‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 279 sur 527 · BORDESOULLE — BORDEU · texte numérisé non relu

BORDESOULLE — BORDEU

médecins, son père, Antoine Bordeu, voulut que lui et son frère le fussent également. Il respira dès l’enfance l’air vif des Pyrénées et le parfum des plantes méridionales ; il se désaltéra souvent aux sources sulfureuses des montagnes, et apparemment c'est aux Eaux-Bonnes qu’il fut baptisé médecin. On lui fit faire ses études à Pau, après quoi on. s’empressa de l’envoyer à Montpellier, tant son ardeur pour la médecine donnait lieu de craindre qu’il ne pratiquât la profession de ses aïeux avant de l'avoir apprise. L'école de Montpellier, quand Bordeu y vint étudier, se partageait en vilalistes et en mécaniciens ; il y trouva deux bannières, celle de Boerhaave et celle de Stahl. 11 fréquenta d’abord les deux camps, fraternisa, dans les temps de trêve, avec les deux armées; mais ce fut dans celle de Stahl qu'il s’enrôla décidément, et il ne {arda pas à en devenir le chef.

Prenant pour devise une sentence de Sénèque, Doceo ut discam , il savait à peine l’ostéologie qu’il professait déjà

l'anatomie, science essentielle au médecin, beaucoup plus

désagréable que difficile, et pour laquelle les condisciples de Bordeu se sentaient moins de vocalion que pour les théories spéculatives dont Montpellier fut dans tous les temps la féconde patrie. A vingt ans (1742), Bordeu soutint sa première thèse (alors il en fallait deux ), De Sensu generice, etc., germe fécond de ses ouvrages ultérieurs. Ce fut là sa première déclaration de guerre contre l’école de Boerhaave, sa profession de foi comme vitalisle; et par vilalistes il faut entendre ceux qui expliquent la vie par la vie même. Bordeu examine dans cet opuseule les esprits vitaux , qu’il déclare, sinon nsoires, du moins encore hypothétiques, aussi bien que le siège de l'âme, dont la recherche lui paraît vaine. Il affirme que les nerfs participent à chaque acte de la vie, et la sensation lui semble donner à l'esprit plutôt sa forme que son essence; car lui anssi, Bordeu, était spiritualiste, comme Barthez, comme Bichat, comme Boerhaave, comme Haller, comme vingt autres médecins supérieurs; et je ne sais où l’on a puisé l'opinion que les physiologistes et les vrais médecins sont tous matérialistes. Cette dissertation fut remarquée, vivement applaudie par ceux dont elle favorisait. l'opinion, et elle valut à Bordeu la dispense de plusieurs examens, superflus pour un homme de son mérite. Après la thèse de licence, vint celle pour le doctorat. Celle-ci avait pour sujet le mécanisme de la digestion (CAylificationis historia, 1743 ). On trouve dans cet écrit toute l’ingénieuse moquerie qu’on pouvait attendre de l'esprit vif et piquant de Bordeu, au sujet des explications chimiques et mécaniques; car avant lui nos maîtres avaient la faiblesse de croire que la digestion élait une fermentation , une putréfaction, ou une mactration, ou une érituration, etc, : quot somnia! Si on osait de nos jours, on nous redonnerait tous ces songes pour des réalités; car si les hypothèses mécaniques sont mortes, les mécaniciens épient le moment de régner.

Bordeu n'avait que vingt et un ans, et déjà il avait jeté les fondements de sa réputation. C'était assurément être bien précoce; mais il faut remarquer que ce médecin était. méridional, homme des montagnes, enfant né dans le temple, et de plus homme de génie : or le feu sacré, pour luire, a moins besoin d'années que d'occasions propices ; reçu docteur en 1744, on fut étonné de voir prendre à Bordeu, avec une sorte d’ostentation, le titre de médecinchirurgien, qui n’était guère dans l'esprit du temps et du lieu, Cela même lui concilia l'amitié durable des chirurgiens, en faveur desquels le chancelier d’Aguesseau venait de contre-signer une espèce d’édit de Nantes (1743), qui les assimilait presque aux médecins, mais dont ceux-ci souhaitaient ardemment la révocation. Bordeu a vécai moins que la haine qu'excita ce titre équivoque parmi ceux de sa robe, trop épris de leur dignité doctorale et tremblant dy déroger.

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