BONHOMIE — BONIFACE
bêtise. Souvent, au contraire, nous l'avons vue, dans cerfains écrivains, alliée à une incroyable finesse d'esprit, à un fact exquis, à une pénétration profonde.
Ce qui fait que la bonhomie peut paraitre simple, c'est qu'elle est ingénue, c’est qu'elle laisse volontiers échapper son secret, ou plutôt qu'il n’est pas de secrel pour elle; c'est que supposant dans les autres la même candeur que dans elle-même, elle croit tout le monde et se laisse abuser sans peine ; c’est qu’elle est sans déguisement et sans détour, comme sans méfiance. Aussi, les qualités qui brillent au premjer rang parmi les éléments de la bonhomie, et qui semblent ses attributs les plus essentiels , c’est la naïveté et la bonne foi. Comme elle est en effet le propre d’une belle âme, elle n’a point intérêt à ne pas se laisser pénétrer ; elle se livre au contraire avec abandon, et s'expose tout entière aux regards, sans affectation et même à son insu. Tout ce qui lui
paraît vrai, elle le publie sans hésiter : parler et penser sont
pour elle une même chose. On ne peut dire qu’elle est l’amie
de la vérité, elle en est plutôt l'organe; le cœur humain n'a
pas d’interprète plus sincère, de miroir plus fidèle.
Veut-on une autre définition de la bonhomie que celte analyse psychologique, nécessairement froide etincomplète ? Veut-on une définition moins précise, moins générale, mais infiniment plus complète et plus vraie, qui jette son objet tout entier et tout vivant, pour ainsi dire, sous les yeux du lecteur? Za bonhomie, c’est La Fontaine, ce type d’ingénuité, de bonne foi, de tendresse naïve, de spirituelle franchise; e’est La Fontaine prenant parti pour Fouquet disgracié contre Colbert et Louis XIV; c’est La Fontaine rencontrant M. d’Hervart qui lui offrait de venir loger chez lui après la mort de sa bienfaitrice, el lui répondant : « J'y allais. » j
BONI (de bonum, bien), excédant qui reste en caisse après le payement de toutes les dépenses. Dans les montsde-piété, le reliquat disponible sur le prix de vente d’un gage, prélèvement fait de la somme prêtée et des frais, se nomme également boni.
BONI, État indépendant de l’île de Célèbes, possédant une population de 230,000 habitants sur 2,400 kilomètres carrés. Outre l’agriculture, les indigènes fabriquent des tissus de coton, et travaillent l'or et le fer. Leurs institutions politiques, qui remontent à une haute antiquité. Ils s’adonnent à la piraterie, et deux fois les Anglais ont tiré d'eux de sanglantes représailles. En 1859 les Hollandais ont eu également à châtier leurs déprédations. La capitale du Boni se nomme Faoya, et compte environ 10,000 âmes.
BONI (Oxorrio), savant archéologue, né en Toscane, vers 1750, mort en 1820. D’Agincourt, qui avait une grande confiance dans les lumières de Boni, lui envoya de Rome les planches devant servir de base à son Histoire de Part au moyen âge. Boni avait commencé à en rédiger le texte lorsque la mort de d’Agincourt vint interrompre l'ouvrage, qui resta inachevé. Le travail le plus estimé de Boni est une lettre adressée à Gherardo de Rossi, Sur les antiquités de Giannuti. Il composa l'éloge de son ami Lanzi (Pise, 1516), et celui de Battoni (Rome, 1787), qui contient, outre la vie de ce peintre, une foule d’observations intéressantes sur l'histoire de l’art romain depuis l’époque de Benoît XIV jusqu’à celle de Pie VI. Les autres écrits de Boni comprennent des dissertations sur plusieurs sujets de l’art antique et moderne.
BONIFACE, général romain à l’époque du Bas-Embpire, naquit en Thrace, et mourut en 432. En l’an 413 il fut chargé de défendre MarseillecontreAtaulf, roi des Goths, et en 422 il se distingua de la manière la plus brillante contre les Vandales. Honorius, qui l'avait nommé tribun militaire et créé comte, lni confia le commandement de l'Afrique. Il y fit preuve de justice et de modération, et sut tenir en respect les populations barbares voisines du territoire dépendant de l'Empire. C’est là que Boniface eut occasion de connaitre
DICT, DE ELA CONVERS. — T. I
saint Augustin, et de se lier avec lui; liaison qui a peut-être plus contribué que les faits de sa vie à le rendre célèbre, Après la mort d'Honorius, arrivée en 424, Boniface fut victime d’une intrigue de cour, qui fit un rebelle de l'homme qui jusqu'alors avait rendu de si bons services à l’Empire. Placidie, qui avait pris les rênes du gouvernement pendant la minorité de son fils Valentinien III, avait en Boniface une confiance entière et parfaitement justifiée. Aétius et Félix, qui commandaient en Occident, jaloux du crédit de leur collègue, se liguèrent pour le perdre. Aétius écrivit à Boniface que, desservi à la cour, il y était tombé dans une disgrâce complète; que l’impéralrice, allait le rappeler; et que sa mort était certaine s’il quittait l'Afrique. En même temps Aélius dénonçait Boniface à Placidie, et l'accusait de m'avoir défendu l'Afrique contre les barbares que pour s'y rendre indépendant. 1] ajoulait qu'il n’y avait pas de (emps à perdre pour rappeler le traître et déjouer ses projets. Placilie donna dans le piége et rappela Boniface, Celui-ci n'eut garde d’obéir; et pour se venger d’un gouvernement ingrat, leva des troupes et appela même les Vandales en Afrique. Saint Augustin lui écrivit d'Hippone, à ce propos , une lettre touchante dans laquelle il s’efforçait de le détourner de cette guerre parricide. Boniface, {out entier à sa vengeance , ne tint aucun comple des sages avis de son pieux ami, Les Vandales commandés par Genséric parurent donc en Afrique, dont ils dévastèrent les principales cités, Carthage et Hippone nolamment. Placidie, mieux instruile, se réconcilia alors avec Boniface; mais ce fut en vain que celui-ci essaya de réparer sa faute en combattant les Vandales et en s’efforçant de les expulser de l’Afrique. Ce fut lui, au contraire, que les victoires de Genséric forcèrent à aller chercher un refuge en Italie avec les débris de ses légions. Il s’y rencontra avec le perfide Aétius, non loin de Ravenne, et lui livra un combat acharné dans lequel les troupes d’Aélius eurent le dessous. Mais Boniface blessé de la main même de son rival, mourut trois ans après des suites de cette blessure,
BONIFACE (Saint). Cet apôtre de l'Allemagne naquit en Angleterre, dans la petite ville de Kirton, au comté de Devonshire, vers l’an 680, et y reçut le baptême sous le nom de Winfrid ou Winfreth. Son goût pour la vie ascétique se manifesta de bonne heure; dès l’âge le plus tendre son âme, déjà rêveuse, ne voyait pas de vraie félicité dans cette vie ; il aspirait à la vie céleste. Encore dans l’adolescence, il se confina dans le monastère d'Exeter, où il séjourna treize années, si bien mises à profit par le jeune solitaire, qu’il professa ensuite la théologie, l'histoire et la rhélorique dans le monastère de Nutcell; ce fut là qu’à trente aus il fut promu au sacerdoce.
L’an 716, Winfrid alla prêcher l'Évangile dans la Frise. Radbod, roi demi-idolâtre de ce pays, qui était alors en guerre avec Charles Martel, reçut mal notre pieux missionnaire, qui retourna dans la Grande-Bretagne, où il fut élu abbé de son monastère. En 718 il se rendit à Rome, près du pape Grégoire IT, qui lui donna des lettres apostoliques pour prêcher la foi dans la Germanie, dont le cruel Irminsul et la sanglante Hertha étaient encore en partie les divinités. Accompagné de pèlerins anglais et romains, il quitta l'Italie pour répandre les eaux du baptême jusque dans les forêts des Druides. A la mort de Radbod, Charles Martel étant maître de la Frise, Winfrid repassa dans cette contrée, où il ne cessa de prêcher pendant trois années; puis il entra dans la Hesse, convertissant le peuple. Deux jeunes seigneurs lui donnèrent leur terre d’Omenburg : Boniface y éleva un monastère, qui dans la suite devint la ville de Marburg.
En 723 Grégoire II l’appela à Rome, où il le sacra évêque : c’est à cette cérémonie qu’il changea son nom saxon de Winfrid en celui de Boniface, qui était plus romain, Grégoire HI l'honora du pallium, insigne de la dignité archiépiscopale, En 738, à son troisième voyage à Rome, à fut nommé par ce pape légat du saint-siége en Allemagne
Sa juridiction apostolique s’étendait sur toute la Germanie : prélat sans siége fixe, on eût pu l'appeler l’archevéque du Nord. La Bavière fut particulièrement le théâtre de ses prédications ; il divisa ce pays en quatre diocèses, Saltzbourg, Freisingen, Ratisbonne et Passau. Ce dernier existait déjà. 11 établit ensuite l'évêché d’Erfurt pour la Thuringe, celui de Burabourg, transféré depuis à Paderborn, pour la Hesse; celui de Wurtzhbourg, pour la Franconie, et celui d'Eichstædt, dans le palatinat de Bavière.
Après la mort de Charles-Martel, Carloman, son fils et son successeur, d'accord avec le pape Zacharie, confirma Boniface dans sa puissance épiscopale. L’archevêque avait tant d’empire sur le roi, que ce fut d’après ses exhortations que, dégoûté du trône, il alla sur les cimes solitaires du Soracte s’ensevelir dans un monastère qu’il y fonda. Après la réclusion de Thierry, fils du dernier roi mérovingien, dans un cloître, Pépin le Bre f crüt ajouter à sa puissance et à l'éclat de sa couronne en se faisant sacrer à Soissons par Boniface, qui se rendit à cet argument de Zacharie, si commode pour les courtisans, les ambitieux et les trattres : qu'il valait mieux reconnaitre pour roi celui en qui résidait l'autorité supréme. Boniface fut élu archevêque de Mayence par Pépin; le pape confirma cette élection; de plus, il assujettit à la métropole de Mayence les évêchés de Tongres, d'Utrecht, de Cologne, de Worms, de Spire et tous les évêchés d’Allemägne q'ie le saint avait érigés, où qui relevaient auparavant de la métropole de Worms. Ses pouvoirs de légat en Germanie s’étendaient anssi dans les Ganles; dans le cercle du haut Rhin, il fonda une #bbaye à Fulda; il en établit aussi à Fidislar, à Hamelbourg, et à Ordorf.
Emporté par sa vocation d’apôtre , avec le consentement du pape, il céda son évêché de Mayence à saint Laulle, moine de Malmesbury, son disciple, et partit pour achever la conversion de la Frise, toujours attachée au culte antique des arbres et des fontaines. C'était en pleine campagne et sous des tentes qu’il baptisait et confirmait la foule des néophytes, trop considérable pour tenir dans les églises. Un jour, à Dockum, près de Leeuwarden, des barbares de cette contrée, alors demi-sauvage, fondirent tout armés sur la tente de Boniface, et le massacrèrent lui et ses compagnons, ainsi que quarante catéchumènes. Tous, sans se défendre, tendirent la gorge aux assassins. Ces honimes avides espéraient trouver dans la tente de l’apôtre de l'or et des vêtements magnifiques; des livres de piété et une pièce de toile de lin, que le saint, dans le pressentiment de son sort, destinait à être son linceul, voilà tout le butin qu’elle cachait. C’est ainsi que, le 5 juin 755, cet apôtre termina, à l’âge de soixante-quinze ans, sa sainte carrière. Boniface avait assisté à huit conciles ; on a de lui trenteneuf lettres, des canons et des homélies; il composa aussi un livre, De l’unilé de la Foi, qui est perdu. Son corps fut transféré successivement à Utrecht, à Mayence, et à Fulda. On conserve dans cette abbaye une copie des Évangiles écrite de sa main et un volume empreint de son sang. Nous ne finirons pas cette notice sans citer de lui ces belles paroles : « L'Église avait autrefois des prêtres d’or, qui sacrifiaient dans des calices de bois; de notre temps elle à des prêtres de bois, qui sacrifient dans des calices d’or, » DENNE-BaRoN,
BONIFACE. On compte neuf papes de ce nom.
BONIFACE 1°" (Saint) naquit à Rome, Son prédécesseur, Zozime, était mort le 26 décembre 418, et dès le lendemain Symmaque, préfet de Rome et idolâtre, avait exhorté le peuple, qui jusque alors était intervenu dans l'élection de l'évèque de Rome, à laisser le clergé choisir seul et librement le nouveau pape. Mais le 27, avant même que les funérailles de Zozime fussent terminées, l’archidiacre Eulalius ayant rassemblé dans l’église de Saint-Jean de Latran tous les diacres de la ville, quelques prêtres et beaucoup de
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bourgeois, fit fermer les portes de l’église, et se fit élire pape. Il reçut le dimanche 29 la consécration de l’évêque d’Ostie, à qui, d’après l’ancien usage, ce droit appartenait. Cependant , quelques évêques, presque tous les prêtres de Rome, et une foule de peuple, réunis dans l’église de Théodore, déterminés à élire Boniface, ancien prêtre de la ville, députèrent à l’assemblée de Saint-Jean de Latran trois prêtres pour engager cette assemblée à ne pas procéder à l'élection d’Eulalius sans s’être concertés avec eux. Ces députés furent fort mal accueillis. Le préfet Symmaque avait dès le 28 notifié aux partisans de Boniface de ne pas consommer l'élection projetée; ils ne tinrent aucun compte de cette défense. Symmaque écrivit à l’empereur Honorius, qui confirma d’abord l'élection d’Eulalius, puis révoqua son édit, et convoqua un concile à Ravenne le 1°" mai; il chargea Achilles, évêque de Spolette, de remplir provisoirement les fonctions de pape. Des émeutes, des troubles, éclatèrent. L'empereur annula l'élection d'Eulalius, et confirma enfin celle de Boniface. Eulalius se soumit à ce nouvel édit, et fut nommé évêque de Nepi. Le concile convoqué, devenu inutile, ne fut pas assemblé. Cette double élection avait fait couler beaucoup de sang. Boniface, par son opiniâtre ambition, doit être considéré comme le principal auteur de tant de calamités. Eulalius aurait conservé le saint-siége s’il n'avait enfreint la défense que l’empereur avait faite aux deux concurrents de rentrer dans Rome avant la décision du concile. Honorius, blessé de sa désobéissance, se tourna du côté de Boniface; et pourtant Eulalius, en abdiquant, se montra meilleur chrétien et fit céder l'ambition à lhumanité. Boniface n’en fut pas moins canonisé. Il mourut le 26 octobre 422. Saint Augustin lui avait dédié ses quatre livres contre les erreurs des pélagiens; et saint Jérômeétait mort sous son pontificat,
BONIFACE II (Saint), fils d'un Goth nommé Sigisvult, fut consacré pape par une partie du clergé romain, le 13 octobre 530, et succéda à Félix IV. L'autre partie consacra le même jour Dioscore. Athalaric, roi des Goths, appuya l'élection de ce dernier; un nouveau schisme menaça la chrétienté. Elle en fut heureusement préservée par la mort de Dioscore, qui décéda trois jours après son élection. Boniface le poursuivit jusque dans son tombeau; il excommunia un cadavre. Mais Agapet, successeur de Boniface, réhabilita par une absolution la mémoire de Dioscore. Boniface II mourut le 17 octobre 532. Il a été canonisé.
BONIFACE II, prêtre romain, fils de Jean Candiote, fut consacré le 19 février 607. Les brigues des prétendants au trône pontifical en prolongèrent la vacance pendant plus d'un an. Boniface, alors archidiacre, avait été nonce du saint-siége à Constantinople. Le patriarche Cyriaque s'était constamment refusé à remettre au tyran Phocas la veuve de Maurice et ses trois filles, réfugiées dans son temple ; il n’avait cedé qu'après avoir reçu de Phocas le serment de ne pont attenter à leur vic. Boniface, loin de protéger les quatre vicumes, favorisait de tout son pouvoir leur oppresseur, et aussitôt après la mort du pape Sabiniamus, il se prévalut de son crédit à la cour de Phocas pour se faire élire pape. Il y réussit, et obtint de lui qué les patriarches ne pourraient plus prendre le titre d’évêque œcuménique ou universel, et que ce titre serait exclusivement conféré aux papes. Cédrénus, écrivain du douzième siècle, affirme que Boniface était ivrogne, brutal, inhumain et sanguinaire, Dans un concile romain composé de soixante-douze évêques et d’un grand nombre de prêtres et de diacres, il fit décider que celui qui réunirait la majorité des suffrages du peuple et du clergé serait reconnu comme pontife suprême, si l’empereur confirmait l'élection, Grégoire le Grand, moins ambitieux qu'éclairé, avait prédit que l'Église serait mal gouvernée si un seul homme pouvait se constituer chef suprème et unique de tous les évêques. 11 donnait par anticipation à ce pontife unique le titre d'Antechrist , et
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plusieurs rois ont en effet qualifié ainsi Boniface III et ses successeurs. Ce pape mourut le 10 novembre de l’année même de sa consécration.
BONIFACE IV (Saint), né à Valérie, dans l’Abruzze, fils d’un médecin appelé Jean, fut élu pape le 18 septembre 608. Le trône papal était resté vacant pendant plus de neuf mois, parce que les diacres, administrateurs des revenus de l'Église, exerçaient une influence sur l’électfon, et que l’argent était à leurs yeux la meilleure des recommandations. Boniface convertit le Panthéon en église sous le nom de Notre- Dame de la Rotonde. I vivait fort retiré, et avait fait de son palais un monastère. Il mourut le 7 mai 615, et fut canonisé.
BONIFACE V, Napolitain, consacré le 23 décembre 617, après une vacance de plus d’une année, mourut le 22 octobre 625. Instruit des pieuses instances de la reine de Northumberland (Angleterre) pour déterminer son royal époux à se faire chrétien, il avait envoyé à cette princesse, au nom et de la part de saint Pierre, une chemise brodée en or, un manteau pour le roi, un miroir d'argent et un peigne d'ivoire garni en or pour elle. Ce pape maintint le droit d’asile, at interdit aux juges toute voie de fait contre ceux qui se réfugiaient dans les églises et autres lieux réservés.
BONIFACE VI, prêtre romain; son père se nommait Adrien. 11 fut élu deux jours après la mort de Formose, le 16 décembre 896. On lui a contesté le titre de pape, parce que, déposé déjà du sous-diaconat et de la prêtrise, son élection aurait été obtenue par des moyens honteux ; du reste, il mourut quinze jours après. On attribue cette fin subite à la faction qui s'était opposée à son élection. Le concile de Ravenne, tenu en 1049, avait décidé que son nom serait rayé de la liste des papes; mais l'usage contraire a prévalu.
BONIFACE VIT, nommé d’abord Francon, fils de Ferratius, et diacre de l'Église romaine, est qualifié d’antipape par quelques historiens. Il fut consacré par sa faction en 974. Il fit mourir son compétiteur, Benoît VI; l’autre faction élut immédiatement Benoît VII. Boniface fut chassé de Rome; il emporta le trésor de l'Église, et se retira à Constantinople. Informé de la mort de Benoît VIE, il rexint en 985. Il trouva le trône pontifical occupé par Jean XIV, élu après la mort de Benoît VII. Il se débarrassa de ce nouveau concurrent, qu’il fit arrêter, déposer et jeter en prison, où il mourut de faim et de misère, et se maintint sur la santa-sede pendant quatre mois. Son orgueil et sa férocité avaient éloigné de lui tous ses partisans : il ne pouvait avoir d'amis , il n’avait que des complices. Il tomba sous les coups d’un assassin. Son cadavre, sillonné de coups de lance, fut laissé nu sur la place publique devant le cheval de Constantin. Il y resta jusqu’à ce que quelques prêtres vinssent l'enlever pour l’enterrer dans quelque coin retiré,
BONIFACE VII (Benoîr CAJÉTAN), né à Anagni. Sa famille, d’origine catalane, s’élait établie à Gaète , et avait pris depuis le nom de Caïétan. Leufroi Cajétan, son père, avait apporté les plus grands soins à son éducation, et l'avait placé sous les professeurs les plus distingués dans la science du droit civil et canonique. Benoît reçut très-jeune encore le bonnet de docteur, débuta d’une manière brillante au barreau romain, et obtint les charges, beaucoup plus honorables que Jucratives, d'avocat consistorial et de protonotaire du saintsiége; il s’en démit dès qu’il eut obtenu un canonicat au chapitre métropolitain de Paris, puis à celui de Lyon. Rappelé à Rome, il s’y rendit utile au pape français Martin IV, qui le nomma cardinal le 23 mars 1281. Nicolas [V l’envoya légat en France. De retour à Rome, il prit un tel ascendant sur le faible et pieux Célestin V, qu'il le détermina à abdiquer, et se fit élire lui-même le 24 décembre 1294, sous le nom de Boniface VIII. 11 ne permit pas à son prédécesseur de se retirer dans son ancien couvent, et le retint prisonnier dans un château, où il mourut. Boniface fut soupçonné d'avoir hâté le terme de ses jours par le poison.
Boniface, dont la vanité et l'ambition ne peuvent être comparées qu’à celles de Grégoire VIT, aspirait à la souveraineté universelle, 11 exigea d’abord l'hommage lige du roi de Naples et des autres princes qui relevaient du saint-siége ; et, après la mort de Charles IT, roi de Naples, il disposa de ce royaume et de ceux d’Aragon et de Valenee en souverain absolu : non content de placer ces trois couronnes sur la tête du roi Jacques, il lui promit celles de Sardaigne et de Corse. Enhardi par ce premier essai, il se flatta de soumettre à la tiare les rois de France et d'Angleterre, Mais, avant de parler en maître, il se présenta comme médiateur aux deux rois, qui se faisaient une guerre opiniâtre. Sa médiation fut d’abord refusée, attendu qu'il n’y avait rien de spirituel dans la cause de leur différend, Boniface leur fit répondre par ses légats que ce n’était point comme pape, mais comme ami qu'il offrait son arbitrage, et qu’il importait de mettre fin à des dissensions dont les Sarrasins seuls profitaient. Les deux rois consenlirent à accepter ses offres. Si elles eussent été sincères , Boniface aurait exigé pour première condition la suspension des hostilités ; il n’en fit rien. La guerre continua avec le même acharnement. Édouard, roi d'Angleterre, qui avait suscité contre la France Adolphe, roi des Romains, intriguait encore pour détacher des intérêts de Philippe le Bel Guy, comte de Flandre, et il y réussit. Philippe, irrité de ce que ce comte, son vassal, avait, sans sa permission, disposé de la main de sa fille en faveur du fils d'Édouard, manda à sa cour le comte et la comtesse, les retint prisonniers et ne leur rendit la liberté qu'après qu'ils eurent remis leur fille entre ses mains. Cette jeune princesse était sa filleule, Le comte Guy, après lavoir inutilement supplié de la lui rendre, envoya au pape un homme sûr pour lui dénoncer la conduite de Philippe le Bel, puis il entra dans la ligue formée contre la France par les roïs d'Angleterre et des Romains, les ducs d’Autriche et de Brabant et d’autres princes. Philippe, obligé de lever de nouvelles troupes et de nouveaux subsides pour résister à cette formidable coalition, se trouvait dans une crise désespérée; les peuples étaient épuisés par les guerres précédentes. Édouard se trouvait dans le même embarras. Le clergé des deux royaumes fut imposé, et Philippe, pour dernière ressource, altéra le titre légal des monnaies.
Boniface avait entendu l’appel du comte de Flandre et de tout le haut clergé de France et d'Angleterre. C'était plus qu’il n’avait espéré, en alimentant les divisions entre les deux royaumes. Il préluda par envoyer à Philippe un prélat chargé de le sommer de mettre en liberté la fille du comte Guy; en cas de refus, Philippe devait être cité devant le saint-siége. Le légat du pape, fidèle à ses instructions, ne mitaucun ménagement dans l’exécution de ses ordres ; il déclara au roi que s’il hésitait à déférer à ses sommations, le pape était déterminé à ly contraindre par l’excommunicaton. Philippe, étonné de cette audacieuse menace, répondit « qu’il n’avait à rendre compte de sa conduite qu’à Dieu, en ce qui regardait les affaires temporelles de son royaume, qu’il trouvait étrange que le pape lui fit parler d’un ton aussi haut pour des choses qui ne le regardaient pas; que c'était à contre-temps se déclarer pour ses ennemis et entreprendre au delà de sa juridiction ; qu'au reste il avait sa cour pour faire justice à ses sujets et à ses vassaux; que partant il remerciait Boniface, dont les inquiétudes et les soins étaient inutiles en cette rencontre, »
Bonniface n’avait offert sa médiation aux rois de France et d'Angleterre que pour rendre leur querelle interminable : l'état de guerre favorisait ses projets ambitieux. Arbitre des deux rois, il voulut être leur mattre ; il fnlmina sa bulle Clericis laicos, et défendit à tout clere, prélat et religieux, de payer aux puissances laïques, pour quelque raison que ce fut, aucune espèce de contribution sans la permission du saint-siége, sous peine d’encourir les censures de l’Église, quels que fussent leur rang et lenr dignité. Les mêmes peines
étaient inthgées aux rois et aux princes qui les exigeraient, aux ministres et à tous ceux qui, directement ou indirectement, auraient participé à ce qu’il appelait des exactions. Il frappait d'interdiction les universités qui y auraient consenti ou qui y consentiraient, les prélats et les ecclésiastiques qui ne s’y opposeraient pas ouvertement. Il qualifiait d’attentat le pouvoir que s’arrogeaient les princes séculiers de lever des impôts sur les biens de l'Église, lors même que les besoins de leurs États leur en imposaient la nécessité. Cette bulle était spécialement dirigée contre Édouard, roi d'Angleterre, qui faisait lever des impôts sur le clergé par ses soldats, et contre le roi de France, Philippe le Bel, qui avait aussi imposé le clergé de son royaume. Boniface voulait rendre feudataires du saint-siége tous les princes chrétiens, comme l’étaient déjà le roi d'Angleterre et les princes de l'Italie. Philippe le Bel répondit à cette bulle insolente par deux édits : il défendit aux étrangers tout commerce en France et toute exportation d’argent, de pierreries, chevaux, armes, munitions, sans £a permission. Le saint-siége se trouvait ainsi privé des annates; -Boniface ne se dissimula point la portée des édits. IL en- Yoya au roi Guillaume de Viviers pour lui déclarer « que ses prohibitions n'étaient pas appliquables aux gens d'église, que les rois n'avaient aucun droit, aucun pouvoir sur les ecclésiastiques ; que le droit que s’arrogeait Philippe n’était qu’une folle prétention, une innovation injuste et intolérable, et qu’il était obligé de s’y opposer. » Il renouvela la bulle qui avait donné lieu aux édits de prohibition, et, se parant d’un beau zèle pour le bien public, il déclara au roi de France qu'il ne s'était attiré l’aversion de ses peuples que par les charges intolérables dont il les avait accablés. Boniface terminait ainsi cette. allocution paternelle : « Le jugement des différends élevés entre vous et les deux rois (des Romains et d'Angleterre) m’appartient, en tant qu’il est question de péché. Il est honteux de votre part de me récuser, tandis qu’Adolphe et Édouard se soumettent, Avant d'en venir aux dernières extrémités, je veux bien encore essayer la voie de la remontrance et de la douceur; et dans cette vue je vous envoie l'évêque de Viviers. » Philippe, effrayé, céda à la peur de l’excommunication, et sa réponse ne fut qu'une humble justification, que le clergé de France appuya d’une requête non moins humble. Le roi suspendit même aussitôt l'exécution de ses édits de prohibition. Qui n’eût cru que Boniface était satisfait? Mais ses injustes persécutions cuntre la famille Colonna avaient indisposé contre lui toute l'Italie. 11 ne fit donc qu’ajourner ses projets d’ambition et de vengeance contre le roi de France, et modifia les dispositions menaçantes de sa bulle Clericis laicos ; mais lorsqu'il rendit sa sentence arbitrale entre les rois des Romains et d'Angleterre et le roi Philippe, ce fut au préjudice de ce dernier. Bien que cet arbitrage ne lui eut été déféré que comme simple particulier el non comme pape, Boniface avail jugé en suzerain absolu des rois. Le protocole pontifical ne terminait rien; aussi, de guerre lasse, et pour sauver au moins l’honneur de leurs couronnes, les rois se réconcilièrent-ils {out seuls, sans l'intervention du pape. Toutes les circonstances de ce déplorable conflit occupent une grande place dans l’histoire du quatorzième siècle. L’affaire de l’évêque de Pamiers ne fut qu’un scandale de plus : cet évêque, dont le siége était une création récente de Boniface, s'étant rendu coupable de propos injurieux contre la personne du roi, celui-ci le fit arrêter et le commit, jusqu'au jugement du procès, à la garde de l'archevèque de Narbonne. Boniface réclama le prisonnier comme n'étant justiciable que de l'autorité ecclésiastique ; et Philippe le Bel crut prudent de céder à cette injonction. II avait convoqué lassemblée des états pour prononcer sur les prétentions de Boniface : les états sanctionnèrent l’édit qui prohihait la sortie de l'or et de l’argent du royaume, et maintinrent le roi dans le droit de régale, qui attribuait au trésor les revenus des
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bénéfices vacants. La fameuse bulle CZericis laicos fut prûlée publiquement, et la nouvelle de cette exécution proclamée dans tout Paris à son de trompe. Douze jours après, le roi, dans une assemblée générale de tous les officiers de sa maison, des princes de sa famille, des grands et des pairs du royaume, déclara « qu’il désavouait pour héritier de la couronne son fils et tous ses autres enfants qui pourraient lui succéder, s'ils reconnaissaient au-dessus d’eux une autre puissance que celle de Dieu, de qui seul ils dépendaient pour le temporel, ou s’ils avouaient tenir le royaume de France d’aucun homme vivant. » Le roi Philippe, assuré de l’appui de la noblesse et de la majorité du clergé et du tiers état, aurait dû s’arrêter à cette protestation solennelle, mais il n’avait pas le sentiment de sa force et de sa dignité. Se laissant entraîner par un mouvement de vengeance vaniteuse, il parodia dans une déclaration ce qu’on appelait la petite bulle de Boniface, qu’il avait fort sagement laissée sans réponse. Elle était ainsi conçue : te
« Boniface, etc., à Philippe, roi des Français. — Crains Dieu et garde ses commandements! — Apprenez que vous nous êtes soumis pour le spirituel et pour le temporel; la collation des bénéfices et des prébendes ne vous appartient en aucune manière, Si vous avez la garde de quelques-uns de ces bénéfices pendant la vacance, par la mort des bénéficiers, vous êtes obligé d’en réserver les fruits à leurs successeurs. Si vous avez conféré quelques bénéfices, nous déclarons nulle cette collation pour le droit, et nous révoquons tout ce qui s’est passé dans ce cas pour le fait. Ceux qui croiront autrement seront réputés hérétiques. Au palais de Latran, le 5° jour de décembre, l'an 7 de notre pontificat. » Celte petite bulle portait pour unique souscription ces mots déjà mis en tête : « Crains Dieu, et garde ses commandements. »
Voici la déclaration du roi : « Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Français, à Boniface, se prétendant souverain pontife, peu ou point de salut! — Sache votre très-grande fatuité que nous ne sommes sujets de personne pour le temporel; que la collation des bénéfices et des prébendes nous appartient; que c’est un droit de notre couronne, et que les fruits de leurs revenus sont à nous; que les provisions que nous avons données et que nous donnerons sont valides … et pour le passé et pour l'avenir, et que nous sommes résolu de maintenir dans leur possession ceux que nous y avons mis; que nous tenons enfin pour faquin et insensé quiconque pensera autrement. Paris, ete, »
La publication de cette parodie royale rendait toute réconciliation impossible. De nouvelles bulles furent fulminées contre le roi Philippe et contre tous ceux qui avaient adhéré à ses protestations. Les lettres, les députations des trois or-. dres de France au pape, aux cardinaux , compliquèrent le conflit et portèrent l’irritation au dernier degré d’exaltation. Les états accueillirent la proposition du chancelier d’accuser » le pape et de le traduire devant un concile général. De son côte, Boniface et son conseil, après avoir excommunié Philippe et ses adhérents, opposèrent procédure à procédure. Ces recriminations, leurs causes, leurs effets, appartiennent à l’instorre de Philippe le Bel.
Dans cette crise déplorable, si funeste au repos de l’Europe, si contraire aux sages principes du christianisme, le fougueux et vindicatif Boniface dut se repentir plus d’une fois d'avoir, au commencement de son pontificat, canonisé Loms IX, aïeul du roi Philippe. Ce pape avait d’ailleurs élevé les mêmes prétentions contre l'autorité de tous les rois chrétiens; la France seule lui opposa une longue et unanime résistance,
La soumission de toutes les couronnes à la tiare était le but unique, hautement proclamé, de Boniface, et cependant ses actes politiques semblent quelquefois se contredire, Mais ces contradictions ne sont qu'apparentes : il sacriliait aux exigences du moment, Dans sa longue et orageuse polé-
BONIFACE
mique avec Philippe le Bel, s’il paraît parfois battre en retraite, c’est sans abandonner l'exécution de son plan; ce
n’est qu’un changement de front, pour amener son ennemi
sur un terrain où il reprendra tous ses avantages. On l'a vu protéger de toute son influence et fortilier par de nouvelles combinaisons le parti de princes que naguère il avait anathématisés, et justifier celui qu’il avait accusé des plus énormes crimes, pour s'en faire un puissant et utile auxiliaire contre des souverains auxquels il avait pu résister avec ses propres forces. Bientôt les faits vont prouver que, loin de s’écarter de son but, il y marche plus directement et avec plus de chances de succès.
Lors de la vacance du trône impérial d'Allemagne, après la mort de Rodolphe, les suffrages des électeurs se partagèrent entre Adolphe, comte de Nassau, et Albert d’Autriche, fils de l’empereur défunt. La guerre civile et tous les fléaux qu’elle entraine à sa suite furent l’inévitable conséquence de cette dissidence. Cependant les princes électeurs, également fatigués d’une lutte désastreuse pour tous les partis, étaient convenus, afin de mettre un terme aux communes calamités, de procéder à une élection nouvelle et de réunir leurs suffrages sur un des deux prétendants. Boniface s'y opposa, et leur défendit de procéder à aucune tlection. A lui seul, disait-il, appartenait le droit de donner fEmpire à qui bon lui semblerait, et même d’en exclure Adolphe et Albert. 11 somma ces deux princes de comparaître devant le saint-siége et d’y exposer leurs droits respectifs. Adolphe de Nassau mourut peu de temps après cette sommation, Boniface accusa Albert d'Autriche de l’avoir fait assassiner. Les princes électeurs consentaient tous à le reconnaître comme roi des Romains; nouvelle opposition de Boniface, qui l’excommunia d’abord, mais pour s’en rapprocher bientôt. Convaincu de la nécessité d’appuyer ses bulles contre le roi de France sur des forces réelles et imposantes , il leva lPexcommunication lancée contre Albert d'Autriche, confirma son élection, et prit même avec ce prince l'engagement de l’élever au trône impérial d'Occident. Albert accepta toutes les conditions qui lui furent imposées ; il reconnut solennellement que la « translation de l'empire grec aux Allemands et le droit délire le roi des Romains, pour être ensuite empereur d'Occident, était une concession du saint-siége ». Il déclara que « tous les rois et les empereurs qui avaient été, qui étaient ou qui seraient jamais, recevaient du pape la puissance du glaive temporel ; que les rois des Romains et les empereurs d'Allemagne étaient spécialement choisis et admis par le saint-siége pour être les avoués et les patrices de l'église romaine et les défenseurs de la foi catholique ».
Albert mentait à sa conscience, à ses souvenirs, à la notoriété historique la plus incontestable ; mais une couronne accordée, une autre promise, élaient le prix de ce parjure. Il rendit donc hommage de sa couronne à Boniface, confirma toutes les donations faites, tous les priviléges accordés au saint-siége par ses prédécesseurs, prêta serment de fidélité
. à saint Pierre et à ses successeurs, et prit engagement d’as-
sister Boniface de toutes ses forces pour maintenir ses préfentions, de défendre les inmunités ecclésiastiques, de venger le pape de tous ses ennemis, et de rompre enfin ses engagements avec la France pour se joindre à la coalition formée par Boniface contre Phihppe le Bel. Pendant ce tempslà Boniface, secondé par les partisans qu'il avait dans le haut clergé de France, envoyait dans toutes les parües du royaume des bulles et des émissaires chargés d’exciter des soulèvements contre le roi.
11 ne restait à Philippe le Bel qu’un seul moyen d'assurer sa couronne et d’étouffer les germes d’une guerre civile imminente : il convoqua une assemblée des états généraux ; elle se réunit le 13 juin dans le château du Louvre. Guil- Jaume Duplessis, seigneur de Vèzenobre, assisté des comtes de Saint-Pol et Jean de Dreux, se portèrent parties contre
le pape, et présentèrent contre lui une accusation en forme. Leur proposition fut accueillie sans difliculté par les députés de la noblesse et du tiers état; ceux du clergé demandèrent un délai pour en délibérer, et se retirèrent de l'assemblée. Duplessis et les comtes de Saint-Pol et Jean de Dreux revinrent le lendemain à l’assemblée, assistés de plusieurs notaires et témoins, et articulèrent vingt-neuf chefs d'accusation contre Boniface; ils lui reprochaient nolamment « de nier l’immortalité de l'âme, et par conséquent tous les mystères de la religion qui ont trait à la vérité de la vie éternelie; d’avoir commis tous les péchés défendus dans le Décalogue; d’avoir corrompu ce qu'il y avait de plus sacré dans le commerce que l’homme peut avoir avec son Créateur et le reste des créatures ; d’avoir violé les lois divines et humaines, soit dans sa conduite particulière, soit dans celle qu’il avait tenue avec la France et avec ceux qu'il traitait comme des ennemis , etc. » Ils terminajent en demandant que tous ces griefs fussent examinés dans un concile général, et, afin de prévenir de nouveaux actes de violence et d’arbitraire de la part de Boniface, ou du moins pour en atténuer les effets, ils déclaraient appeler de tout ce que le pape pourrait faire « au concile général que l’on assemblerait, au saint-siége et au pape futur. »
Le roi fit une déclaration conforme. La plainte de Duplessis et de ses collègues et la déclaration du roi, furent reçues et rédigées par les notaires. Les membres du clergé adhérèrent à la convocation du concile pour faire connaître l'innocence de Boniface. Des commissaires furent dépêchés dans toute la France à tous les dignitaires ecclésiastiques qui n'avaient pas assisté à l'assemblée, et oblinrent beaucoup d’adhésions ; tous ces actes enfin furent expédiés à Guillaume de Nogaret, qui était alors en mission diplomatique à Rome pour y faire valoir la première requête du roi contre Boniface, et qui s'était assuré de l’assentiment d’une partie de la noblesse romaine et du peuple, voire même de celui de quelques cardinaux.
Le moment paraissait bien choisi pour châtier ce pape qui s'était aliéné presque tous les princes de l’Europe par son despotisme. Il avait excommunié Frédéric, frère de Jacques IT, roi d'Aragon, parce qu’il retenait le royaume de Sicile ; il l’avait même déclaré incapable de posséder aucune dignité, et avait frappé la Sicile d’un interdit. Mais les habitants n’en étaient pas moins restés fidèles à Frédéric, ct avaient refusé de se soumettre à Charles, roi de Naples, que Boniface leur imposait. Celui-ci, eftrayé enfin des menaces de la France, releva Frédéric de son excommunication, à condition qu'il se reconnaîtrait tributaire du saint-siége et l’aiderait contre ses ennemis. Il leva également l’excommunication fulminée contre Jacques il, aux mêmes conditions, le créa gonfalonnier du saint-siége, et lui donna les îles de Sardaigne et de Corse. Mais il excommunia Éric III, roi de Danemark, sous prétexte qu’il avait arrêté l'archevêque de Lund, et cette nouvelle excommunication excita des troubles graves dans ce royaume. Soutenant que l’Écosse était la propriété immédiate des papes, il avait excommunié Édouard I°", roi d'Angleterre, qui, en sa qualité de suzerain d'Écosse, avait revendiqué ce royaume. Vainement ce prince appuyait son droit sur des faits et des actes irrécusables, la volonté immuable de Boniface n’admettait pas d'opposition. Il se jouait des têtes couronnées , et une double excommunication avait éte lancée par lui contre Wenceslas IV, roi de Bohème, et contre son fils, Wenceslas V , coupable d’avoir accepté la couronne de Hongrie que lui avaient librement déférée les suffrages du pays. De son autorité privee, il avait disposé de ce royaume en faveur de Charles Robert, petit-fils de Charles II, roi de Naples. Une guerre civile fut la conséquence de ce conflit. Ce même Wenceslas ayant élevé des prétentions au trône de Pologne, Boniface le somma , ainsi que les autres prétendants, de soumettre l’examen de ses titres au saint siége.
Il avait déposé les cardinaux Jacques Colonna et Pierre, son neveu, en les dépouillant de tous leurs biens et bénéfices, et en étendant la proscription et les confiscations à tous les membres de cette illustre et opulente famille, dont le crime était d’appartenir au parti des gibelins, que détestait Boniface. La maison Colonna tenait par ses alliances et ses relations aux familles les plus influentes de l'Italie. C’est dans cette maison que Philippe le Bel, par le conseil de Guillaume de Nogaret, avait trouvé un redoutable appui contre le pape. Celui-ci fulminait toujours de nouvelles bulles, et cherchait à former une puissante coalition contre la France, en appelant à son secours les princes et les rois qui jusque alors s'étaient montrés les dociles instruments de son ambition; cependant Albert d'Autriche, qui s'était résigné aux plus humbles concessions pour s’affermir sur le trône qu'il ambitionnait et qu'il avait obtenu, éluda le premier les nouvelles propositions de Boniface , et se borna à garder une prudente neutralité.
Enfin, Guillaume de Nogaret, convaincu de limpossibilité d’une réconciliation par les voies diplomatiques, ne songea qu’à recourir à la force pour mettre un terme aux menaces, aux violences du pape. Il envoya ses conseillers d’ambassade dans les villes de la Romagne sonder l’opinion publique et disposer les esprits en faveur de la France; et tandis que ces émissaires agissaient conformément à ses instructions, il se retira au château de la Staggia près de Sienne, où vint le rejoindre Sciarra-Colonna, que Philippe le Bel avait fait racheter à Marseille des corsaires qui l'avaient emmené en esclavage. Beaucoup d’autres seigneurs du parti des gibelins se réunirent à lui. Ilemprunta des sommes considérables au Florentin Petrucci pour l'entretien de trois cents chevaux et de compagnies d’infan- * terie levées par Sciarra Colonna, ainsi que de deux cents cavaliers tirés des troupes que Charles, comte de Valois, frère du roi, avait laissées en Italie; et, pour écarter tout soupçon, il affectait de n'être occupé que d’un traité de paix entre le pape et le roi.
Cependant Boniface avait rendu toutes négociations désormais impossibles par une dernière bulle dans laquelle il déclarait « que le roi, comme excommunié, était déchu de tout droit de conférer aucun bénéfice et de gouverner ni par lui ni par d’autres; qu’ainsi ses sujets, n'étant plus obligés de lui garder la foi selon l'autorité des canons, étaient absous et délivrés du serment qu’ils lui avaient prêté ; qu’en vertu des mêmes canons, et par l'autorité souveraine qu’il avait reçue de Dieu en qualité de vicaire de Jésus-Christ, il leur défendait, sous peine d’anathème, d’obéir à Philippe IV, dit le Bel; et à toutes autres personnes de dedans et de dehors, de recevoir aucun bénéfice de lui sous la même peine et sous celle d’être déclarées pour jamais incapables d'en tenir aucuns et de perdre ceux qu’elles possédaient, » Il cassa également tous les traités faits avec les puissances étrangères, ajoutant « que si Philippe le Bel ne rentrait pas dans l’obéissance qu’il devait au saint siége, il lui ferait incessamment sentir toute la rigueur des peines auxquelles il pourrait justement le soumettre ». Déjà il avait ordonné que l'acte de cette monstrueuse procédure serait affiché le 8 septembre suivant à la porte de l'église d'Anagni. 11 s'était retiré lui-même dans cette ville, sa patrie; ce fut de sa part une grave imprudence : il eût été plus en sûreté à Rome.
Guillaume de Nogaret et Sciarra Colonna avaient fait toutes leurs dispositions; ils s'étaient assurés de la garnison et des principaux habitants, auxquels ils avaient fait distribuer beaucoup d'argent, et , la veille du jour fixé par la bulle de Boniface pour la publication du premier acte de la procédure en excommunication , ils se mirent à la tête des troupes, et entrèrent à Anagni à la pointe du jour. Is étaient convenus d'aller directement au palais du pape pour se rendre maitres de sa personne et le forcer à terminer ces longs et scandaleux débats par un trailé, ils avaient pensé
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que le seul appareil d’une force imposante suffirait pour vaincre son opiniâtreté, mais, à peine entrés dans la ville, les soldats se mirent à crier Vive Le roi de France ! meure le pape! à
Bientôt la population est en armes, la foule court au pa: lais, et se réunit aux nombreux domestiques du marquis Pietro Cajétan, neveu du pape. La troupe de Guillaume de Nogaret et de Sciarra Colonna est arrêtée dans sa marche par une barricade improvisée devant l'hôtel Cajétan, qu'il faut nécessairement traverser pour parvenir au palais du pape. Cette résistance les irrite ; ils forcent l’hôtel et les maisons voisines, les pillent et font prisonniers trois cardinaux, amis particuliers de Boniface. Guillaume de Nogaret, prévoyant toutes les conséquences de ce mouvement tumultueux, se hâte de se rendre, avec une faible escorte, sur la place publique, fait sonner le tocsin, assemble les principaux citoyens, et leur déclare qu’il n’a d’autre dessein que de rendre la paix à l’Église. Un groupe nombreux se réunit à lui, et prend l’étendard de l’Église romaine. Le baron Arnulf, ardent gibelin, et par conséquent ennemi de Boniface, se joint à Nogaret avec quelques compagnies, et vient renforcer la troupe de Sciarra Colonna. Toutes les avenues de Ja ville sont bientôt occupées, et le château papal est envahi. Nogaret a recommandé de respecter la personne du saint-père et le trésor de l'Église. Cette recemmandation, qui s'adresse surtout aux habitants d’Anagni, ne peut les contenir.
Boniface, qui n’avait pas voulu croire au premier avis qui lui avait été donné, ne tarda pas à être abandonné par une partie des officiers de sa maison. La plupart des cardinaux se sauvèrent travestis ; et de tout le sacré collége il ne resta auprès de lui que Boccassini et Pierre d’Espagne. Surpris à l’improviste, Boniface n’avait pu donner aucun ordre pour sa sûreté; et ce pontife, naguère si audacieux, si fier, dut descendre jusqu’à la prière pour obtenir de Sciarra Colonna une trêve de quelques heures. 11 tâcha pendant ce court intervalle d’intéresser à sa défense le peuple d’Anagni; il lui offrit pour prix dé son dévouement des récompenses considérables. Ses émissaires échouèrent complétement dans leurs efforts, et il n’euf plus d’espoir que dans une capitulation. 11 pria Sciarra de lui donner par écrit ses propositions. Sciarra lui fit répondre qu’il ne lui accorderait la vie qu’à deux conditions : 1° qu’il rétablirait dans leurs dignités et dans leurs droits les cardinaux Jacques et Pierre, son oncle et son frère, et tous ceux de sa famille; 2° qu’il abdiquerait la papauté.
Boniface, frappé de stupeur, ne put articuler que ces mots : « Ah! que ces conditions sont dures! » La trêve expirée, Sciarra fait avancer sa troupe. Les soldats incendient la cathédrale, et s'ouvrent un passage dans le palais du pape; le marquis Cajétan, après une inutile résistance, se rend à Sciarra et au capitaine Arnulfi avec tous ses gens, auxquels on ne laisse que la vie. Bientôt les assaillants ont brisé les portes de l’appartement de Boniface, et le pontife tombe au pouvoir de cette soldatesque brutale, qui l’accable d’injures et d’humiliations. La voix de leur chef n'est plus entendue, et, malgré les efforts et les menaces de Guillaume de Nogaret, tout est mis au pillage : l'or, argent, les diamants, tous les meubles et objets précieux que renferment le palais papal et l'hôtel du marquis Cajétan, deviennent la proie des soldats et des habitants d’Anagni. On évalua les objets volés ou détruits à des sommes énormes. Les hôtels des cardinaux qui avaient été faits prisonniers le matin subirent le même sort. Boniface, resté seul dans cet effrayant désordre, crut que sa dernière heure allait sonner ; il n'avait plus que le courage du désespoir. « Puisque je suis pris par trahison , s’écria-t-il, et que je suis indignement livré à mes ennemis, comme le Sauveur du monde, il faut au moins que je meureen pape. » 11 se fit revêtir du manteau de saint Pierre, mit sur sa tête la couronne de Constantin, et, prenant la croix et les clefs, il alla s'asseoir sur son
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{rône. Les soldats s’arrêtèrent à son aspect ; mais Guillaume de Nogaret et Sciarra s’approchèrent. Nogaret lui répéta tout ce qui s'était fait en France, les décisions des états généraux, les ordres du roi pour mettre un terme à ses usurpations, et le somma de nouveau de convoquer le concile général. Boniface garda le silence. Nogaret le fit descendre du trône, et le menaça de le faire conduire lié et garrotté , à Lyon, pour y être jugé par le concile qui serait assemblé par ordre du roi. Il lui donna toutefois une sauve-garde, l’assura que sa personne serait respectée, reconnaissant n'avoir aucun droit sur lui avant que l’Église eût prononcé. Sciarra, moins moderé, insistait sur une abdication absolue, immédiate. Ce mot d’abdication rendit à Boniface toute sa fureur. « J'y perdrai plutôt la vie », dit-il; et, s’avançant vers les chefs du parti Colonna : « Voici mon cou, ajouta-t-il, voici ma tête; mais j'aurai la satisfaction de mourir pape. » 11 s'exhala ensuite en reproches menaçants contre Nogaret et le roi de France, qu’il maudit jusqu’à la quatrième génération. Nogaret, qui venait de lui sauver la vie et d'empêcher l'entier pillage de son palais, indigné de ces audacieuses imprécations, répondit avec une noble fierté : « Chétif pape que tu es, regarde , et considère la bonté de mon seigneur le roi de France, qui, bien que son royaume soit fort éloigné de toi, te garde par moi et te défend de tes ennemis, ainsi que ses prédécesseurs ont toujours gardé les tiens! » Boniface, dans un dernier accès de frénésie, s'éeria : « Je me consolerai aisément de me voir condamné par des patarins ( albigeois) pour la cause de l'Église! » C'était la plus grave insulte qu’il pût adresser à Nogaret, dont l’aïeul avait été brûlé par ordre des inquisiteurs lors de la guerre des Albigeois. Alors Sciarra-Colonna, non content de rendre au pape injure pour injure, le frappa de son gantelet; il l'aurait tué, si Nogaret ne l’en eût empéché. Dans une entreprise aussi hardie, le succès dépend de la rapidité. Nogaret avait perdu beaucoup de temps et commis une faute grave, en ne faisant pas sur-le-champ conduire Boniface en France. Il se borna à le laisser à Anagni, sous la garde de Renaud de Suppino, gentil-homme florentin, en lui recommandant d’accorder au prisonnier une honnête liberté; il s’opposa même à ce que l’on marchät contre le marquis Cajétan, qui s'était retranché dans un château-fort près d’Anagni. Boniface, craignant d’être empoisonné, refusa les aliments que lui envoyait Suppino, et parvint à s’en procurer d’autres. Le neveu et les émissaires de Boniface profitèrent de l’imprudence de Nogaret, et bientôt tout changea de face : les habitants d’Anagni se soulevèrent contre les étrangers. Ils ne virent plus dans leurs complices que des ennemis, dans Boniface qu’un illustre concitoyen indignement outragé; ils envahirent le palais , et tuèrent tout ce qui leur opposa de la résistance, Français ou Italiens. Nogaret et Sciarra farent contraints de s’enfuir ; ils eurent tout juste le temps d’emporter la bannière de France, qui avait été arborée sur le palais du pape. Boniface, à peine rendu à la liberté, manifesta le désir de retourner à Rome. Les Romains envoyèrent à sa rencontre le cardinal Matthieu Orsini et quelques compagnies de la ville pour lui servir d’escorte. Mais Boniface se survivait à lui-même , sa raison l'avait abandonné : dans ses accès de délire , il ne parlait que d’anathème , d’excommunication contre le roi de France, Nogaret et tous les F rançais. Ses transports épuisèrent ses forces : il fallut le lier pour l'erapècher de se dévorer les bras et de se briser la tête contre les meubles. Il mourut dans un de ces paroxismes de rage, le 11 octobre 1303. Ainsi se réalisa la prédiction de Célestin, son prédécesseur : « Tu es monté sur le trône comme un renard , tu règneras comme un lion, tu mourras comme un chien. » Boniface VIII fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre. A la sollicitation du roi de France, Clément V avait commencé l'instruction d’un procès contre la mémoire de Boniface VIII. De nombreux témoins furent entendus ;
Boniface était accusé d’athéisme et de simonie, Clément V comprit ce qu'une pareille procédure aurait de dangereux pour le saint-siége et combien elle pouvait compromettre le dogme de l’infaillibilité pontificale ; il obtint du roi de France sa renonciation à cetacte. Mais Boniface VIII n’a pu échapper à la censure de ses contemporains et de la: postérité, Dante l’a placé dans son enfer parmi les simoniaques, entre Nicolas LIL et Clément V. -
BONIFACE IX (Pierre TOMACELLI), Napolitain. Sa famille était noble, mais obscure et très-pauvre. Il fut promu au cardinalat en 1381, et élu pape le 2 novembre 1389 par une faction de quatorze cardinaux. Le schisme qui depuis si longtemps divisait l’Église existait encore. Les cardinaux qui avaient refusé de concourir à l'élection de Pierre Tomacelli soutinrent ses concurrents, Clément VII et Benoît XIII, qui siégèrent à Avignon. Pierre Tomacelli prit le nom de Boniface : c'était annoncer la continuation du système despotique de son compatriote Boniface VIH. Il établit les annates perpétuelles , et attribua au saintsiége le revenu de la première année de chaque bénéfice dont il signait la provision. Oubliant qu’il avait été pauvre, il exigeait les annates des moindres bénéfices : aussi beaucoup de prêtres mouraient sans avoir pu s'acquitter et avant d’avoir reçu l'attache du saint-siége. 11 est le premier qui ait porté la tiare à trois couronnes ; ses prédécesseurs n’en ava'ent que deux. La solennité dufubilé du quatorzième siècle attira dans Rome une foule d'étrangers, dont le plus grand nombre ne reconnaissaient pour pape que celui qui siégeait à Avignon. Boniface IX, les considérant comme schismatiques, les laissa impunément maltraiter et piller par les fidèles de Rome, et augmenta ainsi la foule de ses ennemis. Tout entier au désir d'enrichir sa famille, il affcha la simonie, et mit les bénéfices aux enchères; il accordait, moyennant rétribution, des indulgences aux chrétiens qui voulaient les gagner sans faire le voyage de Rome.
L'empereur et les rois de France et d'Angleterre, désirant mettre un terme au schisme, lui proposèrent d’abdiquer la tiare, Clément VII, qui siégeait à Avignon, renonçant de son côté à ses prétentions. Boniface IX rejeta cette proposition avec la plus inflexible opiniâtreté; et pourtant la paix de l’Église aurait été assurée par ce compromis. Les princes renouvelèrent ces propositions d’abdication après la mort de Clément VII, ils ne furent pas plus heureux. Le règne de Boniface IX offre de funestes rapprochements avec celui de Boniface VIIT; il fut moins agité peut-être, mais aussi : scandaleux. Comme son homonyme, Boniface IX mourut dans un accès de frénésie, le 1° octobre 1404, après un règne orageux de quinze années. Durex (de l'Yonne).
BONIFACE., La Toscane a eu trois ducs de ce nom :
BONIFACE 1°, Bavarois d’origine, était en 812 et 813 comte de Lucques et duc de Toscane, président aux plaids publics de Pistoia et Lucques. II mourut vers 823.
BONIFACE II, son fils, gouvernait la Toscane en 823. Après avoir défendu, pour Louis le Débonnaire, la Corse contre les Sarrasins, il fit, en 82$, une descente entre Utique et Carthage, contribua, en 824, à faire remettre en liberté limpératrice Judith, que Lothaire retenaït prisonnière à Tortone, et, s'étant attiré pour ce fait la colère de cet empereur, fut obligé de chercher un refuge en France auprès de Louis le Débonnaire. Rien ne prouve qu’il ait été rétabli dans son gouvernement.
BONIFACE III, duc de Toscane, mort en 1052, ébait file du duc Théobald. Dès l’an 1004 il était marquis de Mantoue, et sa domination s’étendait sur Reggio, sur Canossa et sui Ferrare. Dans la lutte qui s'engagea au sujet du royaume d'Italie, entre Ardoin et Henri I, il prit parti pour ce dernier. 11 ne réunit la Toscane aux États qu'il avait possédés
: Jusque alors, qu'après la mort du marquis Renier. Des as-
sassins, demeurés inconpus , le tuèrent à l’aide de flèches
empoisonnées, dans une forêt située entre Crémone et Man-
toue, Ses deux enfants aînés, Frédéric et Béatrix, étant venus à mourir {rois ans après lui, son vaste héritage passa à sa dernière enfant, qui fut la célèbre comtesse Mathilde. Consultez Sismondi, Histoire des Républiques italiennes.
BONIFACIO (Détroit de), le Fretum Gallicum des Romains, détroit qui sépare la Corse de la Sardaigne. Dans sa partie la plus resserrée, entre Cala-Fiumara, pointe méridionale de la Corse, et le cap Longosardo sur la côte septentrionale de la Sardaigne, ce détroit n’a que 11 kilomètres de largeur. Ses nombreux écueils le rendent dangereux; mais, d’un autre côté, ils favorisent la pêche du corail, à laquelle les habitants des côtes se livrent activement, ainsi que celle du thon. A l’entrée orientale sont situées les iles Bucinari ou Madelaine, que les anciens appelaient Insulæ caniculariæ et que les Italiens nomment aujourd’hui Zsole intermedie. Elles sont principalement habitées par des Corses. Les plus grandes appartiennent à la Sardaigne, comme celles de Cabrera, Santa-Madalena, Santa-Maria ; les autres font partie du département de la Corse.
Le détroit a reçu son nom de la petite ville de Bonifacio, bâtie au sommet d'un rocher presque perpendiculaire, sur une langue de terre, par le marquis Boniface de Toscane, le vainqueur des Sarrasins. Elle possède un bon port, profond et spacieux, et compte (1866) 3,594 habi-
fants vivant du commerce et de la pêche du corail. Elle à |
joué un rôle important dans les guerres des Corses, des Pisans, des Génois et des Aragonais. En 1553, année où elle tomba après un long siége au pouvoir des Français et des Turcs alliés, elle passait éncore pour la ville la plus importante et la place la plus forte de la Corse. Les églises de Santa-Maria-Maggiora et de San-Francésco, bâties dans le quatorzième siècle, celle de San-Dominico, de style gothique, achevée en 1343, et l'hôpital, fondé vers 1300, sont de beaux restes de son ancienne splendeur, On trouve plusieurs grottes dans les rochers des environs.
BONIFAZIO, peintre de l’école vénitienne, naquit à Venise, vers 1500. On ne sait pas exactement quel fut son maître; mais on trouve dans ses œuvres quelque chose de la délicatesse de Palme le Vieux et du coloris du Titien. Notre musée possède trois tableaux de Bonifazio : le plus remarquable est la Résurrection de Lazare; la figure principale est d’un bel effet, mais on regrette que l'artiste se soit laissé aller dans cette toile à quelques détails ‘trop vulgaires. On cite aussi comme un des plus beaux tableaux de ce maître La sainte Famille du même musée; mais l’œuvre capilale de Bonifazio, c’est sa fameuse composition des Marchands chassés du Temple, qu'on voit au palais ducal de Venise. Ce serait aussi sa dernière production, si, comme tout porte à le croire, il mourut en 1562.
On a souvent confondu avec cet artiste un autre Boni- FAZ10, né à Vérone, et mort en 1553. Mais ce dernier, dont parle Sansovino, n’appartenait pas à l’école vénitienne.
BONIN (Iles), appelées Bonin-Sima ou Munin-Sima, c’est-à-dire Zles Désertes, par les Japonais, qui en habitent les principales, forment un archipel de soixante-dix îles et de dix-neuf écueils. Elles sont situées dans la partie occidentale de l’océan Pacilique, entre les îles du Japon et les îles des Larrons, depuis 16° 50’ jusqu’à 27° 44’ de latitude septentrionale. Les Espagnols et les Hollandais connurent ces Îles; mais ils n’en prirent jamais possession. Les Japonais, qui les découvrirent en 1675, y fondèrent des colonies de déportation qu'ils abandonnèrent en 1725. Elles restèrent ainsi désertes jusqu’en 1826; à cette époque un matelot d’un navire baleinier résolut de cultiver la plus grande, appelée Peel. La même année le capitaine Beechey en prit possession au nom de l'Angleterre, Depuis cette époque il s'y est formé une population composée d'émigrés des iles Sandwich ét du Japon, d’aventuriers européens, de malelots déserteurs, dont l: gouvernement britannique ne prend aucun soin et qui vivent dans un état à peu près sauvage. Les îles Bo-