BONS-HOMMES — BONTÉ
moines , en attendant qu'ils eussent une église plus grande, dont la construction fut commencée du vivant de cette reine, qui en posa la première pierre. Elle ne fut terminée qu’en 1578. Le couvent, supprimé en 1790, a, en partie, été remplacé par un chemin qui adoucit la pente de la montagne dite des Bons-homimes, et par de nombreuses habitations particulières.
BONSTETTEN (CnarLés-Vicror DE), écrivain renommé, né le 3 septembre 1745, à Berne, où son père remplissait l'emploi de trésorier. Bonstetten reçut sa première instruction à Yverdun et à Genève, où il puisa dans la société de Stanhope, Voltaire, Saussure et Bonnet, le goût des recherches psychologiques. Après avoir achevé ses études à Leyde, à Cambridge et à Paris, il partit pour l’Italie, qu’il visita depuis à plusieurs reprises. Nommé en 1775 membre du grand conseil de Berne, puis landvoigt de Sarnen et en 1787 de Nyon, il fut placé ensuite à Lugano comme grand-juge, bien que sa vie dissipée le rendit peu propre aux affaires. Matthisson, Salis, Frédérique Brun et Jean de Muller vivaient avec lui. C’est à cette période de sa vie qu’apparticnnent ses Lettres sur le pays des pâtres suisses (Bâle, 1782). Fuyant devant les troubles de sa patrie, il se retira, en 1796, en Italie, d'où, sur l'invitation de son amie Frédérique Brun , il se rendit à Copenhague. Pendant son séjour dans cette dernière ville, il publia ses Opuscules, qui offrent beaucoup d'intérêt sous plusieurs rapports. A son retour en Suisse, en 1802, il se fixa à Genève. La même année il fit imprimer à Zurich les résultats de ses recherches sur l'instruction populaire, Un nouveau voyage qu’il fit en Italie l’engagea dans des investigations topographiques sur la stérilité croissante de la campagne de Rome par suite du manque de culture et de la propagation du mauvais air, investigations dont il a consigné les résultats dans son Voyage sur la scène des derniers livres ue l Énéide, suivi de quelques observations sur le Latium moderne (Genève, 1813). Ses Recherches sur la nature et Les lois de l'imagination (Genève, 1807) ont été inspirées en partie par les ouvrages de Muratori et de Bettinelli sur le même sujet. Dans ses Pensées sur divers objets du bien public (1815), dans ses Études de l'Homme ou recherches sur des facultés de sentir et de penser (1821) et dans L'homme du Midi et l’homme du Nord (1824), Bonstetten a su mettre à la portée du peuple les enseignements de la philosophie pratique. Cet aimable vieillard mourut à Genève, le 3 février 1832. Une imagination vive et mobile et une grande bienveillance formaient les traits distinctifs de son caractère. Ses Lettres à Matthisson de 1795 à 1827 ont été publiées par Füssli (Zurich, 1827); et ses Lettres à Frédérique Brun, qui peignent si bien la gaieté de son esprit, l’ont été par Matthisson (Francfort, 1829).
BONTE. La bonté, dans le sens le plus général du mot, est ce noble sentiment de l’âme qui la dispose à vouloir et à faire le bien de tous les êtres sensibles qui sont en rapport avec elle, Ce brillant attribut du monde moral se révèle à nous de deux manières. L'homme nous l'offre d’abord , et quoique le cœur humain soit envahi par une foule d’autres sentiments qui en ferment souvent l'accès à celui-à, on peut l’y contempler néanmoins, et avec une admiration d’autant plus vive qu’on le rencontre rarement, et que c’est par lui que l’homme semble le plus s'approcher de son Créateur et refléter quelque chose de la divinité. Nous pouvons aussi l’envisager dans l’auteur de la nature, et là il nous apparait sur une échelle infiniment plus vaste, bien que nous n’ayons dans ce cas que l’induction pour latteindre , et bien que l’homme lui-même, par l’injurieuse expression de ses doutes et par d’ingénieux sophismes, ait essayé d’en obscurcir éclat, :
La bonté, considérée dans l’homme, résume toutes les affections bienveillantes, ou, pour mieux dire, chacune de
ces affections n’est autre que la bonté elle-même, qui se |
DICT, DE LA CONVERS. — T IH
déploie dans des circonstances différentes, et qui prend alors un nom particulier, selon la circonstance particulière où elle manifeste son action. Pour faire le bien, dans la véritable acception du mot, il faut deux choses : vouloir le faire et en avoir la puissance. Mais il est malheureusement trop vrai que ces deux conditions sé trouvent bien rarement réunies dans le même individu, et, par une sorte de fatalité, il semble au contraire que dans l’état réel de la société elles sont presque incompatibles, et que ceux qui auraient le pouvoir de faire le bien laissent à ceux à qui ce pouvoir manque le soin de le vouloir. Quand la bonté est bornée à ce rôle, qui est néanmoins l’essentiel, elle prend le nom de bienveillance. Dans ce cas, la bonté fait encore tout le bien qu’il lui est possible d'accomplir dans les limites qui lui sont assignées, Ainsi, elle témoigne vivement tout le désir qu’elle ressent d’être utile, elle est affectueuse, et s’abstient de toute parole et de toute action qui pourrait blesser le plus légèrement autrui.
Les maux qui affligent l'espèce humaine sont de deux sortes : les souffrances physiques et les peines morales. La bonté essaye également de soulager les unes et les autres; car c’est faire le bien que de combattre le mal. Maïs comme les peines morales lui offrent moins de prise, et qu’elle ne peut que donner quelques consolations, qui sont souvent inuliles, c’est surtout aux souffrances physiques qu’elle s’adresse, parce que la nature offre plus de ressources pour les vaincre ou les alléger. La bonté a reçu alors le beau nom d'humanité. Les vues de l’humanité peuvent être plus ou moins étendues, selon la portée d’esprit de l'individu que meut ce noble sentiment. Quand elle ne se borne pas à venir au secours des maux dont elle est témoin, et qu’elle embrasse dans son zèle toute l’espèce humaïne, dont le malheur est le partage, on l’appelle philanthropie. Le christianisme avait déjà désigné ce sentiment sublime par le mot charité, qui dans sa primitive acception a été remplacé par les mots humanité, philanthropie, pour les motifs que nous allons indiquer. La religion, œuvre de sentiment plutôt que de raison et de calcul, avait admirablement réussi à enflammer l’homme de l’amour de ses semblables, et à transformer le penchant qu’il a à faire le bien en un sentiment brûlant qui le portait aux actes les plus sublimes de dévouement et d'humanité. Mais comme les intérêts de la vie future étaient plus sacrés aux yeux des chrétiens que ceux de la vie terrestre, ceux-ci furent biens tôt sacrifiés aux autres, et la charité finit par s’occuper beaucoup plus du soin de sauver les âmes que d’apporter du soulagement aux souffrances de la condition humaine. Aussi le mot charité ainsi compris et appliqué dut perdre de sa vogue et s’oublier, pour ainsi dire, du jour où lon comprit que les maux physiques et les intérêts matériels n'étaient nullement à dédaigner, que le malheur abrutit l'homme, et que ses intérêts moraux ne sont jamais mieux garantis et ne peuvent l'être que lorsqu'il est affranchi de ses misères corporelles. C’est donc à leur soulagement que la philosophie dut s'appliquer d’abord. C’est pour cette raison qu’elle a rayé le mot charité, qui avait fait son temps, ou du moins n’était plus bien compris, pour le remplacer par les mots humanité, philanthropie, qui sont moins larges peut-être, mais qui indiquent mieux le but immédiat que doit maintenant se proposer l’homme sur la terre.
La bonté, considérée sous ce rapport, peut jouer deux rôles différents; elle peut ne se produire qu’à l’état de sentiment et demeurer passive : alors elle devient compassion, sympathie bienveillante; ou bien clle se produit au dehors et passe à l'état actif : dans ce cas, on l'appelle bienfaisance. S'il s’agit pour elle, non plus d'accorder des bienfaits et de venir directement au secours des malheureux, mais seulement de rendre des services qui n’exigent point de sacrifices matériels de la part de celui qui les rend; «ie prend le nom d’obligeance. Le bien
qu’elle fait alors n’est pas aussi méritoire; il a néanmoins son prix quand il a sa source dans un sentiment de bienveillance et dans une intention droite et désintéressée, Mais quand la bienfaisance est libérale dans ses dons et prodigue de sacrifices, elle revêt un caractère plus élevé encore, et devient de la générosité.
Il y a une autre espèce de sacrifices qui rend le rôle de la bonté plus éclatant et plus sublime encore : c’est lorsqu'il s’agit, non plus de se priver de quelques avantages matériels pour les reporter sur ceux qui en ont besoin, mais de sacrifier son ressentiment ou son indignation pour n'écouter que la voix de la pitié et de la miséricorde envers ceux dont on a reçu quelque offense et sur lesquels on pourrait exercer de justes représailles : la bonté s'appelle alors clémence, grandeur d’äme; on lui donne aussi dans ce cas le nom de générosité.
On nous reprochera peut-être de n’avoir pas, dans notre définition, qualifié la bonté de vertu. Nous n’aurions pu la qualifier ainsi sans rendre sa définition inexacte. La bonté est bien une vertu dans certains cas, mais dans d’autres aussi elle n’est qu’un sentiment, un penchant de l'âme que la nature a mis en nous, et qui nous dispose seulement à faire le bien. Or, un penchant, naturel, quelque favorable que soit son action, ne mérite pas le nom de vertu, car il ne nous appartient pas en propre, il n’est point notre fait, et ne doit être rapporté qu'à la nature. Pour qu'il y ait vertu dans l’homme, il faut qu'il y ait acte réfléchi, lutte, dévouement, sacrifice : c’est pourquoi la bonté ne devient vertu que du moment où elle est active. Ainsi la bienfaisance, la clémence, seront des veréus ; la bienveillance, la compassion, ne seront jamais que des sentiments, dont le mérite appartient uniquement à la nature qui nous les inspire, dont la possession ne doit point nous enorgueillir, et dont nous ne pourrions étouffer la voix sans nous rendre coupables. Que l’homme ne s’arrête donc pas à cette idée de bonté sentimentale qui est toute passive, car il peut être bon sans être vertueux, et s’il n’est vertueux il n’est rien. Qu'il se méfie de cette qualification de bon cœur, qui n'implique pas-l’idée d'acte, d’effort, de sacrifice, et qu'il croie bien n’avoir rien fait pour ses semblables ni pour lui tant que sa bonté ne sera pas devenue pratique.
Si nous considérons maintenant la bonté dans l’Être suprême, nous n’aurons plus à nous occuper de ce qu'elle est en elle-même, nous ne la verrons que dans les faits que l'observation nous révèlera, car ce n’est que par les actes au moyen desquels elle se produit que nous pouvons l’atteindre, et c’est l'induction seule qui peut nous éclairer en pareil cas. Si nous jetons les yeux sur la création animée et sensible, qui seule peut nous fournir les preuves de la bonté divine, nous remarquons deux espèces d'êtres bien distincts : les animaux privés de liberté et de raison, et l'homme. Comme la destinée des premiers ne s'étend pas au delà du temps qu'ils passent sur la terre, la somme des plaisirs qui leur sont accordés devait dépasser de beaucoup celle des maux qu'ils y rencontrent. C’est en effet ce que l'observation sous atteste. En voyant de combien de parties est composé l’animal le plus petit, combien semblent délicats et compliqués les ressorts d’où dépend sa vie, en voyant que cette machine si frêle résiste pendant .de nombreuses années aux causes qui tendent à la détruire, on ne peut s'empêcher de reconnaître une souveraine bonté pleine de soHicitude, sans cesse attentive à la conservation de chaque être, qui a placé chaque espèce au milieu de tout ce qui est nécessaire à ses besoins, et qui a attaché à la satisfaction de ses besoins des jouissances qui sont pour la plupart inutiles à leur conservation ; car la nature aurait pu conserver les animaux par la seule crainte de Ja douleur : elle ne l’a pas fait ; elle a au contraire rendu leurs souffrances très-passagères, et écarté les maladies qui auraient