‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 260 sur 527 · BONNE-ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

BONNE-ESPÉRANCE

à sec pendant six mois. Le versant occidental de cette seconde terrasse porte les noms de chaînes de Xamis et de Tulbagk ; le versant méridional, sur une étendue de 80 myriamètres , celui de Mont Zwarte ; et la chaîne qui court à peu près parallèlement, ceux de monts Zwellendam, Uteniqua et Zilzikamma. Cette zone de montagnes abruptes et escarpées, dont les crêtes atteignent quelquefois plus de 1,700 mètres d’élévation, est caractérisée par le nombre presque infini de défilés (Aloofs) étroits, souvent impraticaplés, qu'on ÿ rencontre et qui ont pour origine la violence des wrrents se frayant ainsi un passage pour aller chercher un niveau à leurs eaux tout en formant les plus ravissantes cascades. Les plus importants de ces cours d’eau sont, à l’ouest, la rivière des Éléphants et le grand fleuve de la Montagne ; au sud, le Breede, le Gauritz, le Gamios, la rivière du Dimanche, la grande rivière des Poissons, et sur les frontières de la Cafrerie le Kaï. Enfin la troisième terrasse, le pays des côtes, forme une zône lantôt extrêmement étroite, tantôt de 37 à 45 kilomètres de largeur, riche en cours d’eau, d’une grande fertilité, entrecoupée de collines et de petites monfagnes, avec de temps à autre des soulèvements du sol extrémement abruptes, parmi lesquels on distingue les Hontagnes de la Table, qui, au sud de la ville du Cap, atteignent 1,197 mètres d’élévation, et le Mont du Diable, haut de 1,103 mètres. Tout ce système se compose de masses de grès sur des assises de granit. Le climat du Cap de Bonne-Espérance est {rès-sain ; aussi les Anglais y envoient-ils un grand nombre d’invalides de leur armée des Indes-Orientales, dans l'espoir qu’ils y recouvreront la santé. La température moyenne de année y varie de 18 à 19° R. L’olivier, le bois de fer, larbre à pain d'Afrique, le ricin, l'arbre qu’on appelle sang de dragon , le corail en arbre, etc., ete., y croissent spontanément. On y a introduit toutes les céréales d'Europe, ainsi que la vigne, dont les produits sont désignés sous le nom de vins du Cap. La faune de ce pays est aussi riche en animaux domestiques qu’en gibier de toute espèce et en bêtes fauves, telles que antilopes , zèbres, éléphants, hyènes, etc., ou en oiseaux, parmi lesquels il faut surtout faire mention de r'autruche, qu’on rencontre partout dans les plaines. On y voit aussi des serpents venimeux, des sauterelles et des scorpions. Toute cette contrée est généralement fort pauvre en minéraux; cependant on y a récemment rencontré de Ja houille et du cuivre sur divers points.

D'après un recensement fait en 1856 la population de Ja colonie ne s'élevait qu'à 267,000 âmes; mais ila été regardé comme inexact. Le premier recensement régulier date de mars 1865, il a donné les chiffres suivants : Européens ou blancs, 181,592; Hottentots, 81,598; Cafres, 100,536; amtres indigènes, 132,655; en tout, 496,381 habitants. La Cafrerie anglaise, qui à été annexée en 1865 à la colonie du Cap, renfermait à cette date une population de 69,777 habitants, dont 5,847 Européens. Grâce aux efforts des missionnaires tous les indigènes sédentaires font profession d’appartenir à la religion chrétienne. Les colons s'occupent de la culture des vignes, de l’agriculture, et notamment {sur la côte occidentale, de l'élève du bétail. Leur degré de civilisation est d'autant plus infime qu'ils sont établis à une distance plus grande de la ville du Cap. Ils possèdent quatrevingt-six écoles et cent quinze églises. Il existe en outre dans la colonie un nombre assez considérable de negres et de Malais libres, faisant profession d’islamisme. Le mélange des aborigènes avec les Hollandais a produit la classe d’habitants désignée sous le nom d’Africanders. 11 faut aussi mentionner les Fingos, race proche parente de celle des Cafres.

L'élève du bétail, surtout dans les montagnes, et la culture des céréales, qui donne d’abondants résultats lorsque les circonstances atmosphériques la favorisent, constituent les principales ressources des habitants du Cap de Bonne-Esperance. Dans les provinces de l’est, et dans quelques-unes de celles de l’ouest, une notable partie des propriétaires du sol

se livrent à la production des vins dits du Cap. Les animaux domestiques de l’Europe, entre autres une remarquable espèce de bœufs, dont les cornes ont jusqu’à cinq pieds de longueur, des chèvres donnant de riches produits en suit et se propageant avec une extrème rapidité, y furent introduits par les Hollandais dès le milieu du dix-seplième siècle. La propagation de la race ovine anglaise et espagnole, dont la laine fournit déjà d'abondants articles d'exportation, ne date au contraire que de nos jours. Les cuirs, les cornes, les suifs, les viandes salées et les vins constituent encore autant d'importants articles d'échange, L'importation des divers produits de l'industrie manufacturière et agricole des Anglais donne lieu à des transactions tout aussi actives que l’exportation des produits du sol,

La colonie est administrée par un gouverneur général anglais, et est divisée en 16 districts ou drosties, présidés chacun par un commissaire civil, qui remplit en même temps les fonctions de juge de paix. La puissance législative y est exercée par un conseil législatif, espèce de chambre haute, élue et composée de 21 membres, el par une chambre élue pour cinq ans et où siégent 66 députés. Le conseil exécutif est à la nomination directe de la couronne. Le traitement du gouverneur s'élève à 162,500 fr. Les recettes de Ja colonie ont leur principale source dans les droits d'importation, qui produisent en moyenne 7 millions de fr. par an; la police, les prisons et les convicts constituent ses plus grosses dépenses. Depuis 1859 le budget se solde en déficit; en 1869 il était fixé à 14,831,125 fr. pour les recettes, et à 16,218,300 fr. pour les dépenses. La colonie est grevée depuis 1859 d’une dette publique’, qui de 2 millions était montée à la fin de 1869 à 27,541,250 fr. A cette époque il n’y avait que quelques kilomètres de chemins de fer en exploitation.

Dans la partie occidentale de la colonie on trouve : le disirict de la ville du Cap, au sud-est de celui-ci le district de Slellensbosch ; au nord celui de Clanwilliaim; au sud-esf de ce dernier, le district de Worcester ; et celui de Zweltendam, à l'extrémité méridionale de la colonie. La ville du Cap est le siége de l'administration. Quatre districts occup'nt le centre : au nord Beaufor: et Graff-Reynett, au midi Georges et Uilenhage. Dans ce dernier se trouve Port-Élisabeth, bâtie sur la baie d’Algoa, avec une population de 6,000 âmes, et dont le commerce prend chaque jour plus d'importance. Les sept districts de l'est et du nord-est sont Albany, où se trouve Grahamstown, ville d'environ 4,500 habitants; Somerset, Victoria, Cradock, Albert et Colesberg, dont les quatre derniers n’ont été organisés qu’en 1847; et la Cafrerie anglaise, d'abord administrée à part, puis réunie en 1865 à la colonie. Cette dernière est ordinairement partagée en deux moitiés, à l’est et à l'ouest, et divisée, chacune en 16 districts électoraux , ayant leurs subdivisions particulières,

Le Cap de Bonne-Espérance, ou, par abréviation, le Cap, fut découvert en 1486 par le Poftugais Bartolommeo D iaz, et doublé pour la première fois en 1497 par un autre portugais, Vasco de Gama. Mais les Portugais méprisèrent complétement limportante découverte qu’ils venaient de faire, parce qu'à ce moment c'était sur l’Inde que se concentrait loute leur attention. Dans les premières années du dix-septième siècle la compagnie hollandaise des Indes Orientales confia au chirurgien de vaisseau Van Kisbeck fa mission de fonder au Cap un premier établissement. Toutefois, ce ne fut qu’en 1652 qu'ils songèrent à s'assurer la possession de ce territoire et-celle de la ville dn Cap, dont la fondation fut encore postérieure, en y élevant des fortilications et en y entretenant une garnison. La situation géographique et le climat de la nonvelle colonie en favorisèrent le rapide développement , et, malgré les guerres fréquentes qu'elle eut à soutenir contre les Cafres, les Hottentuts et les Boschimans, elle parvint bientôt à un remarquable degré de prospérité, Quelle que fut l'importance d’une telle pos-

session , jamais les gouverneurs hollandais n’eurent la pensée de détruire dans leur source les abus invétérés et toujours croissants dont souffrait la colonie, ni de chercher à en améliorer l’état politique.

Dès la guerre soutenue pour leur indépendance par les colonies de Amérique du Nord, les Anglais avaient tenté un coup de main contre la ville du Cap, mais sans succès. Plus heureux en 1795, à l’époque des guerres de la révolution française, ils réussirent à se rendre maîtres de cette ville, et la conservèrent jusqu’à la paix d'Amiens, qui restitua aux Hollandais leurs colonies et entre autres celle du Cap de Bonne-Espérance. Maïs les Anglais la leur enlevèrent de nouveau dès l’année 1506, et par les traités de 1815 la Hollande dut en faire cession définitive à l’Angleterre. Le gouvernement anglais ne tarda point à suivre à l'égard de sa nouvelle possession des principes d'administration et de politique diamétralement opposés à ceux du gouvernement hollandais. 11 favorisa la création des petites fermes, restreignit le droit de vaine pâture primitivement accordé aux paysans ( Boers) hollandais, mais nuisible à tous, à force d’être étendu et sans limites. Puis en établissant des registres d'hérilage, il organisa la propriété foncière sur les mêmes bases que dans les autres colonies britanniques. L’administration de lord Somerset toutefois fut si déplorable, qu’il crut devoir donner sa démission en 1827, avant que sa conduite-eût été l’objet d'une enquête. 11 fut remplacé par lord Cole. Sous l'administration de ce gouverneur, les Hottentots et les hommes de couleur libres établis sur le territoire de la colonie furent complétement assimilés pour la jouissance des droits civils et politiques au reste de la population. La guerre infructueuse faite aux Cafres dans les années 1834 et 1835 se termina vers la fin de cette dernière année par un traité assez peu favorable à la sécurité de la colonie, que conclut le capitaine Stockenstrom. Ce résultat de la lutte, de même que la suppression de la traite, excita parmi les Boers un vif mécontentement, qui alla même jusqu’à prendre le caractère de la haine la plus prononcée pour la domination anglaise lorsqu’en 1837 il fut question de l'émancipation des Hottentots et, deux ans plus tard, de celle des nègres. L'opposition à ces deux mesures fut presque universelle. Environ 5,000 boers vendirent les uns après les autres leurs propriétés, et émigrèrent pour aller s'établir, les uns sur la rive droite de l'Orange, les autres sur la côte de Noël, dans les États de Dingaan, prince de Loulous; mouvement auquel la colonie de Natal est redevable de son origine. Bien que ces émigrés eussent constamment à guerroyer contre les Cafres, ils refusèrent opiniâtrément de revenir sur le territoire anglais. Un beau jour même ils se déclarèrent indépendants, et implorerent la protection du roi des Pays-Bas. Le gouvernement anglais, sans en avoir réellement le droit, résolut alors de recourir à l'emploi de la force pour faire cesser un tel état de choses, et ne tarda pas à replacer sous l’obtissance de l'autorité centrale du Cap de Bonne-Espérance les émigrés fixés au delà de l’Orange, en même temps qu’il prenait possession de Natal pour en constituer une colonie distincte. Pendant ces conflits, les Cafres, eux aussi, n’avaient jamais cessé de faire preuve d’hostilité à l’égard de la colonie du Cap, qu'ils inquiéfaient constamment par leurs incursions et leurs déprédalions. En 1838 et en 1840 le gouverneur G. Napier tenta bien

- de traiter du rétablissement de la paix dans diverses conférences qu’il eut avec leurs chefs; mais sous l'administration de Mailland, qui succéda à Napier en 1844 ; Une rupture ouverte éclata. La lutte recommença de nouveau en 1846, et fut continuée , non sans entrainer de penibles sacrifices , par le gouverneur en personne et par le colonel Somerset, Li résultats définitus n'ajoutèrent toutetois rien à la sûreté dés colons. Aussi, au commencément de 1847, sir Henri Poitinger vint-il remplacer Maïtland, en meme temps que sir Georges Berkeley était chargé du commandement en |

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