‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 264 sur 527 · BONNETS — BONNEVAL · texte numérisé non relu

BONNETS — BONNEVAL

Le roi destitua de leur immortalité naissante les deux académiciens, sur le seul motif qu'ils étaient très-véhémentement soupçonnés d’être encyclopédistes. Notez que ni l'un ni l’autre n'avaient écrit une ligne dans l'Encyclopédie. Forcés de céder aux ordres du roi, les chapeaux n'abandonnèrent pourtant point la victoire aux bonnets : ils nommèrent deux autres académiciens, pris dans la secte dévote, et dont l’un, Beauzée, avait écrit, depuis la mort de Dumarsais, tous les articles de grammaire dans l’£ncyclopédie. Ce choix fut agréé par le roi, Lant on était conséquent dans cette cour-là ! et deux ans après Suard et Delille retrouvèrent leurs deux fauteuils, malgré les bonnets, dont la vogue était en décroissance.

BONNETTE ( Fortification), mot dont on ignore l’étymologie, mais qui pourrait être allemande, puisque Jabro dit que ce que les Allemands appelaient bonnette est nommé Surtout par les Français. La bonnette sert à garantir, contre le feu d’une éminence trop voisine, une partie saillante de retranchement, quand on n'a pas le temps d’exhausser suffisamment tout l'ouvrage. En ce cas, on élève seulement de quelques mètres, et en forme de cavalier, le parapet de l'angle; et l’on se garantit ainsi parfaitement des feux à rieochets.

Dans la fortification régulière, une bonnette est une pièce détachée nommée aussi lèche. C’est un petit ravetin palissadé et sans fossé, à parapet, à angle saillant et à deux faces ; il est construit soit en avant du glacis, soit au pied de l’avant-fossé, comme corps-de-garde d’avancée et est mis en communication avec le chemin couvert, au moyen d’une tranchée. On fait usage des bonnettes ou exhaussements de terrain pour se préserver des commandements de revers, et n'être pas dominé par des éminences. G?! Banptn.

BONNETTES (Marine). On appelle de ce nom des voiles légères, en forme de carré long, un peu trapézoïde, qu'on suspend aux extrémités des vergues qui supportent les autres voiles, dont la surface est à peu près double. Elles se tendent au moyen d’une petite barre en bois léger, à laquelle s’attache le côté supérieur de la bonnette, et la corde qui sert à la suspendre, en même temps que ses coins inférieurs, est retenue par d’autres cordes, dont l’une s’appuie sur l’extérieur d'un long bout de bois qu’on pousse à volenté et qui fait saillie à l'extrémité d’une vergue plus basse. Les bonnettes sont les voiles de beau temps, livrées d’ordinaire au souffle d’une faible brise dont la direction est pourtant favorable à la route que suit le navire. Les Espagnols les appellent alas, et en effet ce sont les ailes du navire; mais par une exagération, plus embarrassante que profitable, certains capitaines ajoutent des ailes en dehors de ces ailes, ce qui constitue les bonnetles de bonnettes.

C’est un magnifique spectacle qu’un navire cinglant par un beau temps avec son appareil de bonnettes, se balançant sous cette puissante masse de voiles, et se redressant par un mouvement gracieux sur la courbe des houles. Si le vent le frappe d’un côté, c’est de ce côté qu'il déploie ses ailes, qu'il éfablit ses bonnettes en les obliquant ou les relevant suivant les capricieuses variations de la brise. Enfin, il en déploie de deux côtés si le vent souffle directement en poupe; alors il se dandne fièrement, à/ roule, ct ses bonnettes basses suspendues tout près de la mer en effleurent la surface. Les bonneltes prennent le nom des voiles près desqueiles elles sont suspendues. Les bonnetles basses sont celles qui se placent à côté des basses voiles; mais généralement le mât de misaine est le seul qui en porte. Les autres bonnettes sont celles de huniers , de perroquets et de cacafois. Elles diminuent d'amplitude à mesure qu’elles s'élèvent. Les bonnettes sont, en outre, dites grandes ou petites, selon qu’elles appartiennent au grand mât ou à celui de misaine.

Les bonnettes ne restent pas, comme les autres voiles, invwiahlement attachées aux mâts, Quand celles neservent pas

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comme voiles, leur place est partout où elles sont à Pabri, partout où elles peuvent être utiles, soit pour exposer, au grand air, sur le pont, du biscuit ou des graines, soit pour improviser une tente contre les ardeurs du soleil, Une voie d’eau inquiétante se déclare-t-elle sous le bâtiment, vite pour en diminuer la gravité une bonnette doublée de filasse et recouverte d'une couche de suif est appliquée sur la partie de la carène où l’on soupçonne qu'elle existe. Sous les chaleurs de la zone torride, lorsque par un temps calme le navire dort immobile sur l'Océan, une bonnette plongée dans la mer et relevée aux quatre coins par des cordes devient une vaste baignoire pour l'équipage qui s’y ébat sans peur du requin qui flaire pourtant sa proie à travers la toile protectrice. Jules LECOMTE, ancien officier de marine,

BONNET VERT , coiffure infamante qu’un arrêt de règlement rendu le 26 juin 1582 imposa aux cessionnaires et faillis. Cette prine, suivant Pasquier, signifiait que celui qui était forcé de recourir à la cession de biens s'était attiré sa ruine par sa folie, et qu’il méritait dès lors d’être signalé à la risée publique. Son véritable but était de retenir les débiteurs par la crainte de la honte et du ridicule. Ce qu'il y avait de désagréable dans cette formalité était du reste compensé par un avantage qui avait bien son prix; car l’homme coiffé du bonnet vert était sacré pour la baguette de l'huissier, et les décrets de prise de corps ne pouvaient recevoir d'exécution contre lui. C’est ce qui explique l’épithèle qu’on trouve dans ces vers de Boïleau :

Sans attendre qu'ici la justice ennemie L'enferme en un cachot le reste de sa vie,

Ou que d’un bonnet vert le salutaire affront Flétrisse les lauriers qui lui couvrent le front,

Cette peine est tombée en désuétude depuis plus d’un siècle.

Le bonnet vert était, dans les bagnes, la coiffure des condamnés aux travaux forcés à perpétuité,

BONNE VAL ( CLAUDE-ALEXANDRE , COmte DE ), naquit le {4 juillet 1675, à Coussac, en Limousin, d’une ancienne et illustre famille, qui tenait à la maïson de France par celle de Foix et d’Albret. Sa vie est un roman, qu’il s’est plu à retracer dans ses mémoires. L’impétuosité et l’inconstance de son caractère étant incompatibles avec l'étude, il sortit à douze ans du collége des jésuites, pour entrer dans la marine royale, où ii fut promu peu de temps après au grade d’enseigne de vaisseau. Dieppe, La Hogue et Cadix furent témoins du courage de ce jeune officier. En 1698, quelques mécontentements l’engagèrent à passer du service de la marine dans le régiment des gardes : ce régiment était alors une école de plaisir, ou plutôt de libertinage; car le comte de Bonneval avoue franchement, dans ses mémoires, qw’il y tira, à laide de sa bonne mine, quinze mille francs au moins d’une jeune dame, épouse d'un riche fournisseur. A l’époque de la guerre de la succession d’Espagne, en 1701, ayant obtenu le régiment de Labourd , il se distingua à la campagne d’Italie. Catinat, Vendôme, le maréchal de Luxembourg, et plus tard le prince Eugène, faisaient le plus grand cas de sa valeur et de ses talents militaires, dont les plaines de Fleurus, les remparts de Namur et Nerwinde avaient été le théâtre. 11 contribua au succès de la bataille de Luzzara. Le prince Eugène lui dit depuis que dans cette affaire il lui avait arraché la victoire des mains.

Malheureusement pour le comte de Bonneval, sa langue n'était pas moins tranchante que son épée : elle avait offersé mortellement M" de Maintenon et aussi le ministre Chamillard, qui le fit condamner par un conseil de guerre à la peine capitale, comme traître et concussionnaire. Bonneval passa alors d'Italie en Allemagne, où il porta les armes Contre la France, avec le grade de général-maior, dont il était redevable à Ja protection du prince Eugène. Sous les drapeaux impériaux , il porta le fer et la flamme en Provence et en Dauphiné, non content d’avoir, les années précédentes, versé le sang français en Italie, En 1708 on lui

confia un corps de troupes chargé de soutenir contre le pape Clément XI les prétentions de l’archidue Charles. Il fit les campagnes de 1710, 1711 et 1712 sous le prince Eugène. Après la paix d’Utrecht, Charles VI le nomma, en récompense de ses services, lieutenant général et membre du conseil aulique, La guerre étant venue à éclater entre l’Autriche et la Turquie, le prince Eugène fut mis à la tête de l’armée de Hongrie ; et c’est en partie à la valeur de Bonneval qu’il dut le gain de la fameuse bataille de Péterwaradin, où, le flanc ouvert d’un coup de lance, foulé aux pieds des chevaux, on le vit tenir encore tête à l’ennemi avec dix des siens, qui l’arrachèrent du milieu des janissaires. J.-B. Rousseau, à ce sujet, a illustré son ami par une belle strophe de son ode au prince Eugène. Lors de la paix de Rastadt le prince Eugène fit annuler en France les procédures instruites contre Bonneval, et obtint la restitution de ses biens, dont son frère toutefois refusa de se dessaisir. Dès que Vétat de ses blessures le lui permit, Bonneval vint à Paris, où il fut reçu avec une grande distinction.

Cependant les mobiles destinées du comte de Bonneval ne pouvaient jamais se fixer; une circonstance légère les fit changer encore tout à coup : un soir de juillet, la femme du jeune roi d’Espagne s’était, dit-on, promenée en déshabillé dans ses jardins avec deux de ses femmes, et, grand scandale pour ces temps, s’était baignée dans une des pièces eau de son palais. Le marquis de Prie, favori du prince Eugène et vice-gouverneur des Pays-Bas, son épouse et ses filles, interprétèrent, commentèrent même malicieusement cette promenade nocturne de la jeune reine. En chevalier français, Bonneval releva cet outrage fait, comme il le dit, à une princesse de France et à une reine d’Espagne. De là haine mortelle entre le vice-gouverneur et le lieutenant général. Un jour il envoya à Prie un défi, et se déchaina en injures de toute espèce contre la femme et les filles de celui qu’il traitait de calomniateur. Une conduite si peu mesurée déplut au prince Eugène, qui voulait qu'au moins on respectât dans le gouverneur la dignité de sa place. Il priva Bonneval de {ous ses emplois. Cet homme indomptable, loin de se soumettre à cet arrêt, qui eût été adouci, passa à La Haye, et de là lança un cartel au prince Eugène. Cette hardiesse, cet oubli des lois de la discipline et de la hiérarchie, encore sans exemple en Allemagne, soulevèrent l’indignation de la cour de Vienne, et le perdirent sans retour, Conduit au Spielberg, un conseil de guerre le condamna à la peine de mort, qui fut commuée par l’empereur en une année de détention dans la forteresse, Sa peine expirée, il fut conduit à ia frontière, et on lui enjoignit de ne jamais reparaître sur le territoire de l'Empire.

Pour rompre à jamais avec les princes chrétiens, de Venise, où il s'était enfui, il passa en Turquie, où il embrassa la religion de Mahomet, en 1720. La circoncision, qu’il subit des mains d’un iman, lui valutune fièvre de vingt-quatre heures, et, bien contre son gré, la visite et les compliments des hauts dignitaires de l'empire ; son nom dès lors fut Achmet-Pacha. Bien vu du sultan Mahmoud, il fut investi par lui de plusieurs dignités. « Admis aux pieds de sa Hautesse, elle me dit, écrit Bonneval, gw’elle ne doulait pas que je ne lui fusse aussi fidèle que je l'avais été partout ailleurs. J'en fis serment. Quand je l’eus fait, un des secrétaires d’État meremitune patente : elle me déclarait pacha à trois queues. » Peu de temps après, il fut créé topigi-bachi, c’est-à-dire général de lartillerie. 11 avait déjà formé à l'européenne ce corps indiscipliné jusque alors. I] lui apprit à pointer les pièces, à se servir des bombes avec plus de succès ; il enseigna à la cavalerie turque à se ranger en escadrons; enfin il commença ce que de nos jours le sultan Mahmoud et Ibrahim ont en partie achevé. Dans la guerre contre les Moscovites, on lui confia un corps de vingt mille hommes; dans celle contre les Persans, il remporta des avantages sur Thamaps-Kouli-Kan, Il eut le titre de bégler-bey. Enlin ayant

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