‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 218 sur 527 · BOIRE — BOIRE A LA SANTÉ · texte numérisé non relu

BOIRE — BOIRE A LA SANTÉ

gréments que les gens bien élevés ne regardent personne en buvant et ne boivent que lorsqu'ils ont tout leur sangfroid. Les enfants et ceux qui boivent comme eux sont fréquemment exposés à l'accident dont je parle.

Les hommes qui versent ainsi les liquides dans la bouche, . et qui les avalent à la manière des aliments, ressemblent en cela aux oiseaux qui, comme quelques gallinacés et quelques palinipèdes, remplissent d’eau leur bec, pour ensuite relever la tête par un mouvement de bascule qui fait tomber le liquide dans le pharynx. Mais il est beaucoup d’autres oiseaux qui, à la manière des pigeons, plongent leur bec dans l’eau pour en boire de longues gorgées par succion. Je ne sais même si pendant cela la respiration reste complétement étrangère à l'ascension du liquide; au moins estil certain que les chiens, les renards et les chats ne boivent que par une sorte d'aspiration bruyante et saccadée qui porte le nom de laper. Dans cette dernière manière de boire, qui de toutes est la plus curieuse, Panimal fait une inspiration chaque fois qu'il plonge sa langue dans le liquide, de sorte que la boisson monte dans la gorge en vertu de la contraction du diaphragme, qui fait le vide de proche en proche, à peu près comme la langue l’effectue dans la bouche par la succion. 11 suffit d'ouvrir largement la trachéeartère d’un chat ou d’un chien pour lPempêcher de boire.

Quant à la manière de boire tout à fait insolite qu’on désigne sous le nom de sabler, elle consiste à verser rapidement dans la gorge, en relevant le voile du palais, le liquide que l’œsophage transmet à l’estomac sans dégustation et sans apprêt. C’est certainement la manière la plus déraisonnable de consommer en masse des breuvages délicieux sans en jouir ni les savourer. Cette façon de boire est surtout usitée pour le vin de Champagne mousseux, en raison sans doute du gaz acide carbonique dont la piquante saveur remonte alors jusqu'aux narines. Isidore Bourpox.

BOIRE À LA SANTÉ. D’où vient cette coutume ?

Est-ce depuis le temps qu’on boit? Il paraît naturel qu'on boive du vin pour sa propre santé, mais non pas pour la santé d’un autre, Le propino des Grecs, adopté par les Romains, ne signifiait pas : Je bois afin que vous vous portiez bien, mais : Je bois avant vous, pour que vous buviez : je vous invite à boire. Dans la joie d’un festin on buvait pour célébrer sa maîtresse, et non pas pour qu’elle eût une bonne santé. Voyez dans Martial :

Six coups pour Névia ! sept au moins pour Justine !

On buvait à Rome pour les victoires d’Auguste, pour le retour de sa santé, Dion-Cassius rapporte qu'après la bataille d’Actium le sénat décréta que dans les repas on lui ferait des libations au second service. C’est un étrange décret. Il est plus vraisemblable que la flatterie avait introduit volontairement cette bassesse, Quoi qu’il en soit, vous lisez dans Horace (liv. IV, od. V ):

Sois le dieu des festins, le dieu de l'allégresse !

Que nos tables soient tes autels!

Préside à nos jeux solennels,

Comme Hercule aux jeux de la Grèce!

Seul, tu fais les beaux jours, que tes jours soïent sans Gn ! C’est ce que nous disons en revoyant l’aurore, Ce qu’en nos douces nuits nous redisons encore ,

Entre les bras du dieu du vin.

On ne peut, ce me semble, faire entendre plus expressément ce que nous entendons par ces mots : « Nous avons bu à la santé de Votre Majesté, » C’est de là probablement que vint parmi nos nations barbares l'usage de boire à la santé de ses convives, usage absurde, puisque vous videriez quatre bouteilles sans leur faire le moindre bien.

Tous les whigs buvaient après la mort du roi Guillaume, non pas à sa santé, mais à sa mémoire. Un tory, nommé Brown, évêque de Cork, en Irlande, grand ennemi de Guillaume, dit qu'il mettrait un bouchon à toutes les bouteilles

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