‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 226 sur 527 · BOISSONS — BOISSY-D'ANGLAS · texte numérisé non relu

BOISSONS — BOISSY-D'ANGLAS

: le courage avec lequel le magistrat protestant couvrit de son

Bientôt il fut chargé de la direction de la Gazette de France, espèce de sinécure lucrative dans un temps où la politique de cette feuille consistait à enregistrer les présentations à Versailles, les deuils de cour, et les noms des personnes qui avaient eu l'honneur de monter dans les carrosses du roi. Plus tard, il obtint encore le privilége dus Mercure de France, qui, à cette époque littéraire, était d’un très-bon rapport. Mais il semblait que la fortune enviät ses faveurs à un homme qu’elle avait longtemps persécuté. Boissy en jouit peu d’années, et mourut en 1758, à peine âgé de soixante-quatre ans. — Un reflet de sa destinée peur prospère s’étendit sur celle de son fils, auteur de quelques ouvrages d’érudition , et qui, tombé aussi dans une gêne cruelle, mit fin à ses jours en se précipitant par une fenêtre.

Un autre BOISSY (Laus De), qui n’était point de la même famille, eut quelques succès dramatiques dans le commencement du règne de Louis XVI. C'était un de ces singes de Dorat qui outraient le précieux et l’afféterie de leur maître. La chronique scandaleuse du temps prétendit même quil lui avait succédé dans les affections d’une femme de lettres alors assez célèbre, et qui, suivant le satirique Lebrun, ne faisait pas ses vers. Ce bruit, vrai ou faux, donna lieu à l’une des meilleures épigrammes d’un malin poëte:

Dorat mourant dit à sa belle amie, ete,

On en fit courir uneautre, plus connue etnon moins maligne, en remplaçant le nom du pauvre Laus de Boissy par celui de Bos de Poissy. 1 ne ne s’en releva pas. Oury.

BOISSY -D’ANGLAS (FnanÇois-ANTOINE) naquit à Saint-Jean-Chambre, petit village du canton de Vernhoux, département de l'Ardèche, le 8 décembre 1756, d’une famille protestante. 11 fit ses premières études à Annonay, et fut ensuite reçu avocat au parlement de Paris; mais il n’en exerça jamais les fonctions. Il avait acheté une charge de maîtred'hôtel ordinaire de Monsieur (depuis Louis XVHI), dont il se démit plus tard, vers la fin de la session de l’Assemblée constituante, D'ailleurs, il s'occupait à peu près uniquement de littératme, Avant la révolution, il était associé de plusieurs Acaaemies de province, et correspondant de celle des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris. Boissy d’Anglas fu: élu député du tiers état de la sénéchaussée d’Annonay aux états généraux de 1789 : ii n'avait pas encore trente-trois ans. Dès les premières séances, il se déclara en faveur de. la cause populaire. Cependant il ne joua qu’un rôle secondaire dans cette première assemblée, où des orateurs nombreux et brillants rendaient l'accès de la tribune difficile. Mais il publia quelques brochures politiques, qui furent remarquées. C’est à tort qu’on lui a reproché, dans certaines biographies, d’avoir fait l'apologie dos journées des 5et 6 octobre 1789 : cette assertion, répétée sans examen, a été démentie par Boissy-d’Anglas lui-même. Il a parlé une seule fois de ces tristes journées, et il a ajouté à ce qu’il a dit pour les blâmer ces mots célèbres du chancelier l'Hospital : £xcidat illa dies!

En 1790 Boissy-d’Anglas demanda que des mesures fussent prises contre le rassemblement du camp de Jalès, où s’organisait un plan de guerre civile pour le midi ; il dénonça comme contre-révolutionnaire un mandement de l’'archevêque de Vienne. Élu secrétaire en 1791, il reclama contre l'insertion de son nom dans un libelle intitulé : Liste des députés qui ont voté pour l'Angleterre dans la question des colunies, et déclara qu'il se faisait gloire d'être du nombre de la minorité, qui voulait conserver les droits des hommes de couleur. Après la session, Boissy-d'Anglas fut élu procureur général syndic du département de PArdèehe : il | remplit cette magistrature importante, que les circonstances rendaient très-difficile, avec une fermeté et une impartialité qui commencèrent à jeter les tandements de la belle réputa: tion dont son nom est environné, On doit remarquer surtout

BOISSY-D'ANGLAS

corps pendant plusieurs heures la porte de la prison d’Annonay, qu’une force militaire, étrangère au pays, voulait violer pour égorger des prêtres catholiques qui s’y trouvaient renfermés, et qui furent rendus à la liberté la nuit suivante. Ce fut à la réquisition du procureur général syndic que l'administration centrale du département de l'Ardèche prit un arrêté pour demander à l’Assemblée législative une loi sur les formes civiles des actes de naissance et de décès des citoyens.

En septembre 1792 Boissy-d’Anglas fut élu député de PArdèche à la Convention nationale; il eut d'abord une mission à Lyon, où il fut envoyé avec ses collègues Vitet, ancien maire de cette ville, et Legendre, de Paris, pour y rétablir l'ordre, que la rareté des subsistances menaçait de troubler. 11 fut envoyé de nouveau dans la même ville avec Vitet et Alquier. Ces commissaires étaient chargés de vérifier les approvisionnements de l’armée des Alpes; mais ils n’achevèrent pas celte opération, ayant appris qu’on était au moment de prononcer sur le sort de Louis XVI. Tous trois volèrent de manière à ce que leur voix fût comptée pour l'absolulion. Quant à Boissy-d’Anglas, il vota pour tous les partis les plus favorables à l'illustre accusé, c’est-à-dire pour la détention jusqu'à ce que la sûreté publique permit le bannissement ; en faveur de l'appel au peuple, que linfortuné monarque considérait lui-même comme l’unique et dernier moyen de salut sur lequel il lui fût encore permis de compter; enfin pour le sursis à l’exéculion, quand la peine de mort eut été prononcée. Boissy-d’Anglas ne parut point à la tribune durant la lutte entre les montagnards et les girondins ; mais il vota constamment avec ces derniers.

Après les fatales journées des 31 mai et 2 juin 1793 , il écrivit au vice-président du département de l'Ardèche (Dumont) une lettre qui fut imprimée et distribuée suivant ses intentions, et dans laquelle, après avoir peint sous les couleurs jes plus énergiques et les plus vraies l'oppression de la représentation nationale, il expliquait les motifs qui le décidaient à rester encore à son poste, et proyoquait de la manière la plus formelle ses concitoyens à la résistance contre la tyrannie de la Montagne. 1l est vraiment surprenant que cette pièce n'ait point coûté la vie à son auteur. Durant plus d’une année, chaque fois qu’un représentant du peuple en mission dans l'Ardèche revenait à Paris, il re manquait pas de déposer des exemplaires de la lettre de Boissy-d’Anglas au comité de sûreté générale. Le péril fut sans cesse écarté par Voulland, membre de ce comité, qui, ayant conservé pour son collègue de bons sentiments, malgré la dissidence de leurs opinions , avait toujours soin de soustraire la pièce accusatrice. Cependant elle n’Ctait point entièrement inconnue, puisque, quelque temps après le 31 mai, ayant voulu prendre la parole, Chabot l'interrompit par ces mots : « Tais-toi, coquin! nous savons ce que tu as écrit; tu devrais être déjà guillotiné. » Une autre fois que Boissy-d’Anglas traversait les Tuileries avec sa famille, il fut aperçu par Legendre, qui, venant à lui avec fureur, lui dit : « Eh bien! scélérat, tu as osé dire que tu m'étais pas libre, et cependant te voilà ici! — Non, je ne suis pas libre, répliqua Boissy ; car si je étais, je pourrais te répondre. » — Cette situation périlleuse explique suffisamment le silence que garda Boissy-d’Anglas à une époque où tout ce qui restait d'hommes raisonnables et modérés dans le sein de la Convention se voyait forcé, sous peine de la vie, d'observer la même conduite; mais après le 9 thermidor il ne négligea aucune occasion de réparer les nombreuses injustices commises par le pouvoir qui venait de finir,

Élu secrétaire de la Convention le 16 vendémiaire an im (octobre 1794), Boissy-d’Anglas appuya la demande faite par David, arrêté à la suite des événements du 9 thermidor, d'être gardé dans son domicile pour y finir un tableau. Nommé le 13 du même mois ( 5 décembre) membre du comité de salut publie, il fut principalement chargé de la partie

MIST. DE LA CONYVERS, — T: IL

des subsistances et de l’approvisionnemænt de Paris, dans un temps où le discrédit des assignats y apportait les plus grands obstacles. Le peuple, à qui le pain manquait, ou à qui l’on faisait croire qu'il allait manquer, se persuada aisément que l’auteur de rapports si nombreux sur les blés et sur les vivres était le premier auteur de la disette. Des pamphlets séditieux le lui désignaient sous la dénomination de Boissy- Famine, et l’aveugle fureur de la multitude s’exhalait en horribles menaces contre lui. Le 27 ventôse an ur (17. mars 1795), plusieurs sections vinrent se plaindre avec menaces à la barre de la Convention d’un décret rendu deux jours auparavant, qui avait restreint les distributions de vivres. Boissy-d’Anglas répondit que sept cent quatorze mille livres de pain avaient été distribuées le jour même : il parla des rassemblements qui se formaient dans le faubourg Saint-Marceau , et accusa les pétitionnaires de malveillance. Enfin, l'orage qui grondait depuis longtemps éclata une première fois sur la Convention, le 12 germinal an mt (1° avril 1795). Boïissy-d’Anglas était à la tribune, et venait de commencer un rapport sur le système de l’ancien gouvernement relativement aux subsistances, lorsqu'une foule immense d'individus de tout sexe et de tout âge, précédés de bannières faites avec des haillons, sur lesquelles étaient écrits ces mots : Du pain el la constilulion de 1793, ayant forcé la garde, pénétra dans la salle, et s'empara, en redoublant de cris et de menaces, des tribunes ct des siéges des députés, dont le plus grand nombre leur céda la place. Bientôt, revenus de leur première terreur, ceux-ci rentrèrent dans l'assemblée, où le peuple semblait délibérer avec eux. Au bruit de ces événements, les sections de Paris, qui s'étaient réunies, marchèrent vers la Convention, dans le dessein de la délivrer. Cependant le président, Pelet (de la Lozère), invitait vainement la multitude à se retirer et à faire connaître ses vœux par une députation, lorsqu'après quatre heures du plus effroyable tumulte, la générale battant dans toutes les rucs de Paris, et le tocsin, placé depuis trois jours sur le principal pavillon des Tuileries, alors nommé le pavillon de l'Unité, venant à se faire entendre, la terreur s’empara en un instant de la multitude, qui, se précipitant pêle-mêle sur les bancs, cherchait de toutes parts des issues que le désordre où elle était lui permettait à peine de trouver. Dans peu de minutes, il ne resta plus de traces de cette sédition terrible, qui pouvait bouleverser la France. À pcine la salle fut-elle évacuée, que Boissy-d’Anglas, qui, au milieu des dangers que son nom seul rendait si fort imminents pour lui, s'était tenu consfamment le dos appuyé contre le bureau du président, reparut à la tribune, et continua son rapport, à la suite duquel la Convention reprit la discussion sur les subsistances. Mais bientôt éclata un complot plus grave encore. C'était le 1°" prairial de l’an 11 (20 mai 1795 ), journée célèbre dans les fastes révolutionnaires. Dès le matin, l'immense population des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, soulevée par ses agitaleurs accoïlumés, se met en marche sous les mêmes bannières qu’au {2 germinal, et en poussant les mêmes cris ; elle se répand dans Îles quartiers de Paris qui conduisent aux Tuileries, où siège la Convention. Vernier était président ; il garda quelque temps le fauteuil pendant l’horrible scène qui ne faisait que de commencer; enfin , accablé de fatigue, et ne pouvant plus résister à la violence de l'orage, il céda la place à André Dumont, ancien président. Celui-ci, voyant dans une tribune des femmes qui poussaient d'horribles vociférations, crut devoir sortir de la salle pour les faire chasser. Boissy-d’Anglas, dernier président après lui, vint alors prendre le fauteuil. Cet honneur Pexposait à une mort qui- semblait certaine; car la fureur populaire était depuis longtemps dirigée contre lui. Environné d’honimes et de femines ivres de vin et de colère, armés et menaçants, Boissy-d’Anglas resta impassible au milieu des périls de tous genres qui l’environnaient. Sourd aux imprécations de cette

affreuse populace, dont quelques députés montagnards dirigeaient les mouvements, Boissy-d’Anglas paraissait ne pas entendre qu’on lui demandait à grands cris de mettre aux voix le rétablissement de toutes les lois révolutionnaires. Cent fois couché en joue, menacé de la baïonnette, du sabre et des nombreux instruments de mort dont les insurgés étaient armés, il semblait ne rien voir et ne rien entendre; son immobilité même commandait le respect. Lorsque la tête du député Féraud fut apportée au bout d’une pique jusqu’au pied de la tribune, et placée sous les yeux du président, le courage de celui-ci n’en fut point abattu. Il salua religieusement cette tête sanglante ; et comme il voulait en détourner ses regards, plusieurs canons de fusil furent de nouveau dirigés vers lui. Quelques moments auparavant, un adjudantgénéral, nommé Fox, qui était de service auprès de la Convention, était venu annoncer à Boissy-d’Anglas que les attroupements augmentaient d’une manière inquiétante , et lui -demander ses ordres. Boissy-d’Anglas les lui avait donnés par écrit et de sa main : ils portaient de repousser la force par la force. Il est probable que si, pendant cet affreux désordre, les chefs des insurgés , au lieu de perdre du temps à discourir dans l’Assemblée, se fussent emparés des comités de salut public et de sûreté générale, le règne de la Terreur était de nouveau proclamé.

Deux fois Boissy-d’Anglas voulut se faire entendre , mais des cris affreux étouffèrent sa voix. Enfin, vers neuf heures du soir, plusieurs sections réunies pénétrèrent dans la Convention, sous la conduite de quelques députés, à l'instant où le tocsin du pavillon de l’Unité se faisait entendre. La nuit déjà sombre, le pas de charge des sectionnaires , et surtout le bruit du tocsin, qui semblait annoncer aux factieux que la capitale tout entière était en armes pour marcher contre eux, produisirent en un moment sur cette multitude, étonnée de ses propres excès, un effet non moins prompt que lors de la première insurrection du 12 germinal. Cette foule naguère si menaçante s’évanouit comme une fumée; en une demiheure la salle de la Convention fut libre; la garde nationale, qui venait de la sauver, en occupait tous les postes, et les délibérations avaient repris leur cours. Boissy-d’Anglas a souvent raconté à sa famille et à ses amis qu’au moment où il était le plus entouré de ces brigands, qui lui ordonnaient impérieusement de mettre aux voix toutes les mesures atroces que la foule réclamait, un jeune homme, proprement mis, quoique costumé comme le reste du peuple, lui dit ironiquement et à voix basse, de peur d’être entendu de ses compagnons : « Eh bien ! monsieur Boissy-d’Anglas , croyezvous que ce peuple mérite la liberté que vous vouliez lui donner? » Étonné de ce langage, Boissy-d’Anglas allait répondre, lorsque l'inconnu disparut avec la foule qui évacuait la salle, et ne s’est jamais retrouvé depuis.

Lorsque le lendemain Boissy-d’Anglas parut à la tribune, la Convention et le public couvrirent d'applaudissements unanimes le président du 1° prairial; et l’éloquent accusateur de Robespierre, Louvet, qui venait d’expier son généreux dévouement par dix-neuf mois de la plus horrible proscription, se chargea d'exprimer la reconnaissance publique. « Rien ne peut être placé, a dit M. le marquis de Pastoret, même dans la vie d’un tel homme, à côté d’une si grande action, si grande par ses résultats et par tout ce qu’elle suppose d’intrépidité, »

Boïssy-d’Anglas prononça une foule de discours remarquables durant cette seconde partie de la session conventionnelle, qui vit l'apogée de sa gloire politique. Sincèrement dévoué à la constitution républicaine, qu'il aurait été facile de consolider si tous les représentants eussent été aussi purs et aussi désintéressés que lui, il combattait quelquefois les menées intérieures du parti de l’ancien régime, en même temps qu’il poursuivait avec toute son énergie les complots des jacobins. Dès le 30 ventôse an in (20 mars 1795), après un éloquent exposé des crimes de la Terreur et des malheurs

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de la France sous le gouvernement décemviral, Boissyd’Anglas proposa l'annulation des jugements rendus par les tribunaux révolutionnaires depuis le 22 prairial an uw (10 juin 1794), la révision de ceux qui avaient été rendus antérieurement, la suspension de la vente des biens des condamnés, des indemnités enfin pour les héritiers des condamnés dont les biens auraient été déjà vendus. « La justice, s’écriait l’orateur, voilà notre devoir, voilà notre force. Les siècles passent et s’anéantissent dans l’éternelle nuit de l'oubli; la justice seule demeure et survit à toutes les révolutions. » Toutes ces propositions, accueillies avec des applaudissements, furent renvoyées aux divers comités, ef reçurent plus tard leur sanction définitive. Son rapport sur les fêtes nationales et sur la liberté des cultes (3 ventôse an m— février 1795) offre une teinte de déisme qui éveilla le zèle du clergé constitutionnel; il fut critiqué dans les Annales de la religion.

Le comité chargé de présenter le projet d’une constitution. nouvelle fit son premier rapport par l’organe de Boissyd’Anglas dans la séançe du 25 prairial an m1 (13 juin 1795). Tout ce qu’il y avait de sage dans ce premier travail lui attira les sarcasmes du parti jacobin. On répandit même qu’il avait proposé dans le sein de la commission, ce qui parut alors fort audacieux, de confier le pouvoir exécutif à un président temporaire plutôt qu’à une commission de plusieurs personnes ; et l’on partit de là pour baptiser la future constitution des sobriquets de constitution patricienne de BoissydAnglas, ou encore de constitution babébibobu, par allusion au léger bégayement de l’orateur. Le crédit dont Boissy-d’Anglas jouissait dans ce temps-là le fit porter pour la seconde fois au comité de salut public ( 15 messidor an ur — 3 juillet 1795), qui était le gouvernement de l’époque. C'est comme membre de ce comité qu’il communiqua à l’assemblée la ratification donnée par le roi de Prusse au traité de paix de Bâle, et qu’il fit décréter, à la suite d’un rapport sur les colonies, qu’elles faisaient partie intégrante de la république française. Le 27 juillet il prononça sur la situation politique de l’Europe, un discours qui fit une grande sensation, et dont la Convention ordonna la traduction en plusieurs langues. 11 fit renvoyer au comité de législation la proposition de rapporter la loi du 10 mars contre les parents des émigrés ; il seconda vivement Chénier pour faire prononcer le rappel de Talleyrand. Enfin il proposa que l’anniversaire de la fondation de Ja république fût célébré par une fête qui aurait em même temps pour objet d’honorer la mémoire des patriotes immolés depuis la journée du 31 mai.

Aux approches de la crise du 13 vendémiaire, Boissyd’Anglas se trouva séparé de ceux à qui cette journée transmit le pouvoir; son nom avait été prononcé avec faveur par les sectionnaires insurgés ; des explications lui furent demandées en comité général, ainsi qu’à quelques-uns de ses collègues, relativement à cette circonstance. A la même époque il se trouva aussi compromis dans la correspondance du sieur Le Maitre, agent de Louis XVIII, qui s'était amusé à classer dans ses papiers les hommes influents de lépoque d’après les vagues rumeurs de l'opinion, plutôt que sur des données positives.

Cependant la Convention nationale atteignait le terme de sa session. Elle avait décidé que les deux tiers de ses membres seraient conservés; les assemblées électorales devaient les nommer : soixante-douze départements choisirent Boissy-d’Anglas, qui, dans le transport de l'émotion que lui causa un pareil triomphe, s’écria : « Ils ne savent ce qu'ils font; ils me nomment plus que roi. » Entré au Conseil des Cinq-Cents, qui l’élut aussitôt l'un de ses secrétaires, il se rangea dans l’opposition contre le Directoire, et vota avec le parti clichien. Ilse prononça ensuite en faveur de la liberté la plus étendue de la presse, s'opposa à toute limitation temporaire, se bornant à réclamer une législation répressive des délits commis par cette voie, A celle occasion,

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il accusa le Directoire de donner lui-même l'exemple de la licence contre laquelle il paraissait s'élever, en soudoyant des calomnies contre les députés qui lui étaient opposés. 11 défendit encore les journalistes , qu’on voulait exclure des tribunes, et attaqua vivement Louvet, qui rédigeait le journal intitulé {a Sentinelle, favorable au Directoire.

Élu président du Conseil des Cing-Cents le 1° thermidor an 1v (19 juillet 1796), Boissy-d’Anglas combattit le projet d'accorder une amnistie pour tous les crimes de la Révolution, et dit qu’il ne consentirait jamais qu’ils reslassent impunis. 11 attaqua vivement la loi du 3 brumaire, qui excluait des fonctions publiques les parents d’émigrés. Ses sorties contre le Directoire se succédaient à mesure que celte autorité se précipitait dans de nouvelles fautes. À propos des abus des maisons de jeu, dont il demanda persévéramment la répression, il dénonça le pouvoir exécutif comme protégeant le vice. En germinal an v (avril 1795) le corps électoral de Paris réélut Boissy-d’Anglas député au conseil des Cinq-Cents. 11 s’y éleva contre la barbare injustice de mettre hors la loi les émigrés rentrés, et proposa sur cette matière un projet de loi qui fut rejeté. Le 23 messidor suivant (11 juillet) il prit la parole en faveur des prêtres déportés et de la liberté des cultes. 11 continua de critiquer les actes du Directoire dans un grand nombre de discours, rapports, motions , au point qu'il fut accusé par une société populaire de travailler activement à la contre-révolution. Le.2 thermidor an v (20 juillet 1797), il se plaignit de la destitution des ministres, particulièrement de celle de Cochon, miuistre de la police, qui passait pour dévoué aux clichiens. Enfin, il demanda la prompte réorganisation des gardes nationales, déjà proposée par Pichegru.

Ici finit la carrière démocratique de Boissy-d’Anglas ; elle se termine par une proscription. Le Directoire l’enveloppa dans celle du 18 fructidor. Boissy -d’Anglas évita cependant la déportation à la Guyane en se tenant caché durant deux ans. Au bout de ce terme, il vint se constituer prisonnier à Pile d'Oléron, afin d'éviter la spoliation qui menaçait sa famille, Il ne sortit de cet exil qu'après le 18 brumaire, et ce fut pour entrer au Tribunat, où l’appela le gouvernement consulaire. Boissy-d’Anglas fut élu président de cette assemblée le 24 novembre 1803; ül fut nommé sénateur ét commandant de la Légion-d’Honneur le 17 février 1805. Après le traité de Presbourg, en 1806, il prononça dans le Sénat un discours à la gloire de Napoléon. Comme membre de la troisième classe de lAnstitut, il lui adressa, le 6 novembre 1809, les félicitations de ce corps , à l’occasion de la paix de Vienne. Le 8 décembre il fut présenté par le Sénat comme candidat à une sénatorerie. L'empereur ne lui accorda point cette faveur, maïs il lui donna en 1811 le cordon de grand-officier de la Légiond'Honneur. Au mois de février 1814, quand l'étranger pénétrait à la fois sur tous les points de la France, le comte Boissy-d’Anglas fut envoyé dans la douzième division militaire (La Rochelle), avec la qualité de commissaire extraordinaire de l’empereur : cette mission importante et difficile obtint tout lesuccès qu’on en pouvait espérer. Outre l’organisation des moyens locaux de résistance, il empêcha les îles de cette division de tomber entre les mains des Anglais, qui occupaient la vilie de Bordeaux, et sauva de Panéantissement dont ils étaient menacés les établissements maritimes de Rochefort; enfin, il est permis d’attribuer à son habileté le repos où fut maintenue la Vendée dans un tel moment de crise; et tout cela, il le fit sans qu’il en coûtät la liberté ou la vie à un seul homme,

La restauration s'étant accomplie dans la capitale, Boissyd’Anglas envoya son acte d'adhésion. Le 4 juin 1814 le roi le créa pair de France. Quoique Boissy-d’Anglas eût consstamment voté avec le parti clichien, il n’en était pas moins resté fidèle et sincèrement attaché à la constitution de l’an m. 11 en donna alors une preuve non équivoque. La première

fois qu’il se rendit aux Tuileries, en 1814, pour présenter ses hommages au roi en sa qualité de pair de France, il dit à plusieurs de ses collègues : « J'ai été proscrit au 18 fructidor pour avoir conspiré en faveur des Bourbons ; on mecroira maintenant quand je dirai qu’il n’en était rien, » Camille Jordan et d’autres encore ont dit aussi la même chose depuis la Restauration , et ces révélations généreuses sont la condamnation sévère des auteurs du 18 fructidor. Boissy-d’Anglas était depuis 1803 membre du consistoire de l'Église réformée et l’un des vice-présidents de la Société Biblique de Paris. A son retour de l’île d'Elbe, Napoléon le nomma itérativement commissaire extraordinaire dans les trois départements de la Gironde, des Landes et des Basses-Pyrénées, où il réorganisa l'administration au nom du nouveau gouvernement. Le 2 juin il fut compris dans la promotion des pairs impériaux,

Après la bataille de Waterloo, Boissy-d’Anglas fut du nombre de ceux qui jugèrent à propos de séparer la cause nationale de la personne de Napoléon. En conséquence, il appuya vivement l'adoption immédiate du message de la Cüambre des représentants, contenant la résolution adoptée, sur la proposition de La Fayette, de déclarer traître à la patrie quiconque Lenterait de dissoudre la Chambre. Le lendemain il s’opposa à la proposition de proclamer Napoléon IT, et conclut à la nomination d’un gouvernement provisoire. Il combattit plusieurs dispositions d’une loi de police concernant la liberté individuelle, que les circonstances où l'on se trouvait molivaient peut-être suffisamment; obtint l'adoption de diverses modifications protectrices, et ne consentit la loi qu’en témoignant hautement ses regrets et même l’absence de sa conviction. Il aurait voulu que l’assemblée lui accordât un jour pour rédiger une loi complète sur la liberté individuelle, afin de jeter, disait-il, au milieu des débris, les restes sacrés de quelques institutions tutélaires. Boissy-d’Anglas devait être entendu le lendemain; mais, nommé par legouvernement provisoire l’un des commissaires chargés d'aller proposer un armistice au général prussien Blücher, il ne put exposer lui-même son projet; il chargea le comte de Latour-Maubourg de le présenter en son absence. Ce projet, en seize articles, se composait d’une suite de dispositions libérales, qui conciliaient le principe sacré de la liberté individuelle avec le principe non moins essentiel de l’ordre public : il est resté enseveli dans les archives du Luxembourg. Pendant le peu de jours que la Chambre des Pairs de l’Empire eut encore à siéger, Boissy-d’Anglas continua à voter avec le parti qui, regardant désormais la résistance énergique comme impuissante, croyait devoir obéir à la nécessité, et ne voyait plus d’ancre de salut que dans les négociations.

L'ordonnance royale du 24 juillet 1815 éliminait Boissyd’Anglas de la Chambre des Pairs: mais celle du 17 août suivant l’y rappela à nouveau titre. Cette promotion, unique dans son cas, fut attribuée soit au noble caractère public et aux antécédents de Boissy-d’Anglas, soit au désir de conserver à la partie protestante de la nation un représentant de plus dans la Chambre haute. Le noble pair fut pareillement compris dans la nouvelle organisation de l’Institut (21 mars 1816), auquel il appartenait déjà, et fit partie de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Dans sa nouvelle carrière parlementaire, Boissy-d’Anglas ne déserta point les rangs où l’opinion publique lattendait. 11 contribua puissamment à pousser le ministère du 5 septembre dans les voies constitutionnelles. Dès la session de 1815, il réclama l'application du jury au jugement des délits de la presse. Il combattit vivement la proposition Barthélemy,pour le changement de la loi des élections, du 5 février 1817, dont !e but effectif était le changement de la direction ministérielle. Comme autrefois à la Convention et au Conseil des Cinq-Cents, il défendit à la Chambre des Pairs le jury et surtout la liberté de la presse. Il retrouva toute

l'énergie de sa jeunesse pour attaquer la loterie et les maisuns de jeu. Parmi les opinions de Boissy-d’Anglas, on peut encore citer son rapport sur le droit d’aubaine et de détracfion, à la suite duquel fut aboli ce vestige de la barbarie des temps anciens.

1l usa noblement de son crédit auprès du ministère Richehcu, soit pour favoriser les intérêts de ses co-religionnaires, soit pour faire rappeler de l'exil certains de ses collègues de la Convention, d’un caractère honorable sous beaucoup de rapports, et qu’une interprétation trop sévère de Ja loi du 6 janvier 1816 tenait éloignés de la France. Cette année, ses démarches eurent plus de succès sous le ministère Decazes. L'amour de la justice était tel dans son cœur généreux qu’il prit même la défense de quelquesuns dont il avait à se plaindre personnellement.

Depuis le calme de la Restauration, Boissy-d’Anglas était revenu à la culture des lettres, qui avait honoré sa jeunesse. Ses écrits, sans offrir des beautés du premier ordre, se distinguent par un style net et facile; ils attestent une âme élevée et pure, aussi bien qu’un esprit philosophique et d’une large étendue : ils sont tournés constamment vers des sujets graves et utiles. L’affaiblissement de sa santé, qu'on a reconnu depuis avoir été occasionné par une maladie au cœur, lui fit conseiller l’air natal du midi, Il passa l'hiver de 1824 à 1825 à Nimes. Annonay le revit avec orgueil et avec joie habiter de nouveau la maison paternelle, religieusement conservée dans sa rustique simplicité. Il revint mourir à Paris, le 20 octobre 1826, âgé de près de soixante-dix ans. Conformément à ses dernières volontés, son corps fut transporté à Annonay.

Le nom de Boissy-d’Anglas reste attaché à une époque de notre histoire, celle du 1‘* prairial, qui l’inscrit parmi les héros sauveurs des nations. Ceci, c’est de la gloire. Le reste de sa carrière, qui formerait seul un lot assez beau, fut celle d’un homme de mérite, d’un homme de bien, enfin d’un homme courageux : l'élévation du caractère et la générosité du cœur y dominent surabondamment. D’autres furent plus véhéments à combattre les premières irruptions de l’anarchie; d’autres, plus stoïiques devant l’éclat enivrant du despotisme; d’autres enfin, en ces derniers temps, ont adopté des doctrines plus absolues ou des règles de conduite plus inflexibles. Cela explique pourquoi la personne ot la fortune de Boissy-d’Anglas obtinrent plus de faveur ou de ménagement à diverses époques que n’en ont obtenu des personnes d’un courage non moins élevé et d’une vie non moins irréprochable. Mais les périls du 1% prairial et la proseriplion du 18 fructidor prouvent qu’il sut aussi mettre de l'énergie dans la lutte sacrée du bien public, et que plus d’une fois dédaigna de mesurer le danger de la tribune.

La parole de cet orateur avait la puissance de la conviction et de la bonne renommée; elle n’échappait point de son cœur par torrents impétueux, elle en découlait avec une £haleur douce, accommodée aux circonstances ordinaires : tel fut son genre d’éloquence, II avait conservé quelque chose des formes solennelles et parées propres au premier âge de notre tribune politique. Ces formes ne déplaisaient pas en lui; car ce n’était point faux goût ni stérilité d'esprit ; c'était un vestige de première éducation, et le cachet d’une époque. Tel est aussi le caractère de ses écrits, qui ont été réunis, en 1825, en 5 vol. in-12, sous le titre d’£tudes littéraires et poétiques d’un vieillard ; ils ne se distinguent ni par des pensées neuves ou brillantes, ni par l'éclat de l'imagination ou les enchantements du style; mais ils offrent un mélange de l'élégance de Florian et de La Harpe, animée par la philosophie quelque peu rhéteuse de Thomas, et tempérée par un reflet de la belle simplicité de Ducis.

Boissy-d’Anglas avait une physionomie noble, que la vieillesse rendit vénérable. Sa tête était modelée dans le genre de celle de Bernardin de Saint-Pierre, dont le type populaire jouit d’une grande célébrité; mais elle avait un caractère su-

BOISSY-D'ANGLAS — BOISSY

périeur en énergie et en élévation : de longs cheveux blancs flottaient négligemment autour de son visage, qui fixait inévitablement attention dans les réunions les plus nombreuses. On a un beau buste de Boissy-d’Anglas sculpté par Houdon. Son héroïque conduite dans la journée du 1°* prairial an n1 a fourni le sujet de deux grands tableaux de MM. Court et Vinchon. A. Manu.

Boissy-d’Anglas a laissé deux fils : l'aîné, François-Anloine, comte de Boissy-D’AncLas, né à Nimes, le 25 février 1781, ancien conseiller d’État, ancien préfet de la Charente en 1811, et de la Charente-Inférieure en 1815, hérita de la pairie de son père, et prit siége en 1827. Il défendit à la Chambre haute les principes constitutionnels avec une constance inébranlable. Un grand nombre d'associations philanthropiques le comptèrent parmi leurs membres, et il accepta la présidence de plusieurs de ces sociétés, protestantes pour la plupart. La révolution de Février le rendit à la vie privée. Il est mort au mois d'octobre 1850, dans sa maison de campagne de Champ-Rosay. j

Son frère, Jean-Gabriel-Théophile, baron de Borssy-n’AN- Las, né en 1783, intendant militaire en retraite, a suivi une autre ligne politique. Élu député en 1828 par l’arrondissement de Tournon (Ardèche), qu’il ne cessa de représenter jusqu’à la révolution de Février, on le vit presque toujours dans le camp ministériel. Plusieurs fois la Chambre le prit pour secrétaire. Sous-intendant de deuxième classe en 1828, il devint successivement sous-intendant de 1°° classe, intendant le 31 décembre 1830, secrétaire général du ministère de la guerre, intendant de la première division militaire, officier, commandeur et grand-officier de la Légion d'Honneur. Et pourtant il avait promis aux électeurs de ne point accepter d'avancement. L'affaire Bénier (1846) vint lui porter un coup fatal. Cet homme, directeur, pour le compte de l'État, de la manutention générale des vivres de l’armée, faisait acheter et garder en magasin les blés et les farines employés dans la confection du pain nécessaire à la garnison de Paris ; mais, profitant de la confiance qu’avaient en lui ses supérieurs, il spéculait avec l’argent de l’administration. Lorsque, après sa mort, on vérifia l’état de sa caisse ctde ses magasins, on trouva un déficit de plus de 300,000 fr. Ce qui donnait dans cette affaire à la responsabilité administrative une gravité extrême, c’est que Bénier avait été exempté de fournir son cautionnement. Sur un vote de la Chambre des Députés, une enquête fut ouverte : elle eut pour résultat de faire mettre à la réforme l’intendant militaire . Joinville et son supérieur immédiat, M. Boissy d’Anglas. Choisi pour candidat officiel de Tournon en 1852, ce dernier siégea dans le Corps législatif jusqu'à sa mort, arrivée en mai 1864. re

BOISSY DU COUDRAY (Famille ne). Elle forme la seule branche existante de la maison de Rouillé, qui, originaire de Bretagne, s’est établie au seizième siècle en l’Ilede-France et à Paris, où elle a toujours exercé depuis des charges dans la magistrature.

Hilaire Rouiicé, marquis du Coudray, né en 1716, au lieu de suivre la même carrière que ses ancêtres, embrassa le parti des armes, et fit sa première campagne en qualité d’enseigne de la compagnie colonelle du régiment de Bourgogne, au siége de Keh]l, en 1733. Il se distingua dans les guerres de la succession d'Autriche, et fut créé maréchal de camp en 1761.

Hilaire Rouizf, fils du précédent, et ancien officier au régiment du Languedoc, fut appelé à la pairie le 17 août 1815, à cause du dévouement qu’il avait montré pendant les Cent-Jours, et de la grande fortune qu'il tenait en partie de son alliance avec la sœur du marquis d'Aligre. 11 est mort en 1840, laissant un fils, Hilaire-Étienne-Octave, marquis de Boissy, à qui nous consacrons un article particulier,

BOISSY (Hiname-Erienne-Ocrave ROUILLÉ, marquis pr), ancien pair de France, est né à Paris, le 4 mars 1798,

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