BOIRE À LA SANTÉ — BOIS
qu'en vidait à la gloire du monarque, parce que Cork en anglais signifie bouchon. 1 ne s’en tint pas à ce fade jeu de mots : il écrivit, en 1702, une brochure (ce sont les mandements du pays) pour faire voir aux Irlandais que c’est uxe impiété atroce de boire à la santé des rois, et surtout à leur mémoire ; que c’est une profanation de ces paroles de Jésus-Christ : « Buvez-en tous; faites ceci en mémoire de moi, » Ce qui étonnera, c'est que cet évèque n'était pas le premier qui eût conçu une telle démence. Avant lui, le presbytérien Prynne avait fait un gros livre contre l’usage impie de boire à la santé des chrétiens.
Enfin, il y eut un Jean Géré, curé de la paroisse de Sainte- Foy, qui publia : La divine Potion pour conserver la santé spiriluelle par la cure de la maladie invélérée de boire à la santé, avec des crguments clairs et solides contre celle coutume criminelle, le tout pour la salisfaction du public ; à la requête d'un digne membre du parlement, l'an de notre salut 1648. VOLTAIRE.
La coutume de boire à La santé est si ancienne, qu'Homère et d’autres écrivains de l’antiquité en font mention. Le terme dont les anciens se servaient à cet égard était un signe d'amitié pour s’exciter à boire : philolésie en grec signifie amnilié et salut. Les auteurs qui sont venus après Homère ont pris ce terme dans la même acception. A l’arrivée d'un ami, en le recevant dans la maison, on répandait du
vin en l'honneur des dieux, et on lui présentait à boire
avec une certaine formule consacrée, pour le féliciter de son heureuse arrivée. On congédiait les hôtes avec les mêmes cérémonies , afin que les immortels les accompagnassent dans leur voyage, et le leur rendissent heureux. Cette coufume, si l'on en croit Athénée, ne se pratiquait qu'à la fin du repas et quand on était prêt à se lever de table; alors on sacrifiait au bon génie, à Jupiter conservateur, aux dieux qui présidaient particulièrement à l'amitié, et l'on entonnait des chansons toutes pleines de choses aimables , et surtout d’heureux souhaits pour les assistants. En buvant les uns aux autres, les Grecs et après eux les Romains prononçaient ces paroles : « Je souhaite que vous et nous, ou toi ou moi, nous nous portions bien ! » Cette formule variait quelquefois : ainsi, nous voyons dansle Banquet de Lucien qu’Alcidamus, après avoir bien bu, demanda quel était le nom de la mariée, et qu’il but à sa santé en disant : «Je bois à vous, Cléanthis, au nom d’Hercule dominant. » Au reste, il n’était pas permis de boire à la santé de tous ceux qui étaient à table ; il n'y avait que les étrangers et les hôtes qui pussent boire à la femme d’un autre, et cette permission s'étendait aux seuls parents de celte femme. Si quelqu'un sortait d’un repas sans qu'on eût bu à sa santé, et sans avoir été provoqué à boire par son ami, Pétrone dit qu'il regardait cet oubli comme un affront et qu’il se croyait dégradé du nom d’ami; c'était le signe d’une amitié singulière que de présenter la coupe à quelqu'un après l'avoir approchée deses propres lèvres.
Des Grecs et des Romains la coutume de boire à la santé passa chez presque tous les peuples de la terre, à commencer par les Celtes et les Germains, qui lorsqu'ils se mettaient à table avaient auprès d'eux une cruche d'hydromel, de vin ou de bière, qui circulait bientôt de main en main. Celui qui buvait saluait son voisin el lui remettait la cruche; celui-ci en usait de même. Ainsi, les conviés ne pouvaient boire que lorsque la cruche, qui faisait le tour de la table, parvenait jusqu’à eux, et quand elle leur était présentée, ils ne pouvaient refuser d’en humer leur part.
Les premiers chrétiens pratiquaient quelque chose desemblable en recevant leurs hôtes, ce qui résulte d’un passage de saint Ambroise sur le jeûne et sur Élie : « Que dirai-je, s’'écrie ce Père de l’Église, des protestations que se font ceux qui boivent ensemble? Buvons, répètent-ils, buvons à la santé de l’empereur, et que celui qui ne boira pas soit regardé comme un homme peu dévoué à son prince! car ce n'est pas aimer l'empereur que de refuser de boire à sa
santé. Buvons aussi à la santé de l’armée, à la prospérité de nos parents et de nos amis! et ils croient que Dieu est touché de ces sortes de vœux. » On ne voit pas trop si par ces paroles saint Ambroise approuve ou improuve cette coutume, ou bien si son but unique est d’en constater l'existence, Quoi qu’il en soit, longtemps universelle, elle a insensiblement disparu de France, où elle est aujourd'hui presque exclusivement abandonnée au peuple, avec la gaieté qu’elle excitait et la cordialité dont elle était le gage. A une certaine époque de l’année, principalement Le jour des Rois, on le voit fêter par de nombreux vival, et par €e cri répété : Le roi boit! une royauté éphémère et improvisée, mais bien réellement de son choix, la seule, selon Béranger, qui soit restée populaire (voyez FÈve [ Roi de la ]). Cependant, on retrouve encore des traces de la coutume de boire à la santé dans certaines provinces, dans certains pays, où l’exquise politesse n’a pas encore pénétré et où la cordialité dégénère souvent en importunité fâcheuse, en violence tyrannique. Là il n’est pas rare de voir un maitre de maison, pour faire honneur à ses hôtes, boire à leur santé, les exciter à boire à la sienne jusqu’à ce qu'ils succombent à l'ivresse, et regarder comme une marque de mépris, comme un outrage, le refus de boire ainsi à la santé de tout l'univers, au détriment de la sienne propre. De pareilles gens devraient bien dire à la lettre, à ceux qui ne peuvent leur tenir tête, ce que les Anglais ont coutume de dire par pure ellipse : Z drink your heallh. — Je bois votre santé.
A propos d’Anglais, nous devrions parler du toast qui se pratique chez eux dans toutes les occasions un peu solennelles, et dont on a fait le verbe £os{er, deux mots, deux choses populaires aujourd'hui sur toute la surface du globe ; mais le toast aura dans ce Dictionnaire un article spécial, et il le mérite. C’est, en effet, une santé à part, verbeuse, politique, parlementaire, relative à telle personne ou à telle chose, favorable ou contraire à tel ou tel acte, etc., etc.
BOIS ( Économie domestique et industrielle). Le mot bois a deux significations distinctes : d’abord il s'entend des lieux plantés d'arbres (sylvæ), et nous en traiterons en ce sens dans l’article suivant; puis il s’applique à la substance dure , compacte et ligneuse de l'arbre (Lignum). C’est sous ce rapport seulement que nous en parlerons ici. Nous avons done à envisager les bois : 1° comme matières de construction ; 2° comme moyens de chauffage ; 3° comme employés dans lébénisterie, la marqueterie, la tabletterie, le tour ; 4° comme sources de parfums ; et 5° comme ingrédients de teinturerie.
I. Bois de construction. Les bois sont d’un usage aussi fréquent qu’indispensable dans l'art de bâtir. Ils sont employés comme partie intégrante des constructions dans les ponts en charpente, les estacades, les combles et planchers des édifices, etc.; ils servent comme moyen d'exécution seulement dans les échafauds, les cintres, les ponts de service, etc.; enfin ils forment la base des constructions navales.
Le chêne est de tous les bois celui qui réunit au plus haut degré les qualités nécessaires à la durée et à la solidité des constructions, et qui par cette raison y est le plus employé. Dans quelques circonstances on fait aussi usage de l’orme, du hêtre et du sapin. Ce dernier bois est préférable pour les constructions légères et économiques.
Deux questions intéressent vivement l’architecture et la marine : ce sont l'évaluation de la résistance et la conservation des bois; nous allons les examiner successivement.
Les bois employés dans les constructions sent soumis à des efforts destructifs, qui agissent sur eux transversalement ou dans le sens de leur longueur, soit par traction, soit par compression; et leurs dimensions doivent être telles qu'ils puissent résister à ces cfforts aussi longtemps que doivent
durer les constructions dont ils font partie, Les bois ne se rompent que quand leur élasticité a été détruite par un effort excessif, Mais ils sont élastiques à divers degrés ; et les forces qu'il faut employer pour déterminer les ruptures n’ont aucune relation avec celles qui produisent la flexion. Ainsi, quelques espèces, telles que le hêtre, l’orme, le noyer, le sapin, etc., opposent {rès-peu de résistance à la flexion et beaucoup à la rupture. D’autres, au contraire, présentent beaucoup de résistance à la flexion, et proportionnellement beaucoup moins à ja rupture : ce sont le cyprès, l’acajou , etc. D'autres , enfin, opposent tout à la fois beaucoup de résistance à la flexion et à la rupture : ce sont le pin de Corse et le chêne, le plus rigide et le plus fort des grands végétaux de nos contrées. Ces propriétés diverses sont de la plus haute importance dans les arts: car ce sont elles qui déterminent l’usage et l'emploi des différentes espèces de boïs suivant les conditions à remplir.
Les bois les plus pesants à volume égal sont toujours les moins flexibles. Pour une même espèce de bois, et dans les mêmes dimensions, la flexion est proportionnelle à Peffort transversal, qui peut être mesuré par la flèche de l’arc de courbure imprimé à la pièce. La résistance à la flexion
“est proportionnelle au cube des épaisseurs et aux simples hrgeurs. Quand l’effort est accumulé au milieu d’une pièce libre simplement posée sur deux appuis, la flexion produite est à ce qu’elle serait si l’effort était également réparti sur toute l'étendue de la pièce, comme huit est à cinq. Ce rapport est également à l'avantage de l’encastrement immuable des extrémités de la pièce. Enfin, la flexion pour des pièces d’égal équarrissage est proportionnelle au cube des distances des points d’appui.
La résistance à la rupture, toujours dans le même cas d’un effort transversal, est proportionnelle à la distance entre les points d'appui, aux simples largeurs et au carré des épaisseurs. On tire parti de cette dernière propriété en employant, au lieu de poutres et de chevrons carrés, des madriers minces horizontalement et très-larges verticalement. En effet, si on a deux poutres de même longueur entre les appuis et ayant pour largeur et pour épaisseur l’une 3 et 3, l’autre 1 et 9, bien qu’elles offrent un même volume, la résistancedela première ne sera représentée que par 3 X 3?—27, tandis que celle de la seconde atteindra 1 X9?=81.
La résistance des bois à l’écrasement, ou à la rupturepar compression, est proportionnelle à la surface de la section transversale des pièces, et en raison inverse de leur longueur. Quand on les soumet à un effort perpendiculaire au sens de leurs fibres, ils s’aplatissent en se fendillant; mais quand l'effort agit dans le sens de leur longueur, les fibres se refoulent d’abord aux extrémités des pièces, où elles s’infléchissent vers le dehors en donnant lieu à un renflement latéral qui augmente jusqu’à ce qu’elles se séparent en se brisant en morceaux ordinairement très-courts. Cela a particulièrement lieu quand les pièces sont courtes relativement à leur épaisseur ; car lorsque leur hauteur surpasse de beaucoup leur épaisseur, de huit à dix fois par exemple, il arrive ou qu’elles se fendent en plusieurs éclats dans le sens de leur longueur, ou qu’elles s’infléchissent d’un même côté, vers la moitié de leur hauteur, comme si elles étaient posées contre deux appuis et soumises à un effort transversal qui les pressat en leur milieu.
La théorie de la résistance des bois a été l’objet d’un grand nombre d'expériences. Nous rapporterons seulement les résultats suivants consignés par Hassenfratz;
Les expériences étant faites sur toutes solives de cinq mètres de long sur un décimètre carré de base, les poids que supportent ces pièces avant de rompre sont, suivant l’espèce du bois : pour le prunier, 1447 kilogr.; orme, 1,077 kil, ; if, 1,037 kil. ; charme, 1,034 kil. ; hêtre, 1,032 kil. ; chêne, 1,026 kil.; noisetier, 1,008 kil.; pommier, 976 kil. ; châtaignier, 957 kil,; marronnier, 931 kil.; sapin, 918 kil. ;
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noyer, 900 kil.; poirier, 883 kil.; bouleau, 853 kil ; saule, 850 kil, ; tilleul, 750 kil. ; peuplier d'Italie, 586 kil.
Jetons maintenant un coup d'œil sur les tentatives qui ont été faites pour augmenter la durée des boïs de construction,
La promptitude avec laquelle les bois employés se détruisent, comparée à la lenteur de leur reproduction, avait déjà au siècle dernier attiré l'attention de Hales, de Duhamel et de Buffon. Les observations de M. Biot, les recherches de MM. Knowles, Kyan , Bréant, Moll, amenèrent la découverte de divers procédés de conservation qui, bien que satisfaisan{s sous le rapport scientifique, étaient d’une application trop coûteuse pour ètre employés dans l’industrie.
Cependant on avait reconnu que les tissus végétaux renferment une grande quantité d'albumine végétale, de nature azotée et analogue aux matières animales, et que c'est cette albumine qui communique aux cellules ligneuses qui composent le bois le défaut d’éprouver la putréfaction sèche. Il fallait donc désorganiser cette matière albumineuse, ou l’éliminer des cellules ligneuses, ou en faire un composé inaltérable.
C’est en se basant sur ces données que M. Boucherie est arrivé à une complète solution du problème. Pour pénétrer desubstances préservatrices un arbre tout entier, l’auteur n’a recours à aucun moyen mécanique : il prend toute la force dont il a besoin dans la force aspiratrice du végétal lui-même, et elle suffit pour porter de la base du tronc jusqu'aux feuilles toutes les liqueurs que l’on veut y introduire, pourvu qu’elles soient maintenues dans certaines limites de concentration : ainsi, que l’on coupe un arbre en pleine séve par le pied, et qu’on plonge sa partie inférieure dans une cuve renfermant la liqueur que l’on veut faire aspirer, celle-ci montera en quelques jours jusqu'aux parties les plus élevées. 11 n’est pas même nécessaire que larbre soit garni de toutes ses branches et de toutes ses feuilles; un bouquet réservé au sommet suffit pour déterminer l'aspiration. Il est inutile que l'arbre soit conservé debout, ce qui rendrait l'opération souvent impraticable; on peut l’abattre, après en avoir élagué toutes les branches inutiles , et alors sa base étant mise en rapport avec le liquide destiné à l'absorption, celui-ci pénètre comme à l'ordinaire dans toutes les parties. Enfin, il n’est pas même indispensable de couper l'arbre; car une cavité creusée au pied, ou un trait de scie divisant celui-ci sur une grande partie de la surface, suffisent pour qu’en mettant la partie entamée en contact avec un liquide, il y ait une absorption rapide et complète de ce dernier.
Pour augmenter la durée et la dureté des bois, pour s'opposer à leur carie sèche et humide, M. Boucherie fait arriver dans leurs tissus du pyrolignite de fer brut,
Depuis il à renoncé à injecter, comme il l'avait fait d’abord, les arbres sur pied; il a également supprimé les branches latérales et l'extrémité de la tige, et réduit la portion à injecter au tronc utilisable comme charpente. Par des perfectionnements successifs apportés au système d’infiltration, M. Boucherie a rendu son procédé tout à fait manufacturier. Parmi les sels minéraux qu'il a essayés, c’est le sulfate de cuivre qui dans la plupart des cas a obteuu la préférence,
La découverte de M. Boucherie a obtenu la sanction de l'expérience, et en 1847 il préparait 60,000 traverses de hêtre destinées au chemin de fer de Creil à Saint-Quentin. Depuis, l'administration: des télégraphes s’est adressée à M. Boucherie pour la préparation des poteaux qui supportent les fils des télégraphes électriques; elle a pu ainsi employer des pins indigènes, au lieu de poteaux en chêne, qui sont sept fois plus chers.
II. Bois de chauffage. Comme bois de chauffage agréable et commode, les avis se partagent entre le hêtre, le charme, l'orme, le noyer, le châtaignier. Ces diverses essences se disputent la préférence. Quant au chêne, qui
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offre d’aillesrs beaucoup de matière combustible sous un égal volume, ceux qui recherchent avant tout l'agrément le relèguent assez généralement pour larrière-bûche ou soutien du feu, car la combustion n’en est pas réjouissante à la vue, L'opulence manque en France d’un bois que peutêtre on pourrait y propager avec avantage, et qui procure dans les États-Unis d'Amérique le combustible le plus gai pour les salons : c’est le kickory ou pecan nut (juglans olivæformis ); la flamme qu’on en obtient est vive, claire, étendue, et de plus parfumée; il s'allume avec facilité, brûle sans presque laisser de résidu terreux, n’a qu’un léger pétillement, peu dangereux pour les parquets et la toilette des dames, et il développe énormément de chaleur,
Les différentes espèces de bois se divisent généralement en conifères et en bois dits feuillus. Les conifères comprennent le pin, le sapin rouge, le sapin blanc, le mélèze; les bois feuillus nous offrent le chêne, le hêtre, le charme, l’aune, le bouleau, le tilleul, le peuplier, le saule, orme et le châtaignier. D’après leur degré respectif d’inflammabilité et celui des charbons qui en proviennent, on les désigne encore en bois {endres et en bois durs.
Chacun connaît l’altération que le flottage fait éprouver aux bois; cet effet nuisible se fait surtout sentir quand le bois n’a pas été préalablement dépouillé de son écorce. Le bois auquel on l’a laissée, et qui plonge longtemps dans l'eau, est exposé à une espèce de fermentation du cambium, et cette fermentation en hâte la dissolution, ce qui nuit considérablement à ce qu’on appelle le nerf du combustible. Quand le bois , au contraire, a été écorcé avant de le faire trainer en rivière, la superficie de son aubier, principalement quand après l’écorçage il est resté quelques jours exposé au grand air, et mieux encore au soleil, se raccornit, se durcit, de manière que chaque bâche est comme enveloppée d’un étui qui la défend jusqu’à un certain point de l’action dissolvante de l’eau. Ces bois écorcés avant le flottage sont en général connus à Paris et ailleurs sous le nom de pelard des chantiers.
Le bois de chauffage se distingue à Paris et dans beaucoup d’autres lieux par les dénominations de bois neuf et bois flotté. Celui-ci se subdivise en bois lavé et bois trainé. On connait à Paris le bois dit de gravier, parce qu’il croît dans des endroits pierreux; il arrive de la Bourgogne par l'Yonne, qui se jette dans la Seine, et du Nivernais; le meilleur est celui de Montargis. Ce dernier a ordinairement toute son écorce, qui y est presque aussi adhérente que celle du bois neuf. Comme il ne nous arrive que des départements voisins, il n'a pas encore subi d’altérations bien sensibles dans sa texture ; l’eau n’a pas eu le temps d’en dissoudre les substances solubles, C'est, en général, un bon chauffage. L'autre espèce de bois flotté se tire des départements éloignés. À cause de son long séjour dans l’eau, il a abandonné presque toute sa séve et les sels qui augmentaient primitivement sa pesanteur spécifique. Néanmoins, cette sorte de bois, après avoir subi une dessiccation plus ou moins longue dans les chantiers, donne une flamme abondante et assez étendue; ce sont principalement les boulangers, les rôtisseurs, les pâtissiers, qui en font usage, et ils s’en trouvent bien. Il convient en général pour le chauffage des fours sans tirage et sans cheminée,
Tous les bois quand ils ont subi une parfaite dessiccation (à la température de 36° cent.) contiennent à peu près 95 pour cent de leur poids en ligneux, qui est identique dans tous. Et cependant {ce qui est dù sans doute, du moins en majeure partie, à la texture particulière et au degré de porosité) on remarque une bien grande différence entre leurs caractères physiques ; ce qui se manifeste surtout à l'égard de la pesanteur spécifique. En effet, les uns sont beaucoup plus lourds que l’eau, et de ce nombre sont plusieurs variétés de chêne, et les autres pèsent comme ce liquide ou sont même beaucoup plus légers, Aussi, ces derniers, à
raison du plus grand écartement de leurs fibres, qui admet l'afflux de l'oxygène sur une plus grande surface de contact, brüûülent-ils Aus facilement.et avec plus de rapidité que les premiers. ;
Les différentes essences de bois fournissent des quantités très-variables de matières charbonneuses, qui sont loin d'être rigoureusement proportionnelles à la chaleur que ces différents bois développent dans leur combustion. En effet, les charbons produits par les divers bois jouissent eux-mêmes de pesanteurs spéciliques diverses, et dont la variation ne saurait être exclusivement attribuée aux quantités de matières solides terreuses qu'ils contiennent; car dans un grand nombre de cas on ne trouve pas que l'effet soit proportionné à la cause. Cela bien conçu, il est facile de déduire qu'il ne faut pas a priori conclure la valeur vénale d’une essence par son poids spécifique, ni même par la quantité de charbon qu’elle fournit, encore moins par les quantités de cendres qui résultent de l’incinération complète, car l’hydrogène qui fait partie des bois a une propriété calorifique fort différente de celle du carbone. Quoi qu’il en soit, en attendant qu’on ait complété une longue suite d’expériences encore nécessaires pour pouvoir conclure avec certitude, les limites dans lesquelles paraissent se renfermer les anomalies nous permettent d'établir, comme précepte pratique, qu’il faut avoir principalement sous les yeux, dans le calcul qu’on peut faire de la valeur vénale, la pesanteur spécifique des bois, pourvu qu'ils soient tous, dans la comparaison, ramenés à un égal point de dessiccation; car telle essence retient l’eau avec plus d’opiniätreté et s’en imbibe avec plus de facilité que telle autre. C’est ainsi que sans cette précaution on s'exposerait aux plus graves erreurs, principalement pour ce qui est des bois blancs, poreux et légers, comparés, par exemple, au chêne, au frêne, et surtout à l’orme.
Nous sommes donc forcés de conclure que l'épreuve par l’ébullition ou la vaporisation de l’eau, faite avec les précautions et l'identité de circonstances requises , est jusqu'ici le crilerium le plus sûr qui nous soit offert. En effet, la meilleure manière de se rendre compte de la valeur calorifique des bois semble être celle qui consiste à comparer la quantité d’eau pure prise à une température constante qu'un poids ou même un volume également constant de bois peut porter, soit à l’ébullition, soit à la complète évaporation, en se servant d'appareils identiques, ou bien de comparer le poids ou le volume de ces bois qu'il faudra consommer pour porter à l’ébullition un volume d’eau déterminé.
Il faut bien se garder aussi de confondre la facile inflammabilité avec la richesse du combustible en moyens de caloricité. L'inflammation en est, en général, une source puissante, mais elle n’est pas toujours commode ni applicable sans inconvénient. Nous ne voyons guère que l’économie domestique, dans laquelle, au moyen d’appareils appropriés, on puisse dans presque tous les cas apprécier la valeur du combustible d’après la flamme qu'il produit. Mais il est bien loin d’en être ainsi dans un grand nombre d'industries et de manufactures.
Nous ne savons pas encore d’une manière bien positive siles quantités du produit de l'incinération (les cendres) restent les mêmes, soit qu’on brûle le bois immédiatement, ou en lui faisant subir une carbonisation préalable avec les précautions convenables, Ce point serait bien intéressant à éclaircir. 11 paraît résulter des recherches du comte de Rumford que le carbone se combine avec l'oxygène à un degré de température bien inférieur à celui où il brûle d’une manière visible. Ce point de vue n’est pas moins essentiel que celui qui précède immédiatement; car si Rumford est fondé dans son assertion, il devient évident que dans beau coup d'opérations il y a perte de combustible, puisque la lenteur de la combustion frustre du bénéfice de cette con-
sommation. En général, en effet, il a été observé que pour produire le plus grand effet calorifique possible, il faut que les charbons brülent dans un temps déterminé. On n'a pas davantage constaté jusqu'ici le rapport qu’il y a entre l'effet que les charbons peuvent produire et leur degré de combustibilité, ou leur pesanteur spécifique , supposé que cette propriété soit relative à la première. Il a été, à la vérité, depuis longtemps observé, mais sans mesure précise, et seulement comme donnée générale, qu'à volume égal les charbons pesants développent plus de chaleur que les charbons légers. Mais à poids égaux quelles sont les conditions de ee problème, qui reste encore indécis? On peut même déjà assurer que l'effet calorifique n’est pas exactement proportionnel à la pesanteur spécifique; ce sont les charbons légers qui dans ce cas paraissent dégager le plus de chaleur. Nouveau sujet d'examen et d'importantes observations. C’est cette vue aussi qui nous a fait dire qu'il nous semblait qu’on s'était trop lhâté de conclure de la pesanteur spécifique de ces bois à leur valeur relative ; car pour les bois non carbonisés il peut bien se passer un effet analogue à ce qui a lieu pour certains charbons.
Si la quantité de chaleur développée par le bois était rigoureusement proportionnelle au carbone qu’il contient, et si, d’ailleurs, le carbone était proportionnel à la pesanteur spécifique du bois (ce qui cependant est assez probable), on pourrait en conclure qu’à volume égal le bois le plus dur et le plus pesant, le plus difficilement inflammable par conséquent, serait celui dont il faudrait attendre le plus d'effet catorifique ; mais jusqu’à présent on n’a pu que soupçonner le rapport entre les effets des bois d’égale pesanteur ; il est d’ailleurs extrêmement difficile d'en déterminer la pesanteur spécifique réelle avec une certaine précision, à cause de la quantité variable d’eau que les bois contiennent toujours.
Les bois, comme les hydrates du règne minéral, contiennent toujours , à l’état de combinaison chimique intime, une certaine quantité d’eau qui n’en peut être chassée que par un degré de chaleur bien supérieur à celui de Pébullition. Cette eau de composition est totalement indépendante de celle d’imbibition, qui cède à une température bien plus basse et avec beaucoup de facilité, Voilà pourquoi les observateurs de ces sortes de phénomènes ont tant varié dans le résultat de leurs expériences sur un sujet aussi délicat.
Rumford a incontestablement prouvé que pour un poids déterminé le bois développe d’autant plus de chaleur qu'il est dans un état plus parfait de siccité; et en effet il ne pouvait guère en être autrement, si la vapeur d’eau dégagée dans l’acte de la combustion ne se condense qu’à l'extérieur, et loin des appareils, comme cela a lieu, en général, à l'issue des cheminées, Dans ce cas, c’est emploi de combustible perdu que de se servir de bois humide. On voit donc combien est funeste et coûteuse cette notion qui porte souvent le vulgaire à faire usage de bois encore vert, parce que la combustion en est moins rapide, L'inconvénient de produire trop de chaleur dans le même instant fait prendre ce parti ; mais si l’on avait des appareils appropriés, dans lesquels le feu pourrait être alimenté proporlionnellement aux besoins, il y aurait incontestablement un avantage immense à n’employer que du bois complétement privé de toute humidité, 11 est un fait avéré, au surplus, c’est que les bois vieux, bhumides, en dépérissement, ne produisent comparativement que peu de charbon et d’une moindre qualité que les bois sains, jeunes et vigoureux. D’après les expériences de Hielm, le bois nouvellement abattu donne du charbon plus léger, plus friable, et qui développe moins de chaleur; mais les quantités peuvent être égales pour ce bois et pour celui qui a été préalablement désséché.
IN, Bois pour l'ébénisterie, la marqueterie, la tablelterie et Le tour. Ces hois sont colorés naturellement ou artificiellement, La liste des bois exotiques naturellement
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colorés, non-seulement telle que l'ont donnée nos anciens auteurs, mais telle même qu’on s'étonne de la trouver dans des ouvrages modernes et plus exacts, a été ridiculemen: allongée. Cette liste offre une foule de doubles emplois et d'erreurs, dus principalement à des récits de voyageurs écrivant en différentes langues, et à ce que de simples accidents individuels dans les échantillons ont fait admettre des espèces imaginaires.
Ces bois, dont la plupart ont des articles particuliers dans cet ouvrage, sont : l’acajou ; un autre bois importé en France depuis quelques années, sous le nom d’acajou d'Afrique, quoiqu'il ne soit pas certain qu'il appartienne à cette famille; l'acajou femelle ( cédrel odorant), dont les Anglais font un grand usage, mais qui a l'inconvénient d’être mou, poreux et ordinairement fort léger; le bois d’am aranthe;le buis jaune du Levant; le cèdre; le bois de Chatousieux; le bois citron; le bois de corail dur ;le bois de corne fétide;le bois de Cour baril; Pébéne; le bois de fer; le bois de Fustet; le bois de Grenadille vrai; lepalissandre; le faux palissandre; le bois violette, qui se rapproche du palissandre ; le bois perdrix; le bois de rose; le bois de santal citrin ; le bois de sassafras et le bois satiné.
Quant à nos bois indigènes, nous avons tort de n'en pas
faire un plus grand usage, et les meubles plusieurs fois exposés avec les autres produits de l'industrie nationale ont prouvé tout le parti qu’on peut tirer des boïs produits de notre sol. Peu de nos bois se refuseraient à cet emploi, si on savait en tirer tout le parti convenable, comme le font principalement les Hollandais, en variant les plans de section au sciage. Nous n’aurons pas besoin de nous étendre en descriptions. Il suffit de citer notre acacia, notre buis de France , et surtout sa loupe ; le charme aux couches ondulées ; plusicurs variétés de nos chênes de Picardie et des Ardennes. Le cormier bien coupé n'est-il pas magnifique ? le cornouiller en vieillissant n’acquiert-il pas du lustre et une belle couleur brune? l’érable, d’un grain si beau et si uni, blanc d’abord, ne se moire-t-il pas en jaune avec ‘le temps? la loupe du frêne n'est-elle pas très-belle? le hêtre même n'offre-t-il pas d’agréables variétés de couleur en vieillissant ? Notre olivier égale la plupart des bois exotiques. L'orme est admirable, quand on a su en tirer tout le parti possible. Nous avons vu surtout du placage en poirier sauvage qui surpassait peut-être tout ce qu’il y a de plus beau en palissandre. Le pommier vieux n’est pas non plus à dédaigner ; son grain est fin et moelleux. Depuis longtemps on a prouvé, en exposant chez les marchands d’estampes des cadres extrêmement jolis, que le sapin bien choisi est un véritable bois à meubles, qui a d’ailleurs l’avantage d’être de tous celui qui se déjette et se tourmente le moins : aussi les géomètres et les dessinateurs le recherchent-ils pour leurs règles. Le bois de tilleul conserve un blanc pur; son grain est fin et uni : il peut figurer avec avantage dans la marqueterie. Il y a un grand parti à tirer aussi du platane, etc., etc.
Ici encore nous retrouvons le nom de M. Boucherie, qui au moyen de ses procédés de pénétration communique au bois des couleurs et des odeurs variées. La coloration peut être produite par des substances minérales ou par des matières végétales. Dans le premier cas, ce n’est point une substance déjà colorée qu’on introduit ; on présente successivement à l'aspiration deux corps dont la réaction réciproque détermine la formation d’un troisième corps coloré : ainsi l'on obtient du noir en faisant passer dans le bois une dissolution de pyrolignite de plomb, puis une dissolution de sulfure de sodium, Quand on le pénètre successivement de prussiate de potasse et de sulfate de fer, on obtient un bleu de Prusse magnifique. Le sulfate de euivre et lammoniaque donnent une teinte bleu-céleste des plus belles. Le vert est produit par l’acide arsénieux et l’acétate de cuivre, etc.
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Avant cette découverte, on colorait déjà les bois d’ébénisterie par des procédés encore employés aujourd'hui, et par lesquets on imite tant bien que mal les nuances des bois exotiques, Ainsi, le sycomore et l’érable soumis à l’action d’une infusion de bois de Brésil acquièrent une couleur acajou foncé avec reflet doré ; linfusion de garance et de bois de Brésil agissant sur le tilleul d’eau donne le même résultat. L'acajou rouge-clair s'obtient d'une infusion de bois de Brésil sur le noyer blanc, ou de roucou et de potasse sur le sycomore. On obtient également : l'acajou fauve, par une décoction de campêche sur l’érable et le sycomore ; l’acajou foncé, par une décoction de Brésil et de garance sur l’acacia et le peuplier, ou par une solution de gomme gutte sur le châtaignier vieux, ou encore par une solution de safran sur le châtaignier jeune; le bois citron, par une dissolution de gomme gutte dans l'essence de térébenthine sur le sycomore ; le bois jaune, par une infusion de curcuma sur le hêtre, le tilleul d’eau ou le tremble; le bois jaune satiné, par une infusion de curcuma sur lérable; le bois orangé, par une infusion de curcuma et de sel d’étain sur le tilleul; le bois orangé satiné foncé, par une solution de gomme gutte ou une infusion de safran sur le poirier ; les bois de courbaril et de corail, par une infusion de Brésil et de campèche sur l’érable, le sycomore, le charme, le platane ou l’acacia, en altérant la dissolution par un peu d’acide sulfurique; le bois de gayac, par une décoction de garance sur le platane, ou nne solution de gomme gutte ou de safran sur l’orme; le bois brun veiné, par une infusion de garance sur le platane, le sycomore et le hôtre, avec une couche d’aeide sulfurique; un bois imitant le grenat, par une décoction de Brésil appliquée avec alunage sur le sycomore, en altérant énsuite le bois teint par une couche d’acétate de cuivre; des bois bruns, par une décoction de campèche sur l’érable, le hêtre ou le tremble, le bois étant aluné avant d’être teint; les bois noirs, par une forte décoction de campêche sur le hêtre, le tilleul, le platane, l’érable, le sycomore, en ayant soin d’altérer le bois teint par une couche d’acétate de cuivre; etc. Ceux qui ont foi en ces merveilleux procédés recommandent l’apprêt préalable des bois, qui consiste à les bien dresser d’abord et à les polir à la pierre ponce, afin que, dit-on, ils prennent la couleur dune manière uniforme. Avant-de les mettre en couleur, il est utile de tenir les bois pendant vingt-quatre heures dans une étuve à la température de 30 degrés environ, Quand le bois teint est bien sec, on polit à la prêle et on vernit,
Mais l’art de colorer ainsi les bois est, à notre avis, l’art de les gâter. Il n’y a pas là une véritable teinture du corps ligneux, mais un simple barbouillage. Les couleurs qui d’abord semblaient avoir le mieux réussi passent bientôt après au brun saie, quelle qu’ait été la nuance primitive. On ne peut, jusqu’à un certain point, les conserver qu’en les défendant de l'accès de l'air par un épais vernis, et on sait quel triste effet font les meubles ainsi couverts.
IV. Des bois de senteur. Il ne peut entrer dans nos vues de parler ici des procédés d’extraction des parfums; nous devons nous borner à rappeler les espèces de bois qui les fournissent. Tous, moins un, ont déjà été nommés cidessus, comme servant également dans l’ébénisterie, la marqueterie et la tabletterie ou les ouvrages de tour. Ce sont : le bois de rose, qui répand l'odeur de la fleur dont il porte le nom; le bois de Santal citrin, fortement aromatique et suave; le bois de Sassafras; le bois de Rhodes, le plus odorant de tous les bois exotiques ; le bois violette, qui, comme le bois de rose, tire son nom de la douce odeur qu’il exhale.
Nous avons vu qu’on peut rendre odorants les bois inodores. Les substances odorantes doivent, avant l’aspiration, être dissoutes dans Palcool et dans diverses essences.
V. Des bois tinctoriaux. Nous nous contenterons d’en donner la liste, en renvoyant pour les détails aux articles
DICT, DE LA CONYERS. — T. Ill,
particuliers. Les principaux bois tinctoriaux sont : le bois de Brésil, le Brésillet,le Caliatour, le bois de Californie, le bois d@Campéche, le bois de Fernambouc, le bois de Fustet, le bois de Suinte- Mar th e (probablement le même que celui qui dans le commerce porte le nom de bois de Nicaragua), le bois de Japon où brésillet des Indes, et le bois de Terre- Ferme.
BOIS ( Sylviculture ). L'aménagement des bois ayant été l’objet d’un article spécial, nous nous bornerons ici à donner quelques considérations sur les diverses essences, ainsi que sur l’exploitation et les semis des bois.
A la tête des bois durs est sans contredit le roi des forêts, le chéne, qui ne trace ni ne drageonne, mais qui, par l’abondance de ses fruits, est très-propre à remplir les vides des bois; qui pousse plus vigoureusement peut-être qu'aucun autre arbre sur les vieilles cépées, dont la vie est de près de deux siècles, qui offre la première des charpentes et le plus parfait des tans. Quoiqu'il pivote, il pousse mieux les premièrs années en mauvais terrain qu’en bonne terre; mais cette fécondité n’est pas de longue durée. Il offre l’inconvénient d’être sujet à la gelée; c’est pour cela qu’il a besoin de société pour l'en garantir; et il lui faut, pour monter aussi haut qu'il peut s'élever, l’aide d’un taillis ou d’un gaulis de trente à quarante ans, qui le fasse filer en détruisant les branches basses, et le contraigne à porter sa tête fort haut.
Le frêne est le second arbre de la première classe. Il est plus difficile que le chêne sur la qualité du terrain; il lui faut un sol profond etun-peu humide ; sa tige s'élève beaucoup plus en massif qu'isolé. II ne drageonne ni ne pivote ; mais il pousse de grandes racines latérales, avec lesquelles il détruit plusieurs espèces de bois Elancs, et il ne sympathise qu'avec le tremble et le peuplier, dont la végétation est hâtive.
Le hëtre ne prospère pas sur un mauvais terrain comme le chêne. 11 lui faut un sol profond, limoneux, ou composé de sable mêlé avec de la terre franche. Son bois convient à la boissellerie, parce qu'il a la fibre souple et qu’il est susceptible de prendre un beau poli. La tête du hêtre se dessèche ordinairement à 13 mètres de hauteur, mais il se forme bientôt une nouvelle tête par-dessus la première. Les hêtres ne pivotant pas comme le chêne, leurs racines s’entendent si bien entre elles, qu’on voit quelquefois ces arbres s’accoler l’un contre l’autre, et élever leurs tiges comme si elles sortaient de la même cépée.
L’orme détruit les bois blancs, et il finirait par faire périr le chêne s’il était en grand nombre dans un taillis. Son instinct est de pivoter en bon terrain; mais, si le sol n’est pas profond , il trace à de grandes distances. Il se reproduit par des milliers de graines , et finirait par s'emparer de toute une forêt si on le laissait faire. On doit le considérer comme arbre d’alignement , et il vient à merveille au milieu des haies et des buissons. On compte beaucoup de variétés dans cette espèce : la plus commune est l’orme auquel la science a donné le nom de pyramidal. Son grand avantage dans le charronnage provient de ce que sa fibre se resserre lorsqu'il a 1®,60 de tour. Plus vieux et plus gros, il est moins recherché. 11 produit beaucoup de graines ; mais on le multiplie par les drageons et les marcottes.
Le châtaignier ne doit pas étre admis en plein bois : il ne convient qu’en taillis, pour former les meilleurs cercles que l’on connaisse ; il est plus sujet que les autres esences à la gelée ; il lui faut un terrain limoneux et sablonneux : il veut croître en pleine liberté. En plein bois, il acquiert rarement 2 mètres de circonférence, tandis qu’abandonné à lui-même sa circonférence acquiert jusqu'à 5 mètres. Cent vingt ou cent cinquante châtaigniers d’une belle venue peuvent couvrir un hectare, produire chacun quinze francs de revenu par année, et payer, en une seule récolte de fruits,
la valeur du sol. Le châtaignier est meilleur comme bois de charpente que le chêne, parce que les vers ne l’attaquent point. »
Voici quels sont les inconvénients du charme : il trace beaucoup trop, il pousse une grande quantité de rejetons depuis sa racine ; il fait périr tous les bois blancs qui viennent au milieu de ses rejets, et même les bois durs. L'ypréau’ et l’orme lui résistent seuls. Ses racines ne poussent pas de drageons , mais ses cépées sembleraient impérissables si les mulots ne l’attaquaient pas. Il n’y a que les souris qui soient avides de ses graines.
Ce n’est que depuis fort peu d'années qu’on trouve l’ypréau en plein bois. Il n’est bien que là, ou dans les friches Planté en avenue , et le long des terres arables , il couvre les terres de ses drageons, et il finirait par les envahir et détruire toute culture. 11 s'empare de toutes les clairières de bois comme les trembles. Coupé à quatre ou cinq ans, les rejets d’une seule cépée couvrent un cercle de 8 mètres de diamètre. Quatre-vingt-dix arbres ainsi coupés suffisent pour peupler un hectare, Il lui faut un terrain un peu humide; son bois vaut mieux que celui du tremble et du tilleul; il sympathise fort bien avec les bois durs.
Le bouleau ne se reproduit ni par ses racines ni par ses drageons, mais il rend une immense quantité de graines que les vents dispersent , et qui conservent leur vitalité durant bien des années. Planté avec le tremble et l’ypréau, il est très-utile pour repeupler un bois en décadence. IL vit quarante-huit à cinquante ans; mais il est toujours utile de couper le taillis à vingt ans; il donne beaucoup de bois à l'éclaircie.
Les saules sont fort utiles dans le nord : outre le chauffage qu’ils procurent, ils y donnent du tan, des écorces avec lesquelles on fabrique des filets et même des étoffes. La monographie de cet arbre est très-difficile à faire, parce qu’il y en a beaucoup d’espèces. Le salix caprea, ou marsaule, vient dans les bois. J1 est réputé arbre forestier de la troisième grandeur ; il s'élève jusqu’à 10 mètres, et il vit trente à quarante ans. Il produit beaucoup de graines; il vient de boutures, de dragcons, de racines, et en conséquence il est très-bon pour repeupler avec le bouleau des bois humides ; il repousse très-bien en cépée, mais non en têtard comme les saules des prés; sa feuille est plus large, plus cotonneuse en dessous, plus lisse en dessus et d’un vert plus tendre; son bois est rougeâtre, plus dur, plus plein, meilleur pour le chauffage et pour le charbon, et pour former des échalas, que le saule ordinaire. La seconde espèce de marsaule ne s'élève que de 2 à 3 mètres; ses racines poussent et tracent comme les ronces. Cette espèce, appelée pour-- ‘pre, est très-vivace, et elle est une teigne dans les bois.
Le {illeul est très-nuisible dans les taillis. T1 détruit les bois blancs et les bois durs, il graine et dragconne beaucoup; on doit toujours chercher à le détruire, ainsi que le charme et le coudrier; il offre cependant l'avantage d’un beau poli dans son tissu, et d’un cordage médiocre dans ses écorces.
Le tremble vient moins grand que l’ypréau; il dépérit à cinquante ans, et il donne beaucoup de chäblis durant son existence ; l’orme et le charme le font périr ; il vient partout, excepté sur les sols brûlants,.
L'aune, qui est très-pittoresque, ne vient qu’en alignement le long des rivières, des étangs et des mares.
Le peuplier indigène ne prospère pas sur les glaises et les marnes. 1] ne vient bien qu’en terrain frais et humide; le peuplier suisse et le peuplier d'Italie n’appartiennent pas aux forêts : ce sont des arbres d’alignement. Le peuplier d'Italie, ou pyramidal , est le plus mauvais de tous les hois, soit pour le sciage, soit pour le chauffage ; il ne vaut pas le saule, qui pèse, lé mètre cube sec, 392 kilogrammes, ni le peuplier suisse, qui pèse 550 kilogrammes, tandis que le poids de cette première espèce est de 360 kilogrammes.
Parmi les arbres à fruit, on distingue le merisier comme
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étant de seconde grandeur, et s’élevant jusqu’à 10 et même 13 mètres de hauteur, Il entrait jadis comme partie essentielle dans la menuiserie; mais depuis qu’on a trouvé le moyen de débiter l'acajou en feuilles, et de l'appliquer sur le chêne avec une colle plus adhérente encore que les fibres du bois entre elles, le merisier a beaucoup déchu de sa valeur,
L’alizier est un arbre de seconde grandeur : les oiseaux aiment beaucoup son fruit, et il se transporte partout ; son bois est très-dur, et l’on en fait des vis de pressoir.
L'érable, qui résiste aux plus fortes gelées, et qut se défend contre les arbres les plus exigeants, deviendrait le {yran et l’envahisseur des bois, si la nature lui avait accordé plus de moyens de reproduction qu'il n’en a,
On a donné'le nom de {eigne des bois au coudrier, qui détruit toutes les essences, {ant ses racines sont fortes et nombreuses , et tant ses cépées sont abondantes en rejetons , qui étouffent toutes les essences.
On voit encore dans les grandes forêts des pruniers, pommiers, poiriers, néflicrs, amelanchiers, azéroliers, guiniers, : griottiers; et parmi les arbrisseaux on trouve l’aubépine, l’épine-noire, l’églantier, la bourdaine, les cornouillers, fusains, nerpruns, sureaux, froëênes, chèvrefeuilles, épinevinettes, framboisiers, groseilliers, houx, viornes, genevriers, bruyères et genêts. Tous les arbres et arbrisseaux désignés ci-dessus doivent être rigoureusement arrachés. >
On ne doit jamais couper les vieux arbres en pivot ni en pot, ni les jeunes taillis en bec de flûte. La Zaille en pivot consiste à fouiller jusqu’à la racine et à couper le tronc à sa naissance, afin de gagner quelques pieds ou quelques pouces sur la longueur de la pièce. La faille en forme de pot consiste à pousser la hache verticalement, au lieu de la porter horizontalement, et à former ainsi dans le tronc qui demeure en terre une cavité qui retient l'eau, pourrit les racines, et arrête la pousse des rejetons. L’abattage du taillis en bec allongé, au lieu de la coupe transversale, rend la plaie de l’arbre plus étendue. et conséquemment plus difficile à cicatriser, ce qui nuit considérablement à la reproduction des rejets. La meilleure manière de couper les futaies sur taillis, c’est la coupe entre deux terres, immédiatement au-dessus du collet, parce que cette: enveloppe terreuse empêche le tronc de pourrir trop rapidement, Les plaies du tronc, soumises alternativement à l’action du solcil, de la pluie, du gel et du dégel, guérissent difficilement. Le tronc se gerce, se fendilie, et donne lieu à une si grande déperdition de séve qu'il n’en reste plus assez pour alimenter les rejets. Il serait à désirer qu'il fût possible de couper dans le moment qui précède la séve du printemps, parce que cette séve, qui s’extravase, forme sur les plaies une couche qui se coagule, cicatrise la bles. sure et favorisele développement. Les bois coupés l'automne ou l’hiver se gercent; l'écorce se sépare du liber; les pluies ou les neiges altèrent le tissu cellulaire, et font souvent mourir les racines. Il faudrait, s’il était possible, imiter les jardiniers, qui placent du mastic sur les tiges qu’ils ont attaquées avec la serpe. Il faudrait les imiter encore dans les opérations de l'éclaircie, et détruire les drageons et brins inutiles. La beauté des rejetons sur les vieilles cépées est toujours en raison inverse de leur nombre, Ne laisser sur chaque cépée qu'un ou deux rejetons les mieux venants est une opération utilement pratiquée par quelques propriétaires forestiers qui vivent sur leur domaine,
C’est lorsqu'on exploite un bois qu'il faut purger le sol de tous les bois traînards et parasites, et notamment des coudriers et des charmes ; réduire le nombre des ormes, qui, en se multipliant par leurs racines et leurs graines, finissent par s’étouffer les uns les autres. On doit abattre de préférence ceux d’entre les anciens qui ont pris tête trop tôt, qui sont fourchns ou pommiers, ou bien trop rapprochés les uns des autres, ou percés à la bifurcation du tronc par des pics qui y pratiquent des ouvertures,
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lesquelles, en se remplissant d'eaux pluviales, carient la pièce d’un bout à l’autre, Parmi les baliveaux de l'âge, on doit choisir les arbres les plus droits, les plus vigoureux, ceux qui viennent de brin, et non pas ceux qui poussent sur les vieilles cépées, alors même qu’ils paraissent plus vigoureux au moment de la coupe. Il est évident que cet état de vigueur ne sera pas de longue durée, et que le brin qui a sa racine propre aura une plus grande longévité que celui qui se reproduit sur une souche déjà affaiblie par plusieurs coupes. Les rejets de cépées ne sont bons que pour former un taillis bien fourré. Les baliveaux de l’âge et les anciens sont fort utiles, comme porte-graines, remplissant les vides, et propres à repeupler une forêt déjà vieillie. Dans un langage moitié forestier, moitié vétérinaire, on donne à ces arbres le nom d’éfalons.
Durant la coupe et les quatre ou cinq années qui la suivent on ne doit jamais souffrir l’enlèvement des glands, des faines, des châtaignes, avec quelque abondance que la nature les prodigue. Quand le taillis a pris de la hauteur, cet enlèvement n’a pas de grands inconvénients, parce que les plants qui pourraient naïtre seraient étouffés par les branches, Je dois signaler, comme les plus grands ennemis des faillis, les-troupeaux de bêtes à laine et à cornes, et les chevaux de labour et de charroïi. Un bois n’est pas une prairie destinée au pâturage. Le propriétaire qui perinet le parcours dans les allées de ses bois bordées de taillis, quelque larges qu’elles puissent être, perd toutes les parties les mieux venantes d’un bois, parce qu’elles prennent mieux Vair, La permission accordée aux propriétaires des chevaux ou mules qui voiturent les hois et les charbons, de faire paître dans les coupes de bois est la source de grands dommages. Toutes les bêtes ruminantes préfèrent les bourgeons aux herbes, et les chevaux particulièrement affectés au service des bois ont un instinct semblable à celui des ehèvres. La permission de couper de l'herbe dans les bois, ou de la faucher dans les clairières un peu étendues, entraîne toujours avec elle de grands dommages, parce que en coupant l'herbe on détruit les jeunes plants et les brins paissants de bois blanc et de bois dur.
Tant que l'exploitation de vos bois durera, il est de votre devoir de veiller à ce que les bûcherons ne renversent pas les vieux arbres sur les baliveaux et sur les autres arbres réservés; à ce qu'ils dirigent leur chute sur des taillis destinés à être coupés; à ce que les voituriers de charbon, qui fréquentent vos bois durant six mois, n’y mettent pas leurs chevaux en pâture; à ce que les charrettes passent dans les routes usitées et battues, n’en frayent pas de nouvelles et n’endommagent pas les lisières ; à ce que la charpente soit promptement équarrie et débardée sur la route, ainsi que les tas de fagots et les bois d'industrie qui, demeurant invendus, ne peuvent être enlevés durant la belle saison; à ce que les bois el bourrées de bûcheron soient, ainsi que les copeaux d’équarrissage, enlevés avant la moisson, ou immédiatement après (car si ces charrois sont renvoyés au printemps prochain, qui est ordinairement pluvieux dans tout le nord de la France, ces marchandises passeront l’hiver et la belle saison suivante dans votre bois, et vous serez obligé d’attendre les beaux jours d'été pour opérer une évacuation complète); à ce que les grands fossés de pourtour et d'écoulement , les sangsues et rigoles, les ponceaux et les gargouilles, soient promptement relevés durant l’automne aux frais de l’adjudicataire, et que les nouveaux moyens d'écoulement que l'expérience vous aura montrés nécessaires soient faits à vos frais dans le même délai; à ce que tous les troncs des jeunes faillis et les cépées des vieux arbres soient recouverts d’un ou deux pouces de terre; à ce que les baraques en terre ou en torchis élevées par les charbonniers, les abris destinés aux ouvriers qui travaillent les bois d'industrie, les
demeures passagères bâties par les garde-bois et les gardeventes , soient démolis et rasés, la terre disséminée sur les jeunes taillis, les ramées, bardeaux et solives enlevés et portés hors du bois. Avec ces moyens employés durant le printemps, l'été et les premiers jours d'automne, vous aurez gagné un an, et même deux ans.
Le principe est qu’il faut planter en lignes régulières, et suffisamment espacées, des plants de deux années, enlever avec beaucoup de précaution les parties endommagées des racines, leur laisser la totalité de leur chevelu, faire le moins de plaies possible, et étendre de la terre sur les plaies comme on met de l’onguent sur une blessure, rejeter les plants dont les racines sont sèches ou chancies, placer la terre de la superficie et la plus meuble au fond du trou, et ensuite plomber la terre extérieure à coups de sabot, afin que l'air n’y pénètre pas, donner un labour deux fois par an durant trok aus, sareler, biner, buter, etc.
Quant au semis de graines, on doit faire stratifier celles-ci durant tout un hiver, et les semer durant les premmers jours du printemps, parce qu’en terre humide elles courraient le risque de se pourrir ou d’être mangées par les pies, les corbeaux et les petits quadrupèdes granivores ou fructivores. La grosseur de la graine est la juste mesure du degré de profondeur auquel on doit l’enterrer. Les glands et les châtaignes doivent être couverts de 2 à 3 centimètres de terre; les graines de bouleau, orme, platane, tilleul, peuplier et saule, de un centimètre et demi. On sème quelquefois à graine perdue dans les clairières des bois; mais il faut semer sur les herbes et avant qu’elles tombent, afin que les graines ne soient pas étouffées sous leur poids. On sème aussi des glands, des faînes et des graines de bouleau au milieu des épines, des genêts et des bruyères, qui garantissent les jeunes plants de la gelée et du hâle; et quand le terrain est bon, il arrive ordinairement que les plants, en grandissant, étouffent les mauvaises essences qui les ont abrités; mais la croissance de ces bois est beaucoup plus lente que celle qui est opérée sur planches avec de bons labours.
En terre légère, on peut planter dans des trous de 30 à 60 centimètres de diamètre, sans qu’on soit obligé de défricher la totalité du terrain; mais si le sous-sol est argileux, le trou se remplit d’eau et les racines pourrissent. On peut former aussi une forêt de bois blanc en plantant cent boutures de tremble et cent racines d’ypréau par hectare. On les laisse se développer pendant quatre ans, après quoi on les recèpe pour leur donner une vigueur nouvelle.
L'automne est l’époque la plus favorable pour les plantations en terre légère, et le printemps en terre humide.
Comte Français ( de Nantes }.
On ne peut trop insister sur les avantages que les semis procureraient aux propriétaires des bois, à l'agriculture et aux arts, dans les pays où cette méthode serait suivie avec persévérance. Les forêts se peupleraient peu à peu d’arbres plus utiles que plusieurs de ceux qui les composent aciuellement. La liste des acquisitions que l’on peut faire presque partout est bien plus longue qu’on ne le pense communément : voici l’indication de quelques espèces qui s’accommoderaient très-bien du sol et du climat de la France.
La famille des conifères n’a pas encore fourni tout ce qu’on peut lui demander. Le pin de Corse ( pinus laricio }, dont l'accroissement est si rapide, est plus répandu dans les pares et les jardins d'agrément que dans les forêts, où il rendrait de si grands services à la marine et aux constructions civiles. 1] n’est pas moins à désirer que le pin silvestre, mieux recommandé par la dénomination de pin de Riga, soit semé abondamment partout où il peut réussir, et aucun arbre n’est moins difficile sur le choix du terrain; on en sera convaincu dès que l’on saura qu’il pousse avec vigueur dans les craies de la Champagne et dans les sables de la Sologne.
Veut-on réunir l’agréable à l’utile, que l’on sème des pins
du lord Weymouth ( pinus slrobus des botanistes ). Quoique sa végétation soit moins rapide que celle du pin de Corse, il fait un si bel effet dans les paysages, qu’on regretterait de le voir remplacé par aucun de ses congénères. Enfin, trouvons une place pour l'aviez, pin cimbrot, ou cembro. On lui reproche avec raison l’extrême lenteur de son accroissement ; mais sa beauté, sa longue durée el la saveur de ses fruits le recommandent assez pour qu’on lui livre les sols tourbeux et marécageux, où il semble se plaire, et où très-peu d’autres arbres peuvent subsister.
L'ancienne renommée du cèdre du Liban assigneit à cet arbre une place remarquable dans les plantations d’agrément ; il est temps de l’élever à des fonctions plus importantes. II semble que les soins de l'homme lui sont nécessaires pour qu’il puisse quitter le sol natal, et se répandre assez promptement dans les lieux où l’on veut l’établir. Ses fruits ne mürissent pas dans le cours d’une année; ils restent longtemps sur l'arbre après leur maturité, et lorsqu’eufin ils ont touché la terre, des années s’écoulent encore avant que les cônes puissent s'ouvrir et que les amandes réunissent toutes les conditions nécessaires pour la germination. Ces délais multiplient les chances défavorables, et donnent à d’autres végétaux plus de temps qu'il ne leur en faut pour s'emparer de tout l’espace autour des cèdres, dont les semences viennent toujours trop tard, et quelquefois hors de saison. Il n’est donc pas étonnant que ces arbres aïent été confinés dans les montagnes où la nature les avait placés, et que même ils n’aient pu s’y maintenir; car on assure que le Liban n’en conserve presque plus. L’art du jardinier viendra très-efficacement à leur secours; les cônes seront cueillis à l’époque de leur maturité ; les amandes en seront extraites malgré l’extrème dureté des loges ligneuses où elles sont emprisonnées; on les déposera dans une terre préparée pour les recevoir, et on les distribuera convenablement pour que les germes se développent librement, que les plantes grandissent et se disposent à dominer un jour les arbres inférieurs qui auront protégé leur enfance. Sans cette application de l’industrie humaine, le cèdre du Liban aurait probablement. disparu, comme beaucoup d’autres végétaux gigantesques dont le monde fossile nous révèle aujourd’hui l’ancienne existence.
Les sapins ont autant de droits que les pins à être répandus dans les bois, au milieu des arbres dont la verdure se renouvelle. Employés autrefois exclusivement dans la construction des édifices , ils obtiennent encore aujourd’hui la préférence, lorsqu'on peut s’en procurer facilement. Les deux espèces indigènes ne sont pas les seules qu’il faille faire descendre des montagnes, et contraindre à vivre dans les plaines, dont ilest bien prouvé que l’air et le sol ne leur sont pas défavorables : nous appellerons aussi les baumiers (abies balszmea), tant celui d'Amérique, déjà transporté en France, que celui du nord de l’Asie, encore peu connu, et sur lequel Pallas lui-même s’est trompé dans sa Flora rossica. L'arbre que les Russes nomment picAta, et qu'ils préfèrent à tous les autres sapins pour les plantations d’agrément, n’est point, comme le dit ce naturaliste, l’abies excelsa, qui couvre les Vosges et plusieurs autres montagnes de France et d’Allemagne, mais un baumier peu différent de celui de Giléad, bien caractérisé par son odeur, son feuülage, ses fruits très-courts, et dont les évailles tombent en automne avec les semences, tandis que l'axe du cône reste seul sur les branches. Rien de plus agréable, au printemps , que ce sapin lorsqu'il est chargé de ses jeunes fruits d’un pourpre brillant, répandus avec profusion sur un feuillage d’un vert sombre.
L'Allemagne, toujours attentive à ce qu’une grande utitilé recommande, possède déjà de grandes plantations d’érables à sucre, tandis que chez nous le même arbre n’est pas encore sorti des jardins des curieux, ou de ceux qui sont consacrés à l'étude de la botanique. Au reste, com-
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| France ne pourrait fournir assez de mélèzes pour des cons
mençons par multiplier les sapins indigènes dans toutes leg stations où ils peuvent se plaire : quand nous aurons terminé ce travail, l’œuvre de la régénération de nos forêts sera déjà fort avancée. e
On a presque tout dit sur le mélèze, et cependant les éloges qu’on lui a prodigués demeurent stériles. A l'exception de quelques forêts dans les Alpes, aucune partie de la
tructions de quelque importance. Cependant rien ne serait pius facile que de les propager partout, dans les landes aussi bien que dans les forêts, en se conformant aux conseils que Malesherbes a donnés pour assurer le succès des semis de ces arores.
L'Amérique du Nord est la pépinière qui a fourni jusqu’à présent à l’Europe le plus grand nombre d’arbres forestiers, et ses envois continueront encore longtemps. Quand ils se: ront terminés, on pourra s'adresser à l’Australasie , où tant de nouveautés ont étonné les botanistes, où l'immense eucalyplus surpasse le géant des arbres d'Afrique, l'énorme baobab.
En introduisant les conifères dans les forêts qui en sont dépourvues, on les embellit en même temps qu'on les rend plus utiles et plus productives. En été, le vert sombre des sapins contraste agréablement avec le feuillage des au- {res arbres ; l'œil est satisfait d’une plus grande variété de formes et de couleurs. Dans plusieurs forêts de montagnes, les chênes et les hêtres, le châtaignier même, sont associés aux sapins; pourquoi les plaines n’offriraient-elles pas aussi ce mélange, qui réunit si bien ce qu’il faut pour nos besoins et nos plaisirs? Dans les jardins d'agrément, les pins et les sapins forment la plus grande partie des bosquets d'hiver; il ne tient qu’à nous de multiplier indéfiniment cette verdure que l’on recherche en l’absencé de toute autre, qui adoucit l’austérité d'un paysage dépouillé de presque tous ses charmes, qui fixe dans nos contrées quelques habitants des forêts qui n’y sont plus privés d'asile et de subsistance pendant la saison rigoureuse. Mais afin de pourvoir encore mieux aux besoins de ces aimables hôtes, semons avec profusion des noyaux et des pépins d’arbres fruitiers. Parmi les sauvageons qui naïtront en foule, quelques variétés précieuses viendront un jour enrichir les vergers : on sait que la pomme d’api subsista longtemps ignorée dans les bois avant d’attirer l'attention et d'obtenir les soins du jardinier. Plus on aura semé, plus ces trouvailles deviendront fréquentes , et les forêts seront de vastes pépinières où l’horticulture viendra faire de fructueuses investigations.
Mais en ne considérant les arbres fruitiers que par rapport aux qualités de leurs bois, en les réduisant à n’être que des arbres forestiers, nos intérêts bien compris nous engageront encore à étendre la propagation de ces précieux végétaux. Tous sont recherchés, soit pour les arts, soit pour le chauffage, ou pour l’un et l’autre emploi. L’acajou a trouvé dans le merisier un dangereux rival; le noyer commence à s'introduire dans les ameublements somptueux; le prunier et le
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| poirier seront toujours travaillés par les tourneurs ; etc,
Nos arbres fruitiers transportés dans le Nouveau-Monde y ont été plus que l'équivalent de tout ce que la Flore de ce continent a donné à l’Europe et de ce qu’elle lui promet encore. Accoutumés, comme nous le sommes, aux jouissances que ces arbres nous procurent annuellement , la continuité du bientait le dérobe, en quelque sorte, à notre reconnaissance. Pour estimer équitablement le mérite du produit de nos vergers, ce sont les Américains qu’il faut interroger. L'amiral Anson porta la guerre sur les côtes du Chili et au Pérou, il pilla la ville de Paita, prit un galion espagnol richement chargé; mais en relâchant à Pile de Juan-Fernandez il y planta quelques noyaux d’abricots : cet arbre y prospéra, se répandit dans les forêts de Pile, et les Espagnols estiment eux-mêmes que ce service, dont ils