‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 267 sur 527 · BONTÉ · texte numérisé non relu

BONTÉ

rendu pénible le cours de leur existence; de plus, les sonffrances auxquelles ils sont exposés sont probablement beaucoup moindres qu’elles ne nous paraissent. Ainsi, on cite le fait d’une araignée qui avait le corps traversé par une épingle, et qui n’en savourait pas moins le plaisir de sucer le sang d’un moucheron qu’on avait placé à sa portée, S'il est vrai néanmoins qu’ils aient à souffrir quelquefois, soit de la part des hommes, soit de la part des espèces ennemies, ces moments de douleur sont compensés et audelà par les nombreux plaisirs dont ils jouissent pendant presque toute la durée de leur vie. Sans regret du passé, sans inquiétude de l'avenir, tout entiers à goûter le présent, les aliments dont ils se nourrissent, l'air qu’ils respirent, la lumière qui les éclaire ou les échauffe de sa douce influence, tout les rend heureux, et ils attestent à chaque moment du jour, par leurs chants, leurs cris ou leurs mouvements, qu’ils sont dans un continuel état de bien-être,

dont ils ne doivent le sentiment qu’à la bienveillance de

l’auteur de la nature.

Assurément l’homme ne paraît pas aussi bien partagé, et les chances de souffrances auxquelles il est exposé semblent infiniment plus multipliées. On pourrait faire, et l’on a fait de longues et tristes énumérations des maux qui pèsent sur l'humanité. Sans vouloir en nier l'existence, nous essayerons pourtant de montrer qu’ils ne sont pas sans compensation, et nous tAcherons surtout d’en fournir une explication qui prouvera que, loin d’être un motif d'accusation envers le Créateur, ils ne servent qu’à attester la sublimité et la bienveillance de ses desseins vis-à-vis de l’homme. D'abord il est certain que Pimagination et l'horreur que nous inspire la pensée de la douleur nous ont fait singulièrement exagérer les misères qui affligent l'espèce humaine. Ces fléaux si terribles dont on se plaint, ces grands désordres de la nalure, qui deviennent funestés à des populations entières , apparaissent très-rarement, relativement aux mêmes individus. Ils sont la plupart du temps l'effet de lois générales, utiles dans leur tendance; enfin, ils aboutissent à la mort ; et sans considérer ici si elle est un mal, ce sont des moyens comme d’autres d’arriver à ce terme inévitable. On peut en dire autant des maux causés par les maladies, par les blessures accidentelles, qui sont beaucoup plus rares qu’on ne pense, surtout pour un même individu, car on le regarde comme un état contre nature, c’est-à-dire comme un état qui n’esf point ordinaire ni habituel : de plus, la douleur qui existe n’est pas aussi cruelle qu’elle le paraît. Dans la plupart des maladies, surtout dans les maladies graves, le patient ne sent point son état. On sait d’ailleurs, et plusieurs faits me l’ont prouvé à moi-même, qué l'inquiétude causée par l’idée de la mort n’est jamais plus éloignée de Pidée du malade que quand la mort le menace de plus près, Il est des maux auxquels on s’habitue, et-la plupart du temps ils inspirent plus de pitié à ceux qui en sont témoins qu’ils ne font éprouver de souffrance à celui qui les ressent. Les douleurs trop vives amènent presque toujours l’évanouissement, c’est-à-dire un état d’insensibilité complète. Enfin, dans ces moments cruels la nature ne s’est point montrée sans compassion à notre égard, et elle a placé pour ainsi dire le remède à côté du mal, en nous inspirant cette pitié secourable qui nous porte comme malgré nous à soulager les maux dont nous voyons nos semblables atteints.

Je ne parle pas ici des souffrances qui ne sont imputables qu’à l’homme, c’est-à-dire au mauvais usage qu'il fait de sa raison et de ‘sa liberté, et qui sont peut-être les plus nombreuses. Nous y reviendrons tout à l’houre. I n'est question jusqu’à présent que de celles qu’il est-hors de son pouvoir d'éviter. Or, d’une part, elles ne sont pas si multipliées ni si longues qu'on se plait à les présenter. D'une autre part, pour l'homme qui descend de bonne foi en lui-même, et qui observe attentivement l'état de sa sensibilité aux différents moments de son existence, il est à peu près certaim

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