‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 236 sur 527 · BOLIVAR · texte numérisé non relu

BOLIVAR

Cependant les municipalités de Caracas et de Valence, séparant de la révolte, avaient écrit au libérateur de hâter son retour, Paez, accueilli dans la première de ces villes cri de Vive la république ! vive Bolivar! vive Paez!] avait écrit de son côté pour justifier sa conduite et expliqu les raisons qui l'avaient forcé de désobéir au gouvernemen: central; mais déjà le libérateur était en route pour la Co: lombie. Tandis qu’il pacifiait sur sa route les provinces de l’ouest, l'insurrection de Vénézuéla reprenait un caract sérieux ; une assemblée du peuple , tenuele 6 novembre 1826. dans le couvent de San-Francisco à Caracas, considérant. la république de Colgmbie comme en état de dissolution, déclarait la séparation de la province. Cependant Bolivar entrait à Bogota sous des arcs de triomphe, au milieu des acclamations du peuple. Investi dans des formes régulières de l'autorité dictatoriale , que les départements insurgés lui avaient déférée, il annonça l'intention de l’abdiquer aussitôt que la patrie cesserait d’être en danger, et de convoquer alors une convention qui déciderait de la forme à donner au gouvernement de la république. I] revit Caracas, sa ville natale, sa ville chérie ; confirma Paez dans le commandement civil et militaire de Vénézuéla ; déclara que, loin d’être coupable, il le considérait comme le sauveur de la patrie; proclama enfin un oubli sincère, une amnistie générale, interdisant tout acte d’hostilité, comme fait de haute trahison. Ces mesures, nécessaires peut-être pour faire cesser la guerre civile, déplurent au vice-président, Santander ; qui ne pardonnait pas à Paez de lui avoir reproché de détourner à son profit les sommes destinées au payement de la dette publique et de l’armée. 11 offrit sa démission au président du sénat, qui la refusa, ce corps n'étant pas alors assemblé. Bolivar offrit aussi la sienne. « I] n'y a plus un Espagnol sur le continent américain, disait-il ; j’ai à cœur d’écarter les soupçons d’une usurpation tyrannique. L'exemple de Washington ne peut rien contre l’expérience du monde entier, toujours opprimé par les hommes puissants, » Cette démission fut refusée pour le même motif.

Sur ces entrefaites, le bruit se répand que le Pérou a aboli la constitution bolivienne, et que les troupes de la Colombie se sont rembarquées pour Guayaquil. Cette nouvelle blessa d’autant plus Bolivar, qu’elle fut reçue à Bogota avec des transports universels. Les démissions du président et du vice-président, portées au sénat, furent rejetées après de violents débats. 11 était facile de s'apercevoir qu’il se formait au sein du congrès un parti qui repoussait Bolivar, et qui, dans son ingratitude, l’accusait de vues ambitieuses. À Ja tête de ce parti était son collègue Santander, qui ne cessait de lui susciter des embarras funestes à la marche des affaires. Bolivar triompha un instant de son mauvais vouloir : il eut la joie de voir le congrès convoquer sur sa proposition une grande convention nationale, chargée de décider s’il était urgent de réformer la constitution. Ses séances s’ouvrirent à Ocana le 9 avril 1828. La réforme de la constitution y fut résolue ; mais bientôt les semaines se passèrent en intrigues, en querelles, et l'assemblée, ne se trouvant plus en nombre suffisant pour délibérer, se sépara. A cette nouvellé l’indignation populaire fut à son comble et dans plusieurs villes, à Bogota, à Carthagène, à Caracas, des réunions eurent lieu où Bolivar fut supplié de reprendre l'autorité supwme et de sauver la patrie. T1 y consentit, et Santander fut réduit au silence.

Tout paraissait se prononcer pour le libérateur, quand tout à coup, dans la nuit du 25 au 26 septembre, une conspiration éclata contre lui au sein de la capitale, auprès de son palais, dans les casernes. La demeure de Bolivar, attaquée avec une rare audace, fut au moment d'être prise ; lui-même, seul, lutta corps à corps contre les révoltés , qui avaient envahi ses appartements, et il ne dut son salut qu'à sa présence d'esprit. Les conspiräteurs avaient compté sur le peuple; le peuple se prononça pour Bolivar, et le com-

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