‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 276 sur 527 · BORDEAUX · texte numérisé non relu

BORDEAUX

de France, elles tombèrent sous la domination anglaise par le mariage d'Éléonore de Guyenne avec Henri roi d’Angleterre. Les Anglais s’y maintinrent depuis le milieu du douzième siècle jusqu’au règne de Charles VIE, qui dut cette conquête à Dunois, auquel était réservée la gloire d’expulser l'étranger des provinces de France qu’il occupait depuis près de trois siècles.

Une des conditions de la capitulation de Bordeaux fut la création d’un parlement, qui ne fut néanmoins établi que neuf ans après le traité, en 1460. Il siégeait dans l’ancien château de l’'Ombrière, qui avait été la résidence des ducs de Guyenne. Mais les Bordelais ayant, quelque temps après, rappelé les Anglais, le parlement fut cassé et sa juridiction réunie au parlement de Poitiers, puis rétabli en 1461, transféré à Poitiers l’année suivante, lorsque le roi donna la Guyenne en apanage à son frère, et enfin reconstitué à Bordeaux en 1472. La division, les attributions des chambres y étaient à peu près les mêmes que dans les autres cours Souveraines. Ilse composait de neuf présidents à mortier et de quatre-vingt-dix conseillers. Ce parlement lutta longtemps , et toujours avec un égal courage, contre les gouverneurs , les intendants et le despotisme ministériel. IL y avait en outre à Bordeaux une cour des aides, un conseil d’amirauté et un bureau des finances.

L'autorité municipale bordelaise appartenait à un maire et à quatre jurats ou échevins, qui exerçaient dans toute sa plénitude la police civile et judiciaire : les colléges, les aca-

*démies, tout ce qui tenait au régime intérieur de la ville, était dans leurs attributions. L'Académie des Sciences et Belles- Lettres date de 1712. Elle avait un protecteur héréditaire : c'était un privilége de la famille des ducs de la Force. Les écoles de Bordeaux étaient déjà célèbres du temps des Romains. L’archevèché fut fondé au troisième siècle. Longtemps la mendicité y fut inconnue. L'empereur Napoléon s’étonnant, en 1809, de n’y voir qu'un seul hôpital : « Nous avons, lui dit le maire, peu &e malades et point de pauvres. » Cette réponse naïve était le plus bel éloge de la population.

La révolution de 1789 fut accueillie à Bordeaux avec un enfhouskasme unanime. On comprit tout ce qu’un régime de liberté pouvaitajouter aux progrès deson immense commerce. Les relations d’affections et d'intérêts des négociants bordelais avec les Anglo-Américains avaient préparé cette population active et laborieuse aux principes d'indépendance et à des institutions larges et libérales. Dans les premières années, aucune dissidence d’opinion bien tranchée ne se fit remarquer ; tout annonçait l’union la plus intime : la plus légère Wnanifestation d'opposition au nouveau régime n’eût été qu’une exception , et qu’une exception sans conséquence, Le parlement même avait paru s’associer aux vœux de la grande majorité de la population. Comme tous les autres parlements de France, il s'était d’abord flatté que l'assemblée des états généraux se bornerait à la réformation de quelques abus dans l'administration des finances, et qu'il conserverait toutes ses hautes prérogatives. Mais l'assemblée avait trop bien compris l'étendue des devoirs que lui imposait son mandat pour maintenir l’ordre judiciaire existant. Le parlement de Bordeaux se fit remarquer dans cette lutte de mourants. Il essaya de soulever les campagnes par un factum contre-révolutionnaire. La municipalité dénonça les magistrats à l’Assemblée nationale, qui manda le président et le procureur général à sa barre.

Les députés de Bordeaux à l’Assemblée législative se mon- {rèrent les dignes représentants de cette grande ville. Tous les hommes qui croyaient à la bonne foi de Louis XVI et à la possibilité d’assurer le bonheur et l'indépendance de la France par l’exécution sincère et complète de la constitution de 1791 se rallièrent aux députés de la Gironde. Ceux-ci furent réélus à la Convention; mais accablés par la Montagne, les Girondins se virent proscrits et plusieurs périrent sur l’échafaud à Bordeaux même. L'événement du 9 ther-

DICT, DE LA CONVERS. — T, II

midor promettait à cette ville et à toute la France un avenir de bonheur et de liberté; ce ne fut que l'époque d’une réaction désastreuse, habilement exploitée par le parti contrerévolutionnaire. A Bordeaux, comme dans tout le midi, des correspondances royalistes s’établirent, des comités centraux et particuliers s’organisèrent sous couleur républicaine, On vit se former le club des jeunes gens, doût le but avouéétait, dans le principe, de détruire le {errorisme ; mais, devenus plus nombreux et dominés par les partisans secrets de lan. cien régime, soldés par l'or de l'étranger, ils formèrent une ligue puissante et compacte avec d’autres conjurés, depuis les Alpes jusqu'aux Pyrénées. Bordeaux eut ses Compagnies du Soleil, et enfin son Institut.

Sous l’Empire, la population bordelaise tout entière désirait la cessation des hostilités. Elle appelait de tous ses, vœux le retour des relations commerciales avec l'étranger pour l'exportation de ses vins, dont l’intérieur ne pouvait consommer qu’une très-faible partie. L’armement en course avait enrichi quelques maisons, mais en avait ruiné un plus grand nombre. Pour une ville dont le commerce d’exportation et d'importation est la principale ressource, la paix était plus qu’un bienfait, c'était un besoin, une condition d’existence. Cambacérès, arrivé à Bordeaux en 1808 pour présider le collége électoral, y fut parfaitement accueilli. L'empereur, à son tour, vint à Bordeaux dans les premiers jours d’avril 1808. Il y resta dix jours. Le commerce et la ville lui donnèrent des fêtes superbes. Son mariage avec Marie-Louise et la naissance du roi de Rome y furent célébrés avec la plus gran le magnificence.

Cependant les derniers jours de l’Empire approchaient, et les petits conspirateurs de !’Institut de Bordeaux ne savaient former que de stériles vœux pour un changement de dynastie. Cette faction, plus turbulente qu’active, ne pouvait rien par elle-même, car elle n'avait point de racines dans les masses ; elle n'existait même que par la dédaigneuse tolérance du gouvernement dont elle rêvait la chute. Une défection inattendue vint à son aide, et lui donna quelque consistance, M. Lynch, maire de Bordeaux, qui avait montré jusqu’au 28 février 1814 le plus ardent dévouement à l’empereur, alla douze jours après au-devant de l’armée anglaise lui offrir l’entrée de la ville. Les autorités , restées fidèles au gouvernement, s'étaient retirées à Libourne; les troupes de la division étaient éloignées de Bordeaux; les conjurés de l’Institut avaient seuls accompagné le maire. Leur sortie de la ville s'était exécutée avec le plus profond mystère, et toute la population fut plus qu’étonnée d’apercevoir le lendemain matin un drapeau blanc au clocher de l'église Saint-Michel. Des documents , avoués par les auteurs de l'événement du 2 mars, constatent que dès 1813 M. Lynch s’était mis en rapport avec le comité royaliste de Paris. Cependant la victoire était encore incertaine, et l'occupation de la ville ne décidait rien. La présence du duc et de la duchesse d’Angoulème n’avait rallié autour d'eux que des individualités. La province ne montrait aucune sympathie pour les hommes du 12 mars; les nouveaux chevaliers de Marie- Thérèse et du brassard n'étaient que des factieux sans influence réelle. On rêva le rétablissement du royaume d’Aquitaine ; et un ingénieur, M. Piérhugue, fut chargé de dresser la carte du petit empire : tout cela s’exécutait le plus sérieusement du monde. Enfin, le général Wellington offrit au due d’Angoulème, au nom du gouvernement anglais, de faire de la ville du 12 mars un port franc. Il présentait ce projet comme un témoignage de la bonne amitié qui allait régner entre les deux nations, et comme un honneur et un avantage pour la ville de Bordeaux. Le duc d'Angoulême était enchanté. Mais la question fut ensuite éludée. Toutefois, il faut compter pour beaucoup dans le soudain dévouernent des Bordelais aux Bourbons l'espoir d’une paix prochaine et d’un prompt placement des vins qui encombraient leurs cais depuis tant d'années. Mais l'occasion de mettre à l'épreuve ces grandes

protestations de dévouement ne se fit pas attendre une année, .. La duchesse d'Angoulême se trouvait à Bordeaux lors du retour de l'ile d’Elbe : l'entrée de Napoléon à Paris, la fuite du roi, la défection générale de l’armée, n’abattirent point son courage : elle fit prendre les armes à la garde nationale, courut aux casernes haranguer les soldats et leur rappeler ce qu’ils devaient à leur serment, à leur roi. Des bataillons de volontaires royaux s’organisèrent en un instant, et furent ehargés par ses ordres de défendre les avenues du port et de la ville, d’intercepter les communications et de contenir le peuple. Mais le général Clausel n’eut qu’à donner un signal pour faire reprendre Iles couleurs nationales à la ville du 12 mars. La duchesse partit le 2 avril, à huit heures du soir. Quelques volontaires royaux seulement l’'accompagnèrent. Le général Clausel avait dès le matin même fait son entrée à Bordeaux.

Une colonne monumentale, appelée Colonne du 12 mars, avait été élevée à la porte de Toulouse. Elle tomba avec la dynastie à laquelle elle avait été consacrée, et le 1°" août 1830 ellefut démolie. Bordeaux avait eu alors ses trois jours comme Paris. La révolution de 1848 n’y trouva pas plus d’opposi- {ion que celle de septembre 1870.

Après la reprise d'Orléans par les Prussiens et la dispersion des armées de la Loire et de l'Ouest, la délégation du gouvernement de la Défense nationale, ne se sentant plus en sûreté à Tours où elle s’était établie, se transporta à Bordeaux avec tous les services publics (9 décembre 1870). Le siége de la délégation fut installé dans les bâtiments de la préfecture ; elle y fonctionna jusqu’au 10 février 1871, où elle résigna ses pouvoirs. C’est à Bordeaux que l’Assemblée nationale, élue pour traiter avec la Prusse, devait se réunir : elle y ouvrit ses séances le 13 février, dans la salle du Grand-Théâtre, conclut la paix et délégua à M. Thiers le pouvoir exécutif de la République. Le 20 mars 1871 ellese transféra à Versailles, et le Grand-Théätre fut rendu à sa destination première,

BORDEAUX (Vins de). Le département de la Gironde passe, à bon droit, pour un des plus riches de la France en vignobles. La surface qu’ils occupent n’est pas moindre de 126,220 hectares, soit près du dixième de la superficie du département. Le produit est, année cominuie, de 2 millions d'hecto'ilres, d’une valeur d'environ 90 millions de fr,

Le vignoble bordelais est divisé, d'après les caractères particuliers de ses produits , en divers vignobles particuliers : le Médoc, sur la rive gauche de la Garonne, au-dessous de Bordeaux et jusqu'à la mer, dont la vendange est évaluée de 31 à 38,000 tonneaux, etse diviseen Haut-Médoc, Derrière-Haut-Médoc et Bas-Médoc; les Graves , pelit territoire graveleux et caillouteux, situé sur la rive gauche de la Garonne et dont Bordeaux occupe le centre; les cô£es, comprenant tous les côteaux situés le long de la Garonne, sur la rive droite, au-dessus de l'embouchure de la Dordogne ; les côtes de Saint-Émilion, comprenant les côteaux des environs de Saint-Émilion et de Libourne, sur la Dordogne; le Bourgeais, ou les côtes de Bourg, pendant longtemps le vignoble le plus estimé du Bordelais, comprenant les côteaux de la rive droite de la Gironde et de la Dordogne, depuis Bourg jusqu'à Fronsac ; les Palus, comprenant les terres grasses el alluviales des bords de la Garonne, de la Dordogne et l'entre-deux-mers, ou l’intérieur du pays compris entre ces deux grands cours d’eau.

Les vignobles de Médoc et des Graves renferment les crus les plus célèbres du Bordelais. Les premiers vins rouges sont ceux de Chdleau-Margaux, Chäteau-Laffite et Chd- Leau-Lalour, communes de Margaux et de Panillac dans le Médoc, et ceux de Chdleau-Haut-Brion dans la commune de Pessac et dans les Graves. Les vins blancs les plus estimés sont ceux des communes de Barsac, Preignac, Suuternèés, Bommes et Blanquefort, toutes dans le vignoble des Graves.

La ville de Bordeaux est l'entrepôt de tous ces vins, aux-

Page 1