BONNE-ESPÉRANCE — BONNET
chef des forces anglaises dans la colonie. Tous deux étaient fermement déterminés à attaquer les Cafres avec la plus grande vigueur, et au mois de septembre l’armée reprit enfin l'offensive. Cependant tous les efforts faits pour forcer l'ennemi à s'arrêter et à se grouper par‘ masses échouèrent complètement. Aussi la guerre dégénéra-t-elle bientôt en une série de combats isolés et pour ainsi dire individuels,
Toutefois, elle eut pour résultat de contraindre au mois de
novembre 1847 le chef cafre Pato, le plus redoutable ennemi des Anglais dans ces contrées, à se rendre prisonnier au colonel Somerset. Après le départ de Pottinger pour Madras, sir Harry Smith, qui déjà avait fait ses preuves personnelles dans la première guerre contre les Cafres, fut appelé à lui succéder dans le gouvernement de la colonie. Par son audace et par sa fierté, celui-ci parvint à intimider les chefs cafres, qui, dans une grande assemblée tenue le7 janvier 1848, firent acte de soumission et prêtèrent serment de fidélité; après quoi ils demeurèrent à la tête de leurs tribus respectives avec le caractère de fonctionnaires anglais. Smith assujettit et organisa en même temps comme Cafrerie anglaise le territoire des tribus qui venaient de se soumettre, et le réunit à celui du Cap de Bonne-Espérance. La tran-
quillité de la colonie, à laquelle la guerre avait occasionné les plaies les plus cruelles, ne tarda point à être de nouveau troublée, à cause du projet conçu à ce moment par le gouvernement anglais de transporter au Cap une partie des individus condamnés pour crimes à la déportation par les tribunaux de la mère patrie, Le mécontentement provoqué dans la colonie par ce projet en vint à prendre une expression si menaçante, qu’en février 1850 les membres du cabinet se virent contraints de renoncer formellement à le mettre à exécution. Cette bourrasque politique ne fut pas plus tôt apaisée qu’on vit se renouveler au mois d’octobre 1850 les révoltes et les irruptions des Cafres ; et malgré tous les efforts faits par sir Harry Smith pour étoulfer ce péril dans son germe, la lutte recommença avec plus dé vi-… vacité même que jamais. En dépit des énormes sacrifices en hommes et en matériel qu’elle a déjà coûtés à l'Angleterre, elle dure encore au moment où nous écrivons ( 1852 }, sans qu’on ait pu.jusqu’à présent mettre la colonie complétement à l'abri des irruptions et des déprédations de ses f6-. roces ennemis. Cependant sir Harry Smith avait réussi à repousser les Cafres, et les tenait en échec lorsqu'il remit le commandement à son successeur, le général Catheart, arrivé au Cap le 31 mars 1852. :
Ce qui rend la possession du Cap de Bonne-Espérance si précieuse pour l'Angleterre, ce n’est pas seulement que cette colonie est la clé de l’intérieur de lAfrique; ce n'est pas non plus parce que l’île Maurice, ce lieu de relàche et ce point stratégique si importants pour la marine anglaise, tire de là: une grande partie de ses approvisionnements; c’est encore parce que le Cap estJa principale station et le grand arsenal des flottes qu’elle entretient dans l'Atlantique et dans la mer des Indes. On consultera avec fruit les ouvrages suivants : Alexander, An Expedilion of discovery into the Interior of Africa ( Londres, 2 vol., 1838); Shaw, Westerjan missionary Memorials of South Africa (New-York, 1841 ); Arbousset , Relation d'un Voyage d'exploration au nordest de la colonie du Cap de Bonne-Espérance ( Paris, 1842); Meyer, Reisen in Sud-Afrika (Hambourg, 1843 ); Delegorgue, Voyage dans l'Afrique Australe (Paris, 1847 ); Bunpury, Journal of a Residence al the Cape of Good Hope ( Londres, 1848); Dagverhaal van Jan van Riebeck eerste gouverneur van de Cap de Goede Hoop.( Utrecht, 1848 ); Napier, Zxcursions in Southern Africa, including a history of the Cape colony (2 vol., Londres, 1849 ).
BONNE FOL. Voyez Foi (Bonne).
BONNET , pièce de vêtement qui sert à couvrir la tête. On ignore si dans les temps anciens l'usage était chez les: peuples d’Asie que les hommes se couvrissent la tête; on voit
BONNET
seulement, dans quelques occasions, les femmes se voiler. Les Babyloniens portaient pour bonnet une espèce de toque ou turban; les Mèdes se couvraient la tête d’une tiare. Les Grecs el les Romains allaient ordinairement tête nue; mais leurs femmes ne paraïssaient jamais en public que couvertes d’un voile, ou d'une espèce de mante qui se mettait pardessus la robe et s’attachait avec uneagrafe. Les Athéniens, au rapport d’Élien, frisaient leurs cheveux et y entremélaient des cygales d’or. Quelquefois ils portaient une espèce de bonnel'appelé pilion, d’où les Latins ont fait leur pileus. Les Romains, quand il faisait trop chaud ou trop froid, se couvraient la tête d’un pan de leur toge, qu'ils relevaient par derrière. Ils ne pertaient les bonnets ou les capuchons que pour marcher la nuit. En voyage, ils se couvraient la tête d’un bonnet ou chapeau, nommé pétase (petasus), en usage aussi chez les Grecs, lequel avait les bords rabattus, mais plus étroits que ceux de nos chapeaux. Mercure, comme grand voyageur, est représenté par les anciens avec un pétase auquel ils avaient attaché des ailes.
On croit généralement que l'introduction des bonnets et des chapeaux ne remonte pas en France au delà du règne de Charles VI, et que l’on s'était jusque alors servi de chaperons ou de capuchons. D’autres antiquaires prétendent , au contraire que dès Charles V on commença à rabattre sur les épaules les angles des chaperons et à se couvrir la tête de bonnets qu’on appela mor£iers lorsqu'ils étaient de velours, et simplement bonnets quand ils étaient faits de laine. Le mortier était galonné ; le bonnet, au contraire, n’aait pour ornement que deux espèces de cornes peu élevées, dont l’une servait à le mettre sur la tête, l’autre à se découvrir. Il n’y avait que le roi, les princes et les chevaliers qui portassent le mortier. Le bonnet était le couvre-chef, nonseulement du peuple, mais encore du clergéet des gradués ; au moins fut-il substitué parmi les docteurs, bacheliers, etc., au chaperon, qu’on portait auparavant comme un camail ou capuce, et qu'on laissa depuis flotter sur les épaules. Monstrelet, dans sa description du costume des hommes au commencement du règne de Louis XI, dit qu'ils portaient des Zonnets hauts et longs d’un quartier ou plus. Il ajoute qu'à la même époque, c’est-à-dire vers l’an 1467, les dames et les demoiselles renoncèrent aux cornes hautes et larges qui formaient leur coiffure, pour y substituer des bourrelets, en manière de bonnets ronds, qui s’amincissaient par-dessus, de la hauteur de demi-aune. Sur le haut de ces bonnets, en forme de pain de sucre, était attaché un couvre-chief délié, ou voile, qui, par derrière, pendait jusqu’à terre. Les hauts bonnets de certaines villageoises du pays de Caux sont une réminiscence lointaine ae cette coiffure , en usage jadis parmi les plus élégantes dames de la cour. Les hommes, en prononçant le nom du roi, levaient leurs bonnets, témoignage de respect qu’ils ne donnaient pas lorsqu’ils prononçaient le nom de Dieu : ce qui excitait à juste droit les reproches des prédicateurs.
Dans l’origine, les bonnets eurent la forme ronde; on la changea ensuite contre le bonnet carré, de l'invention d’un nommé Patrouillet. Ces bonnets furent appelés aussi bonnets à quatre brayettes. Les bonnets, du reste, d'aprés le père Hélyot, étaient en usage parmi le clergé dès le neuvième siècle. Ce n'était d’abord qu’un petit bonnet, en forme de calotte, que l’on portait sur le capuchon de la chape. On les fit ensuite plus larges en haut qu’en bas; puis la coutume vint de les faire encore plus amples, mais ronds et plats, à la manière de ceux que portèrent plus tard les novices des jésuites et qu’ils appelaient bireltes. Ils prireut enfin la figure carrée.
En 1527 il s'établit une communauté de bonnetiers , distincte de celle des drapiers.
Le bonnet sur les médailles est le symbole de la liberté : les anciens Romains donnaient un bonnet à leurs esclaves quand ils les voulaient aftranchir ce qui s'appelait vocare
servos ad pileum , et ceux-ci avaient grand soin de le garder sur leur tête sans se découvrir, jusqu’à ce que leurs cheveux eussent en repoussant fait disparaître la tonsure, marque particulière de l'esclavage. C’est sans doute à limitation des anciens que dans les universités on a donné depuis le bonnet aux écoliers, pour montrer qu'ils avaient acquis toute liberté et qu’ils n'étaient plus sujets à la verge des supérieurs ; ils recevaient en même temps lenom de maitres, comme les avocats, et avaient alors le droit de parler étant couverts. C’est sans doute aussi par allusion à cet ancien usage que le bonnet phrygien avait été adopté par les républicains français en 1793, et qu’ils en avaient décoré le front de la Liberté. Voyez BoNNET ROUGE.
Un bonnet futégalement le signal ou le prétexte de l’établissement de la liberté en Suisse. On sait que le gouverneur de la Suisse pour l’empereur Albert, le farouche Gessler, avait fait élever sur la place publique d’Altorf le bonnet ducal d'Autriche, auquel il prétendait que tout le monde rendit hommage. Guillaume Tell par son courage délivra ses concitoyens de cette humiliante obligation, et prépara ainsi l'ère de leur indépendance.
Le bonnet des Chinois, que la civilité leur défend d’ôter, diffère selon les saisons de l’année, Celui qu'ils portent en été a la forme d’un cône, c’est-à-dire qu'il est rond et large par le bas, court et étroit par le haut, où il se termine tout à fait en pointe. Le dedans est doublé de satin et le dessus couvert d’une natte très-fine, ils y ajoutent un gros flocon de soie rouge qui retombe gracieusement tout à l’entour, ou bien une espèce de crin, d’un rouge vif et éclatant, que la pluie n’altère pas, et qui est surtout en usage parmi les cavaliers. En hiver ils portent un bonnet de peluche, bordé de zibeline ou de peau de renard ; le reste est d’un beau satin noir, ou violet, couvert d’un gros flocon de soie rouge, comme pour le bonnet d'été. Ces bonnets sont si courts qu'ils laissent toujours les oreilles à découvert, ce qui est très-incommode en voyage. Le haut du bonnet des mandarins dans les grandes cérémonies est terminé par un diamant, ou par quelque autre pierre de prix, assez mal taillée, mais enchâssée dans un bouton d’or très-bien travaillé; les autres ont un gros bouton d’étoffe, de cristal, d’agate ou de quelque autre matière semblable et de moins de valeur.
11 serait trop long de décrire tous les bonnets en usage chez les divers peuples de là terre. Disons seulement que la plupart des peuples de l’Asie usent de bonnets assez semblables à ceux des Chinois, bonnets que quelques européens fashionables ont adoptés pour l’intérieur de leurs appartements, se réservant le chapeau pour le dehors. Vient plus près de nous le turban, qui a disparu de Constantinople par suite du changement de costume introduit sous Mahmoud et qu’on ne rencontre presque plus qu’en Égypte et en Syrie. Le fessi ou fez grec, qui l’a remplacé, ressemble assez au éarbouch, calotte de laine rouge foncé, terminée par un flot de soie, et autour duquel le turban s’enroulait autrefois. Seulement il est plus élevé etcylindrique. On fabriquait jadis ces bonnets à Venise; on en exporte aujourd’hui de France ; on en fait aussi à Tunis et en Égypte; les Arabes du désert ont pour tout bonnet un fichu carré, rayé rouge et jaune, ou vert et rouge, terminé aux deux extrémités opposées par une frange de soie {orse dont chaque brin finit en petite houppe de plusieurs couleurs. On replie un des coins de ce fichu appelé caffieh ou couffé sur le front et en dedans, sans meltre de tarbouch, et une corde en poil de chameau brune ou noire l’assujettit autour de la tête en guise de turban.
N'oublions pas non plus de dire un mot du bonnet de coton , dont l'inventeur, semblable à ceux des découvertes les plus utiles à l'humanité, est resté inconnu ; de ce bonnet inoffensif, dont on a fait l’ornement obligé du bon bourgeois, bonnet déhcieux, dont Jeanneton decorait ce bon roi d'Y vetot, plus doux encore au vraillard que le tendre oreiller, mais que Pecohier sans pitié traite brutalement de casque à mèche,
bonnet qu’idolâtre Jules Janin, attribut exclusif du sexe le plus noble, excepté dans les villages de Normandie, où, sauf les dimanches, il enlaidit les plus jolis visages de paysannes.
Ajoutons que le bonnet est resté la coiffure presque générale des femmes dans toute l’Europe, et que si, d’un côté, le chapeau a fait invasion jusque dans les classes les plus modestes, voire à Paris, dans celle des Jaiseuses de bonnets, d’un autre côté, beaucoup'de nos grandes dames se montrent chez elles et aux spectacles avec des bonnets dont le luxe le dispute aux plus riches coiffures des temps anciens et modernes.
Quelle admirable variété encore dans les bonnets de toutes «es délicieuses villageoïses de la Pologne, de la Prusse, de l'Autriche, de la Bohême, de la Hongrie, de la Suisse, du Tyrol, de l'Espagne, du Portugal, sans oublier surtout celles de notre belle France, où le bonnet féminin, rond, ovale, pointu, large, pyramidal, de toutes les formes bizarres possibles, a prévalu, à l'exception des seuls villages de Normandie, que nous avons cités, du Béarn et du pays basque, où le mouchoir à la créole, gracieusement drapé, est l'unique coiffure du beau sexe des campagnes ! Un Anglais, M. Walker- Dillwyn, a parcouru pendant dix ans les provinces de France pour en dessiner tous les bonnets féminins et recueillir des détails consciencieux sur leur origine. Cette curieuse monographie a paru en 1841 ; elle forme deux magnifiques volumes in-quarto.
Disons enfin que le bonnet a quelquefois été un ornement guerrier, comme le bonnet à poit de nos gendarmes et grenadiers ; la marque d’une dignité ou d’un caractère spéeial, comme les bonnets de docteurs, celui de président à mortier, ete.; ou celle de la honte et de l’infamie, comme le bonnet vert et le bonnet des forçats aux bagnes.
Enfin, le mot de bonnet était usité autrefois dans cerfaines académies ou maisons de jeu pour désigner une somme gagnée par des moyens illicites, et l’on appelait bonneleurs ceux qui exerçaient leur industrie en ce genre, pour les distinguer des autres filous.
Au figuré, on dit donner, prendre, où quiller le bonnet, pour exprimer l’action de recevoir quelqu'un docteur, d’entrer,au barreau ou d’en sortir; de prendre ou quitter la profession d'avocat. Mettre La main au bonnet se dit pour saiuer, ou se disposer à mendier, Jefer son bonnet pardessus Les loits ou par-dessus les moulins, c'est prendre bravement son parti d’une affaire désagréable ou jeter un défi à l'opinion et la braver. Meltre son bonnet de travers, avoir la tête près du bonnet, sont des expressions analogues, applicables à tout homme qui se montre chagrin, quinteux, colère, opiniâtre, difficile à vivre. On dit souvent aussi d'un tel homme qu’il est risle comme un bonnet de nuit, et, dans le sens contraire, quand on veut parler de personnes qui sont de facile composition et qui se rangent volontiers à l'avis d'autrui, que ce sont deux téles, trois têles, etc., dans un bonnet. Prendre quelque chose sous son bonnet, c'est se rendre garant d’une proposition quelconque, c’est en assumer la responsabilité, qu’elle vienne de soi ou d’autrui.
BONNET (Guerre du). On appela ainsi, par dérision, une longue et ridicule lutte entre les dues et pairs et les parlements. Cette querelle commença sur la fin du règne de Louis XIV, et fitgrand bruit sous la régence du duc d'Orléans, Les dues et pairs voulaient que lorsqu'ils siégeaient au parlement, le premier président ôtàt son bonnet lorsqu'il demandait leur avis, et en même temps ils prétendaient, d’après une coutume tombée en desuétude , avoir le droit d'opiner avant les présidents à mortier. I£es deux partis soutinrent leurs prétentions avec beaucoup de vivacité ; le duc de Saint- Sinon se distingua surtout par son ardeur à soutenir les droits de la pairie : il regardait les ducs et pairs comme les héritiers directs, sinon des conquérants francs, ainsi que le prétendait le comte de Boulainvilliers, du moins comme les successeurs
BONNET
des pairs de Charlemagne et d'Hugues Capet; et il s’appuyaitM sur la science héraldique des d’Hozier et du père Anselme, | Le parlement résolut d’opposer des armes de même nature, etun pamphlet attribué au président de Novion alla scruter les origines de ces prétendues antiques maïsons ducales : il indiquait que les Crussol d'Uzès descendaient d'un apothi caire, les Villeroi d’un marchand de poissons, les La Ro chefoucauld d’un boucher, et les Saint-Simon d’un hobereau, les sire de Rouvrai, et non des comtes de Vermandois. Ce pam phlet, où l'erreur se mélait quelquefois à la vérité, irrita les. ducs à tel point, qu'ils résolurent de se transporter au palais. et d’y imposer leurs prétentions, fût-ce mème par les armess Le régent intervint, et les empêcha d'accomplir leur projet env faisant droit à la requête des dücs par un arrêt du conseil. du 21 mai 1716; mais le parlement , à son tour, se déchaîna avec tant de fureur, que le régent revint sur sa décision, révoqua l’arrêt, et renvoya la décision du procès à la majorité du roi. A. FEILLET,
BONNET (Anatomie). C’est le second estomac des ruminants, qu'on à aussi appelé réseau. Ces deux noms pro+ venaient sans doute de la ressemblance de cet organe avec les anciens réseaux que les femmes portaient pour coiffure.
Bonnet est encore le nom de la partie supérieure de la têle des oiseaux. ,
BONNET (7chthyologie), un des noms de la bonite.
BONNET (TuéormLe), naquità Genève, le 5 mars 1620, et suivit les traces de son père et de son aïeul, qui furent des médecins distingués. Après de brillantes études médicales , il se fixa dans sa patrie, où bientôt il se fitune réputalion telle que le duc de Longueville, souverain de Neufchâtel, le prit pour son médecin, à l'exemple du duc de Savoie, Charles-Emmanuel, qui avait jadis accordé le même titre à son grand-père. Devenu sourd à l’âge de cinquante ans, Bonnet renonça à l'exercice de son art, et passa dans la retraite le reste de sa vie, qu’il consacra à la composition. de ses ouvrages. I} mourut d’hydropisie à l’âge de soixante neuf ans, le 29 mars 1689.
Bonnet fut en quelque sorte le créateur de Panstomidl pathologique, en réunissant sous le nom pitloresque de“ Sepulchretum toutes les observalions complétées par l’autopsie qu'il put rencontrer éparses dans les auteurs. Ce re-" cueil, quelles que soient ses imperfections, est encore la. mine la plus féconde que nous ait léguée le dix-septième siecle, et l’on peut dire que ce vaste ouvrage a donné l’impulsion aux travaux de même genre que le dix-huitième siècle a vus naître. Si Morgagni, comme compilateur judicieux , est supérieur à Bonnet, il est douteux que sans Bonnet Morgagni eût jamais édifié son immortel traité Du Siégen et des Causes des Maladies, auquel le Sepulchretum a fourni de nombreux et précieux matériaux. A Bonnet ap-« partient donc la gloire d’avoir jeté les fondements de la science servant de base à la pratique rationnelle, Panatomie pathologique, qui nous fait voir de la maladie fout ce que la mort nous permet d'apprécier.
Publié à Genève en 1670, le Sepulchretum , sive Anatomia practica, ex cadaveribus morbo donatis, fut augmenté et commenté par Manget (Lyon, 1700, 3 vol. in-fol.), Bonnet a publié en outre, sous le nom de Pharos Medicorum, un excellent abrégé des œuvres de Baillou ( Genève, 1668, { vol. in-12); Labyrinthi medici extricati, sive« methodus vilandorum errorum (Genève, 1787, in-4°); Prodromus Analomiæ practicæ (Genève, 1675, in-$°) : c’est la première partie du Sepulchretum, sur lequel l'au-" {eur voulait pressentir le public; Mercurius compilatius, « | sive Index medico-practicus (Genève, 1682, in-fol.) : C’est un dictionnaire de médecine pratique; Medicina seplentrionalis collatitia (Genève, 1686, 2 vol. in-fol.), collection tirée de divers recueils; divers autres ouvrages colligés après sa mort sous le nom de Bibliotèque de Médecine et de Chirurgie (Genève, 1708, 4 vol. in-1°). D" Foncer,
BONNET
BONNET (Cnarzes), naturaliste et philosophe, naquit à Genève, en 1720. La lecture du Spectacle de la Nature par Pluche décida du genre d’études auquel il se livra avec autant d’ardeur que de succès. A l’âge de vingt ans il avait déjà fait d'importantes découvertes en histoire naturelle ; mais lorsque sa vue, affaiblie par l'usage du microscope, l'empêcha de continuer ses expériences, il quitta la route étroite, mais sûre, de l'observation, pour parcourir le champ des abstractions , qui s’ouvrit devant lui d'autant plus vaste ct plus intéressant, qu’il avait déjà recueilli un nombre de faits considérable. Si le métaphysicien ne fut pas aussi heureux que le naturaliste, du moins faut-il avouer que la grandeur et l'éclat de ses hypothèses font pardonner ce qu’elles ont d’aventureux, et commandent au plus haut point l’admiration pour le génie de leur auteur. Il s'occupa aussi de psychologie; car ses regards curieux voulurent pénétrer les secrets du monde moral en même temps que les mystères de la nature organisée. Quoiqu'il vécût à une époque où les idées avaient une tendance prononcée au matérialisme, surtout chez les esprits qui s'occupaient desciences physiques, il ne professa jamais ces doctrines, et tous ses efforts, au contraire, eurent pour but d'expliquer les lois qui président à la relation du principe pensant et de la matière, qu’il regardait comme entièrement distincts, Malgré la part très-large qu’il fit aux sens dans l’acquisition de nos connaissances , il admit une autre source d'idées, la réflexion, qui réagit sur les notions acquises, et s'élève par degrés aux notions abstraites, avec le secours de signes, c’est-à-dire des mots; mais, plus jaloux de résoudre des problèmes que d'observer les faits tels qu’ils se présentent à la réflexion, il ne fit faire aucun pas à la psychologie, et se perdit dans des hypothèses sur la nature et le jeu des fbres du cer- Yeau. k x
Bonnet fut très-religieux , malgré son siècle 2 'a nature de ses études. Accordant à l’homme la liberté, qu’il définit le pouvoir qu’a l’âme de suivre sans contrainte les motifs dont elle reçoit l'impulsion, et remarquant aussi tous les maux qui affligent l'humanité, ainsi que l’inégale distribution des biens du Créateur, il en conclut à la nécessité d’une autre vie, dans laquelle celle-ci recevra son complément. Toutefois, regardant les preuves que la raison toute seule nous suggère de l’immortalité de l’âme comme trop faibles pour être un motif suffisant à l’homme de faire le bien, il tire de la faiblesse même de ces motifs la nécessité de motifs plus impérieux, c’est-à-dire de preuves plus directes, et alors il conclut à la nécessité d’une révélation. C’est pour appuyer ce raisonnement qu’il composa son ouvrage intitulé : Recherches philosophiques sur les preuves du christianisme. Mais il ne s’aperçut pas qu'il était tombé dans un cercle vicieux , où sont tombés et tomberont, comme lui, tous ceux qui voudront placer la révélation au-dessus de la raison , et se servir ensuite de la Taison et de tous ses arguments pour prouver la révélation.
Le titre le plus incontestable de Bonnet au souvenir de la postérité est sans contredit son système palingénésique sur la nature organisée : ce système futson idée favorite. Cefut celle qui servit de but et de lien à toutes ses réflexions; ce fut celle aussi qu’il développa avec le plus de talent. Il professa d’abord la doctrine de l’emboîtement et de la préformation des germes, c’est-à-dire qu’il admit que le germe d’une espèce, une fois créé, contient les germes de tous les mdividus qui forment le développement successif de l'espèce. Ce n’est pas tout : non-seulement le Créateur a placé ainsi, dès le commencement, dans chaque germe tous ceux par lesquels l’espèce doit se multiplier indétiniment; mais chaque espèce elle-même est perfectible, et renferme aussi en germe les éléments et les conditions de son perfectionnement. Ce perfectionnement s’accomplira par degrés, et seulement lorsque le globe sur lequel doivent habiter les espèces sera approprié au nouveau développement de ses hôtes, Ainsi notre
DICT. DE LA CONVERS. — T, I
globe a déjà subi des révolutions successives, à mesure que les espèces qui y sont placées ont subi elles-mêmes leur métamorphose, ou plutôt leur développement progressif, qui consiste dans un plus grand nombre de sens et de facultés ; car Dieu a préformé originairement les êtres dans un rapport déterminé aux diverses révolutions que chaque monde est appelé à subir. Il règne entre tousles êtres vivants une gradation merveilleuse, depuis la mousse jusqu’au cèdre, depuis le polype jusqu’à l’homme. La même gradation existera sans doute dans l’état futur de notre globe; mais elle n’existera plus entre les mêmes espèces. L'homme, transporté dans un autre séjour, plus approprié à l’'éminence de ses facultés , laissera au singe et à l'éléphant cette précaira place qu’il occupait parmi les animaux de notre planète. Dans ce progrès universel des animaux, il pourra donc se trouver des Newton et des Leibnitz chez les singes et les éléphants, des Perrault et des Vauban chez les castors. Les espèces les plus inférieures, telles que les huîtres, les polypes, seront aux espèces les plus élevées de cette nouvelle hiérarchie comme les oiseaux et les quadrupèdes sont à l’homme dans la hiérarchie actuelle, etc.
Tel est à peu près le sens de la panngénésie de Bonnet, système où l’on remarque malheureusement plus d’imagination et de poésie que de solidité. C’est à ces rêves brillants qu'il employa les loisirs d’une vie douce et tranquille, qu'il passa au sein de l’aisance et sans jamais vouloir sortir de sa patrie. Il mourut à l’âge de soixante-treize ans. Ses principaux ouvrages d'histoire naturelle sont un Trailé d'Insectologie ; un autre Sur l'usage des feuilles, qui renferme ses découvertes sur la physique végétale. Ses ouvrages philosophiques sont plus nombreux. Il a laissé : un Æssai de Psychologie, ou Considérations sur Les opérations de l'âme, sur l'habitude et l'éducation ; un Essai analytique sur les facultés de l'âme; des Considérations sur Les corps organisés ; des Contemplations de la Nature ; enfin, sa Palingénésie philosophique. C.-M. PAFrFE.
BONNET (Louis-FERDINAND), avocat, né à Paris, le 8 juin 1760, mort conseiller à la cour de cassation, le 6 décembre 1839, a été l’une des illustrations du barreau français moderne. Les brillants succès de ses études avaient été pour lui le présage de succès plus glorieux. Élève du collége Mazarin , il remporta au concours général des dix colléges réunis le premier prix de discours français; ses professeurs lui conseillèrent d’embrasser la carrière du barreau, et leurs prévisions ne furent pas trompées : le jeune avocat se distingua de bonne heure par de grandes qualités oratoires, et dès son début ses plaïdoyers fixèrent l'attention. Admis au stage en 1783, il fut inscrit sur le tableau en 1787.
Paris, la France entière retentirent avant la révolution de la fameuse affaire Kornmann : on y avait vu figurer Bergasse, Beaumarchais,le prince de Nassau et l’élite des avocats de la capitale. Bonnet avait été chargé de défendre M°° Kornmann. Au milieu de tant d’orateurs déjà célébres, il avait soutenu glorieusement la lutte, égalant les uns, éclipsant les autres; et M Kornmann ayant gagné son procès, le talent du jeune orateur, connu et apprécié de tous, lui avait préparé une foule de nouveaux triomphes. A trente ans il était à la tête du barreau de Paris. Après la révolution il se signala dans Paffaire Lanefranque. Il s'agissait du suborneur d’une femme mariée, venant, avec effronterie, demander à la justice la nullité du mariage de la femme qu’il avait séduite, et produire impudemment, comme preuve de ses droits, les fruits de son adultère. Bonnet, dans une improvisation brillante, l’accabla de toute son indignation, et termina sa plaidoirie par ur mouvement oratoire des plus remarquables.
Pendant les dernières annéés du Directoire et am commencement du Consulat il était le conseil judiciaire de la trésorerie nationale, et il conserva cette clientèle impor-
tante jusqu'au moment où il s'en démit en faveur de son fils. Mais après la révolution de 1830 Bonnet fit place à M. Teste, et celui-ci à M. Ferdinand Barrot, Ce fut dans l'affaire du mineur Félix, depuis M. le baron de Saint-Félix, premier aide des cérémonies sous Louis XVIII et Charles X, que Bonnet et Delamalle firent leur rentrée au palais.
Les codes nouveaux, qui devaient simplifier les principes et les précédents, n'étaient pas encore achevés. Les débu- {ants ne pouvaient guère plaider qu’au criminel. « Or tous les défenseurs officieux, à l'exception de quatre ou cinq, sont, disait alors Bonnet, des hommes tellement tarés, que pour tout au monde je ne voudrais me commettre auprès d'eux ; jamais de ma vie je ne plaïderai pour un accusé. » Et il nommait un des défenseurs officieux de l’époque, auquel, ajoutait-il, il n’aurait pas permis de décrotter ses souliers… s’il y avait eu des boucles d’argent.
Deux ou trois fois pourtant Bonnet dérogea à l’engagemeut qu’il avait si énergiquement pris. Il plaïda pour le général Moreau : cette défense, beaucoup moins étendue que ne le serait de nos jours celle d’un accusé de la même importance, était remarquable par la concision autant que par l’éloquence. On ne saurait s’imaginer combien étaient hardies alors des choses qui il y a quelques années encore auraient semblé les plus simples et les plus vulgaires.
A la Restauration, comme le plus grand nombre des avocats, Bonnet vit avec joie cesser l'œuvre napoléonienne ; cependant il passait parmi les ardents amis de la royauté pour être fort tiède. S'il fut nommé président de l’une des sections du collége électoral de la Seine, c’est parce qu’on n'aurait pas pu faire une autre désignation pour obtenir, par exemple, la nomination de Ternaux à la place de Benjamin Constant. En 1820 il fut nommé d’office défenseur de Louvel. Ses raisonnements contre la compétence de la cour des pairs jusqu’à la promulgation d’une loi spéciale étaient tellement concluants, que les défenseurs les plus énergiques des accusés d’avril, en 1835, n’ont pas employé d’autres arguments. Nommé deux fois de suite bâtonnier de l’ordre en 1815 et 1816, il fut appelé en 1820 à la Chambre des Députés par la ville de Paris et réélu en 1824. 11 n’entrait qu’à son corps défendant dans la carrière politique, ce qui ne l'empêcha pas de devenir un des vice-présidents de l’assemblée en 1820, de prononcer plusieurs discours remarquables, et d'être chargé de plusieurs travaux importants durant ces deux législatures. En 1822 il fut nommé rapporteur de l’une des deux commissions qui se réunirent pour préparer une loi unique sur la presse, En 1824 et 1895 il se prononça contre la création du trois pour cent èt la conversion des rentes : c'était assez mal faire la cour aux puissants du jour, qui couraient à leur perte par limpopularité,. Pourtant, en 1826, il fut nommé conseiller à la cour de cassation, et dans ces fonctions il sut encore se concilier l’attachement et l'estime de ses nouveaux collègues En 1827, à l'issue des émeutes ou quasi-émeutes qui suivirent des élections favorables au libéralisme, il fut signalé à la haine publique. Les rassemblements formés à la place Vendôme devant la chancellerie faisaient retentir l'air de cette burlesque exclamation : « Peyronnet ! Peyronnet! tiens bien ton Bonnet! »
Après les journées de juillet 1830, Bonnet, qui avait depuis longtemps prédit une révolution, qu'il regardait comme inévitable, prêta serment à la nouvelle charte, et s’abstint désormais de toute espèce de démonstration poli-
tique.
M. Jules Bonnet, son fils, avocat à la cour d'appel, ancien avocat dutrésor, Connu par ses succès au barreau et par piu-
sieurs brochures, a publié en 1826 la traduction des œuvres complètes de Mackensie en 5 volumes, BRETON.
Bonnet avait eté le tuteur d'Eugène Scribe, el comme tel il avait dirigé son éducation, Sa feumnine, cousine germaine de ce dernier, est morte en 1863, à 87 ans.