BŒUF — BOEUF GRAS
l'attache de ses cornes au-dessous de la ligne occipitale, par la hauteur de ses jambes , par une paire de côtes de plus, par. une sorte de laine crépue qui couvre la tête et le cou du mâle, et lui forme une barbe courte sous la gorge; par sa voix grognante et analogue à celle du porc. L’aurochs est le plus grand des quadrupèdes propres à l’Europe : le mâle a jusqu’à 3,25 de long sur 2 mètres de hauteur au garrot; la femelle n’a guère que 2,95 de longueur. Le poil est d’un brun plus ou moins foncé. C’est un animal farouche, quiavécu longtemps dans toutes les forêts de l’Europe tempérée, où il a diminué à mesure que la population humaine s’est accrue : on le trouvait en Allemagne du temps de César; on ne le rencontre plus aujourd’hui que dans la forêt de Bialowiez et dans les marais boisés du Caucase, où il vit par: troupeaux de trente à quarante individus. On ne peut guère s'expliquer la disparition de cette espèce, dont les individus vivent ordinairement trente ans, que par la stérilité assez fréquente des femelles : en effet, l’aurochs, grâce à sa vigueur extraordinaire et à son courage, n’a rien à redouter des attaques des loups, pas même de celles des ours. Dès le dixseptième siècle , il n’en existait plus en Allemagne que dans une seule forêt voisine de Dantzig; et malgré les soins tout particuliers pris pour y conserver l’espèce, ils en avaïent complétement disparu au dix-huitième siècle. Le dernier individu y fut, dit-on, tué par un braconnier en 1775.
La chair de l’aurochs, exempte de l’odeur de muse qu’exhale sa peau, tient le milieu pour le goût entre celle du chevreuil et celle du bœuf ordinaire, et éfait servie jadis comme une rare délicatesse sur la table des rois de Pologne. La chasse à l’aurochs faisait un des plus magnifiques divertissements de ces monarques.
BOEUF GRAS. La religion chrétienne n’a pas si bien détruit le paganisme qu’il n’en soit resté des traces dans nos mœurs et dans nos usages ; les fêtes populaires surtout n’ont fait que changer de nom et d’objet, car il faut foujours que le peuple s’amuse , et les plus graves législateurs n’ont pas dédaigné de tolérer ses plaisirs les plus fous. C’est ainsi que les Parisiens jouissent encore annuellement de la procession du bœuf gras.
Cette coutume singulière, qui mêle, pour ainsi dire, la mascarade de la brute avec celle de l’homme, est susceptible d’une foule d’explications également probables ou in-
génieuses. Il suffit de passer en revue les différentes opi-
nions des savants , qui dépensent volontiers tant de lumières en pure perte, pour éclaircir ce qui n’a pas besoin d’être éclairci. Ceux qui voient dans le bœuf gras une allégorie ne se trompent point; mais ils ont peine à en trouver le véritable sens. Les uns ont vu dans le bœuf gras un reste du culte astronomique, parce que cette fête a lieu ordinairement à l’équinoxe-.du printemps, et sous le signe du Taureau, époque vénérée dans les religions antiques, à cause de la nature qui entre en séve. Le zodiaque a joué en effet un grand rôle chez les anciens peuples, et les Gaulois , nos pères, adoraïent, parmi leurs divinités, le taureau revêtu de l’étole sacerdotale, et surmonté de trois grues prophétiques, comme on le trouve représenté sur une des pierres druidiques découvertes à Notre-Dame. On peut alors remonter au bœuf Apis, symbole de la fécondité de la terre, et chercher notre bœuf gras dans les temples de l'Égypte des Pharaons. Par malheur, la ressemblance n’est pas complète, car tuer le bœuf Apis était un sacrilége, que se permirent seuls les soldats de Cambyse à Memphis. Il est aussi raisonnable de rendre le bœuf gras aux Chinoïs, qui dans la fête du printemps promènent un bœuf et l’immolent après pour le dépecer en morceaux, que l’empereur envoie à ses mandarins. Les bœufs n'étaient pas moins estimés dans la mythologie grecque, car Jupiter se métamorphosa en taureau pour enlever Europe; Cybèle et Triptolème attelaient leurs chars avec des taureaux. Les Romains inventèrent même une déesse des bouchers, nommée Bovina,
BOŒUF GRAS — BOGDANOWITCH
En France, les bœufs furent en honneur sous les rois de la première race, qui adoptèrent l’attelage de Cybèle et de Triptolème; ces princes fainéants estimaient la lenteur endormante des bœufs de leurs écuries. Saint Marcel, évêque de Paris, dompta par ses prières un taureau furieux , et le souvenir de ce miracle fut consacré par un bas-relief en pierre qu’on plaça dans l’église dédiée sous l’invocation de ce saint. L'église de Saint-Pierre aux Bœufs, dans la Cité, offrait pareillement deux bœufs sculptés sur le portail.
Le bœuf gras me paraît figurer le carnaval, temps où l'on mange de la chair, et, si je puis m’exprimer ainsi, le triomphe de la boucherie, La mort de ce bœuf, qu'on tue la veille du mercredi des Cendres, se rapporté bien à la fin des jours gras, auxquels va succéder le carème, qui était autrefois si rigoureux que les boucheries étaient fermées. N'est-il pas vraisemblable que les garçons bouchers aient célébré la fête de leur confrérie, de même que les clercs de la basoche plantaient le mai à la porte du Palais de Justice? Ensuite, les bouchers de Paris ayant eu jadis plusieurs querelles et procès avec les bouchers des templiers, il est fort naturel qu’ils aient témoigné leur reconnaissance des priviléges que le roi leur accorda en dédommagement, par des réjouissances publiques qui se sont perpétuées jusqu’à nous. Cette idée est d'autant plus admissible que le bœuf gras partait de PApport-Paris, ancien emplacement des boucheries hors des murs de la ville, et qu’il était conduit en pompe chez les premiers magistrats du parlement,
Toujours est-il certain que cette fète existe depuis des siècles : on nommait le bœuf gras bœuf villé, parce qu'il allait par la ville; ou bœuf viellé, parce qu’il marchait au son des vielles; ou enfin bœuf violé, parce qu’il était accompagné de violes ou violons. Les enfants avaient imaginé un jeu de ce nom, qui consistait à couronner de fleurs un d’entre eux, et à le conduire en chantant comme au sacrifice : ce jeu-là , cité dans plusieurs vieux auteurs, s’appelait encore Ze bœuf mori. ;
Les premières descriptions qui s'étendent sur les détails de cette cérémonie sont à peu près telles qu’on les ferait encore. La procession de 1739 est la plus mémorable dont les historiens fassent mention : le bœuf partit de l’'Apport- Paris, la veille du jeudi gras, par extraordinaire; il était couvert d’une housse de tapisserie, et portait une aigrette de feuillage, à l'instar du bœuf gaulois. Sur son dos on avait assis un enfant nu avec un ruban en écharpe; et cet enfant , qui tenait dans une main un sceptre doré, et dans l’autre une épée nue, était appelé Ze roi des bouchers. Jusqu’alors les bouchers n'avaient eu que des maïtres, et sans doute ils voulurent rivaliser avec les merciers, les barbiers et les arbalétriers, qui avaient des rois. Le bœuf gras de 1739 avait pour escorte quinze garçons bouchers vêtus de rouge etde blanc, coiffés de turbans de diverses couleurs ; deux le menaient par les cornes, à la façon des sacrificateurs païens ou juifs. Les violons, les fifres et les tambours précédaient cette marche triomphale, qui parcourut les quartiers de Paris pourse rendre aux maisons des prévôts, échevins, présidents et conseillers, à qui cet honneur appartenait, Le bœuf fut partout le bienvenu, et ses gardes du corps largement payés. Mais le premier président du parlement m’étani pas à son domicile, on ne le priva pas de la visite du bœuf gras, qui fut amené dans la grande salle du palais par l'escalier de la Sainte-Chapelle, et qui eut l'avantage d'être présenté au président en plein tribunal, Le président, en robe rouge, accueillit bien le pauvre animal, qui s’étonnait de cetle promenade dans les salles du Palais, au mi-
lieu des procureurs et des avocats : c’était outre-passer la licence du carnaval.
La révolution de 1791 ne respecta pas plus le bœuf gras qu’elie ne respecta ie trône et l’autel; avec le carnaval disparurent le bœuf, la musique et la gaieté. Tout était déguisé €n deuil, et on égorgeait des victimes humaines, Napoléon 5
qui avait à cœur d'occuper le peuple, pour que le peuple ne s’occupât point de fui, rétablit par ordonnance le carnaval et le bœuf gras; mais longtemps la police seule fit les frais de ces bacchanales de rues et de places. Le roi des bouchers s'était changé en Amour, et avait quitté sceptre, épée, pour un carquois, pour un flambeau. L'empire, qui rajeunissait la noblesse, ramassait les friperies mythologiques. La police devint philanthrope : après la mort de plusieurs enfants qui s'étaient enrhumés à la pluie et au froid, on supprima le roi du bœuf gras, c'est-à-dire qu’on le relégua dans un char olympique, à la queue du cortége. Mais les
Égyptiens, les Chinois, les Gaulois, reconnaîtraient-ils
dans cette parade pitoyable l’emblême commémoratif de la fécondation de la terre ?
Depuis cette rénovation d’une coutume nationale, le bœuf gras se promena tous les ans, pendant la Restauration et le gouvernement de Juillet, le dimanche ét le mardi gras, visitant, dans sa lournée, entouré de la cour de Jupiter, sale et crottée, à cheval et en voiture, les fonctionnaires publics , les pairs, les députés et le roi. La révolution de Février fit échec au bœuf gras.Il n’y en eut ni en 1848 nien 1849.En 1850 le préfet voulut bien autoriser les promenades de bœuf gras , mais il refusa la subvention que l’administration municipale était dans l'usage d’accorder. Aucun boucher de Paris n’osa acheter le bœuf gras dans ces conditions; un boucher de la banlieue s’en rendit acquéreur, et le bœuf César fit les délices des autorités et de la population suburbaines.Le cortége n'en fut pas moins magnifique. Rien n’y manquait, et la cavalcade avait autant de fraicheur. Paris rougit de sa défaite, et dès l’année suivante le bœuf gras se repromena dans la capitale, rendant visite à de riches particuliers autant qu'aux autorités cons-
ituées. Bientôt on ne se contenta plus d’un seul animal et
sous le second empire on a compté jusqu’à six bœufs traînés sur des chars. Cette promenade ridicule n’a pas eu lieu à Paris en 1871, nien 1872. Paul Lacroix.
BOG, BUG ou BOUG. Deux fleuves appartenant en majeure partie à l'empire russe portent ce nom,
Le Bog occidental prend sa source dans de petits lacs du cercle de Lemberg (Galicie autrichienne), traverse des marais, où il forme un grand nombre d’iles, baigne, après un cours de 128 kilomètres, la frontière russe, entre en Pologne près de Nurez, devient navigable dans le gouvernement de Bialystock, reçoit la Narew près de Sierock, et enfin, après un cours de 730 kilomètres, se jette au-dessus de Varsovie, près de la forteresse de Modlin, dansla Vis tule, dont il est le plus grand affluent. Le Bog occidental n’a pas un cours rapide; dans l'été, sa profondeur varie de 0,46 à 37,10; ce n’est qu’au printemps et en automne qu'il atteint à une hauteur de 3°,70 et devient navigable, Dans son cours inférieur cependant il ne manque pas de passes, et le gouvernement ne néglige rien pour le rendre propre à la navigation. Ses autres affluents sont, en Autriche, la Biala , le Ssoloki, la Chutschawa, la Krschna; en Russie, le Lug, le Muchawez, le Nurez, la Lssna ; en Pologne, le Liwiec et le Brock. s
Le Bog oriental, l'Hypanis des anciens, a sa source dans la Podolie, près de la frontière du gouvernement de Volhynie, et, après un cours de 800 kilomètres, se jete dans le liman du Dniéper, Il est navigable jusqu’au-dessus de Wosnessensk, même pour de petits navires, chargés principalement de sel.
BOGARMITES. Voyez Bocomires.
BOGDANOWITCH (Hippozyre FéÉvorowiTcu ), Sarnommé l’Anacréon russe, naquit en 1743, à Péréwoloczno, dans la Petite-Russie. Il était fils d’un employé, qui le destina d’abord au génie : c’est dans ce but qu'il vint à Moscou en 1754, et entra dans l'institut ntathématique de cette ville ; mais les poésies de Lomonossoff et une brillante représentation théâtrale à laquelle il assista éveillèrent en
ui la passion de la poésie. Il voulait d'abord se faire acteur; mais Cheraskoff, directeur du théâtre, l’en dissuada ; bien plus , frappé des dispositions extraordinaires et touché de lamabilité du jeune Bogdanowitch , il le prit chez lui, et l’envoya à l’université. Bogdanowitch se mit à étudier les règles de l’art et plusieurs langues étrangères. Son caractère, plein de candeur et de bonté, lui attira des protecteurs et des amis, dont le plus distingué fut le comte Michel Ivanovitch Dachkof. En 1761 il fut nommé inspecteur à l’université de Moscou, puis attaché. en 1765, comme traducteur, aù collége des affaires étrangères. En 1766 il accompagna le comte Bjeloselski à Dresde, avec le titre de secrétaire de légation, ets’y consacra tout entier jusqu’en 1768 à l’étude des arts et de la poôsie. Les chefs-d’œuvre de peinture du musée de celte ville lui inspirèrent le poëme de Psyché (Douchenka ), qui parut en 1775, et commença à établir sa réputation sur de solides fondements. C’est une espèce de traduction du poëme de La Fontaine. Il vécut ensuite dans la retraite à Saint-Pétersbourg, tout entier à la littérature, s’occupant d’une traduction de l’Histoire des Révolutions de la République Romaine par Vertot (Pétersbourg, 1771-75) et de quelques autres ouvrages, entre autres du poëme adressé par Gianetti à l’impératrice Catherine II. 11 entreprit ensuite la Peinture historique de da Russie (1777), et rédigea pendant dix-huit mois l’Zndicateur de Pétersbourg (1778). Déjà en 1763 il avait publié un journal périodiquesous le titre du Passe-temps innocent. Catherine, qui avait appris à le connaître par sa traduction de Gianetti, le tira de sa solitude. Alors il fut chargé de composer divers ouvrages dramatiques. On lui doit aussi un précieux recueil de Proverbes russes (Pétersbourg, 1735, 3 vol.). En 1780 il fut nommé membre du conseil des archives de l'empire, et en 1788 président de ce même conseil. En 1795 il se démit de ses fonctions, et vécut sans emploi dans la Petite-Russie. Il mourut en 1803, dans une terre qu’il possédait près de Kursk. Sa modestie égalait son talent, et à la candeur la plus naïve il alliait toute Ja bonté, toute la loyauté d’une belle âme.
BOGHAR, ville de l'Algérie, chef-lieu du cercle de la subdivision de Médéah, avec 539 habitants. La montagne de Boghar, que le Chélif contourne aux deux tiers eniron de sa base, forme sur le Petit Désert une espèce de cap avancé d’où l’on aperçoît le Sahara, au delà du Djebel- Amour. Ses environs sont couverts de sapins, de genévriers, de thuyas, de hautes futaies, L'eau jaillit de toutes parts d’un sol composé de roches calcaires tellement friables qu’au moindre souflle du-simoun l’atmosphère est obscurcie d’une poussière malsaine.
Boghar était un des établissements fondés en juillet 1839 par Abd-el-Kader, sous la surveillance de son kalifat El-Berkani. En 1841 le général Baraguay-d’Hilliers, opérant sur le Bas-Chélif, détruisit son fort et l’incendia. Mais comme c’élait une position qu’il importait de conserver, les ruines en furent relevées; on y construisit une caserne, des fortifications, et bientôt une nouvelle ville naquit comme par enchantement des cendres de la ville arabe. Boghar s'agrandit chaque jour; son marché est un des plus importants de d'Algérie, et il s’y fait des opérations considérables dans le commerce des laines. C’est de Boghar, où il avait établi un poste provisoire, qu’élait parti le duc d’Aumale lorsqu'il surprit la smala d'Abd-el-Kader.
Un décret du 27 janvier 1869 a rattaché Boghar à la nouvelle commune de Boghari, qui compte 2,193 âmes, pour en former un centre commun. Celle-ci sert d’entrepôt à une partie du commerce entre le Tell et le désert.
BOGOMILES ou BOGARMITES (de deux mots bulgares, Bog, Dieu, et milvi, avoir pitié), noms d’une secte d’héretiques qui parurent à Constantinopleau commencement du douzième siècle, sous le règne d'Alexis Comnène. Ils aiaient le mystère de la Trinité, et disaient que le monde
BOGDANOWITCI — BOGOTA
avait été créé par les mauvais anges; que Jésus-Christ n’avait eu qu'un corps fantastique, et que l’archange Michel s'était incarné ; ils rejetaient les livres de Moïse, et ne reconnaissaient que sept livres de la sainte Écriture. Ils méprisaïient les croix et les images, soutenaient que l’Oraison do: minicale, qui était leur seule prière, était aussi la seule eucharistie; que le baptème de l’Église catholique était celui de saint Jean, et que k leur était celui de Jésus-Christ; que tous ceux de leur secte coneevaïient le Verbe comme la sainte Vierge; enfin, qu’il n’y avait point d’autre résurrection que la pénitence. Ces gens, qui se confiaient à la miséricordé de Dieu , ainsi que le constate leur nom même, ne pouvaient payer trop cher des erreurs aussi coupables, et Basile, un de leurs chefs, médecin de profession, ayant refusé
. de les abjurer, fut brûlé publiquement à Constantinople.
Cette secte des bogomiles existe encore aujourd'hui en Russie, où elle est une des nombreuses divisions des raskolniks, ou hérétiques grecs. Ses adhérents sont accusés de se livrer à tous les excès de la sensualité et de se dispenser du travail, comme les messaliens, pour être plus aptes à recevoir le Saint-Esprit, qui doit venir les éclairer.
Edme HÉREAU.
BOGOTA où SANTA-FÉ DE BOGOTA, capitale des nouveaux États-Unis de la Colombie, dont elle forme le district fédéral, est située sous le 4° 36, de latitude septentrionale, sur un vaste plateau de 370 kilomètres de long sur 148 de large, à 2,542 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur le versant occidental des Cordillières orientales ou chaîne de Suma-Paz. Elle est bâtie sur la rive gauche du Rio de Bogota, qui se jette dans le fleuve Magdalena au pied des monts Montserrat et Guadeloupe, qui portent à leurs cimes des couvents d’où l’on jouit d’une vue magnifique, et dans le voisinage du lac Satarita. Bogota est le siége du gouvernement, du congrès , de l’administration centrale et d’un archevêché ; c’est incontestablement la plus belle ville de tout le pays. Exposée à de fréquents tremblements de terre, dont l’un , celui du 16 novembre 1827, la détruisit en grande partie, elle doit à ces catastrophes de s’embellir sans cesse en se reconstruisant. Ses maisons étant entourées de vastes jardins , elle occupe un emplacement considérable, Ses rues,
| larges et tirées au cordeau, sont payées, garnies de trot-
toirs, ornées d'arbres et éclairées la nuit; mais elles ne sont pas très-propres, quoique la ville soit traversée par des cours d’eau. La plus grande et la plus belle estla Calle de la Republica, débouchant sur la place du Marché, la plus magnifique des sept qui décorent Bogota, et qui toutes sont très-vastes et ornées de fontaines. C’est sur cette place que s'élèvent le palais du Gouvernement, bâti en 1825 ; la Douane, et la cathédrale, reconstruite en 1814, où l’on voit une statue de la Vierge célèbre par la richesse de sa parure. Bogota renferme , en outre, vingt-neuf églises, douze couvents, quatre hôpitaux, une université très-fréquentée, qui date du seizième siècle, une bibliothèque publique, un cabinet d’histoire naturelle, une académie nationale, une académie de médecine et une de droit , un jardin botanique, un observatoire, plusieurs colléges, une école des mines, plusieurs écoles élémentaires, quelques écoles supérieures pour les filles (les premières qui aient été établies dans l’'Amérique espagnole), un hôtel des monnaies et un théâtre. On évalue la population à 50,000 habitants, vivant dans une grande aisance, due au commerce considérable qu'ils font et à l'exploitation des mines. Ils sont au reste fort avides de plaisirs, et ne se piquent pas, dit-on, de mœurs exemplaires. On vante, d’ailleurs, leur politesse et la beauté de leurs femmes.
Le port de Bogota est Za bodega de Bogota, sur la Magdalena. La Meta, affluent de l’Orénoque, offre aussi un débouché au commerce vers l'orient, On projette une route qui mettra Bogota en communication avec Buenaventura sur l'océan Pacifique, et qui sera d’une grande importance pour