‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 23 sur 527 · BERLIER — BERLIN · texte numérisé non relu

BERLIER — BERLIN

nationale tenait son mandat de la nation elle-même, et qu'elle conserverait le pouvoir constituant jusqu'au moment où le vœu de la nation serait constitutionnellement constaté. 11 pensait aussi que les citoyens armés ne cessent pas d’être citoyens : défenseurs des droits de tous, ils ne doivent pas cesser d’en jouir. Il tit décider que l’armée serait appelée à exprimer son vote sur la constitution. Les délibérations des camps et des garnisons s’ouvrirent et se terminèrent avec calme et dignité.

Il avait été membre du comité de salut public après le 9 thermidor et réélu député lors de la mise en activité de la constitution de l'an LIL. 11 se montra dans le Conseil des Cinq Cents tel qu’il avait été à la Convention, toujours étranger à l'esprit de parti; il s'opposa avec une constante energie aux déplorables excès de la réaction, et, sur sa proposition, les prévenus d’émigration provisoirement rayés furent admis à voter dans les assemblées primaires. La session legislative terminée, il remplit les fonctions de substitut du commissaire du Directoire (avocat général) près de la cour de cassation.

Les suffrages de ses concitoyens le rappelèrent au Conseil des Cinq Cents, dont il fut élu secrétaire. Il se démit 1mmé-

” diatement de ses fonctions de substitut. La réaction avait fait d’effrayants progrès. Le Directoire, avec son système de bascule, ses hésitations, croyant faire de la force quand il ne faisait que de l'arbitraire, avait contre lui tous les partis ; toutes les assemblées électorales s'étaient fractionnees; de scandaleuses scissions s’étaient partout manifestées ; la liberté de la presse n’était plus qu’une déception; les principes n'avaient plus d’organes ; les journaux n'ouvraient leurs colonnes qu’à une polémique toute de personnalités. Berlier proposa diverses mesures pour ramener cette puissance nouvelle à la dignité, à l'indépendance de son institution , et lui garantir le libre contrôle des actes du gouvernement; il ne voyait de délit que dans la caloranie : ainsi, la presse rentrait dans le droit commun, et, conservant tous ses avantages, n’était passible de répression que dans ses attaques contre les personnes, quand ces attaques blessaient la vérité. Il parvint à faire rapporter l’article de la loi du {9 fructidor qui avait placé la presse sous la censure du Directoire, et prit une grande part à la discussion sur la nouvelle organisation des sociétés patriotiques qu’on appela cercles constitutionnels.

Berlier, après le 18 brumaire, fut nommé conseiller d’État et ensuite président du conseil des prises, membre de la Légion d'Honneur et comte de l'empire. [1 s'était pourtant, comme conseiller d’État, opposé à l'institution dela Légiun d'Honneur, disant que l’ordre proposé conduisait à l’aristocratie. « Les croix et les rubans, avait-il ajouté, sont les hochets de la monarchie, » mots souvent répétés depuis. I] contribua beaucoup à la rédaction des nouveaux codes ; il présenta plusieurs projets de loi sur la réorganisation de la Cour de cassation , et soutint la discussion de ces projets de loi au Corps législatif contre les orateurs du Tribunat. Après la suppression arbiträire du Tribunat par Napoléon, il continua ses fonctions au Conseil d'État; fut révoqué en 1814, et reprit ses fonctions en 1815. En 1816 il fut compris dans ce qu’on appelait la Loi d’amnistie, et, banni comme conventionnel , il se retira à Bruxelles, où il se consacra pendant son exil à de longues et laborieuses études historiques. Il publia en 1822 un Précis historique de l’ancienne Gaule, 1 vol. in-8°. I] s’était arrêté à l'invasion des Gaules par Jules César; il continua plus tard son excellent travail, et en publia la suite, qui forme une histoire complète de cette période si féconde en grands événements.

Après la révolution de 1830, M. Berlier attendit, pour rentrer aur le sol de sa patrie, que Louis-Philippe eût abrogé l'ordonnance qui l’avait banni. Retiré dans sa propriété avec sa jeune famille, qui avait grandi dans l’exil, il poursuivit ses utiles travaux d'histoire et de législetion. Pendant son long

séjour à Bruxelles, il avait rédigé pour l'Encyclopédie moderne les articles Code civil, Code criminel et d’autres non moins importants, qui se font remarquer par une profonde érudition et par un rare talent d’analyse. Berlier, qui élait correspondant de l’Académie des Sciences morales et politiques, section de législation, est mort à Dijon, le 12 septembre 1844, à l’âge de quatre-vingt-trois ans. Durey (de l'Yonne).

BERLIN , capitale du royaume de Prusse, résidence ordinaire du roi, et siége de toutes les autorités supérieures, Cette ville, remarquable par la beauté et le grandiose de ses édifices publics, par la régularité de ses rues, par l’importance de ses établissements scientifiques et artistiques , par l'activité de son industrie et de son commerce, qui en font une des plus considérables et des plus belles cités de l’Europe, est bâtie dans une plaine sablonneuse, sur les rives arides de la Sprée, et se compose, à bien dire, de six villes différentes, qui avec le temps en sont arrivées à n’en plus former qu’une, à savoir : Berlin proprement dit, Cologne-sur-la-Sprée (Kælln-an-der-Spree), Friedrichswerder, Neustadt ou Dorotheenstadt, Friedrichsstadt et Friedrich-Wilhelmstadt. Elle porte par consequent jusque dans Phistoire de son origine le type de la formation de la Prusse elle-même, résultat de la lente agglomération de diverses parties longtemps séparées pour arriver à former un tout formidable.

Les opinions sont partagées aa sujet de l'époque Ïe Li ins dation de Berlin et de K&lln, les deux plus anciens quar tiers, ainsi que sur la signification du nom même de Berliz mot que les uns traduisent par so! désert el boisé, comme venant de la Jangue des Wendes, et que les autres dérivent de la langue des Celtes, dans laquelle il signifierait vaste plaine. Les recherches les plus récentes désignent, avec une grande probabilité, comme fondateur de ces deux villes le petit-fils du margrave Albert l’Ours, Albert IT, qui régnait de 1206 à 1220. Mais il ne reste plus aujourd’hui qu’un bien petit nombre d’edifices dont la construction remonte au treizième siècle ; entre autres, il faut citer les églises du cloître, de Saint-Nicolas et de Notre-Dame (Xloster-Nicolai- Marien-Kirchen). L'hôtel de ville, autrefois habité par les margraves, n’a de remarquable que son ancienneté,

De l’avénement de la maison de Hohenzollern date un progrès remarquable dans l’histoire architecturale de Berlin. L'électeur Frédéric II aux Dents de fer construisit en 1442 à Berlin un château sur l'emplacement duquel s'élève le château actuel, et l'électeur Jean-Cicéron fit de cette ville la résidence habituelle de sa cour. On peut considérer comme le second fondateur de Berlin Frédéric-Guillaume, dit e Grand Électeur, qui non-seulement l’embellit beaucoup, mais encore l’accrut singulièrement (1658 à 1681), surtout en y attirant de ncmbreux colons, émigrés français pour la plupart. Aussi la population s’en élevait-elle déjà de son temps à 20,000 âmes. C’est ce prince qui fonda la bibliothèque royale actuelle, la galerie de tableaux, le musée des antiques, ainsi qu’un grand nombre d’églises et d'écoles, donnant ainsi l'impulsion première à la culture des lettres, des sciences et des arts, qui depuis lors a toujours pris plus de développements. C’est encore lui qui, en 1699, transforma sous la direction de l’architecte Schluter, la masse confuse de bâtiments de styles différents dont se composait l’ancien château, en un tout formant le château actuel. On lui doit aussi PArsenal, édifice d’une bonne architecture, commencé par Nehring, en 1695, et terminé en 1706 par Jean de Bodt. Il agrandit considérablement les faubourgs, et donna de plus en plus l’aspect d’une capitale européenne à la ville de Berlin, dont, sur la fin de son règne, la population atteignait déjà le chiffre de 50,000 âmes.

La construction colossale du château royal fut terminée en 1716, sous Frédéric-Guillaume 1°", par architecte Bæhm. On continua également alors à bâtir la Friedrichsstadt, où

| vinrent s’établir, surtout à partir de 1727, un grand nombre

de Bohèmes fuyant la persécution religieuse, et qni, en 1737, y construisirentuneéglise particulière à leur usage. Les autres quartiers de la ville participèrent à ce mouvement continuel d’accroissement, et c’est de cette époque que datent les places de Dœnhof , de Belle-Alliance et de Paris, ainsi que la construction de la plupart des hôtels de la Wilhemsstrasse et du palais déjà commencé sous le règne du grand électeur par l'architecte Nehring pour servir de demeure au maréchal de Schoenberg, et où mourut, le 7 juin 1840, le roi Frédéric- Guillaume III. À cette époque Berlin comptait déjà 90,000 habitants.

Sous le règne de Frédéric le Grand, Berlin fut enrichi des plus magnifiques palais et édifices en tout genre. On construisit de 1741 à 1742 la salle de l'Opéra, l’un des plus beaux monuments d'architecture de la ville; l’église catholique, achevée en 1775, sur le plan du Panthéon; les deux tours des Gendarmes, dont le roi donna l’idée d’après le modèle des églises de la Piazza del Popolo, et qui sont aujourd’hui complétement restaurées ; le bâtiment de l’Université (ci-devant palais du prince Henri), construit pendant la guerre de Sept Ans; la cathédrale, terminée en 1748, et diverses autres constructions qui, avec la création du Parc ( Thiergarten) contribuèrent essentiellement à embellir la ville. Le commerce et l’industrie y prirent aussi de notables développements. En 1751 on y établit la première raffinerie de sucre. La fondation de la Banque et de l’Institution de commerce maritime, ainsi que d’autres grands établissements industriels, eut lieu ensuite. A la mort de Frédéric le Grand on comptait à Berlin 145,000 habitants. Sous le règne de Frédéric-Guillaume II, qui, de 1789 à 1793, fit construire la Porte de Brandebourg, le château de Monbijou et divers autres édifices, les fabriques et les manufactures, notamment celles de soie et de coton, firent de remarquables progrès.

Frédéric-Guillaume IIL contribua cependant bien autrement encore que tous ses prédécesseurs à donner à la ville de Berlin le caractère grandiose d’une capitale, par la construction d’une foule d’édifices et de monuments publics, de même que par les améliorations de tout genre opérées dans l’ensemble même du chef-lieu de la monarchie, Une nouvelle ère architecturale s’ouvrit pour Berlin à la suite des guerres de 1813 et 1815, sous l’habile direction de l’archilecte Schinkel.-Le premier monument qu’il ait construit fut le nouveau théâtre; vinrent ensuite le Museum, bâti sur un ancien lit de la Sprée consolidé au moyen de 8,000 pilotis, l'église de Werder, l’école d’architecture, et une foule de constructions particulières. C’est aussi sous le règne de Frédéric-Guillaume que fut inaugurée, le 15 octobre 1810, la nouvelle université fondée par ce prince dans la capitale de ses États, A la mort de ce souverain, le chiffre de la population de Berlin était de 330,230 habitants.

Parmi les constructions nouvelles terminées sous le règne de Frédéric-Guillaume IV, il faut surtout mentionner la nouvelle École royale Vétérinaire de la Luisenstrasse, et le nouveau Muséum, riche en tableaux et en statues de grands maitres; l’église de Saint-Pierre, construit sur le Pétriplatz, terminé en 1853, et surmontée d’une haute tour et de quatre plus petites; l’église de Saint-Jacques, dans le style de la cathédrale ; la chapelle du château (Sckloss Capelle), rémarquable coupole achevée en 1856 par Stüler et Schadow, et ornée de fresques qui représentent des épisodes religieux ou historiques de tous les pays; le magnifique hôpital de Béthanie , bâti de 1845 à 1847 dans le style byzantin; et l'hôpital catholique de Saint-Edwige, bâti en 1854 dans le style gothique. Le monument à la mémoire de Frédéric le Grand, élevé à l'extrémité des filleuls, dont la première pierre avait été posée sous le règne de Frédéric Guillaume JIT, et exécuté par Rauch, a été inauguré le 31 mai 1851, L'incendie de la salle de l'Opéra, arrivé dans la nuit du 18 au 19 août 1843, donna lieu à de notables armélioralions et embetlissements du plan primitif, et dont

de roi lui-même fournit l’idée. Les travaux entrepris pour

transformer en jardin zoologique la ci-devant faisanderie dans le Thiergarten et le Friedrichshain, sont complétement achevés. Parmi les monuments exécntés sous le règne de Guillaume 1° on peut citer le nouvel Hôtel de ville, qui n'est pas encore terminé, l’église catholique de Saint-Michel, construite en briques, dans le style byzantin, et l’une des plus belles de Berlin ; les statues équestres du premier électeur et du premier roi de la maison de Hohenzollern, le monument de Frédéric-Guillaume HF, les statues de Beuth, de Schinkel, de Schiller et de Gœthe!, la nouvelle cathédrale élevée sur l'emplacement de l'ancienne. Les constructions ‘entreprises dans la plaine de Kæpnick ont pris également l'essor le plus vaste et le plus rapide, et forment peut-être à présent la moitié de tout Berlin Le recensement général, opéré à la fin de 1849, donnait un chiffre total de 13,398 maisons, 37 églises, etc., et de 401,154 habitants, dont 380,839 protestants et 10,737 catholiques. La population de Berlin s'élevait, à la fin de 1867, à 702,437 habitants. En ce qui touche le nombre: des habitants Berlin est la six'ème ville de l'Europe.

Bertin est aujourd’hui divisé en neuf quartiers : Berlin, le vieux et le nouveau Kælln, le Friedrichswerder, la Luisenstadt, la Dorotheenstadt, la Friedrich-Wilhelmstadt, ie quartier de Spandau, la Kænigstadt et le quartier de Stralau; à quoi il faut ajouter les faubourgs de Rosenthal et d’Oranienburg. La cité se divise en 33 arrondissements.

Les édifices les plus importants du quartier de Berlin sont le Château, dont il a été fait mention plus haut, occupé aujourd’hui par diverses administrations et caisses publiques, la poste, l’hôtel de ville, le tribunal municipal, l’'École militaire générale, l’École des Cadets, le Gymnase du Grauen Kloster, le Gymnase du Joachimsthal, transféré à Berlin en 1655; le palais Provincial (Zandschaftsgebæude) où se réunissaient les États provinciaux du Brandebourg et de la basse Lusace; l’église Notre-Dame ( Marienkirche ) avec sa tour haute de 286 pieds, l’église Saint-Nicolas et l'église de la Garnison.

Dans le vieux Kœlln (nom dérivé du wende Xol, Koline, poteau, pilier, parce que la plupart des maisons de cette partie de la ville sont construites sur pilotis), on trouve le château royal, situé entre la place du Château, le pare, la Schlossfreiheit et la Sprée, et où se trouvent le Musée et autres collections précieuses. A la suite du château on découvre le pont de l'Électeur, nommé aussi le Long-Pont, à cause de son ancien développement sur la Sprée, qui jadis était beaucoup plus large en cet endroit qu'aujourd'hui, I] unit le vieux Kœlln au quartier dé Berlin, et est décoré de la statue équestre du grand électeur, modelée par Schluter, fondue en bronze par Jacobi, et inaugurée le 3 juillet 1703. En face du château est situé le parc, avec le Museum, où l’on a réuni la plus grande partie des trésors artistiques dispersés autrefois à Berlin et à Potsdam. Derrière se trouve le nouveau Musée, Une coquille colossale en granit du poids de 1,500 quintaux , placée dans l'axe du Museum, orne le parc, où l’on voit aussi un jet d’eau de 45 pieds de hauteur alimenté par une machine à vapeur qui se trouve près de la Bourse.

Les monuments les plus remarquables du Friedrichswerder sont : l'église du Werder, construite dans le style gothique du moyen âge, achevée en 1830, sur les plans de Schinkel, ornée avec un goût infini, à l’intérieur, d’un tableau d’autel par Begas et des Quatre Évangélistes par Schadow, mais où l’on regrette de trouver quelques défauts acoustiques ; Arsenal, l’un des plus beaux monuments de l'Allemagne, formant un carré régulier et isolé, avec le buste en bronze du roi Frédéric I", placé dans son portail et des têtes de guerriers mourants exécutées en haut relief par Schloter au-dessus des vingt et une fenêtres de l'étage inférieur; le palais du roi, le palais des princesses, la

grande garde du roi, construite d’après le plan de Sch'nkel en forme d’ancien camp romain, entourée des deux côtés des statues en marbre de Carrare de Scharnhorst et de Bulow, deux chefs-d'œuvre dus au ciseau si puissamment original de l'illustre Rauch, En face, sur la petite place de l'Opéra, s'élève la statue en pied de Blucher, de vingt-sept pieds de hauteur, exécutée en bronze d’après le modèle de Rauch, et inaugurée le 18 juin 1826. C’est là aussi que se trouvent situés l'Académie de chant, le pont du Château, long de cent cinquante-six pieds et large de cent, et la Monnaie.

Le quartier le plus beau et le plus régulier de la ville est la Friedrichstadt, où l’on voit la Friedrichsstrasse, qui a plus de 1,200 mètres de longueur ; la belle Leipzigerstrasse, la non moins belle Wilhelmsstrasse, et la superbe place Wilhelm, ornée de six statues en marbre élevées à la mémoire du vieux Dessau, de Schwerin, de Winterfeldt, de Keith, de Zicthen et de Seydlitz, ces hommes qui ont laissé de si belles pages dans l’histoire militaire de la Prusse. Parmi les édifices les plus remarquables de la Friedrichstadt, mentionnons : le théâtre, situé dans le marché aux Gendarmes, construit sur les dessins de Schinkel, en remplacement de la salle détruite en 1817, par un incendie, et qui contient une belle salle de concert; l’église catholique, la Fondation de Louise, la manufacture de porcelaines, les hôtels de différents ministères, et la Porte de Leipzig, monument de construction toute récente et du meilleur goût.

Dans la ville neuve ou Dorotheenstadt, ainsi appelée de l'épouse du grand électeur, est située la promenade favorite des Berlinois, Les Tilleuls, allée longue de plus de cinq cents mètres sur vingt-quatre de large, et contenant quatre rangées d’arbres. En fait d’édifices, on y remarque : le palais du prince de Prusse, construit, de 1834 à 1836, uniquement avec des matériaux provenant du sol prussien, par Langhauns, qui a su admirablement tirer parti du petit espace de terrain mis à sa disposition; les bâtiments de l’Université, la Bibliothèque, l’Académie, l'École d’Artillerie et du Génie, l'Opéra, et la Porte de Brandebourg, haute de quatrevingts pieds, large de cent cinquante-six, et pourvue de cinq portiques, construite par Langhauns, de 1789 à 1793, sur le plan des Propylées d'Athènes, avec la Victoire dans un quadrige , que les Français transportérent à Paris pour en crner l'arc de triomphe de la place du Carrousel, et que la victoire ramena à Berlin en 1815. En avant de la Porte de Brandebourg est situé le Thiergarten, la plus fréquentée et la plus belle partie des environs de Berlin, parc d’environ sept cents perches de long sur deux cent quatre-vingts de largeur, où l’on trouve les plus charmantes promenades, une foule d’élégantes villas appartenant aux riches Berlinois, et le beau monument élevé à la mémoire de Frédéric-Guillaume II, sur les dessins de Drake.

Dans la Luisenstadt, appelée autrefois Aællnische ou Kæœpnicker Vorstadt, demeurée jusqu’à ce jour la partie la moins peuplée de la ville, on trouve dans la Lindenstrasse le Xammergerich! (tribunal de la chambre), vulgairement appelé maison du collége, où siègent le tribunal suprême secret, le Kammergericht, et le collége des Pupilles dela Marche électorale. En avant dela Porte de Halle on trouve Vétablissement de la compagnie anglaise pour l’éclairage au gaz, l’une des succursales fondées sur le continent par la grande association impériale et continentale de Londres pour l'éclairage au gaz. Sur le mont de la Croix ( Kreuzberg), qui s'élève en face de la Porte de Halle, on aperçoit le monument élevé en 1821 en commémoration des glorieux événements de 1813 et 1815. 11 consiste en un baldaquin en forme de tour, et fondu d’après les dessins de Schinkel dans les ateliers de la fonderie royale de fer, avee douze chapelles consacrées aux douze principaux faits d’armes de cette mémorable époque.

Sous le rapport de la vie intellectuelle et scientifique, qui suit les directions les plus diverses, et y produit partout les

plus brillants résultats, Berlin peut étre appelée la grande serre-chaude de l'intelligence humaine. Pas de tendance, pas de faculté, pas même de déviation de la science et de l'esprit humain, qui ne s’y trouvent puissamment représentées. Rien de plus imposant que de voir fonctionner ce vaste ensemble d'institutions scientifiques, trouvant constamment de nouveaux éléments d’activité dans la libérale sollicitude d’un gouvernement éclairé, qui ne recule devant aucune dépense pour accroître les ressources et les moyens d'instruction. L'université de Berlin a fait déjà époque dans diverses branches de la science, et parmi ses professeurs on compte quelques-uns des hommes les plus justement célèbres de l’époque contemporaine.

Dans la faculté de philosophie, qui, par les glorieux travaux des Fichte et des Hegel, exerça une si décisive influence sur les développements de la philosophie allemande, la chaire rendue vacante par la mort de ce dernier est occupée par Gabler, l’un de ses élèves ; mais l'éclat dont brillait jadis l’enseignement philosophique de l’université de Berlin a singulièrement diminué. L’'ingénieux Steffens n’est plus, et jusqu’à ce jour Schelling, qui depuis 1842 fait partie du personnel enseignant de l’université, y a exercé une médiocre influence. La faculté de théologie, si rudement éprouvée par la perte d'abord de Schleiermacher, puis de Marheinecke, et tout récemment de Ncander, cet homme si pratique, et qui connaissait si bien le chemin de l’âme, ne suit plus d’autre direction que celle de Hengstenberg, de Strauss et de Twesten. Nitzsch, ce penseur si profond, appelé de Bonn pour remplacer Marheinecke, incline dans son enseignement vers des tendances plus philosophiques. La faculté de droit nous présente les noms de Homeyer, Heffter, Lancizolle, Rudorff, Stahl, Keller et Richter. Élève de Schelling, Stahl a été nommé en remplacement de Gans d’Erlangen, mort en 1838; mais l’absence de son prédécesseur n’est pas moins sensible que celle de Savigny, dont la nomination aux fonctions de ministre secrétaire d’État de la justice a été une perte si douloureuse pour l’université. Dans la philologie, Bækh et Bekker, de même que parmi les germanistes les frères Grimm, sont des noms entourés de l'estime générale. La philologie latine déplore encore la perte de Lachmann et de Zumpt, auxquels on a bien pu donner des successeurs, mais qu’on n’a pas remplacés. L'étude de l'archéologie, favorisée par des collections d’une richesse immense, est surtout cultivée par Gerhard et par la Société archéologique, dont il est le président. Pour les

| études relatives à l'Orient, et notamment pour les langues

orientales , Bopp peut être regardé comme le créateur d’une école particulière. Ruckert, si connu comme poëte et comme orientaliste, le seconde dans ses efforts, sans toutefois posséder un talent de professeur bien saillant. Ranke et Raumer enseignent l’histoire; Ritter, la géographie, Ohm et Dirichlet, les sciences mathématiques ; Encke, l'as tronomie; Lichtenstein, Mitscherlich, Rose, Schuberth, Dove et Ehrenberg, les sciences naturelles, la physique et la chimie. ;

La faculté de médecine continue à briller d’un vif éclat, grâce aux noms de Schænlein, de Muller, de Jungken, de Langenbeck, appelé à succéder à l’ingénieux Dieffenbach, etc., etc., de même que par la parfaite organisation des établissements accessoires qui en dépendent, tels que le jardin botanique, situé hors de la ville, à Schimberg, l’'amphithéâtre d'anatomie, le muséum d’anatomie et de zoologie, le cabinet de minéralogie, la clinique, la maison d’accouchements, etc. Le séminaire théologique et philologique sert à former de jeunes théologiens et de jeunes philelogues.

Le nombre total des étudiants des diverses facultés de l’université s'élève, année moyenne, à 2,000, qui suivent les cours de cinquante-sept professeurs ordinaires, de quarante-quatre professeurs agrégés, de cinquante-neuf professeurs honoraires, de cinquante-neuf professeurs parti-

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