‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 237 sur 527 · BOLIVAR — BOLIVIE · texte numérisé non relu

BOLIVAR — BOLIVIE

plot fut déjoué; plusieurs des coupables furent traduits devant un conseil de guerre et fusillés. Le vice-président Santander, dont le nom avait retenti dans l'insurrection, fut banni du territoire de la république avec quelques autres. Cependant, la guerre avait éclaté entre le Pérou et la Colombie. Bolivar partit de Bogota avec des troupes considérables pour agir du côté de Guayaquil. 11 n’en eut pas le temps : un armistice fut conclu et suivi d’un traité de paix. Mais les ennemis du libérateur ne renonçaient pas, dans l'intérieur, à leurs projets d’anarchie. Le général Cordova, qu'il avait comblé de bienfaits, et qu’il croyait pouvoir compter au nombre de ses amis les plus dévoués, se souleva dans la province d’Antioquia. Bolivar fit marcher contre lui trois forts détachements. Cordova, entouré de toutes parts, sans espérance de succès, réduit à cette extrémité de périr de la mort des braves ou de celle des traîtres, fit une résistance héroïque, et tomba percé de coups sur les corps de ses soldats.

Un nouveau mouvement, qui devait plus affliger encore le Washington de l'Amérique du Sud, éclata le 25 novembre 1829 à Caracas, sa ville natale. Plus de cinq cents habitants réunis, après n'avoir point épargné dans leurs discours le caractère du libérateur, décidèrent que Vénézuéla renonçait à son autorité et se séparait de la Colombie. Une députation alla chercher Paez à Valence, et lui offrit le commandement, qu’il accepta. Cependant, le congrès national se réunissait en janvier 1830 à Bogota. Là, Bolivar renouvela avec plus d’instances que jamais sa démission, tant de fois offerte et toujours refusée. Il se plaignit amèrement d’avoir été soupçonné aux États-Unis, en Europe, dans son pays même, d’aspirer à un trône. Dès ce moment il abdique, il refuse pour toujours tout commandement. La nouvelle constitution était achevée ; le congrès, voyant l'inutilité de ses efforts pour vaincre la résolution de Bolivar, accepta sa démission, et choisit pour président Joachim Mosquera, qu’il fallut aller chercher dans sa retraite de Popayan, comme un autre Cincinxafus. Cette assemblée, au nom de la nation colombienne, offrit au libérateur le tribut de sa gratitude et de son admiration, en lui décrétant une pension annuelle de 155,000 fr., payable partout où il lui plairait de fixer sa résidence. L’éloïignement de Bolivar excita dans foutes les classes de vifs regrets. En arrivant à Carthagène, il eut la douleur d’apprendre que Paez avait persisté dans sa révolte, et que la séparation de Vénézuéla était un fait consommé. L’assassinat du général Sucre vint ajouter à son affliction. Abreuvé de dégoûts, victime de l’ingratitude des hommes, il succomba aux attaques d’une maladie de langueur qui le retenait dans une maison de campagne à San-Pedro, près de Sainte-Marthe, et y mourut le 17 décembre 1830. Ses adieux aux Colombiens, datés du 10 du même mois, peignent à nu cetle grande âme, et font toucher du doigt les angoisses cruelles sous le poids desquelles il a expiré. C’est un morceau d’éloquence que doit conserver l’histoire contemporaine. Quinze ans plus tard, Vénézuéla envoyait chercher ses dépouilles mortelles, et leur décernait de pompeuses obsèques, à l'exemple de celles dont la France avait honoré la mémoire de Napoléon.

Bolivar joignait à de vastes connaissances militaires, à une rare bravoure personnelle, un esprit gouvernemental et des talents administratifs plus étonnants peut-être. Doué d’une activité infatigable, il dormait à peine trois ou quatre heures, et ne consacrait ordinairement que quelques minutes à ses repas. Son instruction était vaste : il possédait presque toutes les langues et les littératures de l’Europe, et connaissait leurs meilleurs écrivains. Religieux, mais sans superstition, sans fanatisme, il fit un pénible sacrifice au sang espagnoi de ses compatriotes en proclamant le catholicisme religion exclusive de l'État, Bolivar avait toujours eu deux grands modèles devant les yeux, Washington et Bonavarte ; et, quoi qu’on ait pu dire ou penser de lui, quel

que soit le sort des États dont il a jeté les fondements, son nom brillera dans l'avenir à côté de ceux des grands hommes dont il enviait la gloire. E. G. DE MoNGLAvE.

BOLIVIE ou BOLIVIA, État de l'Amérique méridionale, formé de l’ancien Haut-Pérou, dépendant de l'ancienne vice. royauté espagnole de Buénos-Ayres ; situéentre 9°30' et25°40' de latitude méridionale, et entre 60° 20’ et 73° 20° de longitude occidentale ; borné au nord par le Pérou, à l’est par le Brésil et le Paraguay, au sud par le Rio de la Plata et le Chili, à l’ouest par l'océan Pacifique et le Pérou ; ayant une superficie de 1,315,022 kilom. carrés et une population évaluée à 1,987,352 âmes ; hérissé de hautes montagnes à l’ouest, où il est traversé dans le sens de sa longueur par la chaîne des Andes, qui s’y bifurque pour former la ceinture du plateau ou bassin du lac de Titicaca, dont la partie sud-est seulement appartient à la Bolivie. La bifurcation occidentale ou Cordillera de la Costa, à escarpement abrupt du côté de l'Océan, en est séparée par le désert de sable d’A- {acama. La bifurcation orientale, ou Cordillera Real, descend avec rapidité vers les plaines basses qui la bornent à l'est, et n’y envoie que quelques contre-forts peu considérables. Le vaste plateau de Titicaca, massif culminant de la chaîne des Andes, s'élève à plus de 4,200 mètres. Les points culminants de la Cordillera Réal, dans la Bolivie, sont aussi les points culminants des Andes et de toute l'Amérique. Le Nevado de Sorata a 7,700 mètres; le Nevado d’Illimani en à plus de 7,300. Dans la Cordillera de la Costa les pofnts culminants ne dépassent pas 6,700 mètres.

A l’est des Andes, le pays dépend, en grande partie, du bassin de l’Amazone. Au sud, il appartient à celui du Rio de la Plata, séparé du précédent par une crête peu élevée. Le Mamoré, l’'Ubahi, branches supérieures de la Madeira, et le Beni ou Paro, sont les principaux affluents de l’'Amazone ; ceux du Rio de la Plata sont le Paraguay et le Pilcomayo. Toutes ces rivières sont navigables. Le Desaguadero, qui sort du lac de Titicaca pour se perdre dans les terres, est le grand déversoir de cette masse d’eau, dont une portion dépend du territoire bolivien. De petits fleuves torrentiels se jettent dans l’océan Pacifique, ou disparaissent dans les sables du désert.

Le climat de la Bolivie ne se recommande pas, en général, par la salubrité. I1 est très-chaud dans les terres basses, et surtout dans le désert d’Atacama. Les hivers, d'ordinaire assez froids, sont très-secs sur le plateau de Titicaca, où la neige tombe en avril et en novembre. Les pluies, très-rares partout, sont à peu près nulles dans le désert d’Atacamna. Seulement, dans les plaines de l’est, elles deviennent continues d’avril à octobre , et inondent une grande partie des terres basses. On y est exposé à de violents orages et à de fréquents tremblements de terre, surtout dans la direction des côtes, où la Cordillière contient un grand nombre de montagnes volcaniques.

Le territoire de la Bolivie est très-riche en métaux, et célèbre surtout par ses.mines d’argent de Potosi, autrefois si importantes. Elles furent découvertes par Hualpa, Péruvien, qui, en poursuivant un alpaca, arracha un arbrisseau, et aperçut sous sa racine cette étonnante veine d’argent qu’on a depuis appelée Za Rica. La montagne, qui a 20 kilomètres de circuit et 1400 mètres d’élévation, fut percée de plus de trois cents puits, à travers un schiste argileux, jaune et dur, avec des veines de quartz ferrugineux. Elle est d’une couleur rougeâtre particulière, et ses nombreux fourneaux ont longtemps formé pendant la nuit un spectacle vraiment extraordinaire ; mais aujourd'hui plusieurs sont éteints. La Bolivie possède encore de riches mines de cuivre. On à évalué à 4,000 mares de Castille ou 920 kilogramimnes d’or et 662,000 marcs d'argent la moyenne annuelle du produit des mines de 1790 à 1809, et à 4,970 marcs d’or et 290,000 marcs d’argent celles des années 1810 à 1829. L’exploitation, qui avait beaucoup souffert pendant les guerres de

l'indépendance, a repris depuis quelque activité, et dès 1835 on estimait ses produits à 5,000 marcs d’or et 300,000 marcs d'argent. En somme, on évalue la quantité d’or extraite, dans une période de quarante ans, de 1809 à 1848, à une valeur de 87,346,000 fr., et celle d'argent à 536,138,000 fr. En 1869 l'exportation du cuivre s'élevait à 2,672,815 fr.

Le sol est généralement très-fertile, et couvert en grande partie de forêts vierges, riches en bois précieux de toutes espèces, Parmi les produits de la végétation il faut citer les grains, le riz, le maïs, le café, le coton, la canne à sucre, le tabac, le cacao, les fruits du tropique, l'orange, la figue, l'ananas, la vanille, la cascarille, le quinquina, la salsepareille, une espèce de cannelle, la gomme élastique, etc. Sur le plateau de Titicaca, dépourvu de grands arbres et impropre à la culture des grains d'Europe, on cultive le quinoa et la pomme de terre, qui y croît spontanément. Les animaux domestiques sont le bœuf, le cheval, l’âne, le mulet, et dans les montagnes la vigogne, le lama et Palpaca. Parmi les autres animaux, on remarque le tapir, le jaguar, le léopard, et divers singes; dans les plaines de Pest, une multitude de reptiles et d'insectes venimeux ou destructeurs.

La population indienne ou indigène, qui parle le quichua ou l’aymara, forme plus des trois quarts de celle de tout le pays; le reste se compose d’Espagnols, d'hommes de couleur et de quelques nègres. Parmi les nombreuses tribus d’Indiens, celles de la côte et du bassin de Titicaca ont été généralement converties au christianisme ; elles habitent des demeures fixes et se livrent à l’agriculture; les autres ont plus ou moins conservé les mœurs et les habitudes des sauvages. La principale branche d’industrie du pays est la fabrication des tissus de coton et de laine de lama, d’alpaca, de vigogne, le verre, les ustensiles et bijoux d'argent, les parures et ouvrages en plumes fabriqués par les Indiens. Le commerce, peu considérable, est rendu de plus en plus difficile par l'absence de communications entre l’intérieur des terres et la côte de l'océan Pacifique, et par la difficulté qu’on éprouve à descendre les affluents supérieurs de l’'Amazone et du Rio de la Plata. Les exportations consistent presque exclusivement en métaux précieux, cuivre, étain, laine de brebis et de vigogne, peaux de chinchilla, cascarille, quinquina, drogues diverses, et guano depuis quelques années. Elles ont lieu presque exclusivement par navires anglais, français, et de l’Amérique du Nord. Le fer, la quincaillerie et les étoffes de laine, de soie, de lin, sont les principaux articles importés. Le commerce avec l’Europe se fait surtout par la côte de l'océan Pacifique, quelquefois par Cobija ou Puerto-de-la-Mar, le seul port que possède la république, mais le plus ordinairement par le port péruvien d’Arica, de sorte que le commerce de la Bolivie ne figure qué très-rarement sur les tableaux de commerce des États de l'Europe. Avant l’emprunt de 25 millions de fr. négocié en l'rance en 1867, la Bolivie n’avait point de dette extérie: re. Le dernier budget connu (1868) de cet État se soldait par un excédant des recettes, qui s’élevaient alors à 1? 355,000 fr. sur les dépenses, évaluées à 12,175,000 fr.

L'histoire de l'indépendance de la Bolivie se lie à celle du Pérou; elle date du 1° avril {825 , jour de la victoire décisive remportée par les indépendants sur les Espagnols. Buénos-Ayres et le Pérou ayant déclaré qu’ils n'élevaient aucune prétention sur ces provinces, Bolivar, par un décret du 6 mai, les invita à se réunir en congrès pour adopter librement la forme gouvernementale qui leur conviendrait le mieux. Le congrès, assemblé dans la ville de Potosi, se prononça le 6 août pour une république indépendante, qu'il appela Bolivie, du nom de son libérateur. L'exercice des cultes y est libre, mais la religion catholique est la dominante ; il y a trois diocèses : l’archevèché de Chuquisaca et les évêchés de La Paz et de Santa-Cruz. L'État possède une université à Chuquisaca et plusieurs colléges. L'armée ne se

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