‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 234 sur 527 · BOLINGBROKE — BOLIVAR · texte numérisé non relu

BOLINGBROKE — BOLIVAR

L'Escurial persistait dans son affreux systeme colonial. Tout à coup on apprend à Caracas qu'üne armée française a envahi l'Espagne; bientôt la double abdication de Charles IV et de Ferdinand VII vient mettre le sceptre de la péninsule entre les mains de Joseph Bonaparte. Placés entre des ordres contradictoires, les colons restèrent longtemps fidèles à la cause du malheur ; se voyant enfin méconnus de ceux qu'ils voulaient servir, ils secouèrent le joug et se constituèrent en congrès national. Bolivar pouvait jouer un grand rôle dans cette assemblée ; mais, ses principaux mémbres ne lui inspirant pas une grande confiance, il refusa d’en faire partie. Ce ne fut qu’en 1812, lorsqu'il vit qu’un tremblement de terre qui avait englouti une grande partie de la population vénézuélienne, l'anniversaire même dü jour de linsurrection, devenait entre les mains des prêtres un moyen de perdre la liberté au nom du ciel, qu’il renonça spontanément à l'inaclion à laquelle il s'était voué. Il courut offrir ses services au général Miranda, qui du temps de Dumouriez avait | combattu dans les rangs de l’armée française, et qui consacrait les restes de sa vie à la défense de sa terre natale, Leurs premières tentatives ne furent pas heureuses : Bolivar, nommé colonel et investi du commandement de Puerto-Cabello, laissa surprendre la citadelle par des prisonniers espagnols qui y étaient enfermés, et fut obligé de se retirer à la Guayra.

Sur ces entrefaites, Miranda, cerné par des forces supérieures, capitulait à des conditions honorables pour lui et ses concitoyens. Cette capitulation devait être aussitôt violée que conclue. Le vieux général, chargé de fers, fut envoyé à Cadix, où il mourut, dans un cachot.

Cependant, l'échec éprouvé par Bolivar ne lui avait pas aliéné le cœur de ses soldats. Le congrès de la Nouvelle- Grenade lui confia nn corps de six mille hommes, avec lequel il traversa les Andes, battit les Espagnols, et s’empara des provinces de Tunja et de Pamplona. Son lieutenant Briceno, moins heureux, tomba dans leurs mains, et fut fusillé avec sept de ses officiers. Ces froids assassinats indignèrent Bolivar, qui avait toujours fait la guerre avec modération. Les habitants, exaspérés, venaient se ranger en foule sous ses drapeaux; il se vit bientôt à la tête d’une armée assez nombreuse pour pouvoir marcher sur Caracas. Le général espagnol Monteverde accourut à sa rencontre avec l'élite de ses troupes : la victoire fut longtemps disputée; mais, la cavalerie royale ayant passé du côté des indépendants, Monteverde, avec ses débris, alla s'enfermer dans Puerto- Cabello; Bolivar entra vainqueur à Caracas, et proclama Poubli du passé. Tout Venezuela, à l'exception de Puerto- Cabello , s'était rallié aux indépendants. Leur chef, foujours magnanime, fit proposer un échange de prisonniers ; mais Monteverde repoussa avec orgueil une transaction qui devait accroître ses rangs de deux fois plus d'hommes qu'il n'en aurait rendu. Il fit plus : ralliant toutes ses forces , il vint chercher les républicains près d’Agua-Caliente. Le sort trahit encore sa valeur; son armée fut taillée en pièces , et lui-même, grièvement blessé, fut reporté à Puerto-Cabello. Bolivar espéra mieux de son successeur Salomon ; il lui dépêcha Salvador Garcia, prêtre vénérable, qui lui semblait devoir être respecté de tous les partis ; mais le nouveau général espagnol le fit charger de fers et jeter dans un cachot. Bolivar, indigné, cerna la forteresse par terre et par mer; on l’attaqua avec fureur, on emporta ses principaux ouvrages, on la réduisit à une affreuse famine. La fermeté des Espagnols était à l'épreuve des privations et des dangers. Décimés par le fer, en proie aux maladies, exténués par la faim, sans espoir de secours, ils restèrent inébranlables.

Tandis que Bolivar rendait de si grands services à la cause de la liberté, il faillit perdre toute l'influence que ses victoires lui avaient acquise. Le congrès de la Nouvelle-Grenade lui avait intimé l’ordre de rétablir le gouvernement ci-

a’obtenaient de la métropole que des réponses évasives. | vil dans la province de Caracas ; il hésita à déposer l’espèc

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