‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 225 sur 527 · BOISSERÉE · texte numérisé non relu

BOISSERÉE

donna la première idée de consacrer leur temps et leur fortune à rechercher et à rassembler les antiquités artistiques de l'Allemagne. L'étude des chefs-d'œuvre de l’art antique et de l’art chrétien réunis par Napoléon dans les salles du Louvre forma leur goût, que perfectionnèrent encore les lesons de Frédérie Schlegel, leur hôte. Schlegel s'étant attaché, dans son £uropa, à attirer plus spécialement l'attention publique sur les ouvrages des anciens peintres allemands réunis dans le Musée du Louvre, les trois amis se souvinrent d'avoir vu &ans leur ville natale de vieux tableaux du même genre, el ils firent un éloge si pompeux des richesses enfouies dans les églises des Pays-Bas et des bords du Rhin, qu'ils déterminèrent Schlegel à les accompagner dans cette contrée au printemps de 1804. Les nombreuses églises et les couvents supprimés dans les départements riverains du Rhin réunis à la France venaient précisément d'être évacués, et beaucoup de tableaux anciens étaient tombés entre les mains d'amateurs qui n’en connaissaient pas le prix. Les trois amis éprouvèrent le désir bien naturel de les sauver de la destruction; ils se mirent donc à leur recherche, firent l’acquisition de ceux qu'ils purent découvrir, et, le succès étendant leurs vues, ils résolurent, dès 1808, de faire de l’histoire de l’art l'unique affaire de leur vie et de donner à leur collection une importance plus qu’ordinaire.

Cette année même, Melchior eut le bonbeur d'acquérir quelques-uns des plus curieux tableaux de leur collection , et Sulpice, après avoir préparé son grand ouvrage sur la cathédrale de Cologne, en levant le plan de ce beau monument, entreprit un voyage artistique sur les bords du Rhin en passant par Mayence, Heïdelberg, Spire, Strasbourg, Fribourg, Bâle et la Bavière. Ce fut à cette époque qu'il conclut avec le baron Arétin un traité pour la publication des planches lithographiées de son ouvrage, et qu'il engagea le peintre d'architecture A. Quaglio à accompagner à Cologne pour l'exécution des vues perspectives. Ses recherches sur l’ancienne architecture le convainquirent que la cathédrale de Cologne était un des édifices les plus parfaits qu'il yeüt en Europe, tant sous le rapport du plan que sous celui de l'exécution, et qu’il convenait éminemment à servir de modèle du style le plus pur et le plus noble. Le désir de reproduire ce chef-d'œuvre de l’art allemand tel que l'avait conçu le génie du premier architecte, enflamma le jeune homme; et dans son enthousiasme, il fit un travail qui attira sur ce monument l'attention de tous les gens de goût.

En {810 les trois amis se rendirent à Heïdelberg, emportant avec cux quelques-uns de leurs tableaux. La même année, le libraire Cotta leur offrit de faire les frais des planches de l’ouvrage sur la cathédrale de Cologne, les lithographies n'ayant pas aussi bien réussi qu'ils l’espéraient. Les dessins furent exécutés principalement par A. Quaglio, Fuchs de Cologne et le conseiller supérieur des bâtiments Molla. Duttenhofer de Stuttgard et Darnstedt de Dresde furent chargés de la gravure. En 1811 Sulpice Boisserée visita la Saxe et la Bohême. Dans ce voyage il eut la bonne fortune de nouer avec Gœthe des relations qui durèrent jusqu’à la mort du grand écrivain. Dans l’intérvalle, la majeure partie des tableaux de leur collection fut transférée à Heïdelberg. Vers le même temps Melchior Boisserée alla parcourir les Pays-Bas, où il acquit encore plusieurs tableaux importants, entre autres quelques-uns des chefs-d’œuvre de Hemling. Non-seulement il travailla avec Bertram à enrichir la collection, mais il s’occupa aussi avec activité à en restaurer et classer les tableaux. Sulpice, de son côté, fit venir de Paris plusieurs graveurs, entre autres Leisnier, et avec leur concours, secondé aussi par Geissler de Nuremberg et Rauch de Darmstadt, il fit paraître en 1823 la première livraison de son magnifique ouvrage intitulé : Histoire et Description de la Cathédrale de Cologne. La 4° et derhière livraison parut en 1831.

Les événements de 1813 à 1815 ayant attiré à Heidelberg

DICT, DE LA CONVERS. => T, ll,

les hommes les plus distingués, la collection des trois amis acquit une réputation européenne sous le nom de Co/leclion de Boisserée. Elle comptait alors 200 tableaux, et bientôt il n’y eut plus à Heidelberg de maison assez vaste pour la contenir, En conséquence, le roi de Wurtemberg offrit aux propriétaires la jouissance d’un batiment spacieux à Stuttgard ; eti.« purent enfin exposer dans son entier leur collection, dont ils classèrent les tableaux d’après leur plus ou moins d'importance. On reconnut alors que dès le treizième siècle l'Allemagne possédait une école de peinture formée, comme celle d’Italie, sur les traditions de l’école byzantine , et qu’à cette époque cette école avait pris un développement propre avec une supériorité incontestable, en ce qui est de la composition et du coloris, sur l’école italienne contemporaine. Cette collection révéla les noms d’un grand nombre de maitres flamands jusque là inconnus, et fit dignement apprécier le mérite de Jean Van Eyck, créateur de la peinture allemande proprement dite.

Les tableaux rassemblés par les frères Boisserée offrent réunis, à un plus haut degré qu’on ne pouvait s’y attendre, l'esprit, le sentiment, le naturel et la vérité, la beauté et la clarté. Comme dans ceux de Dürer, de Holhein et de la plupart des artistes du quinzième siècle, on y adiuire dans toute leur originalité le caractère et le talent des Allemands ; c’est seulement avec les œuvres du seizième siècle que l’influence de la peinture italienne se fait sentir, et que l’on commence à apercevoir la transition graduelle à l'école flamande moderne, devenue dominante à la fin de ce même siècle.

La collection se divisait en trois sectiuns, d’après les trois grandes périodes de la peinture allemande. La première comprenait les ouvrages du quatorzième siècle, appartenant tous à l’ancienne école de Cologne, alors la plus célèbre de Allemagne. La seconde se composait des ouvrages de Jean Van Eyck et de ses disciples plus ou moins immédiats, tels que Hemling ou Memling, Hugues Van der Goes, Israel de Meckenen , Michel Wohlgemuth ; Martin Schæn, etc. La troisième, enfin, comprenait les œuvres des peintres allemands qui se distinguèrtnt à la fin du quinzième et au commencement du seizième siècle, comme Dürer, Luc de Leyde, Mabuse, Schoreel, Patenier, Bernard Van Orley, Cranach, Holbeiïn, et celles de leurs élèves et de leurs successeurs chez lesquels l’imitation de la manière italienne est sensible, comme Jean Schwarz, Martin Heemskerk, Michel Coxcie, Charles Van Mander, les peintres de Cologne Jean de Melem et Barthélemy de Bruyn, etc.

Désireux de s’assurer que leur collection, à laquelle ils avaient consacré, pendant plus de vingt années , leur temps et leur fortune, ne serait pas disséminée après leur mort, les trois amis la cédèrent en 1827 au roi Louis de Bavière au prix de 120,000 thalers. Ce prince la fit transférer, en 1828, à Schleissheim, et de là, en 1836, dans la Pinacothèque de Munich, à l’exception d’une quarantaine de tableaux qui furent donnés à la chapelle de Saint-Maurice à Nuremberg.

La collection Boisserée, qui occupe presque à elle seuie les huit premiers salons de ce musée, forme avec les tableaux de la salle voisine la galerie la plus complète qui existe des œuvres des anciens peintres allemands. Si de nouvelles recherches n’ont pas confirmé de tous points le système de classification de MM. Boisserée, C’est là un fait naturel dans le développement de la science, et qui ne diminue en rien le mérite d’hommes qui ont acquis des titres légitimes à la reconnaissance de leurs contemporains et de la postérité.

Les trois amis suivirent leur collection à Munich, où Melchior continua à en lithographier les tableaux, avec Strixner, et publia en 1834 son œuvre, en 33 livraisons. Sulpice y fit aussi paraître, de 1831 à 1833, ses Monuments de PArchitecture dans le Bas-Rhin du septième au treisième siècle, avec 72 lithographies in-fol. Ses travaux sur les antiquités chrétiennes ont donné naissance à deux

370 BOISSEREE traités Sur le temple de Saint-Graal (1834), et sur La Dalmatique impériale dans l’Église de Saint-Pierre à Rome (1842), l'un et l’autre ornés de gravures et insérés dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de Bavière, dont il est membre. En 1835 il fut nommé conseiller supérieur des bâtiments et conservateur général des monuments plastiques du royaume, place à laquelle sa santé affaiblie le força de renoncer au bout de dix-huit mois pour aller habiter un climat plus doux. Il passa l'hiver de 1836 à 1837 dans le midi de la France, et voyagea pendant deux ans en Italie. A son retour il eut la joie d’apprendre que le roi de Prusse entreprenait la réédification de la cathédrale de Cologne incendiée. Son ami Bertram fut moins heureux; il mourut au printemps de 1841 ; mais avant sa mort il avait eu la satisfaction de voir réussir les essais de Melchior-Boisserée pour parvenir à peindre sur verre avec le seul pinceau. Ce nouvel art fut immédiatement appliqué par l’inventeur à la reproduction sur verre des meilleurs tableaux de son ancienne collection, et il forma ainsi, en y ajoutant quelques tableaux de l’école italienne , une collection unique en son genre, qu’il transporta en 1845 à Bonn, lorsqu'il alla s'y établir avec son frère, sur l'invitation du roi de Prusse, 11 fut à cette occasion créé conseiller privé; mais il tomba bientôten paralysie, et mourut le 14 mai 1851. Quant à Sulpice, il ne lui survécut pas longtemps, et après avoir occupé la chaire d'archéologie, créée pour lui à Bonn, il mourut dans celte ville le 2 mai 1854.

BOISSIEU (Jean-Jacques DE) naquit à Lyon, en 1736. Son goût pour le dessin, contrarié d’abord par les vues de sa famille , qui voulait faire de lui un magistrat, se manifesta de bonne heure avec tant d'éclat qu’on dut céder devant une vocation qui paraissait invincible. Son premier naître fut Frontier, peintre d'histoire, alors en réputation. Le jeune de Boissieu fit des progrès si rapides, qu’il fut bientôt en état d’imiter, dans ses compositions , le style des plus célèbres paysagistes de l’école flamande, tels que Ruysdaël, Van den Velde, etc, Il avait vingt-quatre ans lorsqu'il vint à Paris, où il se lia avec Vernet, Soufflot, Greuze, et autres artistes célèbres. De retour à Lyon, la préparation des couleurs ayant altéré sa santé, il se livra exclusivement à la gravure à l’eau-forte, pour laquelle il se sentait une aptitude particulière. Il joignit par la suite à l’eau-forte, avec beaucoup de succès, un mélange de pointe sèche et de roulette. Ses productions étaient déjà fort recherchées lorsque le duc de La Rochefoucauld l'emmena en Italie. Il se lia pendant son séjour à Rome avec Winckelmann, dont les conseils achevèrent de développer son talent. Ce voyage faillit le détourner de la gravure; l'étude assidue qu'il fit des chefs-d’œuvre de la peinture réveilla sa première ardeur pour les pinceaux, et il se plut à reproduire sur la toile les ruines des monuments antiques Mais sa santé le força de nouveau à reprendre le burin; et dès lors il se consacra tout enlier à la gravure à l’eau forte. I1 y acquit un tel talent qu'il peut être regardé comme un des plus habiles graveurs en ce genre. Son œuvre gravé se compose de cent sept pièces, parmi lesquelles un bon nombre sont excellentes, et à la hauteur du Charlatan de Karl Dujardin, tant cité. Ses esfampes dans la manière de Rembrandt ont beaucoup de couleur et d’effet; la composition de ses dessins est abondante, sa touche moelleuse et toujours sûre. On doit encore remarquer que Boissieu, dans ses moindres fantaisies, ne s'est jamais écarté des règles sévères du goût. Il mourut en 1810. B, pe Corcy.

BOISSONADE (Jean-François), un des savants les plus spirituels et l’un des érudits les plus exacts de l’époque actuelle, naquit le 12 août 1774, à Paris. C’est un de ces esprits fins et délicats auxquels le travail de la pensée est nécessaire comme l'air qu'ils respirent, et qui, dans une prison, continueraient avec délices leurs lectures favorites, leurs analyses ingénieuses et leurs investigations piquantes,

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Quelque chose de la sagacité de Baylese joint chez M. Bois. sonade à une sobriété fine de style et à une profonde connaissance de la littérature grecque. C’est là, comme on le dit aujourd’hui , sa spécialité, et il a publié beaucoup d’éditions remarquables des auteurs grecs et latins. Journaliste et savant, tout en commentant Lycophron, Thucydide ou Achille Tatius, il trouvait encore moyen d’approvisionner le Mercure, le Magasin Encyclopédique, la Biographie Universelle, et surtout le Journal des Débats, des plus spirituels articles. Un moment, il avait passé par la carrière administrative en qualité de secrétaire général de la préfecture de la Haute-Marne, situation que n’eñt pas dédaignée une ambition d’un autre ordre, mais qu’il ne tarda pas à répudier pour se livrer sans réserve à ses goûts. Sa renommée et son progrès furent rapides dans cette carrière, qui était réellement la sienne. Nommé en 1809 professeur adjoint de littérature grecque à la Faculté des Lettres, professeur titulaire en 1812, membre de l’Académie des Inscriptions en 1813, cuevalier de la Légion-d’Honneur en 1814, professeur de littérature grecque au Collége de France en 1828, il travaille, dit-on, depuis longtemps, à un dictionnaire de la langne française, spécialement consacré à la recherche et à l'étude des étymologies. I1 est fort à désirer que cette promesse se réalise. Aucune intelligence n’est plus naturellement prédisposée à ce difficile travail , et nous avons été si souvent les dupes de l’hallucination étymologique, que ce sera une bonne fortune pour les philologues que l'apparition d’un tel ouvrage. Philarète CHASLES.

Ik y avait deux ans que ce savant avait pris sa retraite comme professeur lorsqu'il est mort le 10 septembre 1857, à Passy, laissant un commentaire très-étendu sur l'Anthologie grecque ; malheureusement il était loin d’avoir achevé son Dictionnaire étymologique de la langue francaise, Sa nombreuse bibliothèque a été vendue aux enchères en 1859. M. Boissonade a laissé deux fils.

M. Boissonade a donné des éditions de Philostrate (Paris, 1819), du rhéteur Tibérius (Paris, 1815), de Nicétas Eugenianus (2 vol., Paris, 1819), d’un commentaire de Proclus sur le Cratyle de Platon (Leipzig, 1820), d'Eunapius (Amsterdam, 1822), du Syntipas (Paris, 1823), des Fables de Babrius (Paris, 1844), du Sylloge Poetarum Græcorum (24 vol., Paris, 1825-1826), du Nouveau Testament (2v0]., Paris, 1524), des Anecdota Graæca(5 vol., Paris, 1829-1840), des Anecdota Nova (Paris, 1844), qui sont d’une grande importance pour l’histoire byzantine et pour l'étude des grammairiens grecs; des ÆZpistolæ de Philostrate (Paris, 1842), etc., etc. *

A tant de services rendus à la littérature il faut ajouter les Lettres inédites de Voltaire à Frédéric le Grand (1802); le recueil des Œuvres de Bertin (1824), celui des Œuvres de Parny (1827), ete. On a réuni sous le titre de Critique littéraire du premier empire (1863, 2 vol. in-8°} les articles de journaux et d'histoire ainsi que les notices biographiques de Boissonade,

BOISSONS. L'homme a presque autant besoin de boissons que d'aliments véritables : outre qu’il est des boissons qui nourrissent, la plupart sont des dissolvants nécessaires à la digestion. Absorbées dans le canal digestif, et portées de là dans le torrent circulatoire par des vaisseaux, les boissons réparent les pertes continuelles du sang. Puisque c'est du sang que proviennent les humeurs et les transpirations des poumons et de la peau, il est indispensable que d’autres fluides remplacent ceux que la vie dissémine ainsi à toutes les surfaces du corps et par ses issues. Aussi ne fautil pas se montrer surpris si la privation de breuvages est presque autant ressentie par le sentiment de la soif que la privation d'aliments par la faim, Il est même certain que le manque de boisson amaigrit comme l'inanition véritable, On cite un homme qui perdit près de six livres de son poids total pour être resté cinquante jours sans boire, Ce

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genre de privation a souvent déterminé la rage en plusieurs espèces d'animaux, Bien que la soif ne soit peut-être jamais aussi vive chez les herbivores que chez quelques carnassiers, il n’en est pas moins vrai que les animaux carnivores se passent plus aisément de boisson que ceux qui se nourrissent d'herbes. Il existe, à la vérité, quelques exceptions, ne fûüt-ce que pour le chameau et pour quelques rongeurs ; mais toujours est-il que l’homme sobre, qui se nourrit de viandes, a moins besoin de boisson que s’il s’alimentait uniquement de végétaux.

Les excès en fait de boisson ruinent la santé, en conduisant à une obésité maladive ou à une extrême maigreur. Ce genre d'abus trouble surtout les digestions, les liquides étant ordinairement d’une digestion plus difficile que les aliments solides. L'absorption vitale est d’ailleurs entravée par l’excès de boisson. Le cœur et les vaisseaux, alors comme encombrés de liquides, accomplissent péniblement la circulation du sang, tandis que les poumons, dont une enceinte étroite limite le jeu, éprouvent une gène qui peut aller jusqu’à l'oppression. L’ivrognerie produit fréquemment des hydropisies, des paralysies et des suffocations nocturnes ; en sorte que l'intérêt seul de la conservation et l'amour de la vie doivent inspirer la sobriété iout aussi efficacement que ces clubs de tempérance où les néophytes trinquent en sortant du prêche, quelquefois même pendant le sermon.

Les boissons peuvent être distinguées en celles qui sont aqueuses, celles qui sont fermentées , les alcooliques proprement dites, et les aromatiques. Au moins la plupart des boïissons-rentrent-elles dans ces divisions.

L'eau est la plus saine des boissons pour quiconque éprouve peu de fatigue et vit sous un ciel tempéré. Elle doit toutefois, pour être salubre, dissoudre le savon, renfermer de l'air, et cuire les légumes secs. L’eau de pluie et l’eau de rivière sont ordinairement les plus saines, comme plus aérées que celle de source, et moins salines que celle de puits. L’eau stagnante est malsaine; l’eau distillée , trop privée d’air; l’eau de mer, trop salée et nauséabonde, même quand on la distille. L’eau minérale ne convient qu'aux malades, et l'usage n’en peut être que temporaire, sans quoi elle déterminerait des dérangements d’estomac et des bouffissures. L'usage même de l’eau de Seltz ne saurait être longtemps continué sans inconvénient ni même sans danger. Si l’eau est impure , on la filtre ; si elle paraît fade, on l’aromatise ou on la sucre; on peut l’aciduler si la soif est vive, l’aviver par de l’alcool si l’on transpire, la mêler au vin si elle est crue ou qu’on craigne la faiblesse. On peut l’aérer, la rendre gazeuse, la paner, la rendre amère en y faisant macérer ou infuser quelques substances toniques. On peut aussi la prendre glacée, ou même à l’état de glace, ce qui fait un devoir de discerner les conjonctures. L’eau est certainement la boisson la plus saine pour l’homme adulte, non fatigué, valide, énergique, Lien nourri, surtout si le climat n’est ni ardent ni rigoureux. 1l est avéré que la plupart de ceux dont la longévité fut exceptionnelle étaient des buveurs d’eau et des hommes vigilants et tempérants. 11 west pas de boisson qui pénètre mieux les aliments, qui rende la digestion plus facile, le sommeil plus calme, l’oumeur plus égale, la fraîcheur et la santé plus durables, et plus accessibles les voies du bonheur et de l'innocence, sinon celles de la vertu, qui peut-être suppose plus dénergie que le régime aqueux n’en comporte,

Quels que soient les avantages de l’eau, on lui préfère presque toujours les boissons fermentées, de sorte que même pour les plus sages elle n’est en réalité qu'un pis-aller imposé par la pénurie, par le médecin ou le mauvais état de la santé. C’est un breuvage bienfaisant, mais qui ne fait que des ingrats. Il en est de l’eau comme de la modestie : on la vante volontiers, mais personne n’en veut pour soi.

Quant aux boissons fermentées, où l'eau se retrouve à

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l'état de mélange, elles supposent {oujours le concours d’un principe sucré et d’un ferment. Toute boisson fermentée est plus ou moins alcoolique; et ce qui prouve qu’il en est ainsi, c’est que toutes fournissent de Palcool à l’alambic, et que toutes peuvent enivrer. Heureusement que, tempéré par un véhicule abondant, l'alcool ainsi combiné se borne à exciter modérément le corps et lesprit. Les principales boissons fermentées sont le vin, le cidre, le poiré, la bière, etc.

Le vin est la plus salubre et la plus recherchée de ces boissons. On l’obtient du moût ou suc doux de raisins qu’on a préalablement foulés, On fait avec le raisin noir tout aussi bien du vin blanc que du vin rouge, selon qu’on laisse cuver la pellicule rouge ou qu’on l’isole du moût avant toute fer mentation, Il y a les vins rouges, qui.sont ordinairement plus toniques et plus sains; et les vins blancs, qui sont plus excitants, plus insinuants, plus apéritifs ; il y a les vins mousseux, qui égayent et qui enivrent, comme le Champagne et beaucoup d’autres qu'on peut champaniser artificiellement; il y a les vins doux, comme le Lunel et le Frontignan; les vins de liqueurs, comme le Madère et le Xérès; les vins cuits, comme le Malaga et l’Alicante, dont Montpellier tient fabrique, et Cette magasin. Ces vins sucrés contiennent beaucoup d'alcool et conviennent peu à la santé, bien que les femmes les préfèrent. Les vins véritables sont ceux de France que lunivers célèbre sous les noms de Bourgogne et de Bordeaux, du Dauphiné, du Roussillon, du Rhône et du Rhin. Ceux de l’Anjou ont peu de distinction, mais beaucoup de force. La Champagne n’a de vraiment remarquable que son vin mousseux, blanc ou rosé, si célèbre sous les noms d’Ai, d'Avise et d'Épernay, etc. Quant à ses vins rouges, ils sont faibles et pâles; ils vieillissent mal, ct ont la saveur courte. Ceux des Riceys et de Boussy sont les plus connus; mais la complexion en est trop frêle pour qu’on les expose à de longs voyages. Les vins de la Loire ont peu de renom, maïs beaucoup d’acheteurs. Tandis qu’on baptise les vins du Rhône, on débaptise ceux de la Loire.

A doses pareilles, le vin rouge est plus fortifiant , le vin blanc plus excitant, plus indigeste. Le vin de Bordeaux est le plus léger et le plus froid, le moins enivrant; le vin de Bourgogne, le plus généreux : l’essentiel est qu’on en modère la dose. Le vin de Bordeaux permet quelques familiarités, le Bourgogne veut plus de discrétion. Avec le premier, on peut'frayer tête à tête et sans défiance ; à l’autre, il faut plus de cérémonie, de plus petits verres et quelques convives. On fait aussi avec des grappes de rebut et du marc de raisin une boisson faible et aigrelette qui désaltère sans enivrer :.je parle de la piquette et du râpé.

Le cidre etle poiré sont deux autres boissons qui remplacent le vin dans quelques provinces privées de vignobles. On fabrique le cidre avec des pommes qu’on écrase et qu’on pressure, et avec des poires le poiré. Ce sont là des boissons lourdes et maisaines tant qu’elles n’ont pas fermenté. Si alors on met ces liquides doux en bouteilles, on obtient , au bout de quelques semaines, une liqueur piquante, pétillante et agréable, principalement si c’est du poiré. Le poiré qui commence à fermenter ou à se parer (à cause de la mousse), a souvent élé pris pour du vin blanc, auquel même il est souvent préférable. Mais cette boisson si agréable et si pénétrante est peu salubre; et même quand la fermentation en est achevée, le poiré devient lourd et flasque au point de n'être plus propre qu’à la distillation. Le poiré est une boisson incisive et apéritive, qui convient à quelques asthmatiques. Le cidre est moins agréable au palais, mais plus nourrissant, plus tonique et plus sain, moins enivrant surtout. S'itest maître, c’est-à-dire sans eau ou de première cuvée, il est essentiel de le baptiser pour l’usage ordinaire. Les compatriotes du cidre ont ordinairement les dents mauvaises et souvent douloureuses, et ils paraissent sujets au bégaiement et au grasseyement beaucoup plus que les

peuples des contrées à vignobles. Le cidre paraît disposer à l'embonpoint, mais non le poiré. Quiconque n’a pas séjourné en Normandie ne connaît pas le vrai cidre : le cidre artificiel de Paris n’en est qu'un indigne simulacre. Malheureusement cette boisson ne supporte pas les voyages : elle se tue ou noircit, elle se trouble, se décompose ou s’aigrit par le mouvement et par le temps. Les vases où le cidre se conserve le mieux sont les barriques ayant contenu de l’huile d'olive; également, une couche d'huile répandue à sa surface peut empêcher le cidre d’aigrir. Le petit cidre ou de deuxième cuvée compose la boisson presque exclusive de six à sept millions de Français; le maitre cidre est presque uniquement consommé dans les cabarets et les auberges. Les buveurs de cidre sont rouges et écoguelés, comme les buveurs d’ale et de gin.

Quant à la bière, on sait qu’elle résulte de la fermentation de l'orge ou d’une autre céréale, et que c’est le houblon qui la rend amère, odorante et tonique. C’est une boisson moussante, rafraichissante en tant qu’elle désaltère, mais réellement échauffante au point de troubler le sommeil. Elle donne à la distillation presque autant d’eau-devie que le cidre, et de leau-de-vie tout aussi désagréable. Elle a souvent causé des coliques et des gonflements, surtout si l’on en fait usage aux repas. Il ne convient d’en user que pour calmer la soif ou la faim : elle nuit aux digestions et ne convient qu’à des estomacs vides et nus. Les buveurs de bière, comme les compatriotes du cidre, font presque toujours abus des alcooliques, pensant remédier ainsi aux gonflements qni résuitent de leurs excès.

Nombreuses sont les espèces de bière. La bière blanche désaltère mieux et est plus agréable que la bière rouge, précisément parce qu’elle renferme peu de houblon et qu’on la fabrique avec du malt peu torréfié; la pelile bière calme la soif sans ôter l'appétit; le porter est une grosse bière qu’aromatisent de la coriandre et du genièvre ; l’ale est une bière blanche moins chargée de houblon que d’alcool; le quass des Russes est une bière de seigle; et ce que les Arabes boivent sous le nom d’arack, une boisson vineuse qu'on fabrique avec du riz fermenté. On compose aussi avec le maïs une sorte de bière qui porte le nom de pito.

Le breuvage que les Polonais nomment melt est un hydromel vineux et aromatisé, qu'ils fabriquent avec du miel fermenté, 11 prend le nom de mélhéglin quand les épices y dominent.

On compose aussi d’autres boissons comme vineuses, soit avec le fruit du cocotier, soit avec le cassis, des prunes ou des pêches. Le vin de Strasbourg est de cette dernière espèce ; c’est un suc de pêches fermenté.

Les alcooliques proprement dits sont d’un usage souvent funeste : outre que leur vive saveur peut induire à des habitudes ignobles, ils exposent à des paralysies et des tremblements, à des attaques d’apoplexie et à une imbécillité irrémédiable, qui n’est guère qu’une ivresse chronique. Prise à jeun ou à grandes doses, l’eau-de-vie, mais principalement l’eau-de-vie de grain ou le gin, et l’eau-de-vie de pommes de terre, conduit à l’abrutissement, outre qu’elle expose aux gastrites, aux squirrhes du pylore, etc. L'eau-de-vie de vin , surfout si elle vient de Cognac, d’Armagnac ou d'Angoulême, est moins dangereuse que l'eande-vie de cidre, de lie ou de poiré. Le 3/6 de Montpellier, ou rikiki, tient à peu près le milieu entre les unes et les autres. Le Airsch, ou eau-de-vie de cerises noires, est un breuvage agréable que son arôme d'acide prussique ou d’amandes rend savoureux. C’est un breuvage qui amaigrit et qui peut troubler l'esprit après avoir agité le sommeil. L'eaude-vie de sucre ou rAum est plus tonique que les autres alcools ; il en est de mème du £afia ou eau-de-vie de cassonade, Quant aux liqueurs sucrées, que les femmes préfèrent, celles de curaçao, demarasquin et de rosolio sont les plus sapides et les plus saines, L’absin{he ne con-

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vient qu'à des gastronomes sans appétit. Le wermou th de Hongrie, qui souvent sert d’escorte au vin de Tokai, son compatriote, est une liqueur d’absinthe moins forte et plus agréable que celle de France. Pour ce qui est de l’eau-devie de Dantzig, dans laquelle on plonge éparses des paillettes d'or, cet or n’est pas toujours tellement purgé de parcelles cuivreuses qu'il ne puisse causer des accidents.

L'abus des alcooliques n’est presque jamais le fait des femmes; le simple usage serait un vice en elles : elles y perdraient leurs plus attrayantes qualités. Cependant, et surtout au bal, on peut faire exception pour le punch, liqueur faiblement alcoolique qu’aromatise le citron, et dont le thé fait la base. Il répare les fatigues et modère la transpiration.

On doit convenir qu’il est des circonstances où l’usage des alcooliques est non-seulement tolérable, maisutile : je veux parler des circonstances où la chaleur est excessive, des cas où une transpiration abondante se joint à la fatigue qu’elle accroît. Aucun breuvage ne reboit plus utilemept la sueur et ne rafraichit mieux la peau qu’un mélange de deux tiers d’eau et d’un tiers d'eau-de-vie de Cognac ou de rhum. Ii en résulte une sorte de révulsion dont l'estomac assume sans danger toute la responsabilité. Les alcooliques réussissent aussi très-bien à ceux qui se livrent à de grands exercices et qui éprouvent de vraies fatigues ou une sorte d'épuisement passager ; mais il est nécessaire qu’une abondante nourriture précède ou suive de près l’usage de ces breuvages excitants. Enfin, les alcooliques conviennent quand il s’agit de remonter passagèrement les forces, soit corporelles, soit morales, l'énergie musculaire ou le courage; ils sont utiles pour affronter une maligne influence ou un danger, un air malsain ou une contagion. Ce genre de stimulant sied surtout aux manœuvres, aux soldats et aux voyageurs. Mais, comme je l’ai dit dans mes Nofions d'Hygiène pratique (1844), l'usage même en est dangereux pour ceux qui, oisifs et sédentaires , n’ont besoin ni de remonter leurs forces ni de remédier à des fatigues, C’est surtout chez les désœuvrés que les alcooliques ont des effets terribles sur l'esprit et le caractère, aussi bien que sur la santé. On les a vus, en pareilles rencontres, abrutir les plus heureuses natures, inspirer des habitudes de taciturnité, d'isolement et de misanthropie , et jeter dans l’hypochondrie et 1: mépris de l’existence des sujets nés avec les plus riches dons. 11 n’est pas d’inclination plus avilissante ni de vice plus honteux.

Nous ajouterons que l’éther, dont font journellement usage des femmes vaporeuses, a des effets non moins pernicieux que les alcooliques. C’est un breuvage qui n’éveille un moment les sens que pour causer bientôt de l’abattement, l'inertie de l’esprit, des tremblements et une sorte d'ivresse.

, D' Isidore Bourpon.

Souvent les boissons comportent elles-mêmes des propriétés alimentaires : telles sont le Z ai£, les bouillons,etc. La médecine emploie sous forme liquide une foule de médicaments, particulièrement les {isanes, soit pour tempérer la chaleur et l’irritation locale ou générale, soit pour stimuler certains organes frappés d’atonie, soit enfin pour faire pénétrer dans l'économie certains agents spéciaux qu’on veut faire agir par voie d'absorption.

Les autres boissons aqueuses consistent dans l'addition à l’eau de certains principes doux, rafraichissants on savoureux , tels que le sucre, les mucilages, les acides végétaux , les émulsions, les divers sirops, tels que ceux d’orgeat, de vinaigre, etc. Enfin, l'eau constitue la base ou le véhicule principal des liquides que nous buvons.

Les liqueurs sont de l'eau-de-vie à laquelle sont ajoutés des aromates, des fruits et du sucre, qui tempèrent ses qualités stimulantes. Prises comme moyen digestif, les eeuxde-vie simples sont préférables aux liqueurs; mais à jeun les liqueurs sont moins nuisibles que l'eau-de-vie.

BOISSONS

Enfin parmi les boissons aromatiques on distingue le café et le {hé. Le café,

Cette liqueur au poëte si chère, Qui manquait à Virgile, et qu'adorait Voltaire,

suivant Delille; le café, boisson intellectuelle par excellence, engendre un sentiment de bien-être accompagné de plus de liberté dans les mouvements et de lucidité dans les idées. Bien que son effet soil fugace, il occasionne chez les personnes irritables un malaise qui se prolonge et peut les priver de sommeil pendant toute une nuit : s’il est vrai que chez certains individus, au contraire, il favorise le sommeil, cela peut s'expliquer par l’état de collapsus qui suit la période de stimulation. Le lait et la crème en modilient les propriétés excitantes; mais chez quelques-uns ils provo- quent lerelâchement du ventre.

Le {hé agit comme délayant des aliments et stimulant de l'estomac; c’est la providence des grands mangeurs et des estomacs débiles ; c’est Le dessert obligé de quelques nat'ons du Nord, qui corrigent ainsi les effets d’une constitution lâche et d’un ciel froid et brumeux. D' Forcer.

BOISSONS (Impôts sur les). En France, les boissons sont soumises à divers droits, savoir :

{° Droit de circulation. C’est celui qui est perçu, sauf quelques exceptions, à chaque enlèvement ou déplacement de vins en cercles et en bouteilles, cidres, poirés, hydromels, par quantités de vingt-cinq litres et au-dessus, el pour une quantité quelconque d’eau-de-vie, esprits, et liqueurs composées d’eau-de-vie ou d’esprits. Sa quotité se

détermine par le lieu de destination, conformément à un tarif dans lequel les départements sont partagés en quatre classes, et la perception s’en opère, soit lors du départ, soit au terme du transport. L’acquittement en est constaté par la déclaration préalable faite au bureau de la régie par l’expéditeur ou l’acheteur , et par l'expédition dont le conducteur est obligé de se munir. Cetteexpédition s'appelle congé, lorsqu'il s’agit des vins, cidres et poirés, dont le droit est payé au moment même de la mise en circulation; acquit à caution, lorsqu'il s’agit d’esprits, eaux-de-vie, ou liqueurs,

, et que le droit ne doit être acquitté qu’au lieu de destinafion; passavant, lorsqu'il s’agit d'un simple transport de boissons qu'un propriétaire opère d’une cave à ung autre. Le laissez-passer est un papier imprimé, valable seulement jusqu’au premier bureau de passage, et que les propriétaires récoltants etmarchands en gros sont autorisés à se délivrer à eux-mêmes, à défaut de bureau de régie dans le lieu de leur résidence.

Entre autres cas d’exemption de ce droit dont jouissent les boissons, nous mentionnerons celui où un propriétaire, Colon partiaire ou fermier, effectue des transports dans l'étendue du canton où la récolte a été faite et des communes limitrophes de ce canton, que ces communes soient ou non du même département. |

2° Droit d'entrée. Ce droit, qu'il ne faut pas confondre avec le droit d'octroi, dont nous allons parler plus bas, se perçoit au profit du trésor dans les communes ayant au moins quatre mille âmes de population, sur les boissons qui y sont fabriquées ou introduites , et qui doivent y ètre consommées; car lorsque les boissons doivent seulement traverser les villes, y séjourner quelque temps, ou y être entreposées , elles ne sont point sujettes au droit. Au eas de simple passage ou de séjour n’atteignant pas vingt-quatre heures, on consigne le montant du droit à l'entrée, et on se munit d’un passe-debout ; quand leur séjour se prolonge au delà de vingt-quatre heures, on dit que les marchandises sont en éransit, et pendant toute la durée du transit la consignation est retenue.

La quotité du droit d'entrée pour les vins repose sur une double base : el'e croît en proportion de l’éloignement des

lieux de production, et de l'importance de la population ; à ”

cet effet, les départements sont divisés en quatre classes, et les villes en sept classes, sans compter Paris, Pour les autres boissons, le tarif ne varie que suivant la population.

La perception s'opère, pour les boissons infroduiles, aux barrières des villes, où à un bureau central; et quant aux boissons fubriquées à l'intérieur, la régie est autorisée à faire faire, après la récolte, l'inventaire des vins et cidres fabriqués chez les propriétaires récoltants, qui, lorsqu'ils ne veulent pasjouir de l'entrepôt, sont admis à payer chaque mois leurs droits par douzièmes.

3° Droit d'octroi. C’est celui qui est perçu au profit des communes. L'article 14 du décret du 17 mars 1852 porte que les taxes d'octroi qui sont ou demeureront, après l'exécution de la loi du 11 juin 1842, supérieures aux droits d'entrée dont le tarif est annexé audit décret, seront de plein droit réduites au taux de ce tarif, dans un délai de trois ans à partir du 1°" janvier 1853. Une prolongation de délai pourra être accordée aux seules communes qui, en vertu de stipulations d'emprunts antérieurs au décret, auront affecté le produit de leurs taxes d'octroi sur les boissons au service des intérêts et de l’amortissement de ces emprunts C'est le cas de presque toutes les grandes villes.

4° Droit de vente en délail. Ce droit est perçu après la vente en détail des boissons, que cette vente ait été opérée par les débitants ou considérés comme tels, ou par les marchands en gros ayant vendu des quantités au-dessous de vingt-cinq litres, ou par les propriétaires récoltants, Ces derniers iouissaient, sur la vente en détail des vins de leurs crus, d’une remise de 25 pour 100, en vertu de Part. 85 de la loi du 28 avril 1816, tandis que l’art. 66 de la même loi n’accordait aux autres débitants que 3 pour 100 pour tout déchet et pour consommation de famille; mais la loi du 25 juin 1841 a abrogé la disposition de l’art. 85 qui accordait cette remise.

La perception de ce droit, qui s'élève à 15 pour 100 du prix de vente sur les vins, cidres, poirés et hydromels, s'opère après la vente; la vérification que font les employés de la régie pour s'assurer des quantités existantes et de celles qui ont été vendues, s'appelle exercice.

L'exercice peut être remplacé par un abonnement que la régie fixe suivant la consommation des années précédentes et les circonstances présentes qui influent sur le débit de l’année. En payant d'avance l'équivalent du droit de détail dont on est de cette façon estimé passible, on se soustrait aux visites des commis.

A Paris, le droit de détail et celui d'entrée sont réunis et remplacés par une taxe unique aux entrées.

Toutes les villes qui ont une population agglomérée de 4,000 âmes et au-dessus peuvent, sur le vœu émis par le conseil municipal, convertir également en une taxe unique aux entrées les droits d'entrée et de détail sur les vins, cidres, poirés et hydromels. La loi du 21 avril 1832 avait accordé la même facilité pour les droits de circulation et de licence, mais cet avantage a été retiré par la loi du 25 juin 1841.

Le décret récent du 17 mars 1852 a crdonné la révision du tarif de cette taxe unique, en raison combinée des disposilions réduisant le droit d'entrée et augmentant le droit de détail.

5° Droit de consommation. Un droit général de consommation, remplaçant le droit de circulation et celui de vente en détail, est perçu à raison de 34 fr. par hectolitre sur toute quantité d’eau-de-vie, d'esprit, ou de liqueur com- -posée d’eau-de-vie ou d'esprit, reçue par les consommateurs, quels qu'ils soient et quelle que soit leur résidence. La perception en est faite à l'arrivée, suivant la décharge de l’acquit à caution; elle peut néanmoins être acquittée au lieu de l'enlèvement, par l'expéditeur, qui se munit dans ce cas-là d’un congé au lieu d’un acquit à caution. Ce droit

n’est pas dû pour les eaux-de-vie, esprits et liqueurs exportés à l'étranger.

Les eaux-de-vie versées sur les vins sont affranchies du droit de consommation dans les départements des Pyrénées-Orientales , de l'Aude, du Tarn, de l'Hérault, du Gard, des Bouches-du-Rhône et du Var, à la condition que la quantité ainsi employée ne dépasse. pas un maximum de cinq litres d'alcool par hectolitre de vin, et qu'après la mixtion, qui ne peut être faite qu’en présence des préposés de la régie, les vins ne contiennent pas plus de 18 centièmes d'alcool. S'ils en contiennent plus de 18, ct pas au delà de 21, ils sont imposés comme vins, et payent en outre les doubles droits de consommation, d'entrée et d’octroi pour la quantité d’alcool comprise entre 18 et 21 centièmes. Mais les vins contenant plus de 21 centièmes d'alcool ne sont pas imposés comme vins, et sont soumis pour leur quantité {otale aux mêmes droits que l’alcool pur. — Les vins destinés à l'exportation peuvent dans tous les départements recevoir en franchise des droits une addition d'alcool supérieure à cinq litres par hectolitre, pourvu que le mélange soit opéré sous la surveillance de la régie, et au moment même de l’embarquement.

6° Droit de licence. La Licence, valable pour un seul établissement et pour l’année où elle a été délivrée, est le droit imposé à tous les débitants de boissons, brasseurs, bouilleurs, distillateurs, et marchands de boissons en gros. Ce droit se perçoit par trimestre.

7° Droit de la fabrication de la bière. Ce droit, qui est le seul, du reste, avec celui de licence, auquel les brasseurs sont soumis, est perçu lors de la fabrication, à raison de 2 fr. 40 cent. par hectolitre sur la bière forte, et de 60 cent. par hectolitre sur la petite bière.

A Paris, et dans les villes de 30 mille âmes et au-dessus, la régie peut convenir de gré à gré d’un abonnement général pour le droit de fabrication ; il n’est valable que pour une année.

Le produit des trempes données pour un brassin peut, en vertu du décret du 17 mars 1852, excéder de 20 pour 100 la contenance de la chaudière déclarée pour la fabrication du brassin. La régie des contributions indirectes est autorisée à régler, en raison des procédés de fabrication et de la durée ou de Ja violence de l’ébullition, le moment auquel le produit des trempes devra être rentré dans la chaudière.

Dans une note publiée en 1849, M. Achille Fould a mis en avant quelques chiffres d’où il est parti pour prouver l’équité de l'impôt sur les boissons, son caractère inoffensif eu égard au développement de la production et du commerce des vins, et l'impossibilité d'y renoncer, vu l'état de nos finances.

Le vin exporté chaque année, disait M. Fould, s'élève à 1,200,000 hectolitres, et le vin consommé par les propriéfaires , à 9 millions. Ces deux quantités réunies, qui ne sont pas soumises aux droits, formant environ le quart de la production totale de la France, il résulte de cette statistique que les trois quarts seulement, sauf la partie qui échappe par la fraude, payent l'impôt indirect. Cet impôt n’est donc payé que par le consommateur, et M. Fould en conclut qu’il n’est pas inique. En 1788, la superficie plantée en vignes représentait 1,567,700 hectares, et 1,960,755 hectares en 1840 ; d’où M. Fould constate l'extension de la culture de ja vigne dans une proportion régulière.

On évaluait, dit-il encore à l’appui de cette prétendue prospérité progressive, la quantité de vin produite en 1829 à 42 millions d’hectolitres, et en 1849 à 46 millions; il ajoute que l'impôt a atteint en 1846 près de 16 millions d’hectolitres, deux millions de plus qu’en 1829.

Ainsi, de l’aveu de M. Fould, sur un total de 45 millions d'hectolitres, 10 millions étant exempls des droits et 16 les acquittant, il y en a dix-neuf qui s'y dérobent par des moyens frauduleux.

BOISSONS

De plus, les comptes de l'octroi ont été tant pour les vins en cercles qu’en bouteilles :

En 1832, de 6,887,935 francs.

En 1841, de11,281,046 »

En 1847, de 12,205,925 v

Ces résultats établissent suffisamment, d’après M. Fould, que la production s’est développée, et l’activité du commerce accrue sous l'empire de la législation attaquée.

Le nombre des débitants soumis à la licence n’était en 1832 que de 235,000. :

En 1847, il a alteint 380,000 : nouvelle preuve de l’innocuité de l'impôt.

Mais en acceptant ce chiffre de 235,000 débitants soumis à la licence en 1832 , nombre que d’autres élèvent à 331,000, on à fait remarquer que l’année 1832, prise pour terme de comparaison, ne peut pas être plus mal choisie : année d’épidémie et de guerre civile, elle a été exceptionnellement désastreuse, et les octrois y ont rendu un quart de moins que dans les six dernières années de la Restauration : c’est ce qui explique la progression signalée par M. Fould dans les recettes de l’octroi, progression qui, anormale d’abord, pour la raison que nous venons de dire, est de plus contestable, vu l’exagération donnée à la recette de 1847, qui n’a pu atteindre 12,205,000 fr., à en juger par le contingent du Trésor pour cet exercice.

Au temps du bon plaisir, les boissons étaient soumises comme aujourd’hui à l'impôt : c'était d’abord le curé, qui réclamait sa aime; puis le roi, qui prélevait le droit de détail : « Et le samedy 3 aoust 1465, est-il dit dans l'Histoire de Louis XI, le roy, ayant singulier désir de faire des biens à sa ville de Paris et aux habitants d’icelle, remit le guatriesme du vin vendu à détail en ladicte ville au Awictiesme ; » puis l’octroi, qui exigeait l'entrée (en 1788, un muid de vin payait à son entrée dans Paris 67 livres 11 sols); puis le seigneur, qui, en vertu de la banalité du tonnage, du vinage, de l’afforage, et d’une multitude d’autres droits seigneuriaux, venaient puiser à pleins brocs dans la tonne du vendangeur.

L'Assemblée constituante, au lieu de modérer les tarifs et d’adoucir les formes employées pour la perception, abolit en masse les droits de consommation, et affranchit ainsi les boissons de l'impôt : c'était tarir l’une des sources les plus importantes des revenus de l'État; mais la Cons- {ituante fit ressource des biens du clergé, la Convention batlit monnaie sur les échafauds, le Directoire vécut de banqueroutes; et pendant quelques années on apprécia mal les résultats de la suppression des droits de consommation.

Quand l’ordre se rétablit dans l’administration, lorsque le gouvernement renonça à chercher dans la violence et la spoliation les moyens de faire face aux dépenses de l'État, il fallut revenir aux droits de consommation, et les boissons furent imposées de nouveau. Napoléon organisa alors les droils-réunis , vaste machine fiscale, fortement constituée, largement conçue, mais dont les rouages sont trop nombreux, dont l'entretien est trop cher. L'Empire donnait à tout une impulsion vigoureuse : celle que reçurent les droitsréunis imprima à la machine un mouvement qui froissa {el lement le peuple, qu’en 1814 il demanda avec autant de chaleur la suppression des droits-réunis que l'abolition de la conscription. Le comte d’Artois répondit aux clameurs du peuple : « Oui, mes amis, plus de droits-réunis! » maïs le ministre des finances ne put ratifier cette promesse; les droits-réunis rapportaient plus de 150 millions, et occupaient une armée de 20 mille commis; on ne pouvait se passer de l'argent, on ne savait que faire des commis : on sortit d’embarras en supprimant les droits-réunis et en organisant es contributions indirectes : la chose était à peu près la même, le nom seul était changé, |

Parmi les diverses dispositions législatives qui modifièrent

mes

BOISSONS

la loi organique des droits-réunis du 5 ventôse an XIT, mais qui eurent moins pour but d’en changer les bases que d’en mieux approprier les formes aux temps et aux mœurs, nous mentionnerons comme la plus méthodique, la plus complète, la plus clairement rédigée, la loi du 28 avril 1816. Elle vint adoucir sensiblement les formes fiscales des lois de l'Empire, et c’est à elle que se réfèrent la plupart des lois de finances postérieures qui ont trait aux boissons.

La révolution de 1830 renouvela les réclamations du peuple:contre les contributions indirectes. Le moment n’était pas opportun. Ce n'était pas en face de l'Europe en armes que la France pouvait tarir les sources de son budget. Cependant les réclamations étaient pressantes, et un dégrèvement de 40 millions, c’est-à-dire d’environ deux cinquièmes, fut accordé en décembre 1830. L'administration financière ne fit ce sacrifice qu'avec regret, et constamment depuis elle protesta contre cette mesure.

Cette loi du 12 décembre 1830 supprima le droit d’entrée dans les villes au-dessous de 4,000 âmes, réduisit à 10 pour 100 du prix de vente le droit de vente en détail, abaissa conformément à un tarif nouveau les droits de circulation, de consommation, d'entrée, de remplacement aux entrées de Paris, et de fabrication des bières, et consacra la sub- Stitution de l'abonnement à l'exercice, qu'avait déjà autorisée la loi transitoire du 17 octobre de la même année. La loi du 21 avril 1832 vint permettre de remplacer l'exercice par une taxe unique aux entrées dans les villes de 4,000 âmes et au-dessus, lorsque le conseil municipal en émettrait le vœu ; autorisa à remplacer, toujours sur le vœu du conseil municipal , l'inventaire des vins nouveaux cet le douzième du droit sur les vendanges par un abonnement, et donna la faculté d’entrepôt, moyennant caution solvable, aux distillateurs et aux marchands en gros.

Plus tard, dans le but de donner moins de latitude à la fraude, la loi du 25 juin 1841 restreignit aux cantons limitrophes de l'arrondissement de la récolte l’exemption du droit de circulation, que les lois de 1816 et de 1819 étendaient pour certains cas spéciaux aux arrondissements limitrophes. Elle excepla de la taxe unique, dont les conseils municipaux étaient autorisés à voter l'établissement, le droit de licence des débitants et celui de circulation, et elle abrogea la disposition de l’art. 85 de la loi du 28 avril 1816, qui accordaïit aux propriétaires vendant en détail les boissons de leur crû une remise de 25 pour 100 sur les droits de détail. Enfin, la loi du 11 juin {842 arrêta que les taxes d'octroi ne pourraient excéder les droits perçus aux entrées des villes au profit du trésor, qu'il ne pourrait être établi aucune taxe d'octroi supéricure au droit d'entrée qu’en vertu d’une loi; tandis qu’une simple ordonnance royale avait pu jusque alors établir cette surlaxe, et que les surtaxes existantes à ce moment, et dont la durée était illimitée, cesseraient de plein droit au 31 décembre 1852.

Tel était l’état des choses lorsque survint la révolution de 1848. Le gouvernement provisoire, par son décret du 31 mars, arrêta que la perception des droits de circulation ‘et de détail sur les vins, cidres, poirés et hydromels, ainsi que celle du droit de détail sur les alcools, esprits et liqueurs, serait supprimée à partir du {5 avril suivant ; qu’en conséquence, les exercices cesseraient d’avoir lieu dans le débit des boissons, et qu'un droit général de consommation serait perçu en remplacement d’après un nouveau {arif. Le 18 avril, un second décret enjoignit au ministre des finances et au maire de Paris de présenter dans le plus bref

délai un règlement modifiant le droit d'octroi sur le vin, et détruisant l'inégalité choquante des droits perçus sur les boissons communes et sur les vins de luxe, Mais l’Assemblée constituante vint bientôt étoufler ces élans. Déjà, dès le 10 juin, M. Duclerc, ministre des finances , avait présenté un projet de décre avec un tarif pour l'application duquel la division des départements était portée à huit classes au lieu

de quatre ; ce tarif abaissait de 25 cent. le minimum réglé par le décret du 31 mars, et l'élevait de 50 en 50 cent. jusqu'à 5 fr. ; mais il reportait à 66 fr. pour Paris le taux de l'impôt sur l'alcool, et à 50 fr. partout ailleurs. Douze jours après, l’Assemblée constituante adoptait un décret qui abrogeait en entier celui du 31 mars à partir du 10 juillet, et remettait en vigueur les lois antérieures à la révolution de Février. 11 est vrai que, pour faciliter la perception, il accordait à tous les débitants qui en feraient la demande l’abonnement basé sur les produits de 1847 atténués d'un dixième. Chose étrange! un an plus tard, cette même assemblée, touchant à l'expiration de ses pouvoirs, et tourmentée du besoin de ressaisir quelques miettes de la popularité qu’elle avait perdue, décida, par une proposition additionnelle à la loi des finances, que l'impôt des boissons serait aboli à partir du 1° janvier 1850, et que le gouvernement serait tenu de présenter avant cette époque à la Législative un projet de loi sur le remplacement de la taxe supprimée. En l’état de pénurie où se trouvait alors le trésor public, diminuer brusquement les recettes de 100 millions, alors que le budget se soldait déjà par un énorme déficit, et que l’Assemblée ellemême augmentait encore les dépenses prévues d’une cinquantaine de millions, c'était, déclara M. Passy dans Ja séance du 18 mai, « amener une perturbation immnense dans les affaires du pays, et la désorganisation complète du système financier ». Ces considérations furent impuissant{es sur l’esprit des constituants, qui votèrent l’abolition le 19 mai 1849. Le 4 août 1849, M. Passy, ministre des finances, déposa un projet de loi par lequel il proposait de maintenir l'impôt des boissons, et, tout en reconnaissant la possibilité de faire subir quelques modifications au mode de ‘perception, aux règles et aux tarifs, il déclarait qu’aller plus loin, c'était commettre une imprudence qui pouvait entraîner pour l'avenir et l'honneur du pays les plus graves conséquences. Ce projet fuf renvoyé à la commission des finances. Sur ces entrefaites survint un changement de ministère. M. Fould, nouveau ministre des finances, en modifiant le budget de son prédécesseur, maintenait l'impôt des boissons pour l’année 1850, et demandait à l’Assemblée de nommer une commission pour procéder à une enquête sur l'assiette et le mode de répartition de cet impôt. L’impôt fut maintenu; une commission d'enquête fut nommée, et rien n’était terminé quand le coup d’État du 2 décembre mit fin à l’existence de l’Assemblée nationale.

Enfin, le {7 mars 1852, dans son rapport pour le budget général de l’année courante, M. Bineau, ministre des finances, soumit au président de la République un projet de décret destiné à apporter certains changements dans l’impôt des boissons. Après la diminution de impôt de 1831, le dégrèvement, disait M. Bineau, fut de 28 millions et demi, et en ce moment il correspondait pour le trésor à une perte de 43 millions. La commission d'enquête, nommée par l’Assemblée Législative, était arrivée, après de longs et sérieux travaux, à reconnaître la nécessité de maintenir cet impôt; mais elle avait conclu à l'utilité de diverses modifications destinées à en améliorer l'assiette et la perception. Les propositions soumises par M. Bineau comprenaient celles que la commission avait formulées ; elles en comprenaient, en outre, quelques autres, qui les complétaient. Leur ensemble se composait de quatre dispositions principales :

1° Le droit d'entrée réduit de moitié;

2° Le droit de détail élevé de moitié;

3° La limite de la vente en gros abaissée de 100 litres à 25;

4° La zone de franchise dont jouissaient les producteurs restreinte de l’arrondissement au canton.

M. Bineau faisait découler de ces changements les conséquences suivantes : Consommation du cabaret grevée d’une augmentation de droit ; consommation de la famille égre-

vée. D'autre part, l’impôt devenait plus proportionnel à la valeur des objets frappés.

Outre ces dispositions principales, il en proposait de secondaires, dont la plus importante avait pour objet de prévenir les fraudes nuisibles au trésor et à la santé publique dans la fabrication-des vins artificiels. M. Bineau estimait enfin que, compensation faite entre les augmentations et dimiautions devant résulter de ces changements, il en résulterait, tout calcul fait, une augmentation de produits de 9,600,000 francs par an; mais la suppression d’un dixième faite en une autre part du budget, dans le prélèvement sur le produit net des octrois, prélèvement où les boissons se trouvaient comprises pour près de 3 millions, ne devait, en définitive, surcharger l'impôt des boissons que d’environ 6 millions. Le ministre était d’avis que cette augmentation, insensible, d’ailleurs, dans un impôt rapportant plus de 100 millions, serait plus que compensée par les améliorations considérables apportées dans l'assiette et surtout par l'accroissement de consommation devant nécessairement résulter de la réduction des droits d'entrée. Ce projet, adopté dans sa teneur par le président de la République, forme aujourd’hui la législation qui régit la matière.

BOISSY (Louis pe), né en 1694, à Vic en Auvergne, fut d’abord destiné à Pétat ecclésiastique par ses parents sans fortune, et en porta quelque temps l’habit; mais, sentant que sa véritable vocation était la littérature, il vint publier dans la:capitale des premiers essais, qui ne furent pas heueux. Il débutait par des satires, et il s’aperçut bientôt que c’élait unmméchant métier, surtout quand on ne le faisait pas comme Boileau. Se trompant encore une fois sur son genre de talent , il fit alors une pâle tragédie, Admèle et Alcesle, qui n’eut aussi qu’un faible succès, Se retournant enfin vers la comédie, cette fois il prit une meilleure route. Ce ne fut toutefois ni celle de Molière ni même celle de Regnard. Le meilleur ouvrage de Boissy, Les Dehors trompeurs, le place bien au-dessous du grand peintre des mœurs et des caractères, de même que le Babillard et le Français à Londres, bluettes agréables par l’art de reproduire la verve et la franche gaieté de l’auteur du Légalaire universel. La caricature de Jacques Rosbif fit la réussite de la seconde. Le personnage ressemblait à un Anglais à peu près comme pouväient représenter nos compatriotes les Français que lon montrait alors sur les théâtres de Londres , habillés de satin rose, et faisant leurs diners de pattes de grenouilles. L'avantage sous le rapport du goût et du bon ton élait même encore de notre côté.

Boissy composa pour les scènes française et italienne un grand nombre d'autres ouvrages souvent inspirés par une anecdote ou un travers du jour, et auxquels pouvait s’appliquer ce vers connu ;

Chantez la circonstance, ct mourez avec elle,

Même dans ses pièces d’un genre moins éphémère, il ne fit guère la comédie qu'avec de l'esprit, et l’on sait qu'il faut bien autre chose pour accomplir, comme l’a dit Voitaire, celle œuvre du démon. Les rétributions accordées aux auteurs dramatiques étaient alors si faibles que, malgré sa fécondité, Boissy se trouva dans ün dénûment accru par un mariage d’inclination imprudemment contracté. I faillit augmenter la liste des hommes de talent morts de besoin, et des voisins secourables sauvèrent seuls les deux époux de la funeste détermination qu’ils avaient prise de se tuer. Des jours plus heureux vinrent cependant luire pour eux. En 1751 Boissy fut nommé à l’Académie, moins sévère dans cette circonstance que pour l’auteur de La Métromanie et de certaine ode trop fameuse; car le nouvel élu avait bien aussi quelques peccadiles de cette sorte sur la conscience, telles que le roman des Filles-Fémmes et deux où trois autres passablement obscènes, mais publiés sous le voile de l'anonyme,

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