BONJEAN — BONN
au lycée de Reims. Il embrassa ensuite la carrière de l’en-
aeignement. A seize ans il était maître d’études au lycée de
Bruges. A dix-huit il fut admis à l'École normale. Enfin, trois ans après, il était nommé professeur suppléant de rhélorique au lycée Louis-le-Grand. En 1815 la violence des réactions politiques le força d’abandonner l'instruction publique ; il crut trouver un asile dans la carrière de l'administration ; mais une seconde destitution l’atteignit dans. les bureaux du ministère des finances. ;
Ce fut le 4 juillet 1821 qu'il fit représenter au Théâtre- Français une comédie en trois actes, la Mère rivale. Ce premier succès fit penser à M. Casimir Bonjour qu'il avait reçu du ciel l'influence secrète, et il travailla avec une ardeur qui eut sa récompense. Son second ouvrage fut, en 1823, l'Éducalion, ou les Deux Cousines, en cinq: actes et en vers; puis, en 1824, le Mari à bonnes fortunes , en cinq actes et en vers; en 1326, l'Argent, ou les
Mœurs du siècle, en cinq actes et en vers, qui n'obtint |
pas le même succès que les ouvrages précédents ; en 1829, avec moins de succès encore, Le Prolecteur et le Mari, comédie en cinq actes et en vers, dont il avait trouvé toute l'idéeldans Le Mari ambitieux, de Picard. Malheureusement la littérature de la Restauration commençait à avoir fait son temps comme celle de l'Empire. Il y eut recrudescence de cequ'on appelait romantisme après la révolution de Juillet. M. C. Bonjour n’en fit pas moins représenter, en 1831 Naissance, Fortune et Mérite, comédie en trois actes et en prose, et en 1833 Le Presbytère, comédie en cinq actes et en vers, qui tontes deux lui prouvèrent que la bonne volonté el mémeun certain talent ne suffisent pas toujours. Un roman qu’il publia en 1836 (le Matheur duriche el le Bonheur du pauvre )nedut que le confirmer dans cette opinion.
Depuis cette époque M. Casimir Bonjour a obtenu la croix de la Légion d'honneur et une place de bibliothécaire à Sainte-Geneviève; mais il a vainement sollicité de l'équité littéraire un siége à l’Académie française, où il s’est plusieurs fois présenté. Son dernier ouvrage, le Bachelier de Ségovie, ou les Hautes éludes, comédie toujours en cinq actes et en vers, eut quelques succès, en 1844 à l'Odéon. — ]l mourut le 8 juin 1856, à Paris. ;
BONN, jolie ville de la Prusse rhénane, dans le cercle de Cologne, agréablement située sur la rive gauche du Rhin, et comptant , non compris la garnison, 21,615 habitants, dont les cinq sixièmes au moins professent la religion catholique. Des quatre églises qui appartiennent à cetle confession, la cathédrale est la plus ancienne et la plus remarquable ; son architecture appartient en général à la dernière période du style roman, et commence déjà à marquer la transition au style gothique. Les chrétiens évangéliques, dont le nombre s’est accru de 60 à 2,500 sous le gonvernement prussien, n'ont pas d'autre église que la chapelle de l’ancien château. Bonn est le siége d'un tribunal et d’un conseil supérieur des mines ; elle possède une université, un gymnase et cinq écoles élémentaires. L'Académie léopoldine des naturalistes, fondée à Vienne en 1652, y a été transférée en 1818, etils’y est créé aussi une société des sciences naturelles et de médecine. Ses fabriques de coton, de faïence, de vitriol et de savon sont importantes. Le commerce est en grande partieentre les mains des juifs, dontle nombre s'élève à 500.
L'université de Bonn, fondée en 1786, supprimée pendant l'occupation française et convertie en un lycée en 1802, a été rétablie par un diplôme donné à Aix-la-Chapelle le 18 octobre 1818. Elle jouit d’un revenu annuel d'environ 370,000 fr, sur le trésor public et de 10,000 fr, provenant de ses propres ressources. Les traitements des professeurs en absorbent par an 222,000, et plus de 92,000 sont consacrés aux établissements scientifiques et aux collections. Celte université a été établie dans l’ancien château par le roi Frédéric-Guillaume ILE, et depuis les réparations et les embellissements qu'on y à faits , elle peut soutenir la comparaison
ES
BONN — BONNECORSE
avec les plus vastes et les plus belles de l’Europe. On trouve réunis dans le même bâtiment les salles des cours, une bibliothèque, riche déjà de 180,000 volumes, le musée académique des antiquités, la collection archéologique, le cabinet de physique, la clinique et le marége. L'université possède encore un amphithéâtre d'anatomie, ainsi que des collections zoologiques et minéralogiques, un jardin botanique, une école supérieure d'agriculture récemment fondée, établis dans l'ancien château de plaisance de Poppelsdorf, à un quart de lieue de la ville, L'Observatoire, placé d’abord sur l’Alte- Zoll, point célèbre dans toute l'Allemagne à cause de son vaste horizon, a été transporté dans un endroit encore plus convenable, entre la ville et Poppelsdorf. A l’université fut attachée aussi, bientôt après sa réorganisation, une imprimerie sanserite sous la direction de A.-W. Schlegel. La libéralité du gouvernement a doté cet établissement scientifique d’un grand nombre de bourses. Les deux confessions ayant chacune sa faculté dethéologie, on y compte cinq facultés au lieu de quatre, avec plus de quatre-vingts professeurs et agrégés. En 1851 le nombre des étudiants s'est élevé à 1,026. Parmi les professeurs qui ont illustré cette université, on doit citer surtout A.-W. Schlegel et Niebubr, Dahlmann et Arndt, qui fut rétabli dans sa chaire après une suspension de vingt années, Dorner, Rothe, Bleek, dans la faculté de théologie évangélique, Walter, Bluhme, Bæcking, dans celle de droit; Harless, Naumann, dans celle de médecine; Welcker, Ritschl, Lassen, Freytag, Brandis, Lœbell, Diez, Treviramy, Bischof, Nœggerath, Plücker et Argelander, dans les différentes sections de la faculté de philosophie, se sont aussi fait connaître avantageusement par leurs écrits. Bonn a donné le jour à Becthoven, à qui e!le a élevé en 1845 un monument; on y voit aussi les statues de Winckelmann et de Maurice Arndt. Bonn, appelée Bonna par les Romains, doit son origine à un château fort bâti par eux en Allemagne. Détruite dans le quatrième siècle et reconstruite par l’empereur Jul'en, elle eut beaucoup à souffrir dans les invasions des Huns, des Frances, des Saxons et des Normands. Un grand concile s’y tint en 942. En 1273 elle devint la résidence des électeurs de Cologne, qui y habitèrent jusqu’en 1794. En 1673 les Français s’y maintinrent contreles Hollandais, les Espagnols, et les Autrichiens. Après un violent bombardement, elle fut prise, en 1689, par l'électeur de Brandebourg Frédéric III, et en 1703 elle tomba au pouvoir des Hollandais, commandés par Cohorn. L'électeur de Cologne n’en reprit possession qu'en 1715. Les fortifications furent en grande partie défruites en 1717, et les pierres servirent à la construction du château. La paix de Luneville céda Bonn à la France, et celle de Vienne à la Prusse. Cette ville est mise en commuuication avec la rive droite du Rhin par un pont volant, et avec Cologne par un chemin de fer. Dans ses environs romantiques, Godesberg, Roiandseck, l'ile de Nonnenwerth et le Drachenfels, sont des lieux de promenade très-fréquentés. BONNARD (Bernan», chevalier DE), né à Semur, en 1774, officier d’artillerie, mestre de camp, etc. Une conauite irréprochable, des talents militarres et des poésies agréables le firent proposer en 1778, par le maréchal de Maillebois et par Buffon, au due de Chartres, depuis duc d'Orléans, pour sous-gouverneur de ses enfants. Si l’on doit en croire les Mémoires de madame la comtesse de Genlis, déjà gouvernante des filles de ce prince, M. de Bonnard ayant passé sa vie en province, n'était pas né avec le bon goût qui peut rectifier promptement les habitudes, et il avait un mauvais ton. Ce grave motif détermina le duc de Chartres à choisir un autre gouverneur pour ses deux fils, dont l'aîné fut depuis le roi Louis-Philippe, et son choix se fixa sur madame de Genlis. Non-seulement, M. de Bonnard, militaire et homme de lettres distingué, se sentit humilié de se trouver placé sous la direction d’un tel gouverneur, mais encore il ne jugea pas que les principes d'éducation
consignés dans le roman d’Adèle et Théodore dussent être appliqués par lui à ses élèves. Il se retira, et mourut peu de temps après, en 1784, objet des regrets de toutes les personnes qui l’avaient connu. M. Garat, son ami, fit imprimer, en 1785-1787 un éloge historique de la vie de M. de Bonnard. Sautreau de Marsy a publié ses poésies diverses, écrites avec pureté, avec élégance, et pleines de vérité, de délicatesse, de simplicité et de grâce. ViozLer-Lepuc, BONNAY (Famille de). Charles-François, marquis DE Bonnay, né en 1750, était issu d’une ancienne maison noble du Berry, où est située la terre de son nom, sur les confins du Bourbonnais, Sa mère appartenait à la famille de Marcellanges. Page de Louis XV en 1765, il entra ensuite au service, et fut breveté colonel de cavalerie en 1779. La noblesse du Nivernais le nomma son représentant aux états généraux, où il se joignit au parti modéré, et donna
| souvent à la tribune des preuves de son impartialité coura-
geuse. L’exagération croissante des principes démagogiques l'obligea, après l'arrestation du roi, à s’expatrier. II s’atfacha pendant l’émigration à Louis XVIII, qui lui donna la direction de son cabinet, etle chargea de plusieurs missions diplomatiques. Nommé ministre de France à Copenhague en 1814, il fut appelé l’année suivante à ki pairie, et mourut en 1895.
Joseph-Amédée, comte, puis marquis pe Bonnay, fils du précédent, lui avait succédé à la Chambre des Pairs, d’où il se retira en 1830.
BONNE-AVENTURE. Ce qui doit arriver de favorable ou de défavorable à quelqu'un, au dire des prétendus adeptes, qui se mêlent de prévenir l’avenir par la chiromancie, ou par toute autre espèce de divination. Les diseurs de bonne-aventure sont en général de vieux bergers, des guérisseurs nomades, de vieilles femmes, possédant des remèdes secrets, et qui se font passer ou qu’on fait passer pour sorcières, des charlatans, des dentistes, des Bohémiens et des Bohémiennes dans les villages, des tireurs de cartes, des magnétiseurs et des somnambules dans les villes. La plupart de ceux qui exploitent cette branche indirecte d'industrie, dont ils promettent monts et merveilles à leurs dupes, oublient que, pour les affriander, ils ne feraient pas mal de prêcher d'exemple et de s’adjuger ne fût-ce qu’une faible portion des trésors qu’ils ont en réserve dans un prochain avenir. Jadis on brûlait impitoyablement les devins et les diseurs de bonne-aventure. On se contente aujourd’hui de les traduire en police correctionnelle et de les en voyer réfléchir dans quelque dépôt de mendicité sur les ennuis d’une captivité qu’ils n’ont pas su se prédire à euxmêmes. Décidément l'humanité marche...
BONNECORSE (Bazruasar DE), né à Marseille, y fit ses études, et fut ensuite nommé consul de France au Caireet à Seïde, en Phénicie Ce fut pendant sa résidence dans ces pays qu’il composa la Montre d'Amour. C’est une suite de madrigaux sur les vingt-quatre heures qui composent la journée, ou de fadeurs sur l'instant dulever , des repas, des visites, du coucher, etc. Scudéri, à qui l’auteur envoya son manuscrit, le fit imprimer à Paris en 1666. Bonnecorse publia en 1671 la seconde partie de la Montre, contenant Za Boîte et le Miroir, qu'il dédia au duc de Vivonne. Cet ouvrage était alors en prose et en vers. Boileau l'ayant mentionne, sans l'avoir lu, dans le cinquième chant du Zutrin, parmi les projectiles que les chanornes se lancent à la tête, Bonnecorse s’en vengea en publiant le Lufrigot, poëme héroi-comique, qui par Ses soins vit le jour à Marseille, en 1686. C’est une misérable parodie, empreinte à la fois de la critique la plus amère et la plus sotte. Boileau n’y répondit que par cette épigramme :
Venez, Pradon et Bonnecorse, Grands écrivains de même force.
L'auteur dela Montre d'Amour mourut, baffoué, à Marseille, en 1706. Ses œuvres ont été recueillies à Leyde, en 1720.
BONNE-DAME. Voyez AnRoCHE.
BONNE-DEESSE (Fête de la). Le nom de la Bonne- Déesse, chez les anciens, n’était connu que des femmes. Les uns pensent que c'était Cybèle ou Fauna, fille de Faunus; d’autres croient que c'était Hécate-Chthonie ou Proserpine. Varron et Lactance la font tellement pudique, que selon eux elle demeura toujours enfermée parmi les femmes, n’apercevant jamais aucun homme, n'étant jamais aperçue d'aucun, de sorte qu’ils doivent ignorer jusqu’à son nom. Les Grecs la nommaient Gynécie, déesse des femmes. Corhélius Labéon, cité par Macrobe, pensait que la Bonne- Déesse était la même que la Terre, ou Maia, et il prétendait que tout le prouvait dans les cérémonies secrètes de sa fête. Les Béotiens donnaient à Sémélé le titre de Bonne- Déesse ; d’autres la prenaient pour Médée, parce qu’il croissait dans son temple toutes sortes d'herbes dont les prêtres composaient des remèdes. J1 est très-probable que c'était Cérès ou Proserpine , l’Isis des Égyptiens, et que les Romains voulurent imiter dans les mystères de la Bonne-Déesse ceux ‘de Cérès, eten particulier les Thesmophories.
Ces mystèresse célébraïent à Rome le 1°* mai durant la nuit, dans la maison du grand prêtre : ils passaient pour trèslicencieux. Les hommes n’y étaient pas admis. On en bannissait même les animaux mâles. Le scrupule allait jusqu’à couvrir les peintures ou les statues qui en représentaient. On sait que Clodius, épris de Mucia , femme de César, s’y étant introduit déguisé en joueuse de flûte, en fut honteusement chassé. Cependant il n’en revint pas aveugle, quoique la Bonne-Déesse menaçât de cécité tout homme qui aurait l’indiscrétion sacrilége d’essayer d’être témoin de ces Cérémonies. L'eau qui devait servir aux sacrifices était sacrée-et interdite dux hommes. On dit qu'Hercule, revenant d'Espagne , demanda à boire à des femmes qui puisaient de l'eau pour célébrer la fête de leur déesse, et qu’elles lui en refusèrent impitoyablement. Le héros, pour s’en venger, défendit à ses prêtres de laisser entrer aucune femme dans son temple.
Le tableau qu'offre Juvénal des mystères de la Bonne- Déesse est affreux et dégoûtant. On peut croire que le satirique à chargé ses couleurs; mais si ces mystères n’avaient pas été décriés pour leur licence, ils n'auraient pas donné au poëte le droit de les comparer aux mystères infâmes de l'impudique Cotytto. Du reste, quoique les hommes dussent étre exclus de cette fête, ce que dit Juvénal permet de croire que souvent les femmes y introduisaient leurs amants, et que même, dans l'ivresse de la débauche, elles s’y livraient à leurs esclaves. Peut-être Clodius ne fut-il chassé que pour r’avoir fait part de ses feux qu’à Mucia, I] était défendu de porter du myrle dans cette fête. On n’était pas plus d'accord sur l’origine de cet usage que sur celui de donner le nom de lait au vin employé dans les libations, et d'appeler mellarium Vamphore qui le contenait, et qu’on couvrait d’un voile. Ceux qui croyaient que la Bonne-Déesse était Fauna disaient que son père, ayant conçu pour elle de coupables désirs, voulut lui faire viclence, et que n'ayant pu y réussir, après l'avoir enivrée et fouettée avec des branclies de myrte, il se métamorphosa en serpent, c’est-à-dire qu'il employa la ruse et la séduction, et finit par réussir. Fauna eut le myrte et le vin en horreur. Une vigne suspendue au-dessus de sa tête rappelait qu'elle avait su resister aux eflets de la liqueur traîtresse. Une autre tradition porte que Fauna ayant bu du vin, à linsu de son mari (crime capital chez les anciens Romains), celui-ci, qui lapprit ensuite, la foueita avec des verges de myrte, jusqu'à lui faire perdre la vie, mais qu'après il en fut si aflligé, qu'il éleva des autels à Fauna, et adora comme une déesse celle qu'il avait traitée comme une esclave. Toutes ces versions, qu'il est difficile de concilier, ne donnent pas, selon nous, la véritable origine de ces fêtes , et n’expliquent guère mieux les désordres licencieux qui s'y commettaient, Les hommes célébraient aussi les mys-