BORDA — BORDEAUX
vaisseaux de guerre anglais, il se dévoua pour la sauver à soutenir un combat inégal, et n’amena son pavillon que lorsqu'il vit ses frégates hors de danger et son vaisseau complétement désemparé. Les Anglais le traitèrent avec toute la distinction qui devait s'attacher à tant de courage uni à tant de savoir; mais Borda n’en fut pas moins sensible à son malheur, et sa santé, dès lors altérée, ne lui permit plus le service de mer. Toutefois, il fut encore utile à son arme comme chef de division au ministère de la marine.
S'il honora les sciences par ses talents, il n’a pas moins honoré l'humanité par ses vertus. Élevé par son mérite à des emplois qui lui donnaient une grande autorité sur ce qui Ventourait, il prit toujours autant de soin à dissimuler la supériorité de sa position que d’autres en auraient pris à la faire valoir. Pendant la grande opération qui servit de base au système métrique, quand le trésor public, épuisé par la guerre que soulenait alors la France contre l’Europe coalisée, faisait trop attendre aux artistes le salaire de leurs travaux , il n’hésita pas à leur ouvrir sa bourse. Les grands services qu'il rendit à cette époque, non moins glorieuse pour le génie scientifique que pour le génie militaire de la France, auraient sans doute trouvé leur récompense dans la générosité de la nation, comme ils l'avaient déjà reçue de l'estime publique, sila mort ne l'avait enlevé le 20 février 1799. A. Des GENEVEZ.
BORDAGE ( Marine). Ce mot, fait de bord, indique les planches qui couvrent les côtes ou les membres du navire en dehors : celles du dedans s’appellent vaigres ; les deux planches qui sont des deux côtés de la quille s'appellent particulièrement gabords. L’épaisseur des bordages va graduellement en diminuant jusqu’à 1 mètre ou 1”,30 au-des- | sous de la flottaison; de cet endroit jusqu’au gabord, l’épaisseur reste la même : les premiers sont dits bordages de diminution , les autres bordages de point. Le bordage qui se noie dans la rablure de la quille est le gabord, celui qui
le touche est le ribord. Le bordage, devant se ployer aux | formes du vaisseau, doit être contourné suivant la place | qu’il est destiné à occuper ; on le dompte au feu ou à l’étuve, dans l’eau bouillante; le premier procédé est le meilleur pour les vaisseaux de médiocre grosseur.
BORDAS-DEMOULIN ( JEÂN-BAPTISTE ), écrivain philosophe, est né à Montagnac-la-Crempse, dans la Dor- | dogne, le 18 février 1798. Il est du petit nombre de ceux | dont la biographie est tout entière dans leurs œuvres. Car sa vie n’a été qu'un dévouement absolu et continuel à la recherche de la vérité; rien ne l’a jamais détourné de ses études, et aucun sacrifice ne lui a coûté pour s’y livrer sans | distraction ni relâche. Orphelin de père et de mère presque à son berceau, il se priva de son petit patrimoine pour se consacrer, dès l’âge de seize ans, à l’étude de plus en plus approfondie de la philosophie, des mathématiques, ainsi que de Ja théologie et du droit canon, quoiqu'il n’ait jamais appartenu à l’ordre ecclésiastique. Cette persévérance vraiment héroïque dans de profondes études, qui ne lui pro- | euraient aucune ressource pour les nécessités de la vie, l’a soumis à de longues privations et à de rudes épreuves.
Déjà M. Bordas-Demoulin avait signalé son savoir et sa haute capacité comme philosophe, d’abord dans des examens critiques des systèmes que l’on voulait faire prévaloir comme un nouvel éclectisme, ensuite dans.une Série d’articles dont s’est enrichi notre Dictionnaire de La Conversation et de la Lecture. Ses qualités ‘ont trouvé, pour se manifester avec éclat, un champ plus large dans l'éloge de Pascal et dans l'Histoire critique du Cartésianisme, tous deux couronnés par l’Institut. A la simple lecture de ces œuvres d'élite, on reconnaît les fruits d'immenses études, l'esprit supérieur qui a pénétré les sciences dans toute leur profondeur, et qui, en signalant les mérites et les’erreurs des maîtres, se montre leur émule et digne de les juger. Nous ue citerons, comme conquêtes faites” par l’auteur Aans le
domaine de la métaphysique, que son élucidation parfaite de la nature et de l’immatérialité de la pensée humaine, et ses belles {héories de l'infini et de la substance, auxquelles il devra une place à côté de ceux qu'il a célébrés.
Voltaire aussi a trouvé dans l'auteur du Cartésianisme un digne appréciateur. On lui doit encore les ouvrages suivants : Melanges philosophiques et religieux ( 1846), les Pouvoirs constitutifs de l'Église (1855, in-8), que Rome mit à l'index; Æssai sur la réforme catholique ( 1856), avec M. Huet; Le Nouveau dogme de L'Immaculée Conception (1857), avec le même.
M. Bordas-Demoulin est mort en juillet 1859, à Paris, laissant des œuvres inédites, qui ont paru en 1861, 2 vol.
BORDEAUX, jadis Bourdeaux, ancienne métropole de la seconde Aquitaine, du royaume. et du duché du même nom, ancienne capitale de la Guienne, chef-lieu du département de laGironde, à quatrecent cinquante-sept kilomètressud-ouest de Paris, sur la rive gauche dela Garonne, et à quatre-vingt-seize kilomètres de son embouchure ou de la tour de Cordouan, l’une des premières et des plus florissantes villes de France, port de commerce, chef-lieu de sous-arrondissement maritime, archevêché, ayant pour suffragants les évêchés continentaux d'Agen, d'Angoulême, de Poitiers, de Périgueux, de la Rochelle, de Luçon et ceux d'outre mer, de Saint-Denis de la Réunion, de la Basse- Terre et du Port de France , église consistoriale calviniste, synagogue consistoriale, cour d'appel pour les départements de la Gironde, de la Charente et de la Dcrdogne; tribunal de commerce : chef-lieu de la 14° division militaire; de la 10° légion de gendarmerie, de la 8° division des ponts et chaussées , du 29° arrondissement forestier; direction des douanes ; académie universitaire; facultés de théologie, des sciences et deslettres; séminaire théologique ; écolesecondaire de médecine ; lycée avec cours pour les écoles spéciales et les professions industrielles; écolenormale primaire ; écolenationale de sourds-muets ; école nationale d’hydrographie; école de dessin et de peinture; bibliothèque publique ( 110,000 volumes, parmi lesquels plusieurs éditions du quinzième siècle et quelques manuscrits. précieux ); musée, renfermant une galerie de tableaux et un cabinet d'histoire naturelle et d’antiquités ; jardin botanique et de naturalisation ; observatoire; dépôt de mendicité, mont-de-piété, chambre
de commerce, comptoir d’escompte, Population, 140,60 habitants en 1856, et 194,241 en 1866.
L'industrie de Bordeaux est une des plus importantes de la France. Cette ville a des chantiers maritimes avec bassins de construction pour.toute espèce de navires et même pour des bâtiments de ligne, quatre hauts fourneaux pour la fonte du fer, des aciéries, des fabriques de plomb laminé et de plomb de chasse, des tanneries, des tonnelleries, des poteries, des tuileries, des faienceries, des verreries, une manufacture nationale de tabac, une raffinerie de salpêtre, un très-grand nombre de distilleries et de fabriques de liqueurs renommées, surtout d’anisette qui, pour la qualité et le parfum, n’a pas de rivale ; des vinaigreries, des raffineries de sucre, des filatures de coton, des fabriques et imprimeries d’indiennes, des filatures de laine, des corderies, des fabriques de biscuit de mer, de conserves d'aliments, de produits chimiques, de bouchons de liége, de parchemin, de ganterie ; des fonderies de métaux ; des forges et fabriques de machines et mécaniques et de toiles métalliques ; des fonderies de caractères, des salpétreries et treize typographies.
Son port de commerce est le troisième de la France par son importance et le premier du midi pour les denrées coloniales. Son bassin, formé par la Garonne sur une longueur de huit kilomètres, peut contenir 1200 navires de tout tonnage. Il est accessible même aux bâtiments de cinq cents lonneaux, à toute heure de la marée. Bordeaux est le grand entrepôt des produits du bassin de la Garonne et surtout des vins dits de Bordeaux, de ceux de la Dordogue,
du Lot, du Gers, de Lot-et-Garonne, et des eaux-de-vie de Bordeaux, de Marmande, de Cognac, de Saintonge et de Languedoc. Elle commerce avec toutes les parties du monde, exporte surtout des vins, des eaux-de-vie et ensuite des essences de térébenthine, des résines, des goudrons, des fruits, des grains, des salaisons, des produits manufacturés ; et importe des denrées ccloniales de toutes espèces, des fers, des métaux, de la houille, du bois de construction, du merrain, des huiles, du poisson. En 1866 la grande navigation s’élevait à l'entrée à 1.659 navires (jauseant ensemble 451, 929 tonneaux ); et à la sortie à 1,525 navires (472,164 tonn.). Le commerce avait lieu principalement avec l'Angleterre ( 319,509 tonnèaux ), la Norvège (48,595 tonn. }, toutes les nations maritimes de l’Europe, J’Allemagne, etc. Le cabotage donnait, en 1866, à l'entrée, 5,728 navires (248,976 tonn. }; à la sortie, 11,294 navires (341,417 tonn.). Dans la même année on a relevé, à l'entrée, 124 navires pour la pêche à la morue, et 9 à la sortie, La Gironde y a en général à marée haute 10 à 12 môtres de profondeur, — Communications régulières avec le haut et le bas de la Gironde par bateaux à vapeur. Lignes de paquebots avec la Hollande, l'Angleterre, la Havane, le Mexique, l’Australie, le Brésil et la Plata. Des chemins de fer mettent Bordeaux en relation avec Paris, l'Espagne, Cette et le Médoc.
Le magnifique port de Bordeaux, œnvre de l'intendant de Tourny, offre, en entrant par la route de Paris, un vaste et magnifique panorama. La ville se dessine en demi-lune, et toutes les maisons qui bordent les quais sont bâties sur un plan habilement combiné. D’une extrémité à l’autre, des douze portes au moulin de Bacalan, c’est un horizon varié, immense, de belles maisons et des navires; fout est animé dans ce vaste tableau. Les beaux chantiers de construction, la corderie, l'arc de triomphe de la porte Saint-Julien, la place Royale, l'hôtel des Douanes, la Bourse, la belle éale Fenwick et les élégants et riches édifices des Chartrons, se dessinent successivement sur cette ligne ; et ces navires, ces édifices, ces scènes si: animées, annoncent l’entrepôt des deux mondes.
Bordeaux n'était sous le régime de la féodalité qu’une enceinte de murailles crénelées, percée de treize portes et défendue par trois forts, les châteaux du Ha, de Sainte- Croix ou de Saint-Louis, et Trompette. Au milieu decesremparts gothiques s’élevaient les vieilles tours du château ducal de l'Ombrière. Les deux premiers châteaux ont presque disparu ; celui du Ha n’estplus qu’une prison, et n’a conservé qu'une seule de ses tours; les treize portes, la vieille muraille, ont été remplacées par des maisons et de vastes magasins, et les pointes des tourelles de l’Ombrière sont masquées par un arc de triomphe et les bâtiments de la douane. Le fort du Ha avait été construit sous Charles VII. Le château Trompette restait seul entier en 1789 ; ses murailles se baignaient dans le fleuve, et interrompaient la circulation du port; cette partie de bâtiments avancée a été démolie, et la communication du quartier des Chartrons est devenue libre, Ce beau faubourg des Chartrons esl maintenant réuni à la ville par un superbe quinconce qui a été planté, en 1818, sur l'emplacement du château Trompette. Du côté du port $’élèvent deux colonnes rostrales, hautes de
20 mètres, et sur l’esplanade les statues en marbre de Mon- {aigne et de Montesquien.
La rue du Chapeau-Rouge, qui conduit du port à la place Dauphine, est très-spacieuse ; elle était avant la révolution de 1789 fermée du côté du port par une grille placée entre la partie latérale de la Bourse et du chateau Trompette. Le Grand Théâtre occupe un côté de cette rue; ce vaste et magnifique édifice, chef-d'œuvre de l'architecte Louis, est isolé; il a onze issues; l'escalier du péristyle est ‘grandiose. Les corridors sont vastes, tous les escaliers larges et commodes, les peintures du plafond admirables. Dans le même édifice se trouve une belle salle de concert, à deux