D' CHARBONNIER
BONCHAMP (OCnarres-MELCHIOR-ARTHUR, Marquis pe), d’une maison fort ancienne (car en 1218 l’écuyer Bonchamp prêtait l'hommage à Philippe-Auguste pour la seigneurie de Pierre-Fite), naquit en 1760, au château du Crucifix, dans la province d’Anjou : il servit avec distinction dans la guerre d'Amérique. Malade comme il revenait de cette expédition, il tomba dans une léthargie si profonde, qu’on s’apprétait à lui donner la mer pour sépulture, quand son domestique obtint à force de larmes et de prières un délai qui lui sauva la vie. Capitaine de grenadiers au régiment d'Aquitaine , il quitta le service, ne voulant pas s’obliger au serment que la révolution imposait aux militaires, et vécut sans bruit jusqu’au temps où la mort de Louis XVI vint déchirer son cœur. Le 10 mars 1793 les conscrits de Saint- Florent-le-Viel refusent d’obéir au tirage : on pointe un canon sur eux; mais il est enlevé, la gendarmerie chassée, et une députation de cette jeunesse envoyée à Bonchamp. L'étendard était levé, Bonchamp le soutint, sans espérer même la gloire en dédommagement des maux qu'il prévoyait : « Car, disait-il à sa femme (fille du vicomte de Scepeaux ), Les guerres civiles ne La donnent pas.» Il bat les républicains en plusieurs rencontres, contribue à la prise de Thouars, force la Châtaigneraie, gagne la bataille de Fontenai par une manœuvre habile, eniève les postes de Montrelais et de Varades; Ancenis et Houdans se rendent à-lui.
Déjà les Vendéens, animées par le succès, avaient résolu d'attaquer Nantes, contre l'avis de Bonchamp, qui voulait passer la Loire avec sa division, parcourir la Bretagne, où il avait des intelligences, insurger cette province, et, marchant sur Rouen, faire éclater la révolte en Normandie, pensée qui peut-être eût amené des résultats immenses. L'attaque de Nantes échoua ; Cathelineau fut tué : d’Elbée lui succéda au titre de généralissime, Aucun, cependant, ne méritait mieux ce grade que Bonchamp ; mais il vit sans jalousie d’Elbée obtenir la préférence, persuadé que toute satisfaction particulière devait céder à la cause commune, Le même sentiment lui avait inspiré déjà cette réponse, un jour que ses Vendéens voulaient secourir son château, incendié par les bleus : « Le sang des soldats de mon roi est si précieux, qu’on ne peut en répandre une seule goutte pour mon intérêt particulier, »
Encore souffrant d’une blessure , il s’empara de Champtocé; il décida la victoire à Torfou ; vainqueur à Montaigu, il répara devant Châtillon un échec éprouvé à Saint-Symyhorien, et rangea l’armée en bataille à la journée de Cholet, dont le succès ne répondit pas à ses dispositions savantes, Blessé d’un coup mortel, et transporté à Samnt-Florent, malgré une ardente poursuite, son dernier commandement
- fut pour empêcher de sanglantes représailles. Cinq mille prisonniers républicains’ étaient renfermés dans l’abbaye, et les Vendéens, exaspérés, allaient venger sur eux la mort du