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que la Ballade du Pécheur, de Gœthe; un chœur d'ombres, d'Hamlel, sur des paroles de fantaisie ; une scène de brigands, et un chœur symphonique sur la Tempête de Shakspeare. Tous ces morceaux n'avaient aucun rapport entre eux ; ils étaient séparés par des tirades en prose, débitées par un acteur habile, et qui servaient tant bien que mal de liaison de l’une à l’autre, Par cela même, cette seconde partie ne pouvait exciter l'intérêt de la première, bien que le chœur d’ombres, la scène de brigands et la tempête offrissent d’incontestables beautés. Depuis lors l’auteur a renoncé à faire entendre le Mélologue après la symphonie , et il a eu raison.
M. Berlioz revint de Rome avec le Mélologque, et deux ouvertures, celle du Roi Léar et une autre de Rob Roy : cette dernière, exécutée aux concerts du Conservatoire, n’eut aucun succès. M. Berlioz avoua qu'il s'était trompé, et la brûla. Il n’en conserva que l'introduction, qui a depuis figuré dans la symphonie d’Harold. Ce fut vers 1833 qu'il composa cette symphonie; Paganini était alors à Paris, mais il ne se faisait plus entendre en public. Un jour, l’illustre virtuose alla trouver M. Berlioz, et lui demanda d'écrire une symphonie pour alto principal. Il avait, disait-il, envie de se montrer en public et de s’y faire applaudir sur cet instrument. M. Berlioz conçut alors l’idée de la symphonie d'Harold : on sait que, comme dans la Fantastique, il y a une pensée dominante qui revient dans tous les morceaux, et qui se présente toujours sous un aspect différent. Lorsque l’œuvre fut achevée, soit que Paganini ne trouvât pas la partie d’alto assez brillante, soit que son état de maladie le rendit indifférent aux applaudissements de la foule, il chercha un prétexte et ne joua pas. Heureusement Urhan se chargea de la partie d’alto principal, on sait avec quel succès. Cette symphonie accrut le nombre des partisans de M. Berlioz. La solennelle, majestueuse introduction , la marche des pèlerins, la sérénade, conquirent d’abord tous les suffrages. Jamaïs divers motifs, de nature et d’expression différents, n’avaient été associés plus heureusement, plus habilement entrelacés que dans ces deux derniers morceaux. Au total, cette symphonie était peut-être moins éclatante, moins saisissante que la première; mais le style en était plus ferme, plus serré. Néanmoins, à notre avis, de grands défauts, qui tiennent au principe que nous avons tâché d’éclaircir plus haut, déparent encore cette œuvre. Dans la seconde partie de lallegro et dans plusieurs endroits du finale, l’orgie des brigands, on trouve de ces énigmes dont le sens échappe à l'auditeur. Ce dernier morceau , du reste, quoique plein de verve et d'inspirations franches, est trop bruyant; il fatigue, il entête comme une véritable orgie ; il est trop vrai.
Depuis longtemps M. Berlioz faisait de vains efforts pour arriver à l’Opéra; les administrateurs craignaient que ses bardiesses ne compromissent le succès d’un ouvrage ; les auteurs ne voulaient pas lui confier un poëme. Trois poëtes, MM. de Vigny, Auguste Barbier et Léon de Wailly, se promirent d’abréger ce temps d’épreuve, et esquissèrent à la hâte cet informe canevas qui a nom Benvenuto Cellini, lequel renferme de charmantes choses comme poésie, mais est dépourvu de tout intérêt dramatique. Pressé d’avoir son tour à l'Opéra, M. Berlioz ne s'arrêta pas aux défauts de la pièce, et en composa la musique. On sait l'histoire de cette chute éclatante. M. Berlioz avait à la fois contre lui le mauvais vouloir de l'administration, les préventions des artistes, les préjugés du public, les exagérations de son propre système et les rancunes qu’il avait soulevées par une critique trop franche et trop acerbe parfois, Aujourd’hui que toutes ces passions sont calinées, nous pouvons dire que M. Berlioz n’a point été jugé comme compositeur lyrique, Quoi qu'il en soit, la polémique suscitée à l’occasion de cet ouvrage fut très-vive, et se prolongea longtemps dans la presse : les opinions diverses furent résumées dans deux
brochures, l’une pour, l’autre contre, dans lesquelles toutes les questions vitales et fondamentales de l’art, la mélodie, le rhythme, l’instrumentation, etc., étaient examinées suivant les tendances des esprits qui rêvent un art stationnaire, et de ceux qui pensent qu’il subit aussi la loi du progrès.
C’est après la chute malheureuse de Benvenulo que l’auteur, découragé, fit une longue maladie, qui épuisa toutes ses ressources. II donna néanmoins un concert dans lequel il dirigea lui-même ses deux symphonies, la Fantastique et Harold. Paganini, qui ne connaissait pas encore le dernier de ces ouvrages, s’achemina après l’exécution vers l'orchestre, et, ne craignant pas de se prosterner devant l’auteur, il s’écria les larmes aux yeux : C’est un prodige! Le surlendemain, 18 décembre 1838, M. Berlioz, forcé par sa maladie de garder le lit, reçut la lettre dont nous donnerons la traduction : « Mon cher ami, Beethoven « mort, il n’y avait que Berlioz qui pat le faire revivre, et « moi, qui ai goûté vos divines compositions, dignes d’un « génie tel que le vôtre, je crois de mon devoir de vous « prier de vouloir bien accepter coinme un hommage de « ma part vingt mille francs qui vous seront remis par « M. le baron de Rothschild, sur la présentation de lin- « cluse. Croyez-moi toujours votre très-affectionné, Nicor.o « PAGANINI. »
Pour suivre l’ordre chronologique , nous avons d’abord parlé de Benvenuto ; mais le Requiem , composé après cet ouvrage, fut exécuté dans l’église des Invalides le 5 décembre 1837, au service funèbre du général Damrémont, Le grand effet produit par le Tuba mirum, le Lacrymosa et par l’Offertoire, bien que ce dernier morceau soit d’un genre fout différent, est encore présent à l'esprit de ceux qui l'ont entendu.
Voulant témoigner à Paganini sa reconnaissance en lui dédiant une œuvre capitale, M. Berlioz conçut le plan de la symphonie dramatique de Roméo et Juliette, dont il avait confié le livret à M. Émile Deschamps; malheureusement la mort vint frapper Paganini avant que ce grand ouvrage fût achevé. M. Berlioz venait d’être décoré de la Légion d'Honneur. Au mois de novembre 1839 il fit exécuter au Conservatoire Roméo et Juliette, dont l'effet fut immense. Nous ne craignons pas de dire que dans la jée, l’adagio, le scherzo de la reine Mab, et le finale, il s'est montré l'égal de Beethoven. L'idée des prologues ou des chœurs chantant sur le ton du récitatif lui appartient en propre. Ces chœurs, dont le rôle est assimilé ici à celui du chœur de la tragédie antique, produisent l'effet le plus neuf et le plus heureux. Cette œuvre, si belle qu’elle soit, n’est pourtant pas à l'abri de tout reproche. On y trouve des détails d’une expression forcée et trop crue, mais ces défauts deviennent toujours plus rares. Ce qu’il faut admirer surtout dans Roméo et Juliette, c'est la puissance et l’habileté avec lesquelles M. Berlioz a mûlé le drame à la symphonie, la symphonie au drame, sans jamais les confondre.
M. Berlioz mit le comble à sa renommée comme instrumentaliste dans sa grande Symphonie funèbreet triomphale composée en 1840 , à la demande du ministre de l'intérieur, pour la translation des cendres des combattants de juillet. Cette composition offrait les plus grandes difficultés : Ja musique devant être exécutée en plein vent, sur la place de la Bastille, autour de la colonne : M. Berlioz ne pouvait \ employer les violons. 11 disposa si habilement les masses des instruments à vent que l'effet fut celui d’un orchestre complet. Jamais les sentiments qui animent la multitude dans les grandes circonstances nationales , la douleur publique, lenfhousiasme des combats , les joies du triompue, n'avaient été rendus avec des accents plus touchants et plus nobles. C'est là de la vraie musique populaire.
En 1843 M. Berlioz parcourut la Belgique et toute l'AIlemagne, en donnant des concerts dans les principales villes, Mendelssohn et Meyer Beer mirent tour à tour
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à sa disposition toutes les ressources musicales dont ils pouvaient disposer. Dans un concert donné par MM. Berlioz et Mendelssohn , les deux jeunes représentants de la musique instrumentale en France et en Allemagne , rappelés sur la scène, s’'embrassèrent et échangèrent leurs bàtons de mesure. De retour à Paris, M. Berlioz nous a fait entendre dans plusieurs concerts son ouverture du Carnaval romain. Cette charmante symphonie, composée sur les motifs de Benvenute Cellini, prouve que cette partition n’était pas aussi dépourvue de mélodie qu’on l'avait dit d’abord. On connaît l’habileté de M. Berlioz comme chef d'orchestre, Personne n’exerce plus d’ascendant sur les musiciens et ne sait leur communiquer plus d’enthousiasme. Quelles que soient les opinions personnelles des artistes à l'égard des compositions de leur chef, une fois réunis sous son bâton de mesure, ils obéissent comme un seul homme. Depuis longtemps M. Berlioz cherchait l’occasion de réunir toutes les ressources musicales de Paris dans une grande solennité, L'exposition des produits de l’industrie vint la lui fournir : le 1°° août 1844, il donna dans la vaste salle des machines un grand festival qui avait vivement excité la curiosité. Malheureusement , ce local n’avait pas été construit d'après des conditions de sonorité assez favorables. Néanmoins les effets de masses furent saïsissants, et jamais on n'avait vu une armée de plus de mille exécutants manœuvrer avec plus d'ensemble et de chaleur. M. Berlioz avait écrit pour cette solennité un Æymne à la France, paroles de M. A. Barbier, dont la mélodie principale pourrait avoir plus de distinction, mais d’une instrumentation admirable, et dont la dernière strophe est d’un effet grandiose. 11 nous resterait à apprécier M. Berlioz comme critique, écrivain et théoricien. Sous ce rapport, il est plein de verve; ses expositions sont nettes, ses analyses animées et pittoresques, ses jugements tranchants et parfois passionnés. 1] est admirable quand il parle de Gluck, de Beethoven, de Weber, de Meyer-Beer, de Mendelssohn, de Spontini. Mais certaines de ses opinions ne nous paraissent pas plus admissibles que certaines données de son talent musical. Ce fut en 1828 qu'il débuta dans le Correspondant par quelques
articles très-remarquables sur Beethoven; il travailla suc- .
cessivement dans la Revue Européenne et le Courrier de l'Europe. Vers 1835 il contribua pour une part notable au succès de la Gazette Musicale. A la fin de la même année, il fut chargé du feuilleton musical des Débats, qu’il continue toujours. Il a publié au commencement de 1844 son beau Traité d’'Instrumentation, et il a fait paraître deux volumes d’un Voyage musical en Italie et en Allemagne.
M. Berlioz est un des quatre ou cinq musiciens contemporains qui ont un style à eux, une individualité propre. Il est rare qu’un de ses ouvrages n’ait pas produit une polemique animée et soulevé les questions les plus fondamentales qui tiennent à l’essence de la musique. Nous avons tâché d'apprécier ce musicien avec impartialité. Quoi qu’il en soit, il restera de M. Berlioz de grandes œuvres entachées, les premières surtout, de grands défauts, mais qui seront destinées en France à agrandir la sphére de l’art. Lui seul a tenté parmi nous des effets gigantesques; lui seul a remué des masses colossales ; il n’a pas toujours réussi, mais il est vrai de dire aussi que plusieurs de ses insuccès doivent être attribués aux défauts de l'exécution.
Aux grandes compositions de M. Berlioz dont il vient d'être question, il faut ajouter une ouverture de Waverley, neuf mélodies écossaises, Le Cinq Mai, une fantaisie pour le violon, plusieurs mélodies sur des paroles de MM. Victor Hugo, Brizeux et autres poëtes. J. D'ORTIGUE.
M. Berlioz devint en 1839 bibliothécaire du Conservatoire. Néanmoins il allait souvent encore à l'étranger diriger des concerts. Partisan des orchestres immenses, c'est aussi lni qui a eu l'idée de donner en 1845 un concert monstre dans la salle du Cirque des Champs-Llysées, et un autre en 1855