BORDÉE — BORDESOULLE
yar les boulets, et ses éclats, lancés dans toutes les directons , sont quelquefois plus dangereux que les boulets euxmêmes.
C’est surtout quand une bordée est tirée à la poupe d’un navire que ses effets sont terribles : les boulets, qu'alors aucune résistance n’arrête, parcourent le bâtiment dans toute sa longueur, balayent tout ce qui se trouve sur leur passage, enlèvent les hommes par files, brisent les affüts ou ricochent sur la volée des canons. Cette bordée se nomme bordée d’enfilade.
Les bordées sont très-dangereuses encore quand les boulets portent à la flottaison ou un peu au-dessous. En 1664, un navire hollandais, détaché de la flotte de Ruyter, fut attaqué par quatre bâtiments de guerre anglais, qui le canonnèrent de tous les côtés ; plusieurs boulets frappèrent à la fois dans la ligne de flottaison , et l’eau se précipita avec violence dans l’intérieur du navire. Les Anglais, ignorant l'extrémité à laquelle l'ennemi se trouvait réduit, sautèrent à l’abordage, et l’on combattit avec acharnement sur le pont, tandis que le vaisseau s’enfonçait lentement. Mais quand l’eau eut atteint les sabords de la première batterie, elle entra dans le navire, qui disparut en peu d’instants, enveloppant dans sa ruine une grande partie des Anglais qui se trouvaient à bord.
Malgré l'immense avantage qu'un vaisseau de forte construction et armé d’une artillerie considérable a sur un autre de moindre dimension, on ne doit jamais désespérer dela fortune : une bordée heureuse, qui tuerait beaucoup d’hommes à l'ennemi, ou qui lui ferait des grandes avaries, peut rétablir tout à coup l'équilibre dans le combat. D’ailleurs, si l’on compare les quantités de fer lancées par des bâtiments de forces inégales, on verra que la différence de puissance des projectiles n’est pas tellement considérable que le courage, ou une supériorité de manœuvre, ou une meitleure direction donnée au tir des boulets, ne puisse souvent contre-balancer cet avantage. Enfin, il est encore une dernière ressource que la bravoure offre aux plus faibles, c’est l’abordage, illa salus victis! Dans le combat du cap Saint-Vincent, Nelson, se voyant écrasé du feu d’un troisponts espagnol, contre lequel son artillerie trop faible faisait de vains efforts, osa tenter labordage. 11 aborde l’ennemi malgré le feu redoublé de toutes ses batteries, saute à son bord, Penlève à larme blanche, y place son pavillon, y transporte tout son équipage, et tire un nouveau triomphe de la ruine même de son vaisseau. Théogène PAGE.
BORDELAGE, terme de droit féodal, dérivant, d’après Coquille, de borde ou borderie, petite ferme, était une sorte de tenure en roture particulièrement en usage dans la coutume du Nivernais, soumise à certaines charges et conditions portant, entre autres, que faute du payement de la redevance, le seigneur pouvait rentrer dans l'héritage par droit de commise; que le tenancier ne pouvait démembrer les choses tenues en bordelage, sous peine de commise; qu'il était obligé d'entretenir l'héritage en bon état, etc.
BORDELAIS ( Burdigalensis ager), pays avec titre de comté compris dans la Guienne, et dont Bordeaux était la capitale. Il se composait du Bordelais proprement dit, du Médoc, avec la Flandre du Médoc , des landes de Bordeaux, des pays de Buch, de Born, de Marensin, du comté de Benange, du pays entre les deux mers, du pays de Libourne, du Fronsadais, du Cubzaguès, du Bourgès , du Blayès et du Vitrezai.
BORDEREAU. C’est le relevé détaillé des espèces diverses qui composent une somme; on appelle bordereau de compte un extrait de compte dans lequel on énumère le débit et le crédit, afin de les balancer. Les banquiers envoient chaque mois un extrait du compte courant aux négociants avec lesquels ils sont en relation d’affaires : cet extrait s'appelle bordereau. Le ministre des finances reçoit
de leur situation. Les commis, garçons de caisse et de re. cette, ont un petit livret, nommé bordereau , sur lequel ils inscrivent le détail des sommes qu’ils payent ou qu'ils reçoivent. En cas de faillite, chaque créancier doit remettre au syndic l’état de sa créance sur un bordereau timbré,
Le bordereau d'inscription hypothécaire est un acte fait en deux doubles, dont l'un reste au conservateur et l'autre au créancier, et qui contient, outre la désignation des sommes dues au créancier en principal et accessoires, toutes les autres indications requises pous que le conservateur puisse opérer l'inscription d’une hypothèque (Cod. Napoléon, articles 2148 et 2150 ).
Le bordereau de collocation est un extrait du procèsverbal d'ordre contenant le prix d’un immeuble et délivré par le greffier du tribunal aux créanciers utilement colloqués (voyez ORDRE, COLLOCATION, MANDEMENT ).
Le bordereau de vente est la déclaration signée du vendeur , qui indique la nature de la marchandise, son prix, l'époque de la vente, et celle de la livraison.
Le bordereau de courtier, le bordereau d'agent de change, est un écrit que remet l’agent de change ou le courtier à ses clients après l’avoir signé. Cet acte constate les négociations par eux opérées. Il est soumis au timbre.
BORDESOULLE (ÉriEeNe baron, puis comte, TAR- DIF: ne POMMEROUX ne), né le 8 avril 1771, à Lizeray (Indre), entra au service le 27 avril 1789, comme simple chasseur à cheval dans le deuxième régiment de cette arme, fit toutes les campagnes de la révolution, depuis 1792, et fut nommé colonel du 22° régiment de chasseurs, par suite de sa brillante conduite à Austerlitz. Le 9 juin 1807, à la tête de soixante hommes de son régiment, il traverse le passage de Guttstadt, charge un bataillon russe qui est entièrement pris et taillé en pièces, et reçoit deux coups de baïonnette à l’avant-bras droit et dans la poitrine. IL se distingue encore à Heilsberg et à Friédland, et est créé général de brigade le 25 du même mois. Le 1% août il est employé dans le corps d'armée du maréchal Brune, et placé en décembre à la tête de la cavalerie légère attachée à la défense de Dantzig. Chargé, en novembre 1808, du commandement d’une brigade de la réserve de cavalerie de l’armée d’Espagne , il détruit le mois suivant les débris de l’armée de Castaños, aux environs de Madrid, et contribue, le 28 mars 1809, au gain de la bataille de Médelin, en taillant en pièces, à la tête des 5° et 10° de chasseurs, 60,000 hommes d'infanterie espagnole, au moment où tout le corps du maréchal duc de Bellune opérait son mouvement de retraite et où il avait lui-même recu l’ordre de se retirer.
Passé le 25 mai 1809 à l’armée d'Allemagne, il y prit le commandement d’une brigade de cavalerie du 4° corps, fut employé au corps d'observation de la Hollande, en mai 1810, et investi du commandement de la 3° brigade de cavalerie légère de l’armée d’Allemagne, le 2 décembre. En novembre 1811 il passa au corps d'observation de l'Elbe, devenu premier corps de la grande armée, et fut appelé en juin 1812 à la tête de la 2° brigade de cavalerie légère du même corps. Le 30 de ce mois il battit, à Soleschniki, lavant-garde du général Barclay de Tolly, et le 23 juillet, commandant l'avant-garde du corps du prince d’Eckmubl, composée du 3° régimentdechasseurs et d'un régiment d'infanterie, il s’empara de Mohilow, y fit 900 prisonniers, se rendit maître de magasins, de bagages considérables, et de plus de 600 bœufs destinés au prince Bagration. 1l combattit encore à Smolensk, à ia Moskowa, où il eut la machoire fracassée d’un coup de biscaïen, et à Krasnoë, où il s'empara de huit pièces de canon, après avoir culbuté un corps de 1,500 hommes , enfonça un formidable carré d’infanterie , lui fit 300 prisonniers, et dégagea le 9° de lanciers polonais , gravement compromis.
Éleyé au grade de généra] de division le 4 décembre 1812 ,
tous les mois des administrations financières le bordereau [| il fut appele au commandement de la 1'° division de Cui-
rassiers du 1° corps de cavalerie de la grande armée le 15 février 1813, et fit, à sa tête, la campagne -de Saxe. Déjà revêtu du titre de baron de l'empire, avec une dotation, il fut créé commandant de la Légion d'Honneur le 14 mai, et se distingua à Lutzen, à Bautzen, à Dresde, où il dirigea avec habileté plusieurs charges vigoureuses, enfonça une douzaine de carrés ennemis, fit 6,000 prisonniers, et contribua à refouler dans les montagnes de la Bohème l'armée nombreuse qui menaçait de nous écraser; à Leipzig, où, les 16, 17 et 18 octobre, il donna de nouvelles preuves d’intrépidité; à Hanau, où il soutint une partie de la retraite, et sut, avec peu de monde, imposer à une nombreuse cavalerie chargée de l’inquiéter. Nommé commandant des deux divisions de cavalerie organisées à Versailles le 3 janvier 1814, il coopéra au succès remporté sur le feld-maréchal Blücher à Vauxchamps le 12 février, culbuta l’ennemi au combat de Villeneuve le 17, se trouva à la reprise de Reims le 13 mars, au combat de Fère-Champenoise le 25, et à la bataille sous Paris le 30.
Après la première rentrée des Bourbons, il fut nommé, en mai 1814, inspecteur général de gavalerie, chevalier de Saint-Louis le 2 juin, et grand officier de la Légion d’Honneur le 23 août. Lorsque l’empereur revint de l'ile d’Elbe, il prit, le 12 mars 1815, le commandement des neuf régiments de cavalerie de la 2° division militaire, dirigés sur Châlons. Il suivit Louis XVIII à Gand, fut nommé chef d’étar-major du duc de Berry, le 25 juin 1815, pendant l’émigration, et rentra en France avec ce prince dans le mois de juillet. Louis XVIII le nomma grand’croix de la Légion d'Honneur le 15 août, et lui confia le 8 septembre l’organisation de cette belle cavalerie. de la garde royale dont il eut le commandement. Il fit partie de la chambre introuvable comme député de l’Indre, et fut créé, le 12 octobre, membre de la trop fameuse commission chargée d’épurer la conduite des officiers des Cent-Jours. Le 3 mai 1816 il fut fait commandeur de Saint-Louis, et échangea son litre de baron, conquis sur le champ de bataille, contre celui de comte, que lui donnait la Restauration. Aide de camp honoraire du comte d’Artois le 2 juin 1817, membre du comité des inspecteurs généraux le 25 octobre, il devint gentilhomme d'honneur du duc d’Angoulème le 1°" juillet 1820, reçut la décoration de grand’croix de Saint-Louis le 1°* mai 1821, et fut nommé gouverneur de l'École Polytechnique, en conservant son emploi dans la garde royale, le 17 septembre 1822. Appelé, le 16 février 1823, au commandement en chef des troupes de la garde employées à l’armée des Pyrénées, il dirigea le blocus et le bombardement de Cadix, et {ut cité, le 31 août, à la prise du Trocadéro.
Le général Bordesoulle, après la guerre, fut créé pair de France le 9 octobre. Ses opinions étaient franchement patriotiques et constitutionnelles. Ses conscils au duc d’Angoulême en avaient obtenu plusieurs actes qui furent agréables aux amis de la liberté, entre autres la fameuse ordonnance d’Andujar. Au mois de décembre il reprit le commanderment de sa division de cavalerie dans la garde. Proclamé chevalier commandeur de l'ordre du Saint-Esprit dans le chapitre tenu le 21 février 1830, il tenta vainement de conjurer les funestes résolutions du roi en juillet, et demeura, pendant les trois journées, à Saint-Cloud, prêt à défendre sa personne. Ce fut à Rambouillet seulement qu’il le quitta, continuant à exercer son commandement dans la garde dissoute jusqu’au 21 août, qu’il fut mis en disponibilité. Compris dans le cadre @e réserve de l'état-major général le 7 février 1831, il fut admis à la retraite le 14 mars 1839. Depuis la révolution de Juillet, il vivait à l'écart, Lien
qu'il fit encore partie de la Chambre des Pairs, où il pa- |
raissait à de rares intervalles, 11 mourut le 3 octobre 1838, à
sa terre de Fontaine, près de Senlis. E. G. DE MONGLAYE. BORDEU (Tutornise ), naquit à Iseste, près d'Eaux-
Bouues, le 22 février 1722. Issu d'une ancienne famille de