavoisier a donc ôté à Boerhaave le sceptre de la chimie; Linné, ainsi que Jussieu et Lamarck, celui de la botanique ; Bordeu, Barthez, et surtout Bichat, ont remplacé avec bonheur ses théories médicales ; Corvisart, praticien incontestablement moins érudit, fut en revanche plus exact et plus infaillible ; enfin, quant à l’universalité des connaissances , quant à l’activité, quant au travail, Cuvier a été son digne et très-heureux rival. Ajoutons toutefois que ce n’est pas une gloire médiocre pour Boerhaave que de voir ainsi partagé entre tant d'illustrations modernes, dans le siècle qui suivit sa mort, un vaste État qu’il gouverna seul pendant trente ans sans contestation ni partage. D'Isid. Bourpon.
BOERNE ( Lupwie ), le plus célèbre écrivain politique de l'Allemagne et l’un de ses meilleurs écrivains littéraires, naquit à Francfort, le 22 mai 1786, d’une famille d’Israélites. Il étudia à l’université de Halle les lettres, la philosophie et la médecine, sous les plus célèbres professeurs. En 1818 il embrassa la religion protestante, et, poussé par une vocation irrésistible, il se jeta dans la carrière littéraire. Rédacteur libéral de Za Balance, de l’Essor et du Journal de Francfort, en butte aux persécutions du pouvoir, il céda, et se retira. On remarque beaucoup dans cette polémique un morceau intitulé : Histoire curieuse de la Censure de Francfort. Ce morceau satirique est admirable de verve et d'esprit. Bœrne y fustige la tyrannie absurde de la censure. Las de toutes ces tracasseries, Bœrne fit un premier voyage à Paris, en 1819, ef un second, en 1822. Il fit paraître ses Tableaux de Paris, livre original à l’égal de celui de Mercier. En 1829 Bœrne donna une collection de ses œuvres en 8 volumes. Il y en eut trois éditions. Depuis,
* et en 1830, il publia ses Lettres sur Paris, qui firent en Allemagne une si vive impression. A son retour, il fut l’objet, passager il est vrai, des ovations les plus éclatentes et d’une espèce d’enthousiasme. Mais les doctrines du pouvoir absolu, un moment ébranlées par le coup de foudre de Juillet, ne {ardèrent pas à reprendre le dessus sur les théories de la propagande révolutionnaire; les écrivains patriotes étaient poursuivis et menacés. Bœrne s’en vint, après avoir visité deux fois la Suisse, chercher un refuge en France, qu’il ne devait plus quitter. Là, retiré dans sa modeste habitation d’Auteuil, il traduisait les Paroles d’un Croyant, et il s’occupait d'écrire une Histoire de la Révo- Lution française, qu’il n’eut pas malheureusement le temps d'achever. Ses derniers travaux furent des articles publiés dans le Réformateur et dans la Balance, feuille piquante éditée à ses frais, et dont quelques numéros seulement parurent. Enfin, il mit au jour Menzel der franzosen fresser, le plus parfait de ses ouvrages, et que les Allemands ont appelé le Testament de Bærne. Bœrne mourut à Paris, le 12 février 1837. David d'Angers, avec le concours de ses amis, éleva un monument à sa mémoire.
Depuis la mort de Jean-Paul, aucune perte n’excita en Allemagne des regrets plus vifs et plus universels. À ses qualités de grand écrivain et de démocrate ferme et sincère Bœrne joignait une âme ardente et sensible, une rare probité, un caractère désintéressé, une modestie charmante. Allemand par la naissance, mais Français par l'esprit et par le cœur, il rêvait l’union intime des deux pays. 11 n’était pas, lui, pour les barrières du Rhin. :
1 Bœrne est l’un de ces rares esprils qui prospèrent en
quelque lieu que leurs pensées poussent et se répandenf, pareils à ces belles fleurs exotiques qui, transportées dans nos doux climats, y brillent presque du même éclat y exhalent presque le même parfum que nos roses naturelles. Le génie de Bærne, quoique allemänd par sa profondeur et l’universalité de sa poésie, ressemblait néanmoins par la forme à celui de Voltaire : vif, léger, fin, original, il ne se perdait pas dans ces abstractions métaphysiques, dans ces définitions nébuleuses où les philosophes de l'Allemagne se jettent, soit par habitude, soit par une sorte de courbure de leur esprit, soit pour se dérober eux-mêmes la vue des misères politiques qui les affigent. Bœrne, impétueux , ardent, véridique, intrépide, ne composait pas avec les préjugés. Il abattait sous le tranchant de sa plume acérée les institutions féodales, les courtisans, les flatteurs et les abus.
Il y a, même en politique, un côté poétique, comme en {out le reste. C’est ce côté poétique, ce côté fleuri, que saisissent plus volontiers les Allemands ; mais la fleur des pommiers, la fleur de la vigne, la fleur du blé, tombent au premier souflle du vent; c’est le raisin seul qui donne le vin, l’épi seul qui donne le blé, le noyau seul qui donne le fruit. De même, pour bien connaître les choses, il faut aller au fond des choses. C’est là ce que savent faire admirablement les Français. Avec leur esprit positif, exact, méthodique, pénétrant, arrangeur, ils ont bien vite réduit chaque matière à sa plus simple expression : il ne faut pas croire, parce qu'ils dansent et qu’ils chantent à ravir, que ce soit un peuple qui danse et qui chante toujours. Ce sont, au contraire, les Allemands qui, en politique, chantent toujours. Je ne les en blâme point. Ils font comme fit jadis Hésiode, comme firent les bardes écossais, les enfants d’Odin, et les druides, nos aïeux.
Avant d'éclairer les esprits, il faut toucher les cœurs, et il n’y a que les poëtes qui sachent bien toucher les cœurs. Il faut parler à l'imagination des peuples par des figures, et il n’y a que les poëtes qui sachent bien attaquer, ébranler, séduire l’imagination. Bœrne a donc suivi la marche naturelle des choses; il s’avance par bonds , comme les poëtes lyriques; il sème, il prodigue toutes les fleurs de son brillant esprit; il a de soudaines aspirations vers un avenir meilleur; il s’afflige, il se console, Al croit, il doute, il espère, et l’on sent que son âme déborde et que ses entrailles remuent. Il se berce dans ses pensées, il cesse d’étre Français, il redevient Allemand ; il va, revient, flotte et suit dans ses calmes, ses agitations, ses progrès et ses retours, le flot ondulé de Juillet. Sa manière est un mélange d’ode, d’élégie et de satire ; l’homme de lettres domine, et le publiciste est quelquefois absent. Or, ce qu'il faut à l’AIlemagne, ce sont des logiciens et des publicistes plutôt que des poëtes et des philosophes.
Lœrne était aussi grand par le sentiment que distingué par l'esprit. Il aimait la France comme sa seconde patrie, il l’aimait dans l'intérêt de l’Allemagne. Il avait raison. L’Allemagne a besoin du secours de la France, non pas de la France militaire, mais de la France intellectuelle, pour secouer le joug féodal de ses aristocraties et de ses monarchies. Depuis longtemps, au milieu de tous les bruits du siècle, il se fait, dans le sein de l'Allemagne, comme un travail lent, mais continu, de décomposition, et la loi du progrès s’y accomplira. La Providence a ses voies, qu’elle seule connaît, et nous aurions, avec Bœrne, préféré toujours les plus douces. Bœrne est mort dans cette sainte espérance, et les Allemands régénérés le béniront un jour comme l’un des précurseurs de leur émancipation. Timo. ]
BOERS, c’est-à-dire paysans, nom donné dans la colo nie du cap.de Bonne-Espérance aux possesseurs du sol d’origine hollandaise. On distingue les Boers en trois classes, d’après les trois principales productions du pays : les Boers vignerons, la classe la plus riche, qui trouvent beaucoup de commodités dans le voisinage des villes, surtout du Cap,
les Boers agriculteurs, qui sont à leur aise, quelquefois riches, malgré l’état arriéré de l’agriculture, principalement dans le voisinage des villes; les Boers pasteurs, qui sont, il est vrai, assez riches pour vivre indépendants, mais que leur vie nomade à travers les déserts de l’intérieur a rendus sales et grossiers. Le caractère des Hollandais, fro'd, flegmatique, tenace, persévérant, luttant contre les difficultés avec un redoublement d'énergie, s’est conservé chez leurs descendants à cette extrémité de l'Afrique, et s’est inculqué petit à petit chez ceux des réfugiés français qi allèrent chercher un asile au Cap, après la révocation de l’édit de Nantes, et y introduisirent la culture de la vigne. La langue des Boers est le hollandais; très-peu d'entre eux comprennent l'anglais, mème dans lesenvirons des villes. Bien qu’ennemis des Anglais, ils les accueillent avec hospitalité, mais sans leur faire d’avances. Leur vie, au reste, est tout à fait patriarcale, simple, religieuse; la discipline domestique est extraordinairement sévère dans les familles, et tous pratiquent assez régulièrement leurs devoirs religieux. Presque tous savent lire et écrire. Le Boer se distingue par une structure robuste et une très-haute taille; mais il est lourd et sans grâce, et la beauté est rare parmi les femmes. Mécontents depuis longtemps de l'administration de la colonie, un très-grand nombre de Boers ont émigré, "à différentes époques, au delà du fleuve Orange, et y ont défriché une étendue de terrain considérable que l’on regarde aujourd’hui comme: une dépendance de la colonie. D'autres allèrent fonder la colonie de Port-Natal, qui est soumise à l’Angleterre.
BOËTIE ( ÉTIEnxe DE La). Voyez La BoÉTIE.
BOETTCHER (JEAN-FnRÉDÉRIC), nommé aussi BŒTT- GER ou BŒTTIGER, comme il signaïit quelquefois, inventeur de la porcelaine de Saxe, était né à Schleiz, dans le bailliage deReuss, en {681 ou 1682. Son père, qu’il perdit de bonne heure, avait été directeur de la Monnaie à Magdebourg et à Schleïiz. A l’âge de quinze ans Bættcher entra comme apprenti chez un pharmacien de Berlin, nommé Zorn. Il annoncait de grands talents, unis à une louable persévérance, surtout dans l'étude de la chimie; mais il employait tous ses loisirs à essayer de faire de l'or. Il avait été poussé à la vaine recherche du secret de la transmutation des métaux par J'apothicaire Copke d'Heymersleben, qui lui avait prêté un manuscrit sur la pierre philosophale, qu’il tenait , disait-il, d'un moine de Saint-Gall. Bu:ttcher passait des nuits entières dans le laboratoire de Zorn, travaillant aux dépens de ce dernier , car il n'avait aucune fortune par lui-même et uégligeait les travaux de son état. Cette conduite lui attira de violents reproches de la part de Zern, et il dut quitter son laboratoire vers le mois de septembre 1699. Tombé dans la misère la plus profonde, il rentra cependant chez le même pharmacien à Pâques 1700, en promettant d’être plus circonspect; maisil n’en continua pas moins en secret 'ses essais d’alchinie, Pour convaincre de la réalité de son art ses camarades, qui se moquaient de lui, il consentit à leur donner des preuves de ses talents en alchimie, et en effet, en 1701, il retira de l’or fin d’un creuset,
Quoique Bœttcher priât qu’on lui gardat le secret, son prétendu succès n’en fut pas moins prôné ; ce qui lui valut les encouragements des gens les plus distingués, entre autres du célèbre Haugw'tz, en présence de qui il répéta ses expériences. Mais Bottcher, ayant appris qu’en sa qualité d’adepte du grand art on voulait le faire arrêter, disparut tout à coup, et vécut caché dans une mansarde du marchand Roœber, Il s'échappa ensuite à la fin d'octobre 1701, et se rendit à Wittemberg, où il feignit de vouloir étudier la médecine. Instruit du lieu où il s'était retiré , le gouvernement prussien envoya un commissaire, qui essaya d’abord par de bonnes paroles de le decider à retourner en Prusse, el, ce moyen n'ayant pas réussi, ii fut arrêté comme déprédateur ; mais la cour de Dresde prit le fugitif sous sa protection,
BOERS — BOETTIGER
voulant éclaircir la conduite mystérieuse de cet homme et
pénétrer le motif des offres nombreuses, publiques ou se
crèles, qui lui étaient faites de la part de l'étranger. Bœttcher fut done emmené à Dresde. Le gouverneur Égon de Fürs- : temberg le reçut dans son palais jusqu’à ce qu’on lui eût préparé un loyement commode dans le Hofgarten. Bœttcher y était traité en personnage de distinction, mais il y était em quelque sorte prisonnier, et il ne lui était permis de voir personne, De temps à autre on lui donnait de fortes sommes pour ses essais d’alchimie.,
Bættcher sut pendant trois ans tenir le prince de Fürstemberg en haleine, Remarquant enfin que la patience de son protecteur était à bout, et qu'il n’y avait plus moyen de pousser la supercherie plus loin, il disparut par une belle nuit de l'été de 1704, et prit sa course à travers la Bohème et la Hongrie. Mais on se mit à sa poursuite : on l’Rréta à Ems; on le ramena à Dresde, et à force de menaces on lui fit promettre, sinon de continuer ses essais, au moins de donner par écrit son secret. Dans l'automne de 1705, Bætcher remit donc au roi Auguste II un rapport fort long, dont l'original se conserve dans les archives de Saxe. Ce rapport est plein de rêveries mystiques; maïs il est écrit avec tant de bonne foi apparente, qu’on pourrait croire que l’auteur était sûr de son fait. Le roi cependant, mécontent et du rapport et du résultat de nouveaux essais, finit par déclarer que l’arcane de Bættcher ne reposait pas sur une bonne base. Le comte de Tschirnhausen conseilla alors à Auguste II, qui désirait depuis longtemps d'établir en Saxe une manufacture où l’on püt mettre en œuvre les matières premières qui existaient dans le pays, telles que terres, pierres, etc., de tirer parti dans ce hut des connaissances incontestables de Bœttcher en chimie.
En effet, à la fin de l’année 1705, Bæœttcher parvint à tirer d’une espèce d’argile rouge qu’on rencontre aux environs de Meissen, une porcelaine qui surpassait de beaucoup en beauté et en solidité celle de Tschirnhausen. L'heureux inventeur fut comblé de présents; il ne fut cependant pas mis en liberté, soit qu’on voulût tenir secrète la fabrication de cette porcelaine, soit qu’on espérât encore parvenir à la découverte de la pierre philosophale , ne considérant la porcelaine que comme une chose accessoire. Lors de l’invasion des Suédois en 1706, le laboratoire de Bættcher fut transféré dans la forteresse de Kænigstein, au milieu de la nuit, sous l’escorte d’un détachement de cavalerie et avec les plut grandes précautions. Tschirnhausen allait seul le visiter de temps en temps, afin de surveiller les travaux. Après la retraite des Suédois, on fit revenir Bættcher à Dresde, et on lui donna un vaste laboratoire. Dès lors la fabrication de la porcelaine prit un tel développement que ses produits, qui avaient d'abord été offerts en présents aux cours étrangères, parurent, en 1709, sur le marché de Leïpzig. En 1710 le laboratoire fut transporté dans lAlbrechtsbourg à Meiïssen, et en 1711 on y établit un atelier particulier pour la porcelaine blanche, qui était encore fort rare. Après la mort du comte de Tschirnhausen , en 1708, Bœttcher fut nommé directeur de la fabrique; maïs sa vie irrégulière le rendait peu propre à remplir cette place, et des vues d’intérêt personnel, à ce qu’il semble, le portèrent à entraver, autant qu’il dépendait de lui, les progrès de la fabrication. Dès l'année 1716 il noua avec des Berlinois une correspondance dans le but de leur vendre son secret; mais elle fut découverte en 1719 et sa mort, arrivée le 3 mars 1719, put seule le soustraire au châtiment qu'il avait mérité, Quoiqu'il eût reçu du roi, à plusieurs reprises, plus de 150,000 thalers, il ne laissa que des dettes. On a dit qu'il avait été créé baron en récompense de ses services; mais c’est une fable. Consultez Engelhards, J.-F. Battger, inventeur de la porcelaine de Saxe (leïpzig, 1837 ).
BOETTIGER (Cuanues-AucusTe), un des plus savants et des plus ingenieux archéologues et littérateurs de l'Alle-
BOETTIGER — BOEUE
magne, naquitle 8 juin 1760, à Reichenbach, dans le Voigtland saxon. Après avoir terminé ses études à Leipzig, il entra comme gouverneur dans une famille de Dresde. Appelé comme recteur à Guben, en 1784, puis à Bautzen, en 1790, il ne resta que fort peu de temps dans cette dernière ville, la recommandation de Herder lui ayant fait obtenir, en 1791, la place de directeur du gymnase de Weimar. Si, d’un côté, la société de Schiller, Herder, Wieland et Gœthe, si des études communes avec le savant artiste H. Meyer furent utiles à Bættiger, en développant en lui le goût de l’archéobogie, de l’autre, les travaux littéraires qu’il entreprit pour le comptoir industriel le détournèrent d'études sérieuses. De 1795 à 1803, i publia seul le Journal du Luxe et de La Mode, sous le pseudonyme de Bertuch; de 1797 à 1809, il travailla à peu près seul au Nouveau Mercure Allemand, Wieland n'ayant jamais donné que son nom ; pendant six ans, il rédigea seul le journal Londres et Paris, et expliqua luimême les gravures. Collaborateur de la Gazette universelle depuis sa fondation par Posselt, en 1798, il fut exclusivement chargé jusqu’en 1806 des revues littéraires, des nécrologies, des nouvelles anglaises, des annonces des foires. On comprend qu’au milieu d’occupations si variées, sans parler deson activecorrespondance et des devoirs de sa place, il n’ait pu écouter les conseils de Heyne, Wolf, Jean de Müller, ni deses amis de Weimar, qui le pressaient sans cesse d'entreprendre un ouvrage sérieux et durable. Les seuls travaux un peu importants qu'il ait publiés pendant son séjour à Weimar sont Sabine, ou la latinée d'une dame romaine (Leipzig, 1803; 2° édit., 1806), et Peintures de vases grecs, avec des explications archéologiques et artistiques et des gravures originales (1797-1800); encore ce dernier est-il resté inachevé. 11 publia aussi en collaboration avec H. Meyer les CahŸers Archéologiques, le Musée Archéologique (Weimar, 1801) et Le Masque des Furies dans la tragédie et la statuaire des anciens Grecs.
En 1804, Bœttiger fut appelé à Dresde en qualité de conseiller de cour et de directeur des études de la maison des pages. Dès 1805 il commença des cours publics sur quelques branches de l’archéologie et de l'art antique, cours à la suite desquels il publia : Sur Les Musées et Les collections d'antiques ( Leipzig, 1808 ); les Noces Aldobrandines { Dresde, 1810); Zdées sur l’Archéologie de La Peinture (Dresde, 1811) et la Mythologie de l'Art (Dresde, 1811). La maison des pages ayant été réunie en 1814 à celle des tadels, Bœttiger fut nommé directeur des études à l’école
militaire et inspecteur en chef des musées royaux des anti-.
ques et de la collection des plâtres de Mengs. C’est à cette période de sa vie qu’appartiennent les Leçons sur la Ga-
lerie des Antiques de Dresde ( Dresde, 181 4), Cours et Mé--
moires d'Archéologie | Leipzig, 1817), et Éclaircissements cosmographiques sur le monde ancien ( Leipzig, 1818).
Lorsqu'il perdit sa place, en 1821, à la suite de la réorgaæisation complète de l’école militaire, il renonça à l’enseignement, pour ne plus s'occuper que de travaux littéraires. A partir de ce temps il publia successivement un Journal des Notices artistiques ; Amalthée, ou Musée de La Mythologie de l'Art et de l’Archéologie plastique ( Leipzig, 1821-1895), qu’il continua depuis sous le titre : L'Archeologie et l'Art (Breslau, 1828). La mort ne lui permit pas de terminer la publication des Idées sur La Mythologie de L'Art ; le second volume, resté manuscrit, a été édité par Sillig (Dresde, 1836). Bœttiger mourut le 17- novembre 1835. Depuis 1832, l’Institut de France l'avait admis dans son sein.
BOEUF. « Ce mot, dit Cuvier, désigne proprement le taureau châtré ; dans un sens plus étendu, il désigne l'espèce entière, dont le taureau, la vache, le veau , la génisse et le bœuf ne sont que différents états ; dans un sens plus étendu encore, il s'applique au genre entier, qui comprend les espèces du bœuf, du buflle, du yak, etc. Dans ce dernier sens le genre bœuf est composé de quadrupèdes ruminants à
33% pieds fourchus et à cornes creuses, qui se distinguent des autres genres de cette famille , tels que les chèvres, les moutons et les anfilopes, par un corps trapu ; par des membres courts et robustes; par un cou garni en dessous d’une peau lâche, qu’on appelle fanon ; par des cornes qui se courbent d’abord en bas et en del:ors, dont la pointe revient en dessus, et dont l’axe osseux est creux intérieurement, et communique avec les sinus frontaux, »
Les bœufs ne vivent que d'herbes, ainsi que tous les antmaux de leur ordre ; maïs, loin d’être timides et fugitifs, comme les cerfs et les antilopes , ils se défendent contre les carnassiers de la plus grande taille, résistent à l'homme , ou même l'attaquent lorsqu'il s'offre à leur vue, le percent de leurs cornes et le foulent aux pieds. Dans l’état sauvage, ils. vivent par troupes ; ils sont polygames, et ne produisent qu'un petit à chaque portée. Plusieurs espèces de ce genre, réduites à la domesticité, servent à l’homme pour le trait et le portage, et lui fournissent leur lait. 11 n’est presque aucune de leurs parties qui ne soit utile. Leur chair est bonne à tous les âges ; leur suif , leur peau , leurs cornes , leurs os, sont employés par les différents arts ; et ce sont sans contredit de tous les animaux ceux dont l'homme a su tirer le plus grand parti.
Dans la classification du genre bœuf la plus généralement adoptée aujourd’hui, on reconnaît huit espèces principales : le bœuf ordinaire ( dont se rapprochent le zébu, le gour, et quelques autres variétés, moins importantes). l'aurochs , le bison d'Amérique, le buffle,le gayalou bœuf des jongles, le yak ou buffle à queue de cheval, le buffle du Cap, et le bœuf musqué ou bufflemusqué d'Amérique.
Le bœuf ordinaire (bos taurus, Linné) a pour caractères spécifiques un front plat, plus long que large, et des cornes rondes , placées aux deux extrémités de la ligne saillante qui sépare le front de l’occiput. Il n’est personne qui ne connaisse cet animal , sans lequel la société humaine aurait peine à subsister, au moins dans nos climats. On le trouve dans toute l’Europe, dans la plus grande partie de l'Asie ef de l'Afrique , et il s’est prodigieusement multiplié en Amérique depuis que les Européens l'y ont transporté ; car il n'existait pas dans cette partie du monde lorsque les Espagnols y abordèrent. Ses races ont été prodigieusement modifiées, tant par l'influence de la domesticité que par de si grandes diversités de climats. Aussi le bœuf varie-t-il considérablement pour la taille et la couleur; les cornes même varient en grandeur ou en direction, et manquent tout à fait dans quelques variétés. Il paraît que la couleur naturelle à l’espèce est le fauve ; et c’est, en effet, la plus commune; mais elle passe quelquefois à d’autres nuances, tantôt plus ou tantôt moins vives : il y a des bœufs rouges et baïs; il y en a aussi de noirs, de bruns, de blanes, de gris, de pommelés et de pies.
On distingue sous le nom particulier de bœufs à basse ou Zébus ceux qui portent sur les épaules une loupe de graisse.
Le bœuf a douze dents molaires à chaque mâchoire , six de chaque côté, point de canines, et, à la mâchoire inférieure seulement huit incisives, dont celles du milieu sont minces et tranchantes. Sa langue est toute hérissée de petits crochets plus ou moins fermes, pointus, dirigés en arrière , et qui la rendent très-rnde. 11 mange vite et prend en assez peu de temps toute la nourriture qu'il lui faut; aprés quoi il cesse de manger, et se couche (ordinairement sur le côté gauche ) pour ruminer et digérer à loisir,
On appelle mugissement la voix des animaux de cette espèce. Ces mugissements sont plus forts dans les mâles entiers, ou taureaux, que dans les autres individus. « Le taureau, dit Buffon, ne mugit que d'amour; la vache mugit plus souvent de peur et d'horreur que d'amour; et le veau mugit de douleur, de besoin de nourriture et de désir de sa mère, » Les imamelles sont au noinbre de ouatre, Quelques
vaches ont un cinquième et même un sixième mamelon ; mais ces parties surabondantes sont dépourvues d'usage, puisqu’elles n’ont ni conduit ni ouverture. ä
Dans nos climats, la chaleur de la vache commence d’ordinaire au printemps ; mais elle n’a point d'époque constante, et l’on voit des vaches dont la chaleur tardive n’a lieu qu’en juillet. Toutes sont en état de produire à l’âge de dix-huit mois, au lieu que le taureau ne peut guère engendrer qu’à deux ans. Tous deux éprouvent avec une extrême violence les désirs de l'amour : le mâle devient indomptable et souvent furieux, toujours prêt à disputer à ses rivaux, par un combat à mort, la possession d’une femelle. La femelle mugit très-fréquemment et plus violemment que dans les autres temps ; elle saute sur les autres vaches, sur les bœufs, et même sur les taureaux. Il faut profiter du temps de cette forte chaleur pour lui donner le taureau. « Il doit être choisi, dit Buffon, comme le cheval étalon , parmi les plus beaux de son espèce ; il doit être gros, bien fait et en bonne chair ; il doit avoir l'œil noir, le regard fier, le front ouvert, la tête courte, les cornes grosses, courtes et noires, les oreilles longues et velues, le mufle grand , le nez court et droit, le cou charnu et gros, les épaules et la poitrine larges, les reins fermes , le dos droit, les jambes grosses et charnues, la queue longue et bien couverte de poil, l'allure ferme et sûre, et le poil rouge. » Dès que la vache est pleine, le taureau refuse de la couvrir. Elle porte neuf mois, et met bas au commencement du dixième.
Ces animaux sont dans leur plus grande force depuis trois ans jusqu’à neuf. La durée naturelle de leur vie est de quatorze à quinze ans; mais ordinairement on les engraisse à dix, pour les livrer au boucher. C’est à dix-huit mois ou deux ans qu’on doit couper le mâle. « La nature a fait cet animal indocile et fier, dit encore Buffon; maïs par la castration l’on détruit la source de ces mouvements impétueux, et l’on ne retranche rien à sa force; il n’en est que plus gros, plus massif, plus pesant, et plus propre à l'ouvrage auquel on le destine ; il devient aussi plus traitable, plus patient, plus docile. »
On connaît l’âge des bœufs par les dents et les cornes. Les premières dents de devant tombent à dix mois, et sont remplacées par d’autres, qui sont moins blanches et plus larges; à seize mois , les dents voisines de celles du milieu tombent, et sont aussi remplacées par d’autres, et à trois ans toutes les dents incisives sont renouvelées; elles sont alors égales, longues et assez blanches ; à mesure que l’animal avance en âge, elles s’usent, noircissent et deviennent inégales. Ses cornes croissent toute la vie; on y distingue aisément des bourrelets ou nœuds annulaires qui indiquent les années de croissance, et par lesquels l’âge peut se compter, en prenant pour trois ans la pointe de la corne jusqu’au premier nœud, et pour un an de plus chacun des intervalles æntre les autres nœuds. Ces cornes sont des armes puissantes et redoutables : lorsque l'animal veut en faire usage, il en présente, en baissant la tête, la pointe à son adversaire, le perce, le déchire, et, s’il n’est pas de trop grande taille, le rejette au loin en le lançant en l'air. Les bœufs donnent aussi de violents coups de pieds. Si un loup vient à rôder autour d’un troupeau de vaches, elles forment une enceinte au-dedans de laquelle se tiennent les veaux et les jeunes taureaux dont la tête n’est point encore armée; Panimal féroce n’ose approcher de ce rempart hérissé de cornes, et s’il ne s'éloigne pas, on voit souvent un taureau sortir des rangs et lui donner la chasse. Quoique massifs, les bœufs courent assez vite et nagent assez bien. Ils reconnaissent très-bien l'habitation où on les nourrit et les personnes qui prennent soin d’eux,
L'aurochs des Allemands, zubr des Polonais, bison des anciens naturalistes (bos urus, Gmelin), passe d'ordinaire, mais à tort, pour la souche de nos bêtes à cornes. II s’en distingue par son front plus bombé, plus large que haut; par