BONASSE — BONBONS
BONAPARTE (île). Voyez Réunion (île de la),
BONASSE. Ce mot est du style familier, et s'emploie ordinairement pour désigner un caractère doux, simple, facile qui se laisse aisement conduire par les autres. Il est platôl synonyme de faible que de bon. La bonté ne doit pas seulement tenir au caractère, elle doit encore être raisonnée pour ne pas se nuire à elle-même.
BONAVENTURE (Saint), cardinal, évêque d’Albano, et docteur de l'Eglise, naquit, en 1221 , à Bagnarea en Toscane. Il se nommait Jean de Fidanza@, du nom de son père. Saint François d’Assise le rencontrant un jour, s’écria, prévoyant ce qu’il devait être dans la suite : « Oh ! l'heureuse rencontre! » O buona ventura! Ce nom lui resta. A l’âge de vingt etun ans, il reçut l’habit religieux des mains d'Haymor, général des franciscains. On l’envoya achever ses études à l'université de Paris, sous le célèbre Alexandre deHales, auquel il succéda deux ans après, malgré son extrême jeupesse, Il occupait encore cette chaire en 1256, lorsqu'il fut élu général de son ordre, dans un chapitre qui se tint à Rome. Sa douceur et sa prudence ne contribuèrent pas peu à apaiser les divisions intestines que trop de sévérité d’une part, trop de relâchement de l’autre, avaient amenées parmi ses frères ; en peu de temps le calme fut rétabli, et la régularité régna de nouveau. Quelques années après, le pape Clément IV lui proposa l’archevêché d’York , qu’il refusa modestement.
Clément IV mourut en 1268. Les cardinaux réunis à Viterbe, ne pouvant s’accorder sur le choix d’un successeur, convinrent, après trois ans de vacance, de remettre leurs pouvoirs à six d’entre eux et de reconnaître celui qu'ils éliraient. Bonaventure, quoiqu'il ne fit pas partie du sacré collége, sut faire tomber les suffrages sur Thibaud , archidiacre de Liége, qui était alors en Palestine. Le nouveau pontife, qui prit le nom de Grégoire X, ne fut pas plus tôt à Rome qu’il nomma Bonaventure à l'évêché d’Aïbano, et qu’il le força d’accepter la dignité de cardinal. 11 l’emmena ensuite au concile général qu’il avait convoqué à Lyon pour la réunion de l’Église grecque. L’évêque d’Albano y prononça le discours d'ouverture. Il fut chargé aussi de tenir des conférences avec les députés grecs, pour aplanir les difficultés de la réunion. Gagnés par l’aménité des manières du saint prélat, et convaincus par la solidité de ses raisonnements, les députés acquiescèrent à tout ce qu’on exigeait d’eux. En réjouissance de cet heureux succès, le pape célébra lui-même, le jour de Saint-Pierre et de Saint-Paul, une messe solennelle, dans laquelle, pour la première fois, l’évangile et le symbole furent chantés en grec et en latin. Saint Bonaventure ne jouit pas longtemps du fruit de ses travaux : il mourut pendant le concile, au mois de juillet 1274.
On compte parmi les œuvres de ce saint docteur des commentaires sur l’Écriture Sainte, des sermons et des panégyriques, des commentaires de théologie sur le Maitre des Sentences , un grand nombre d’opuscules sur divers sujets de piété. On en a publié plusieurs éditions, entre autres une à Rome, en 1588, en 8 vol. in-fol., une autre à Venise, de 1751 à 1756, en 14 vol. in-4°. Sixte IV le mit au nombre des saints. « Les ouvrages de saint Bonaventure, dit l’abbé Trithème, surpassent tous ceux des docteurs du même siècle par leur utilité, si l'on considère l'esprit de charité et de Gévotion qui y règne. Le saint docteur est profond sans être diffus, éloquent sans vanité. Quiconque veut être savant et pieux doit s'attacher à la lecture de ses ouvrages. » L'abbé C. BANDEVILLE.
Les tendances mystiques qu’on remarque dans les écrits de saint Bonaventure l'ont fait surnommer le Docteur Séraphique. Les Franciscains l’opposent, comme leur plus grand docteur, au héros scolastique des Dominicains, saint Thomas d’Aquin. Une bonne partie deses ouvrages est consacrée à la glorification de son ordre. Comme promoteur du
culte de la Vierge, comme apologiste du célibat et des prin-
cipaux dogmes du moyen âge, il rendit d'importants services à la cour de Rome, dont il s’efforça de défendre, même philosophiquement, les doctrines dans un grand nombre d'écrits. Les plus remarquables, le Breviloquium et le Centiloquium, sont de vrais manuels de dogmatique. Ses efforts à l'effet de donner la philosophie pour base à la foi religieuse et le pieux mysticisme qui constitue le principal élément de ses œuvres, le rendent parfois obscur, même dans ceux de ses ouvrages qui s'adressent au peuple. Plus qu'aucun de ses prédécesseurs, il contribua à faire de la théologie mystique une science. Dans sa Biblia Pauperum le texte si simple de l'Écriture est défiguré par des allégories qu’il y ajoute. Une justice pourtant à lui rendre, c’est qu’en général il évite les subtilités inutiles, et qu’il l'emporte sur les autres scolastiques par la cleur du sentiment religieux et la direction pratique des idées. II combat, du reste, avec beaucoup de sagacité, dans ce livre, l'éternité du monde, et prouve par de nouveaux arguments l'immortalité de l'âme.
BONBONS. Une notoriété publique dispense de chercher ici à définir ces préparations de sucre, si nombreuses et si variées qu’il faudrait un second Linné pour en classer méthodiquement les genres, espèces et variétés. L'influence favorable que la rivalité exerce sur les arts s’est manifestée évidemment chez les confiseurs : ils ont à l’envi l’un de l’autre combiné le sucre à l'infini, pour lui donner des formes, des saveurs et des couleurs diversifiées. La gomme arabique a été très-utilement associée à ces combinaisons saccharines , en beaucoup plus grande quantité qu’autrefois, depuis que les progrès de la médecine ont appris que cette substance , qui n’était guère employée que pour les rhumes, est au moins aussi convenable pour les maladies des organes digestifs. On aime à reconnaître ici les progrès de cette branche de l’industrie française, et à convenir que les hors bons méritent sous plusieurs rapports la répétition de l’a&jectif qui les recommande en même temps qu'il ks désigne,
Toutefois, il en est des bonbons comme ces meilleures choses : il ne faut point en abuser. On ne prend pas impunément ces sucreries avec excès; elles provoquent dans la bouche un goût pâteux, une chaleur incommode; elles excitent la soif, même quelquefois une sensation pénible dans l'estomac. Ce sont des indigestions, dont les enfants fournissent de nombreux exemples à l’époque, si désirée d’eux , où Janus ouvre les portes de l’année. On doit ajouter que plus d’une personne en âge de raison offre ces mêmes effets de l’intempérance, et principalement, on le dit ici à regret, des personnes qui appartiennent au beau sexe, cédant à la tentation en vrais enfants d’Eve. Dans l'état de santé, ces incommodités sont ordinairement légères, mais répétées elles pourraient devenir fàcheuses. Elles auraient plus de gravité pour les convalescents, auxquels on ne doit accorder des bonbons, même ceux à la gomme arabique , qu’avec réserve.
Ce n’est pas sans exposer le public à des dangers réels qu’on a fait emploi de certaines matières colorantes pour donner aux bonbons l’apparence des fruits, des fleurs ou autres objets; on a eu recours à des couleurs qui ont causé de véritables empoisonnements, et qui ont appelé à différentes époques l'intervention du préfet de police. On a reconnu qu’une grande partie de ces préparations de sucre étaient coloriées avec le vert de Schweiïnfurt et le rouge de Sibérie (arsénite de cuivre et chromate de plomb), deux poisons fort actifs. On doit à la surveillance de nos édiles de ne plus rencontrer de ces bonbons dans le commerce. Cependant les confiseurs font encore trop d'usage de la gomme gulte, qui n’est pas exempte d’inconvénients.
On a imaginé d’employer les bonbons, comme on a fait des biscuits, pour médicamenter les enfants à leur insu. On en a préparé de propres à purger, par exemple le sucre crangé purgatif; c’est encore le jalap qui en fait la base
médicinale. Avec des sels mercuriels, on a aussi composé des bonbons vermifuges et antisyphilitiques. Ces préparations ont les mêmes inconvénients que les biscuits médicamenteux : en raison des principes irritants qu'ils recèlent, il est prudent de ne point les administrer aux enfants, dont on ne saurait trop ménager les organes digestifs, comme aussi parce qu’on peut suppléer ces substances par des moyens efficaces et beaucoup moins dangereux. Non-seulement on s'est avisé de confectionner des bonbons pour remédier aux maux causés par une déesse qui ne mérite pas toujours l’épithète de bonne que les poètes lui ont donnée, on en a composé, sous le nom d’aphrodisiaques, qui sont propres à exciter au culte de cette divinité ou à en donner le pouvoir à ceux à qui la bonne volonté ne suffit pas. Cette dernière préparation est la plus dangereuse de toutes : sa propriété est souvent due aux cantharides , et ceux qui en feraient usage pourraient payer par leur mort un sacrifice dont le but est si différent.