BERLIOZ
persuader qu'il avait mis fin à son existence, J1 reparut pourtant , et ce ne fut que longtemps après qu'il se souvint qu'étant sorti seul de Paris, il avail erre à travers les champs dans un état complet de désespoir et de stupidité, courant le jour sans nourriture, ayant perdu la conscience de luiinéime et des objets environnants, passant la nuit à la belle étoile, Du reste, la jeunesse de M. Berlioz fournit plusieurs exemples de pareilles excentricites, et l’on ne peut se dissimuler que c’est à des dispositions aussi peu raisonnables que l'on doit attribuer ce qu'on remarque d'exagéré, d’extravagant même dans plusieurs de ses compositions de cette époque. Depuis lors, l'homme s’est formé, la raison a repris son empire sur lui; mais les premières impressions subsis, tent encore dans le public, et il reste dans ce talent, si puissant sous d’autres rapports, une tendance aux choses violentes et heurtées, dont il ne se débarrassera peut-être jamais totalement.
Quoi qu’il en soit, la Symphonie fantastique date de l’époque de ce délire effréné dans lequel la vue de miss S....., jeta notre compositeur. Le plan de cette uvre est assez connu pour nous dispenser de le retracer ; cette composition hardie fit une vive sensation. Pour la première fois, le musicien y dessina son système : c'était de prendre pour sujet de symphouie une idée dramatique avec ses scènes, ses incidents, ses péripéties; de charger la musique seule d’être l'interprète des sentiments , des sensations les plus intimes de l’homme; de reproduire , à l’aide des ressources de l’instrumentation, certains effets physiques ; de donner, au moyen des sons, une forme aux créations poétiques , aux fantaisies de l'imagination. Que cette tentative si audacieuse eût été couronnée d'un plein succès, c’est ce que nous sommes loin d'admettre. En plusieurs circonstances, la musique entre les mains de M. Berlioz sortit de ses propres limites, de sa propre sphère. A force de vouloir tout peindre, à force de chercher une expression arrêtée, littérale, et de n’omettre aucun détail de la description, i excéda les bornes de l’art, en sorte que plus l’auteur s’efforçait d’être clair, plus il entassait d’obscurités dans son style; car l'auditeur, ne pouvant saisir le fil et les intentions de la chose que l’auteur avait dans l'esprit, se perdait dans cette multitude de détails. La nature de l'expression musicale est telle qu’elle disparait dès qu’elle cesse d’être idéale et vague. Il s’agit en effet bien moins de peindre que de réveiller dans l'esprit de l’auditeur des impressions analogues à celles qui résultent de l’objet qu’on se propose. De ce système de tout exprimer viennent aussi ces rhythmes brisés, ces phrases entrecoupées, que le musicien affectionne tant. Nous le répétons, dans l’idée du musicien toutes ces choses ont un sens, mais ce sens, ces intentions, échappent à l'auditeur.
Tout cela n’empêcha pas que l'introduction de cette Symphonie fantastique, la phrase principale à l'aide de laquelle le musicien représente la bien-aimée, et qui revient avec tant de bonheur dans tous les morceaux, la scène du bal, la marche au supplice, la scène aux champs , la ronde du sabbat, dans laquelle l’auteur sut être fantastique sans rien emprunter à Weber, ne produisissent dès l’abord une grande surprise. On fut frappé surtout d’une instrumentation neuve, riche, colorée, pittoresque. Ce qui ajoute encore au mérite de l’auteur, c’est qu'à cette époque il ne connaissait pas les grandes symphonies de Beethoven. Le Robin des Bois seulement avait pu lui donner l’idée des développements dont lorchestration était susceptible.
Pendant les fameuses journées de juillet, tandis que le canon grondait dans Paris et que la façade du palais de l'institut était sillonnée de balles et de boulets, M. Berlioz était tranquillement dans l’intérieur, écrivant sa cantate de Sardanapale, qui lui valut le premier grand prix de composition. Il partit donc pour Rome; là, pour faire suite à la Symphonie fantastique, il écrivit le Mélologue ou Le Relour à la vie, qui se compose de diverses scènes, te!los