BONNET — BONNET A POIL
BONNET A POIL, sorte de mitre dont la calotte ou forme est recouverte en peau d'ours; mais qui diffère du colback. Son usage s’est étendu à diverses armes, puisqu’en 1767 (25 avril) il en fut donné aux dragons français.
L'usage du bonnet à poil rappelle les temps et les pays barbares : s’accoutrer de peaux de bêtes était déjà une mode chez les anciens Germains. On lit dans Plutarque que les Cimbres et les Teutons ornaient leurs têtes des dépouilles des animaux féroces; Végèce dit que pour se donner un aspect plus terrible, les porte-enseigne avaient un casque couvert de peau d'ours garnie de son poil; le même auteur appelle Pileus pannonicus, des bonnets de peau comparables à de lourds bonnets de police, qu'on donna pendant longtemps à tous les soldats en temps de paix ; on les tenait exprès volumineux et pesants, pour que le casque repris en temps de guerre leur parût plus léger. Les Francs s’encapuchonnaient de la tête de l'animal dont la peau formait leur sayon, à peu près comme on nous représente Hercule.
La mode des bonnets à poil, que le harnais de fer avait fait oublier, reparut en Prusse il y a un siècle et derni. Le père de Frédéric II coïffa d'ours ses géants, afin de les grandir encore; la forme pointue de leurs bonnets avait pour objet de donner la facilité de mettre le fusil à la grenadière, avant de lancer la grenade et de le ratirer facilement ensuite, pour s’en servir après l’épuisement des grenades. De 1730 à 1740 les grenadiers des gardes françaises et suisses et les grenadiers à cheval s’affublèrent de même, en imitation de cette méthode tudesque. Puységur leur repruchait en 1748 cet inutile surcroit de charge, qu'ils s’imposaient sans utilité depuis que le jet de la grenade était passé de mode.
Dans la guerre de 1756, la troupe de ligne prit généralement le goût des bonnets à poil : en cela nous copiâmes nos
alliés les Autrichiens, qui déjà les portaient. Quelques jeunes
colonels, qui étaient de grands seigneurs et de petits esprits, introduisirent dans les compagnies de grenadiers de leur corps les bonnets à poil, et les commis de la guerre ratifièrent complaisamment cette fantaisie. Le règlement de 1767 fut le premier qui légalisa dans les troupes de ligne cette nouveauté; il est le seul des documents du dernier siècle qui mentionne cette coiffure ; il la rendait particulière aux grenadiers à pied et à cheval ; aussi, bonnet à poil et bonnet de grenadier étaient-ils synonymes. Le ministre Saint- Germain, jugeant ces bonnets incommodes, fatigants et peu militaires, puisqu’en temps de guerre on y renonçait, les regardant d’ailleurs comme d'autant plus coûteux qu'il fallait en verser le prix chez les peuples du Nord, les proscrivit par l'ordonnance de 1776. Une décision de 1788 les rendit aux grenadiers , et ils avaient même continué à les porter malgré leur suppression, tant l’uniforme était alors chose arbitraire,
Une instruction de 17$1 donnait un bonnet à poil et un chapeau à cornes aux grenadiers. Ils entrèrent en campagne en 1792 en laissant aux dépôts ces bonnets. Un peu plus tard, la garde consulaire mit à la mode l’usage de les porter à la guerre. Une décision de l’an X s’occupa la première, mais superficiellement , de quelques-uns des détails de cette coiffure , jusque là de pure fantaisie. La garde impériale étendit à ses chasseurs d'infanterie un usage jusque là particulier aux grenadiers, et ses énormes bonnets se développèrent en forme de montgolfière à la manière égyptienne ou valaque, Les bonnets de grenadiers à pied portaient sur le devant une plaque en cuivre rouge empreinte de l'aigle impériale; ceux de chasseurs n’en avaient pas. Ces plaques, chauffées pendant des journées entières par un soleil ardent, occasionnaient de violentes céphalalgies, et ridaient de bonne heure comme des fronts de vicillards ceux des hommes que la discipline condamnait à en être affublés. Un décret de 1812 retira le bonnet à poil aux grenadiers de la ligne. Le due de Fellre motivait sur l'énormnité de la dépense cette sage sup-