‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 216 sur 527 · BOILEAU — BOINDIN · texte numérisé non relu

BOILEAU — BOINDIN

cond, d’une agréable brusquerie, religieux observateur du | vrai goût, hon écrivain en vers, d’une correction savante, d’un enjouement ingénieux, tel qu’il fallait pour imposer aux jeunes courtisans, pour agréer aux vieux, el pour être estimé de tous : honnête homme et d’un mérite solide. » On s’est demandé si Despréaux était nn poëte, à supposer qu'on réserve uniquement ce titre aux êtres fortement doués d’âme et d'imagination. Cependant Le Lutrin seul ne nous révèle-t-il pas un talent capable d'invention et surtout de grandes beautés de détail? En somime, il fut l’oracle de la cour et des lettres d'alors, tel qu'il le fallait pour plaire à Patru et à Bussy, à d’Aguesseau et à M de Sévigné, à Arnauld et à M®% de Maintenon, poële auleur, sachant converser et vivre, mais véridique, irascible à l’idée du faux, prenant feu pour le juste, et arrivant quelquefois par sentiment d'équité littéraire à une sorte d’attendrissement moral et de rayonnement lumineux, comme dans son Épitre à Racine. 11 était pourtant injuste aussi lui-même souvent, comme lorsqu'il oublie la fable dans l’Aré poétique, parce qu’il aurait fallu rendre hommage au génie de La Fontaine. On sait encore avec quelle facilité il frainait dans ses satires des nums à sa convenance, outrepassant ainsi les droits d’une critique impartiale, Cependant, il réforma la poésie. Ce qui le tuait, disait-il, dans sa Satire des Femmes , c'était la difficulté des transitions ; il faisait le vers à la Vauban. « Les transitions valent les circonvallations, ajoute M. Sainte-Beuve; la grande guerre n’était pas encore inventée. Son Épitre sur le passage du Rhin est un tableau de Van der Meulen. On a appelé Boileau le janséniste de notre poésie; c'était le gallican qu'il fallait dire. Son style est sensé, soutenu, élégant, grave; mais cette gravité va quelquefois jusqu’à la fatigue, ce bon sens jusqu’à la vulgarité. L’un des premiers il introduisit dans les vers la manie des périphrases, dont nous avons vu sous Delille le déplorable triomphe, et qu'Émile Deschamps appelle spirituellement des logogriphes en huit alexandrins. Ceperdant , il est et restera un de nos modèles, En général, Boileau attache trop de prix aux petites choses. Sa théorie du style, celle de Racine lui-même, n'est guère supérieure aux idées que professait à cette époque le bon Rollin, Sa timidité de bon sens est telle que de son vers la métaphore ne jaillit presque jamais, une, entière, indivisible, tout armée ; il la compose , il l’achève à plusieurs reprises, il la fabrique avec labeur, et l’on aperçoit la trace des soudures, « Quoi qu'il en soit, tout le monde est d'accord à rendre hommage à la multitude de traits fins et solides, de descriptions artistement exécutées, à cette moquerie charmante, mais trop rarement modérée, à cette causerie plaisante et sérieuse qui brillent dans presque toutes les pages de Boileau. M. Cousin le met à la suite de Corneille, de Racine, de Molière et de La Fontaine. l' vient après eux, il est vrai, dit-il, mais il est de leur compagnie : Boileau manque d'imagination et d'invention; il n’est grand que par le sentiment énergique de la vérité et de la justice. Il porte jusqu’à la passion le goût du beau et de l’honnète; il est poëte à force d'âme et de bon sens. Plus d'une fois son cœur lui a dicté les vers les plus pathétiques! »

BOILEAU (Jacques), membre de la Convention nationale, né à Avalon, en 1752, mort guillotiné, le 31 octobre 1793, fut d’abord juge de paix dans sa ville natale, puis député de l'Yonne à la Convention, où il prit place parmi ies Girondins . Après avoir, dans le procès de Louis XVI, opiné pour la mort, il fut envoyé en mission à l’armée du nord. À son retour à Paris, il dénonça la Commune de Paris, et surtout Marat, qu’il appelait un monstre, et demanda que la tribune nationale fût purifiée toutes les fois que ce représentant du peuple y monterait. C’en était bien assez assurément pour être signalé aux vengeances du parti de la terreur. Aussi fat-il compris dans le décret de proscription rendu contre la

DICT. DE LA CONVERS. — T,. fl.

Gironde. Il n’essaya pas de fuir, se laissa incarcérer et condamner, et sut mourir avec courage.

BOILLY ( Louis-Léopob), peintre, néen 1748, à La Bas sée, département du Nord, mort à Paris en 1845.11 peignait le genre et le portrait, et était doué d’une remarquable fecondité. Tresca, Petit et Chaponnier ont gravé d’après lui plus de cent feuilles, Ses œuvres se font remarquer par la verve et la légèreté du pinceau; et dans le nombre on cite surtout ses Scènes du Boulevard, sa Lecture des Journaux et son Théätre de Polichinelle.

BOIN (ANronxe), médecin et député du Cher, naquit à Bourges, le 19 janvier 1769 Il fut pendant les premières années de la révolution de 1789 attaché aux arinées du nord et de la Hollande, On le retrouve en 1810 faisant partie du jury médical, du conseil des hospices, du conseil général et du collége électoral de son département. En 1815 il reçoit la décoration de la Légion d'Honneur des mains du duc d'Angoulême, et figure la même année à la chambre introuvable, où il vote d’abord avec l'opposition et soutient le droit de pétition, mais où, dans la même session, il parle en faveur du projet de loi contre les cris séditieux et fait imprimer son opinion sur la loi dite d’amnislie, qu'il adopte sans restriction,

Réélu en 1816, il paraît se mouvoir décidément dans la sphère ministérielle. En 1820, lors de la discussion de la loi électorale, il attache fatalement son nom à un déporable amendement qui accorde le double vote aux électeurs des colléges de département, et qui enfante ainsi une nouvelle chambre, d’où sortiront les lois funestes de l’irndemnilé, du sacrilége, du droit d'aînesse, etc. Le prix de ce dévouement aveugle ne se fit pas attendre : quelques mois après Boin recevait la place d’inspecteur général des eaux minérales de France, aux appointements annuels de 12,000 fr., et en 1823 la croix d’officier de le Légion d'Honneur. Cette double faveur le maintint dans la voie ministérielle jusqu’en 1827, où il abandonna la carrière politique et donna sa démission de toutes ses places. Depuis ce temps personne ne s’est plus guère occupé de lui, et nous ignorons l’époque de sa mort.

Médecin médiocre, on lui doit, entre autres opuscules, une Disserlalion sur la chaleur vitale ; un Coup d'œil sur le Magnétisme ; un Mémoire sur la maladie qui régna en 1807 chez les Espagnols prisonniers à Bourges ; un autre Mémoire sur le Choléra de 1832, etc. |

BOINDIN (Nicocas), littérateur estimable, né à Paris, le 29 mai 1676, mort le 30 novembre 1751, était le fils d'un procureur du roi au bureau des finances. Il était venu au monde avec une constitution si chétive qu’on n'aurait pas pu croire qu’il fournirait une si ‘ongue carrière. Il en fut très-probablement redevable à la sagesse d’une vie qu'il consacra tout entière à la culture des lettres. Lorsque après une enfance et une ado’'escence valétudinaires, la force vitale prit en lui le dessus, on le fit entrer dans les mousquetaires. Il était alors âgé de vingt ans ; maïs 11 ne tarda point à reconnaître qu'avec une aussi débile santé la nature ne l'avait évidemmient pas destiné à la rude carrière des armes. Il y renonça donc, et prit le parti de se vouer désormais à l'étude.

Esprit fort, il faisait ouvertement profession d'athéisme; aussi plus tard le cardinal de Fleury mit-il son veto absolu à ce qu'il fût élu membre de l’Académie Française, où ce= pendant, come littérateur, il avait b'en autrement de droits à être admis que tels ou tels de ses contemporains qui avec un bagage des plus légers virent s'ouvrir devant eux, à deux battants, les portes-du sénat académique. Boindin dut donc se contenter d’un fauteuil à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, où il avait été admis dès 1706. Quelques dissertations intéressantes imprimées dans les Mémoires de cette compagnie justifient le choix dont il avait été l'objet de sa part. Nous citerons, entre autres us Discours sur

les tribus romaines, où l’auteur examine leur origine, l’ordre de leur établissement, leur situation, leur étendue et leurs divers usages suivant les temps; un Discours sur Les masques et les habits de théâtre des anciens; et un Discours sur la forme et la construction des théâtres des anciens, qui témoignent de profondes et sagaces recherches archéologiques. Des travaux si sérieux n’empéchaient pas Boindin de cultiver en même temps la littérature légère et même d'écrire pour le théâtre. Lié d'amitié avec Saurin et Lamotte, il composa en collaboration avec ce dernier Les Trois Gascons, comédie en un acte, où l’on trouve quelques traits fins et agréables, et au sujet de laquelle les deux auteurs se disputèrent plus tard relativement la mesure des droits de paternité que chacun d’eux pouvait revendiquer dans l’œuvre commune; et Le Port de mer (1704). Il donna seul, en 1702, Le Bal d'Auteuil, comédieen trois actes et en prose, avec un prologue. Le roi chargea le marquis de Gêvres de réprimander les comédiens d’avoir représenté une comédie aussi libre, et qui fut retirée du théâtre après quelques représentations. C’est à l’occasion de cette pièce que fut instituée la censure dramatique, dont le besoin ne s'était pas fait sentir jusque alors. ‘Très-maltraité dans les fameux couplets attribués à J.-J. Rousseau, Boindin refusa de croire que celui-ci en fût l’auteur, et écrivit un mémoire pour gratifier de cette infamie son ancien ami Saurin. Duclos, qui dans sa jeunesse l’avait souvent rencontré au café Procope, le rendez-vous des beaux-esprits au dix-huitième siècle, rapporte que c’est à Boindin que Fontenelle dit un jour, dans le cours d’une discussion, ce mot si célèbre : « J’aurais la main pleine de vérités, que je ne l’ouvrirais pas pour le peuple. » Il en coûta à Boindin d’avoir été moins discret que Fontenelle. À sa mort, on lui refusa les honneurs de la sépulture; et il fallut linhumer secrètement. Laplace raconte qu'il disait à un homme qui partageait ses opinions en matière de religion, et qu’on inquiétait : « On vous tourmente parce que vous êtes un athée janséniste; moi, on me laisse en paix parce que je suis un athée moliniste. » Cette piquante distinction peint bien la politique des jésuites.

BOINVILLIERS (Jean-Érienne-Junrra FORESTIER, dit), ayant nom aussi Desardins, naquit à Versailles, le 3 juillet 1764. Ses études à peine ébauchées, il ne craignit pas d'ouvrir un cours public de belles-lettres dans la capitale, en concurrence à celui que La Harpe faisait au Lycée; de nos jours il eût probablement discouru de omni re scibili et quibusdam alië dans le feuilleton de quelque journal en crédit. Le peu de succès de son enseignement ne lui inspira pas, du reste, la moindre rancune contre une génération ingrate; on le vit, au contraire, embrasser avec enthousiasme, voire avec une certaine exaltation, les principes de notre grande révolution, que des erreurs et des excès ne devaient pas tarder à déshonorer; erreurs et excès que, pour sa part, Boinvilliers désavoua un peu tardivement dans une pièce de vers recueillie en 1807 par l’Almanach des Muses. Ce fut en effet sous l'influence des idées Les plus avancées que notre grammairien tenta, à cette époque de transformation, d'aborder la carrière dramatique. En 1792 il composa une comédie en deux actes et en vers : Monsieur le Marquis, et en 1793 Condorcet en fuite, fait historique en trois actes. La scène, moins accessible pour lui que ne le fut plus tard l’Al/manach des Muses, ce constant asile du malheur, ne s’ouvrit point aux drames d’un rimeur tout au plus doué de l'esprit d'analyse, et qui se consola de cet échec en pensant qu'il était appelé à devenir le Montesquieu du nouvel ordre de choses.

En 1794 il publiait, mais avec un insuccès au moins égal, le Manuel du Républicain, ou le Contrat Social mis à la portée de tout Le monde. Désappointé et désillusionné, Boinvilliers eut enfin le bon sens de comprendre qu’il lui serait plus profitable de traduire le De Viris illustribus du P. Lhomond, les Fables de Phèdre, d'abréger le Diction-

BOINDIN — BOINVILLIERS

naire de Boudot, d’annexer un petit lexicon à des éditions classiques de Cornelius Nepos, de Phèdre, et de l’Appendice du P. Jouvency, et de composer un double recueil de Cacographie et de Cacologie, mots barbares, qui n’ont point de cordes à eux sur la lyre. Une fois engagé dans cette voie modeste, mais productive, il ne s'arrêta plus, et se mit à entasser volume sur volume. Compilateur infatigable, il faisait et refaisait incessamment des ouvrages déjà faits et refaits cent fois avant lui. C’est qu’il avait deviné tout le parti qu’on peut tirer d’un nom devenu à tort ou à raison populaire dans les classes; et admirablement servi à cet égard par Pabsence de toute concurrence, il réussit bientôt à attacher le sien à cette foule d'ouvrages, dits classiques, qui font le désespoir et le tourment des écoliers; compilations le plus souvent informes, et cependant mille fois plus productives pour l'industriel universitaire que ne le seraient les chefs-d’œuvre de esprit humain. Successivement professeur à Beauvais, censeur à Rouen,

inspecteur de l'académie de Douai, il n’y a pas d’exagé-

ration à dire que Boinvilliers fut pendant toute la durée de l'empire le véritable grand-maître de l’université, laquelle n’eut garde, au reste, de ne pas s’agréger plus intimemént une si notoire capacité, et le fit recteur d’académie. Pendant longtemps il n’y eut pas de bonne distribution de prix si elle n’était présidée par Boinvilliers, pas d'exercice littéraire propre à servir de prospectus à un établissement particulier, s’il n’était honoré de la présence du grand faiseur. Nous nous rappelons l'avoir entendu, dans une solennité de ce genre, interroger un petit bonhomme sur l’£Epitome Hisloriæ Sacræ. X\ s'agissait de traduire en bon français la première phrase de cet utile abrégé : Deus creavit cælum et terram intra sex dies. Le pauvre enfant, tout troublé d’avoir à parler en public, balbutiait la phrase que son professeur lui répétait chaque matin depuis six mois : Dieu créa le ciel et la terre en six jours. « Ce n'est pas là du bon français, » interrompt avec emphase léloquent président; puis, après quelques instants de recueillement, il ajoute d’une voix sonore et d’un air inspiré : « Voici comment il faut dire, mon petit ami : Deus, l'Être suprême; creavit, fit jaillir du néant; cœlum, la voûte éthérée, etc, etc. ; » et tout l'auditoire charmé d’applaudir…

Tant de succès devaient naturellement porter Boinvilliers à croire qu'il était destiné aux suprêmes honneurs littéraires. En {819 il se présenta donc pour remplacer l’abbé Morellet à l'Académie Française ; mais il n’obtint pas même l'aumône d'une voix. Frappé au cœur par cette injustice, il se retira à Ourscamp, dans le département de l'Oise, où il rendit le dernier soupir, en 1830, oublié depuis longtemps déjà, après avoir eu le chagrin de voir une foule de spéeulateurs universitaires se partager ses dépouilles classiques bien avant sa mort.

BOIN VILLIERS ( Ernesr-ÉLoi), fils du précédent, né à Beauvais, le 28 novembre 1799, fut reçu avocat au barreau de Paris en 1827, et devint même en 1848 bâtonnier de l’ordre. Dans les dernières années de la Restauration ce jeune nourrisson de Thémis, comme eût dit son père, s'était fait remarquer par l’ardeur de ses opinions libérales, et avait même été l’un des fondateurs de la Charbonnerie française. Nommé depuis la révolution de Juillet avocat de la ville de Paris, il dut faire à cette lucrative clientèle le douloureux sacrifice de ses premières convictions politiques. Après avoir été candidat malheureux de l'opposition, il réussit le 8 juillet 1849 à entrer dans l'Assemblée législative, où il vota d’abord avec les réactionnaires, puis avec le parti de l'Élysée. Aussi fut-il appelé dès 1852 dans le conseil d'État, dont il devint l’un des membres les plus laborieux ; il y présida successivement la section des finances, celle de lin térieur et celle des travaux publics. Nommé sénateur le 5 octobre 1864, ce fut sur sa proposition que le droit de veto du sénat fut affranchi en 1869 dela restriction obliga-

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toire d'une résolution motivée. Il est grand-officier de la Légion d'honneur,

M. Boinvilliers a deux fils. — L’ainé, Ærnes{, né en 1822, exerce la profession d'avocat. Le jeune, £douard, né en 1826, siégeait depuis 1857 au conseil d'État en qualité de maltre des requêles Il est auteur de quelques ouvrages d'instruction élémentaire et d'Études politiques et écono- Riques (1860-1865, 3 vol. in-8°).

BOIRE (en latin bibere). Ce verbe, que l’on emploie aussi substantivement , en disant le boire, comme on a fait de plusieurs autres verbes le manger, le diner, le souper, etc., exprime l’action d’avaler un liquide. La nature, qui à voulu ajouter un plaisir à la satisfaction de chaque besoin, a fait de celui-ci le plus vif et le plus universellement répandu, plaisir que ne peut émousser la jouissance, et qui se renouvelle fréquemment, comme le besoin auquel il répond. Mais comme il n’est rien dont l’homme n’abuse, il a transformé la satisfaction d’un instinct salutaire en un acte de sensualité souvent funeste, et, selon l'expression du barbier philosophe, boire sans soif est un des caractères qui nous distinguent des autres bêtes. Si certains peuples diffèrent entre eux sur la préférence à donner à telle ou telle boisson, moins sans doute par divergence de goût que par l'impossibilité ou la difficulté de se procurer celle qui eût fixé leur choix, ils sont tous d'accord sur le plaisir qu’ils trouvent à étancher leur soif et à la voir renaître pour l’apaiser de nouveau , et tous l'ont célébré dans leurs chants, depuis Anacréon qui disait : « La terre boif l'onde, larbre boit la terre, la mer boit les airs, le soleil boi£ la mer, et la lune le soleil : amis, pourquoi me reprocher de boire? », jusqu'à Panard qui chantait :

Comme les fleurs de mon jardin, Je prends racine où l’on m’arrose.

Mais si cet auteur voulait qu’on gardât

La grande mesure pour boire, Et la petite pour l'amour,

l’Anacréon moderne dit avec plus de modération :

.… Même dans un grand verre Il faut boire à petits coups.

Cependant l'excès de cette jouissance a pour résultat inévitable d'énerver l’homme et de l’abrutir, en le rendant esclave d'un besoin qui, de naturel qu’il était, devient factice, et, sans pouvoir jamais être satisfait, finit par user toutes les facultés physiques et par altérer les facultés morales. Néanmoins, il s'est généralement opéré dans les mœurs un changement notable à cet égard : nos aïeux buvaient plus que nous. Est-ce à dire qu'ils buvaient mieux? il est permis d'en douter; du moins, on peut affirmer que l’on exalle beaucoup moins aujourd’hui le triste mérite de £enir autant de vin qu'une cruche. Sans se restreindre absolument à ne boire, à l'exemple des dames, qu’un doigt de vin à sesxepas, sans refuser de boire un rouge bord, ou de boire rasade, dans l’occasion, avec ses amis, el surtout de boire frais, ce qui, bien certainement, centuple le plaisir ; si l’on permet même de boire à longs traits ou de boire sec à celui qui n’en est pas incommodé, personne n’est plus jaloux de boire comme un trou, comme un chantre, comme un sonneur, comme un musicien 5 comme un templier, qualifications synonymes, fort contestables et fort contestées. Quelques étymologistes soutiennent qu’au lieu de templier, il faudrait dire £emprier, qui est l’ancien nom des ouvriers employés à la fabrication du verre; ce qui donnerait plus de fondement au proverbe, à cause de la grande chaleur à laquelle ces ouvriers sont exposés , et qui doit exciter plus fréquemment et plus violemment leur soif; raison qui a également enfanté le proverbe du peuple de Paris : boire comme un pompier ; et celui des Italiens, boire comme un moissonneur.

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