‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 253 sur 527 · BONE — BONHEUR · texte numérisé non relu

BONE — BONHEUR

de ceinture tracé au pied de l'Édough, et destiné à contenir toutes les eaux qui en descendent. Ce canal fut mis en communication avec la mer au moyen d’un second canal émissaire de 750 mètres de longueur, tracé au milieu de la plaine, La Boudjimah fut aussi endiguée sur toute sa rive gauche, Les plaines de Kharésas, du Bou-Hamza, de Dréan, l’Erblya, à l'entrée de la plaine des Beni-Urdjin , vers l’embouchure de la Seybouze, l’admirable plaine des Beni-Azis, et généralement tous les terrains compris entre la Seybouze et la Mafrag furent successivement desséchés et assainis. ‘On ouvrit ainsi un vaste champ à l’agriculture européenne, qui y exploite à présent quelques fermes importantes. Les environs immédiats de la ville, cultivés avec soin, furent convertis en jardins productifs. En même temps les Français augmenterent ses travaux de défense et l’entourèrent d’une enceinte nouvelle, sans détruire celle des Arabes. Les édifices civils n’ont aucun mérite d'architecture ; mais nous citerons parmi les édifices religieux la cathédrale, bâtie dans le style gréco-byzantin et l'une des plus belles églises de l’Algérie; la mosquée de Djema-el-Bey, récemment restaurée, et deux autres mosquées servant d’écoles. Le théâtre est décoré à la mauresque. Il y a quelques belles places publiques, comme celle du Commerce, avec une fontaine en marbre, æt la place d'Armes, ornée de maisons à arcades et d’un jardin. Dans les environs on a élevé sur un mamelon une statue en bronze à saint Augustin.

Nous avons déjà dit à l’article ALcéne (t. 1°", p. 319- 320), comment cette ville était tombée définitivement en notre pouvoir ; c'est de là qu'est partie l'expédition qui s'empara de Constantine. Depuis ce temps une garnison de quatre mille hommes suffit à sa défense. Elle a, de plus, un bataillon de miliciens qui servit activement à l’intérieur lors des deux expéditions de Constantine, et accompagna souven les convois.

Bône compte 20,781 habitants (5,865 Français, 8,957 étrangers et 5,9% indigènes). Cette ville a une grande im portance commerciale, et ses relations tant avec l’intérieur qu'avec l'extérieur, ne tendent- qu’à s’accroître. L'occupaion de 1832 suspendit ses relations de commerce avec Constantine, Ahmed-Bey ayant menacé de mort tout indiwidu surpris en trafic avec les Français. Depuis 1837 ces relations se sont renouées; mais l'importation des comestibles et des vins a remplacé celle des objets de luxe. L'exportation consste en céréales, huiles, laines, minerais, bee tiaux, miel et cire. Dans la banlieue on exploite en grand 'es chénes-liége des bois de l'Edough, plusieurs mines de fer, une mine de cuivre à Aïn-Barbar, laquelle avait produit, en 1864, 11,263 quintaux métriques,une carrière de marbre, etc, On a commencé en 1858 les travaux de jetée pour l'étabiissement d’un nouveau port à Bône.

BONER (Uzricu), un des plus anciens fabulistes allemands, vivait à Berne, dans l’ordre des frères précheurs, vers la première moitié du quatorzième siècle. Il écrivit à ’époque même où les chants des Minnesinger et la poésie chevaleresque cessèrent de se faire entendre, et nous a laissé un recueil de fables ou, comme on disait alors, d'exemples, intitulé : La Pierre Précieuse, qui se distingue par la pureté du langage et par un style pittoresque, gai et plein de naïveté. La première édition de ces fables parut à Bamberg, en 1461, avec des gravures sur bois; c’est un des incunables les plus rares qui existent, puisque l’on n’en connait qu'un seul exemplaire, qui se trouve à la Bibliothèque de Wolfenbüttel ; c’est en même temps le premier livre imprimé en Allemagne. Scherz publia plus tard, dans une suite de dissertations, cinquante et une de ces fables d'après des manus-

its conservés à la Bibliothèque de Strasbourg. Le recueil le plus complet est celui qu'ont publié Bodmer et Breitinger Zurich, 1757). Eschenburg en a donné une nouvelle édition, en remplaçant les mots vieillis par des expressions lus modernes (Berlin, 1810), et Benecke de Gœttingue

ut

a fait paraître un travail précieux sur le texte de Boner, accompagné d’un vocabulaire (Berlin, 1816).

BONET (TuéopaiLe). Voyez Bonner.

BONGARE, genre de reptiles ophidiens, dont deux espèces sont assez répandues dans le Bengale, tandis que la troisième appartient à l'ile de Java. Tous ces serpents sont venimeux, et l’on dit même que leur venin est fort actif

BON GOÛT. Voyez Gour.

BON-HENRI. Voyez ANSÉRINE.

BONHEUR. Le bonheur est un de ces objets qui prouvent que l'esprit humain , dans ses conceptions et ses eroyances, s'étend bien au delà de la réalité présente. Car si nous voulons attacher à ce mot l'idée que s’en forme tout le monde, nous le définirons un plaisir aussi vif que délicieux, sans mélange, et dont rien ne saurait enlever ou altérer la jouissance, Or, au seul énoncé de cette définition, que je crois incontestable, il est facile de voir qu’un pareil objet ne peut se rencontrer ici-bas, quoique tous les hommes en aient une idée bien claire, et qu'il soit incessamment le terme de leurs vœux, de leurs poursuites et de leur espoir. Aussi nous n'avons point à nous enquérir où le bonheur habite sur la terre, car toutes nos recherches seraient vaines essayons seulement de montrer ce qui lui ressemble ou s’en approche le plus, ce qui mérite mieux le nom de félicité humaine, et commençons, avant de montrer en quoi consiste cette espèce de bonheur, par montrer en quoi il ne consiste pas.

La vivacité et l'énergie des plaisirs qui résultent des modifications de l'organisme sont pour la plupart des hommes une source d’erreurs bien funestes, en ce que le côté séduisant sous lequel elles présentent ces plaisirs fait oublier ce qu'ils ont de fugitif, de périssable, de dangereux. Assurément ce ne sera pas la volupté sensuelle que nous assimilerong au bonheur, malgré l'intensité des jouissances qu’elle procure. Car en supposant même qu’on sût régler l'usage de ces plaisirs de manière à éviter tous les maux qu'ils entraînent ordinairement à leur suite, ils ne fournissent pas encore une pâture suffisante aux exigences de la sensibilité. Ces plaisirs ne durent que peu de temps chaque fois, et si nous laissons de côté la préparation et l'attente, pour ne compter que la jouissance proprement dite, nous serons étonnés de voir quelle faible portion de notre temps ils occupent, combien peu d'heures sur vingt-quatre ils sont capables de remplir. En outre, ils perdent de la vivacité par la répétition, et il n’y en a pas de ce genre qui ne devienne indifférent en devenant habituel. Ajoutez à cela que la passion pour les jouissances vives Ôle le goût de toutes les autres, dont le peu de vivacité est compensé par la douceur et la continuité; et comme les jouissances vives ne se présentent que rarement, la plus grande partie de notre temps devient vide et ennuyeuse. Enfin, comme notre sensibilité a des penchants d’une autre nature, et des besoins plus nobles, l’usage exclusif des plaisirs sensuels laisse une lacune dans notre âme et de plus nous ôte la plupart du temps les moyens de la combler.

Plusieurs philosophes ont pensé que le bonheur consistait principalement dans les affections sociales et dans les rapports de bienveillance avec nos semblables. Mais, indépendamment des souffrances que nous pouvons ressentir de la mort ou de l'absence des personnes qui nous sont chères indépendamment des maux qui peuvent les accabler, et ion nous prenons toujours notre part, à combien de cruels mécomptes ne sommes-nous pas exposés, soit par la trahison d’un infidèle ami, soit par les vices et les imperfections que nous venons à découvrir dans ceux que nous nous plaisions à fréquenter !

D’autres ont placé la félicité humaine dans l’exercice de nos facultés, dirigé vers la poursuite de quelque but intéressant. Il est bien vrai qu'alors nous sommes soutenus par l'espoir qui alimente notre cœur et tient lieu de jouissances

réelles, et que l’occupation continue de l’esprit contribue à écarter de l’âme mille sujets de tristesse ou d'inquiétude, et l’entretient dans un état d’excitation favorable à son bienêtre. Mais est-ce bien là ce que nous pouvons le mieux

comparer au bonheur? Le plaisir qu’un tel état procure n’est-

il point exposé à être détruit ou troublé à chaque- instant? Sans parler des infirmités physiques ou des peines morales qui peuvent à loute heure nous enlever notre bien-être, la poursuite du but auquel nous aspirons ne peut-elle pas par elle-même devenir une source de chagrins? Par cela même que les chances de succès entretiennent notre espoir, les chances d’insuccès, et elles sont nombreuses, n’éveillent-elles pas aussi notre inquiétude et nos craintes? Ne peut-il point à toute heure surgir devant nous d’infranchissables obstacles? L'étude d’un art ou d’une science est assurément l’occupation qui fournit à l’esprit les jouissances les plus nombreuses et les plus variées. Mais d’abord ces jouissances ne sont réservées qu’à un petit nombre d'individus, et ne me parlez pas d'un bonheur qui ne pourrait être le partage que du petit nombre et qui serait un privilége. Mais ces plaisirs . sont-ils donc sans mélange, et ne portent-ils pas aussi avec eux ce caractère de fragile et de périssable qui les empêche de constituer la véritable félicité? L'artiste, le savant sont, plus que tous les autres, sujets à tous les maux et à tous les tourments de la vie, dont leur art ni leur science ne sauraient les garantir. Si l’on croit que le bonheur du savant est dans la science qu’il cultive, on ne sait pas que cette science, qui est en effet la principale source de ses jouissances, est aussi le principal objet de son anxiété et de ses peines. Que de problèmes le préoccupent! que de vérités qu'il ignore et qu’il saït lui être à jamais cachées ! Peut-il donc être appelé heureux celui que tourmente le besoin de connaître, et chez qui ce besoïn ne peut jamais être satisfait ?

On ne peut non plus appeler bonheur ces illusions d’une vie idéale et d’une imagination contemplative, quoique les moments passés au milieu de ces rêveries soient peut-être les plus délicieux de la vie. Si je refuse le nom de bonheur à la vie idéale, c’est que les jouissances qu’elle procure ne peuvent être durables, c’est que plus on se repaîit de ses illusions , plus on se prépare de mécomptes pour le temps où l'on est obligé de porter ses regards sur la réalité, qui ne permet point qu’on se dérobe à sa présence, qui nous assiège, nous presse de toutes parts, et nous apparaît d’autant plus triste et plus désenchantée que nous sommes moins familiers avec elle.

N’existe-t-il donc point de ces plaisirs vrais et durables qui soient à l'abri de toute atteinte, dont l’homme ait toujours la puissance en son pouvoir, qui ne puissent lui manquer et au sein desquels son âme se repose avec calme et confiance ? car ceux-là seuls sur la terre peuvent mériter le nom de bonheur. Non, le Créateur n’a point refusé à l’homme cette ressource consolante, ce port assuré contre tous les orages ; il n'a permis à personne de s’écrier à la vue des biens fragiles de ce monde : Tout n’est que vanité. Il est un genre de jouissances qui surpassent toutes les autres en douceur et en pureté; contre la puissance desquelles tous les maux de la vie ne sauraient prévaloir; qui ne sont point le privilége de quelques hommes , mais qui sont également réservées à tous; qui peuvent être de tous les instants, se retrouver dans toutes les situations de la vie : ce sont les joies de la conscience, c’est la satisfaction que procure la pratique de la vertu.

Et en effet si nous considérons d’abord ces sentiments en eux-mêmes , ils sont infiniment plus exquis et d’une nature plus relevée que tout autre; à eux seuls il est donné d’inonder l’âme d’une joie douce et pénétrante, qui la remplit entièrement sans laisser de place au moindre désir, Tel est aussi leur charme et leur force que non-seulement aucun sentiment pénible n’est assez puissant pour les chasser de notre cœur, mais qu’ils les dominent même et servent

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