BONIN = BONJEAN
nistre des finances, Sa conduite paisible et parlementaire le rendit aussi agréable que le général Pfuel à l'assemblée nationale; mais la courte durée du ministère dont il était membre ne lui permit pas de prendre des mesures importantes. Rentré dans ses fonctions de premier président de la province de Saxe, il appuya la politique du ministère Brandebourg, et plus tard il fut nommé membre de la première chambre. Envoyé en 1851 dans le duché de Posen comme premier président de la province, il s’appliqua à concilier deux nationalités longtemps ennemies ; ayant refusé de se prêter à l’exécution de certaines mesures qu'il jugeait impolitiques, il fut mis en disponibilité dans la même année. Toulelois il raprit cette même place en avril 1860 et fut encore révoqué le 7 décembre 1862. 11 soutint néanmoins la politique de M. de Bismark.
BONINGTON (Ricuarp PARKES), jeune peintre anglais , d’un talent très-remarquable, enlevé trop tôt à l’art, peut être revendiqué par nous comme Français, quoique né de l’autre côté du détroit. C’est chez nous en effet que sa réputation a commencé ; c’est chez nous qu’il a passé la plus grande partie de sa vie et qu'il est mort, à peine âgé de vingt-sept ans. Un singulier concours de circonstances l’amena en France tout enfant. Son grand-père, gouverneur de la prison du Nottinghamshire, mourut dans l'exercice de ses fonctions. Son fils ainé, père de notre artiste, fut appelé à lui succéder ; mais, homme d'esprit vif et d'opinions libérales , il se déplut à la garde d’une prison. La révolution française éclata, et il afficha pour elle un si vif enthousiasme, qu’il fut destitué. Sans moyens d’existence, il se fit peintre de portraits pour vivre, et ouvrit une école de dessin à Nottingham. C'était un artiste médiocre, mais un bon professeur. Son école prospéra d’abord. Miss Parkes, qui, née comme lui sans fortune, vivait de son pinceau, vint à le connaître et à l’aimer : ils se marièrent ; elle s’associa tout à fait à ses travaux, et dirigea plus que lui son atelier dans les derniers temps de leur séjour en Angleterre; mais la véhémence des opinions politiques du mari redoublant à mesure que la république française triomphait, il se détacha de plus en plus de tout travail pour fréquenter les mectings, et l’assiduité de la femme ne put empêcher la décadence et Vabandon total de leur école. Les créanciers survinrent, et les deux époux durent aller chercher fortune ailleurs. L’enthousiasme républicain du mari avait fait de lui presque un Français ; il se tourna naturellement vers la France. Leur fils, qu’ils emmenaient à Paris, Richard Parkes Bonington, était ré à Nottingham, le 25 octobre 1801; mistriss Parkes ouvrit, avec le secours d’un de ses oncles de Nottingham, un petit commerce de dentelles, qui fit vivre bien modestement la petite famille, et le jeune Richard put être mis à l'école. Son goût pour le dessin s’était manifesté dès qu’il avait pu tenir un crayon; il y fit des progrès rapides. Il entra dans Patelier de Gros, à qui, à ce qu’on assure, il déplut par son peu d'application. à dessiner les académies obliuées, et par la vivacité originale de son caractère. Gros chassa tout simplement Bonington de son atelier.
Livré à lui-même, Bonington travailla avec un zèle extraordinaire ; il étudia au Louvre, seul, de dix-sept à vingt ans, les maîtres de toutes les écoles, et fit en 1821 un court voyage en Italie, à l’aide de quelques économies que sa mère avait péniblement amassées dans ce but. Il ne put cependant aller jusqu’à Rome; maïs il vit Venise, cité à demi orientale, et originale entre toutes les cités. Durant le séjour qu'il fit au milieu de ses lagunes, il étudia dans les singulières et admirables variélés de son architecture tous les accidents naturels, tous les jeux de la lumière et de ombre toutes les saisissantes oppositions du clair-obseur, et composa des esquisses el des aquarelles finement touchées, chaudes et éclatantes comme les peintures vénitiennes des maîtres. La tendresse de sa mère en répandit quelques-unes à Paris Mistriss Bonington n’épargna ni pas ni démarches
DICT, DE LA CONVERS. — T. III
oour les faire connaître, el elles furent goûtées. Le Bonington ne tarda pas à être coté sur la place, et dès lors notré jeune artiste put se livrer à des compositions à l'huile d’on ordre supérieur. Ses tableaux en ce genre furent payés fort cher par de riclies amateurs français. Voulant se faire connaître en Angleterre, il envoya en 1824 deux toiles re iarquables à l’exhibition de Sommerset-House. Ces tableaux surprirent étrangement par leur faire large, hardi, naturel, contrastant avec l'affectation et la mignardise du faire des peintres anglais à la mode, Lawrence et Collins. Son succès fut complet,
Au milieu de ses succès, Bonington fut doublement frappé : il perdit sa mère chérie et vit mourir miss Forster, fille d'un ministre anglican, pour laquelle il avait conçu un amour profond. 11 se remit à voyager. Avec sa trousse d’ar: tiste, il parcourut le nord et le midi de la France, prenant la nature sur le fait, reproduisant, dans leurs aspects ies plus pittoresques, les ruines, les sites, les costumes, les paysages de la France. Sa santé cependant ne se rétablit pas, et un jour que dans cette tournée il s'était oublié, sous un soleil ardent, à dessiner un paysage qui le captivait, une fièvre cérébrale le gagna. Il en revint , mais mal, ei mourut peu après, de consomption, le 23 septembre 1828.
Le plus grossier des obstacles, le besoin de vivre, avait jeté d’abord Bonington dans une voie qui n'était pas la sienne, celle des vulgaires faiseurs de lithographies, et il avait perdu beaucoup de temps à travailler ainsi pour les marchands. Sans cette obligation, son œuvre d'artiste véritable eût été plus considérable ; il a fait plus de lithographies que d’aquarelles, plus d’aquarelles que de tableaux à l’huile. Ses ouvrages posthumes ont été vendus en Angleterre jusqu’à 30,000 fr. Parmi ses œuvres capitales, il faut citer ses Vues de Venise ct de Boulogne, son Henri III, son Tombeau de Saint-Omer et son Turc au repos.
Charles Roxer.
BONITE, nom donné à plusieurs poissons du genre des scombres, dont le type est le maquereau. Celui auquel les relations de voyages sur mer ont donné une certaine célébrité est le scomber pelamys, ou thon à ventre rayé. Il abonde entre les tropiques , et se plait, dit-on, à suivre les vaisseaux, Ces poissons vivent à la surface de l’eau , et s’élancent même dans l'air pour y saisir les poissons volants, qui font leur principale subsistance : ils sont donc continuellement sous les yeux des navigateurs, et viennent en quelque sorte s'offrir d'eux-mêmes au pêcheur : les gourmets les estiment à l’égal de leur congénère, le maquereau. Leur faille est ordinairement de plus de 60 centimètres ; ils sont d’un bleu noirâtre sur le dos, et cette couleur s’éclaircit sur les flancs, jusqu’à quatre larges raies brunes, au delà desquelles commence la couleur blanche du ventre. La tête est petite, effilée, d’un jaune d’or par-dessous, ainsi que l'iris de l'œil et la langue.
Parmi les autres espèces, on remarque le scomber sarda, connu des pêcheurs français sous le nom de germon. Il fréquente les côtes d’Espagne et de France.
BONJEAN (Louis-BerNaro), sénateur, naqnit à Valence le 4 décembre 1804. D'une famille de la Savoie, il eut à lutter dans sa jeunesse contre la pauvreté. L'aide de quelques personnes généreuses lui permit toutefois de recevoir une éducation libérale et de suivre à Paris les cours de droit. En 1830 il obtint le diplôme de docteur et fut décoré de la médaille de Juillet pour la part active qu'il avait prise à la révolution des trois jours. Au barreau de Paris il s'était fait une place moins par ses plaidoïeries que par la connaissance du droit dont il fit preuve comme avocat consultant. A plusieurs reprises il se présenta aux concours de la faculté de droit, et n'ayant pu réussir à entrer dans l&corps enseignant il acheta en 1838 une charge d’avocat à la cour de cassation. Très-versé dans la science du droit romain, M. Bonjean, qui avait dé à traduit les nshitutes de
Justinien (1838), publia un Traité des actions (1841-1843, 2 vol. in-8°), exposition historique de l’organisation judiciaire de la procédure civile à Rome; il commença en même temps une Encyclopédie des lois et un Corps diplomadique, dont il n’a paru que quelques livraisons.
La révolution de Février mit M. Bonjean en lumière : élu le premier des représentants de la Drôme, sur une profession de foi républicaine, il passa bientôt dansles rangs de la droite, dénonça la conduite du préfet de police Caussidière, et appela le blâme sur les circulaires du ministre Carnot, alors à l'instruction publique ; il faisait partie du comité de la rue de Poitiers. Ses électeurs ne renouvelèrent pas son mandat pour la Législative, et ceux de Paris refusèrent également de l'y envoyer. À cette époque il s'était rapproché de l'Élysée : aussi figura-t-il avec le portefeuille de l’agriculture et du commerce dans le cabinet du 9-24 janvier 1851, et le 30 juillet suivant fut-il nommé avocat général à la Cour de cassation.
Après le coup d'État, on vit avec regret le nom de M. Bonjean parmi ceux des membres de la commission consultative. L'un des premiers il entra dans le Conseil d'État réorganisé et y remplaça bientôt M. Delangle à la tête de Ja section de l'intérieur ; c'était là sa véritable place, et il rendit par ses lumières et son esprit d'équité de grands services. Appelé dans le Sénat par décret du {6 février 1855, il fut un des rares orateurs de cette assemblée, et on a pu dire avec raison, que malgré ses antécédents, il s’imposa plus d’une fois à l’attention de ses collègues à cause du tour libéral de ses idées. En 1861, il revendiqua pour la presse le droit de discuter librement les opinions émises à la tribune ; en 1862, il se prononça contre le pouvoir temporel du pape, et son discours lui attira de vives répliques de la part de M. Veuillot et de quelques évêques peu tolérants; en 1863, il traça l'histoire douloureuse de l'insurrection polonaise et stigmatisa les procédés du gouvernement russe; en 1866, il défendit avec beaucoup de vigueur l'établissement du royaume d'Italie; enfin, en 1869, il présenta un amendement pour transformer le Sénat en chambre élective et modifier profondément ses attributions. Dans cette même année il fut nommé premier président de la Cour de cassation à la place de Troplong.
La chute de l'empire semble avoir dessillé complétement les yeux de M. Bonjean au sujet de la politique napoléonienne qu’il avait secondée; non-seulement il voulut s’associer à la résistance de Paris, mais il écrivait durant le siége cette phrase qui indique quel grand changement s'était fait dans son esprit : « Je me résigne en songeant à l'immensité des résultats : les mœurs réformées , la race impure des petits-crevés et des cocoltes disparue, une multitude d'abus supprimés avec la monarchie dont ils sont l’accompagnement ordinaire. » À peine la Commune eut-elle été proclamée que M. Bonjean en fut une des premières victimes. Arrêté dès le 21 mars, et conduit à la Conciergerie, il y fut retenu comme ôlage; malade, on obtint qu'il fût envoyé à la maison Dubois; l’ordre de transfert, qui l'aurait probablement sauvé, fut signé; mais Raoul Rigault s'y opposa en s’écriant : « Bonjean ne sortira que lorsque Blanqui nous aura été rendu. » Le prisonnier ne fit pas entendre une plainte, Il passait ses longues journées à lire, à écrire ou à méditer, D’actives démarches pour le faire remettre en liberté demeurèrent sans résultat; les tentatives pour l'échange des ôtages entre Blanqui n’eurent pas plus de succès. Depuis le 6 avril il était détenu à Mazas et dans Ja soirée de 24 mai il fut transféré à la Roquette en même temps que l'archevêque de Paris et plusieurs ecclésiastiques. Le 24, à huit heures du soir, il tombait sous le feu des gardes nationaux, atteint de dix-neuf balles et vivant encore; le coup de grâce tiré dans l'oreille amena la mort.
BONJOUR (Casmin), auteur dramatique, né le 15 mars 1796, à Clermont en Argonne ( Meuse), fit ses études