BONNET A POIL — BONNETERIE
pression. Ce ministre, n’osant pas toucher aux bonnets de la garae, allégua du moins en partie les dépenses qu’entrainait ce tribut, et il ne s’y assujettit plus que pour les corps d'élite de la vieille garde, qu’à cette époque on se proposait de fournir bientôt de peaux d’ours prises en Russie même. L'ordonnance de 1815 ne donnait qu'aux seuls grenadiers de la garde royale le bonnet à poil ; mais le ministre, soit pour complaire aux solliciteurs, soit de son plein mouvement, étendit cette mesure aux voltigeurs, aux fusiliers de cette garde. L’histoire du bonnet à poil est curieuse, en ce que l'usage s’en est conservé longues années en dépit de tous les règlements, sauf un seul, et en dépit de presque tous nos ministres : ils étaient unanimes dans le texte de leurs considérants ; ils proscrivaient cette coiffure, comme ridicule, incommode, lourde, sans solidité, de nulle défense, se refusant à l’emballage, hideuse en sa vétusté, et redoutant les rameaux dun taillis, le feu du bivac, l’alourdissement que prend l’oursin quand la neige s’y attache et le hérisse de glaçons. Le pouvoir n’a pas triomphé sans peine de la mode.
La forme du bonnet et le plus ou moins d’abondance de ses accessoires ont varié non moins que tous nos autres effets d'uniforme, Les bonnets prussiens et ceux de leurs premiers imitateurs, Autrichiens, Anglais, Hessois, étaient en pain de sucre par-devant et plats par derrière, à partir du haut de la tête jusqu’à la pointe. Les bonnets avaient encore dans nos régiments étrangers cette forme lors de la révolution; ils l’avaient encore dans l’armée russe au commencement de ce siècle. Les régiments français ont peu à peu modifié celte configuration , et l’ont amené à l'ovale, forme qui n’est pas plus ridicule qu’une autre, puisque le bonnet pointu cessait d’avoir une signification dès que les grenadiers ne lançaient plus la grenade. Le bonnet à poil a été tour à tour, avec ou sans plumet ni pompon, avec ou sans Cocarde, avec ou sans cordon, de telle ou telle couleur, affectant en tout sens l’ovale au sommet ou y laissant une échancrure en drap ou en cuir, avec tel ou tel ornement. La garde royale avait imaginé de petits paniers sans fond, ou cônes tronqués, qui remettaient en forme le bonnet quand il n’était pas sur la tête de l’homme. La garde descendante, à qui l'on apportait au corps de garde ces paniers, les remportait à la caserne, après les avoir attachés en dehors du havresac, à l’aide de la courroie longue. 11 n’y a pas de mode ridicule qui n’en amène de plus ridicules. G*! Banni.
Quand la garde royale eut disparu en 1830, le bonnet à poil ne fut plus en usage dans l’armée française que pour les sapeurs porte-hache de linfanterie et les gendarmes à cheval de la Seine. Il a persisté dans la garde nationale de Paris (Sapeurs, grenadiers et voltigeurs) jusqu’à la révolution de 184$. C'était un contre-sens : il faut être militaire consommé pour bien porter cette coiffure, et les besicles bourgeoises surtout se marient pitoyablement avec elle. L’arrèté du gouvernement provisoire qui la supprimait désormais dans la garde nationale provoqua pourtant le 16 mars une ridicule démonstration ayant pour but de le lui faire rapporter, el restée à jamais fameuse sous le nom de journée des bonnets à poil. Cette lourde coiffure, qu’on avait donnée en 1853 aux crenadiers de la garde, a été enfin supprimée,
BONNET CHINOIS. Espèce de macaque, ainsi appelée à cause de la disposition des poils du sommet de la tète, qui, retombant de tous côtés, forment une sorte de calotte.
Les marchands et les amateurs désignent rarement les coquilles par des termes scientifiques. Souvent ils leur donnent des noms qui indiquent leur ressemblance avec certains objets. Ainsi plusieurs coquilles des genres patelle, calyptrie et cabochon ont reçu d'eux le nom de bonnet chinois.
BONNET DE PRETRE (Botanique). Voyez Fusax.
BONNET DE PRETRE ou BONNET à PRÈTRE ( Fortification ), sorte de pièce de fortification qui fait par-
tie des dehors d’une place, et est nommée bonnet par ailusion à la configuration de son plan. C’est une double tenaille, à gorge étroite, construite en avant du milieu d’une courtine, et quelquefois d’un ravelin ; c’est un ouvrage isolé, présentant quatre faces brisées au moyen de deux angles rentrants et de trois angles saillants; c’est enfin une forme de dent de scie entre deux demi-dents. Le prolongement des ailes du bonnet de prétre formerait, si elles n'étaient coupées, un angle de rencontre avec la courtine, et c’est surtout en cela que le bonnet diffère de la tenaille double, dont les aîles sont parallèles, tandis que les siennes se dirigent en queue d’aronde. Le bonnet de prêtre, rejeté par nos meilleurs tacticiens, est peu pratiqué chez nous. Cependant en 1796 les Français défendirent Kehl en y construisant une tête de pont en bonnet de prélre.
BONNET D'HIPPOCRATE. Les chirurgiens donnent ce nom à une espèce de bandage pour la tête ou de capeline à deux chefs pour lex écartements des sutures.
BONNETERIE. On comprend sous cette dénomination tous les ouvrages fricotés ou faits au mélier à bas, comme bonnets, bas, gilets, gants, pantalons, ele., et aussi l’industrie qui s'occupe de la confection et de la vente de ces objets. On peut classer les innombrables produits qai sont l’objet du commerce de la bonneterie en quatre grandes divisions : la bonneterie de coton, la bonneterie de laine, la bonneterie de fil, et la bonnelerie de soie, qui peut se subdiviser en bonneterie de soie proprement dile et en bonneterie de filoselle ou bourre de soie.
La bonneterie de coton est la plus importante, à cause de la masse de consommateurs à laquelle elle s'adresse : sa fabrication occupe une multitude d’ouvriers, disséminés dans un grand nombre de villes, dont la plus importante, sous ce rapport, est Troyes. Les fabriques de Caen et de Rouen, quoique moins considérables, produisent des articles plus recherchés pour la qualité. Nîmes est renommée pour ses bas fins et à jour, auxquels on ne peut reprocher que leur manque de solidité. Les fabriques de Besançon, de Nancy, de Vitry, de Bar-le-Duc, de Lyon, d'Héricourt, de Sainte-Marie-aux-Mines, d’Arcis, de Méry, de Romilly, d’Estissac, ete., ne viennent qu’ensuite.
Dans cette spécialité, la France n’exporte guère plus que les bas et les gants en fi d'Écosse ou coton retors. Cet article mérite une mention spéciale, à cause de l'importance qu’il acquiert tous les jours. On en fait une grande consommation en France ; les pays chauds , et notamment les Antilles , absorbent le reste, et nous sommes encore seuls pour alimenter ce débouché, C’est le département du Gard qui se livre à ce genre de fabrication.
Quant à la bonneterie de laine, nous n’en exportons presque plus à l'étranger. Les produits anglais, qui sont d'une supériorité bien marquée, nous font partout une concurrence victorieuse. Cependant notre consommation intérieure est assez considérable pour que cette industrie soit pratiquée dans un grand nombre de localités. Ainsi Montdidier, Grandvillicrs, Roye, Fèrc-en-Tardinois, Neuilly Saint-Front, Montolieu , Orléans, Reims, Caen et leurs environs ont des fabriques de bas de laine au métier. Poitiers, Chartres et toute la Beauce, Chaumont, Vignory et quelques autres lieux de la Champagne, s'occupent de la fabrication des bas et des bonnets à l'aiguille. Les principales fabriques de bas de laine nommés bas d’estame se trouvent dans les départements du Pas-de-Calais et du Calvados. C’est surtout à Reims et dans le département d’Eurc-et-Loir que se font les bas drapés. Paris fabrique les calottes et autres menus articles.
La bonneterie de fil est aujourd’hui de bien peu d'importance en France. Le centre de cette fabrication est-èn Artois, et on n’y compte guère que cinq ou six grandes maisons. C’est qu’aussi nous ne pouvons lutter avec la Saxe, ni pour le prix, ni pour les qualités du fil que ce pays sait
436 BONNETERIE produire. Autrefois, nous exportions pour l'Espagne et les colonies; maintenant ce sant les Anglais qui approvisionnent ces débouchés, avec la bonneterie de Saxe.
Si on en excepte les articles de Lyon et de Paris, qui d’ailleurs jouissent d'une réputation méritée, la bonneterie de soie provient presque totalement du midi de la France, où ses principaux centres de fabrication sont : Nines, Romans, Saint-Jean-du-Gard, Uzès, le Vigan, Tours, Vasselonne, Montpellier et Ganges. La moitié environ des produits fabriqués passe à l'étranger, et nous avons une véritable supériorité sur la fabrication anglaise. La France approvisionne de bas, de gants, de bonnets de soie, les États-Unis et toute l'Amérique méridionale. L’Angleteire elle-même nous demande beaucoup de gants de soie; et le bas prix de nos produits la forcerait à nous demander aussi ses bas, sans le droit d'entrée qui impose nos soieries.
Enfin , la bonnelerie de filoselle se fabrique aussi dans le département du Gard. La Suisse est le seul pays étranger qui soit redoutable pour notre industrie et notre commerce en ce genre. C’est en Suisse que l'Allemagne, la Hollande et la Belgique, s’approvisionnent en grande partie pour les bas et les gants de filoselle. La consommation intérieure suffit à la France pour ce qu'elle produit elle-même.
Depuis quelques années , on remarque dans la bonneterie un progrès bien sensible, et ce commerce se maintient par la multiplicité des genres et des articles nouveaux dont il s'occupe. Toutefois, les exportations ne sont pas plus élevées qu’il y a quinze ou vingt ans. En effet, nous ne pouvons pas fournir aux étrangers les articles communs , que les Anglais peuvent produire à bien meilleur marché. Nous leur sommes supérieurs pour le beau et le fini; mais sans la mode, dont nous possédons mieux qu'eux l’art de stimuler les caprices, nos exportations deviendraient nulles.
BONNET ROUGE où BONNET DE LA LIBERTÉ.
Cette coiffure dont les artistes décorent la Liberté, sans doute depuis qu’il était la marque del’affranchissement des esclaves, devint, avec la carmagnole, le signe distinctif des masses populaires qu'emportait le flot démagogique lors des premiers excès de la révolution de 1789. S'en coiffer à cette époque, c'était faire acte de civisme, el la populace qui inonda les Tuileries à la journée du 20 juin 1792 en décora le front de Louis XVI, rebelle à huis clos, selon sa coutume, à ce grand mouvement d’émancipation générale, auquel il semblait toujours céder de bonne grâce en public. Mais d’où venait cet emblème si spontanément, si généralement adopté? Était-ce une réminiscence du vieux bonnet phrygien, comme quelques-uns Pont prétendu? Ou plutôt n’y faut-il voir autre chose que la coiffure des premières bandes marseillaises affluant à Paris après l'avoir probablement empruntée à leurs voisins les montagnards catalans des Pyrénées-Orientäles, qui s’en parent de temps immémorial, malgré les ordonnances sévères de tous les préfets bien pensants? Une troisième version assigne à cette coiffure une autre origine : A l’en croire, des soldats suisses, s'étant révoltés contre leurs officiers aristocrates, auraient été impitoyablement envoyés aux galères; mais, graciés par l’Assemblée nationale, ils seraient revenus à Paris décorés du bonnet rouge du bagne, et l’auraient popularisé parmi la multitude qui les recevait en triomphe, La dénomination de bonnets rouges s'étendit, plus tard, aux hommes qui adoptèrent cet insigne, et devint le synonyme de montagnard.
De France cet emblème est passé dans l’une et l’autre Amérique; et sur les deux Océans, en Californie comme aux États-Unis; au Mexique, à Vénézuéla , à la République du Centre, à la Nouvelle-Grenade, à Mon!évideo, à Buénos- Ayres, au Paraguay, comme au Chili, au Pérou, à Bolivia, partout enfin sur les monnaies ou sur les sceaux des difrérents États on retrouve notre bonnet phrygien de 1793 complétement dépouillé de cet aspect répulsif qu'il a chez nous.
—— BONNETS
En France, quelques jeunes gens essayèrent en vain de le remettre à la more à l'issue de la révolution de 1830 et dans les diverses émeutes qui la suivirent. Ils n'y réussirent pas mieux après la révolution de 1848, non plus qu’après celle du 4 septembre, et même pendant la Coinimune de 1871. Cette vieille friperie révolutionnaire, renouvelée de 1793, ne pouvait pas revenir à la mode. On ne refait jamais deux fois une même époque. 11 y avait danger à faire revivre ces insignes désormais inséparables, dans l'esprit des masses, des erreurs et des excès d’une autre époque. Aussi le gouvernement en reprenant de la force commença-t-il nar éloigner le bonnet rouge du front des statues de la Lihertéet de la République, On lui substitua de pâles auréoles, de lourdes couronnes d’abondance. Puis ce symbole d’affranchissement a fini par redevenir, comme sous la monarchie, un emblème séditieux.
BONNETS (Faction des). Après Charles XIT, le gouvernement de la Suède était tombé aux mains d’une aristocratie factieuse et turbulente. D'abord, cependant, tous les partis qu'on comptait dans la diète semblaient n’avoir en vue que le bien général et n’aspirer qu’à guérir les plaies de la patrie; mais cette harmonie ne dura pas longtemps. La diète de 1738 vit se former dans son sein deux factions, celle des chapeaux, dévouée à la France, et celle des bonnels , qui recherchait l'appui de la cour de Saint-Pétersbourg. Les chapeaux, quelques années après, déterminèrent la diète à rompre avec la Russie; et cette rupture attira sur la Suède de grands revers, parce que la jalousie réciproque des deux factions faisait échouer toutes les opérations et déconcertait les plans de campagne les mieux combinés. Victime de légoisme et de l'ambition de ses gouvernants, la Suède éprouvait à la fois les inconvénients de la démocratie et ceux de l’oligarchie. Les malheureux résultais de la guerre de 1741 et de celle de 1756, qui toutes deux avaient élé entreprises à l’instigalion des chapeaux, altérèrent considérablement la popularité de cette faction. Pourtant elle parvint, pendant la diète de 1769, à s'emparer du “pouvoir et à dépouiller les membres du parti opposé des principaux emplois. Mais lorsque la guerre vint à éclater entre elle et la Porte, la Russie, d'accord avec l'Angleterre, fit tous ses efforts pour relever le crédit et l'influence des bonnets, afin de rester de la sorte en paix avec la Suède, et de n’avoir-pas de fâcheuse diversion à redouter de ce côté.
La mort du roi Adolphe-Frédéric, arrivée sur ces entrefaites (1771), ouvrit un nouveau champ à l'intrigue dans la diète qui fut convoquée à l’occasion de l’avénement de Gustave III, son fils et son successeur, Ce jeune prince s’entremit d’abord entre les deux partis pour tâcher de les concilier ; mais il y réussit si peu, que les animosités ne firent qu'angmenter, et que les bonnets, soutenus par la Russié et l’Angleterre, parvinrent à faire décréter l’expulsion totale des chapeaux , tant du sénat que des autres places et dignités du royaume. La licence devint alors extrème, et la réforme du gouvernement de plus en plus nécessaire. Elle fut accomplie en 1772.
L'Académie Frauçaise, sous le règne de Louis XV, eut aussi un instant ses deux factions des bonnets et des chapeaux. Les bonnets, c'étaient les évêques et le parti dévot ; les chapeaux, c’étaient les encyclopédistes et les philosophes. En ce temps-là, deux places étant devenues vacantes dans le docte aréopage, grande fut la rumeur entre les deux factions, C'était une belle occasion de recruter son parti, et la lutte fut vivement engagée. La ville tenait pour les chapeaux, la cour pour les bonnets. Les chapeaux prirent habilement leur temps, et en un seul jour enlevèrent d’assaut les deux élections. Suard et l'abbé Delille obtinrent la majorité des suffrages. Tout rouges de colère, les bonnets jetèrent les hauts cris dans cette cour étrange, où la dévotion vivait en fort bons termes avec le parc aux Cerfs.