BERME — BERNADOTTE
Virginie, fit naufrage aux îles Bermudes; ct dès 1611 les Anglais s'y établissaient sans que l'Espagne s’y opposät, malgré les droits de priorité de découverte qu’elle avait à la possession de cet archipel. L'organisation administrative de la colonie est encore aujourd’hui celle qui lui fut donnée en 1620. Consultez : An historical and statistical Account of Bermudas (Londres, 1848).
BERMUDEZ (Jérome), poëte espagnol au seizième siècle, était originaire de la Galice. Maïs sa famille, l’époque de sa naissance et celle de sa mort sont restées enveloppées de la même obscurité; on suppose toutefois qu’il descendait de Diego Bermudez, l’un des neveux du Cid. Célèbre comme humaniste et comme théologien , il s'est fait aussi un nom comme auteur dramatique. On a de lui deux tragédies : Nisa (Inès) malheureuse et Nisa couronnée, qu'il publia sous le pseudonyme d’Antonio Sylva (1575), et un poëme intitulé : l’'Hesperodia. Le fameux duc d’Albe est le héros que sa muse s’est choisi,
BERNACHE ou vie d'Egypte, oiseau du genre oïe dont le plumage est varié, sur un fond gris blanc, de raies brunes et de plaques vertes. Il était révéré par les anciens Égyptiens à cause de son attachement pour ses petits ; ils l’avaient placé au rang des oiseaux sacrés.
BERN TTE (Jean-Bapnisre-Jures), mort roi de Suède et de Norvège sous le nom de CHARLES-JEAN XIV, était né à Pau, le 26 janvier 1764, d’une famille honorable de la bourgeoisie de cette ville. Son père exerçait la profession d'avocat. A peine âgé de dix-sept ans, se sentant peu de goût pour le barreau, il s’engagea volontairement dans le régiment Royal-Marine , et partit à l'instant même pour Marseille, où son corps s'embarquait pour la Corse. Son éducation n’avait été qu'ébauchée, comme il est facile de s'en convaincre par les graves et nombreuses incorrections grammaticales que l’on remarque dans ses lettres autographes. Quand éclata la grande commotion de 1789, il n'avait encore obtenu pour toute récompense de neuf années de service que les galons de sergent-major. Le 7 février 1790 il fut promu au grade d’adjudant sous-officier. Son régiment se trouvait alors à Marseille, où commençait à se faire sentir le contre-coup des grands événements de Paris. Un jour le peuple se révolte au nom de la liberté; le colonel de Royal-Marine veut réprimer l'insurrection par la force. Repoussé avec perle, il va payer de sa vie son imprudente audace, quand deux jeunes gens, s’élançant devant lui, lui font un rempart de leur corps et calment la foule exaspérée, Ces deux jeunes gens étaient Bernadotte et Barbaroux. Ils s’embrassèrent avec effusion sur le perron de l'hôtel de ville, en se jurant une amitié éternelle : mais ils ne devaient plus se revoir.
On conçoit d’après ce qui précède que Bernadotte ait embrassé avec ardeur et professé avec énergie les principes d’une révolution qui, détruisant toutes les distinctions fondées sur la naissance ou l'éducation première, permettait à un bas-oflicier d’aspirer au plus haut rang. D'ailleurs son avancement fut rapide, et il gagna tous ses grades sur k champ de bataille : colonel dans l’armée de Custine, il fut nommé général de brigade par Kléber, qui, en mainte occasion, avait été à même d'apprécier son courage et sa rare intelligence. En 1794 il commandait une division à la célèbre bataille de Fleurus. Son nom se rattache aux grandi et nombreux faits d'armes des premières campagnes de 1: guerre d'indépendance sur les rives de la Lahn, du Rhin, à Mayence , à Neuhof, au passage de la Rednitz, à la pris d’Altorf, à Neumark et sur les bords du Mein. Ses soldats paraissaient-ils hésiter, il les électrisait tout à la fois par sa parole et par ses actions. Un jour il jeta ses épaulettes dans les rangs ennemis. « Allons les reprendre! » s'écria-t-il; et tous ceux qui l'avaient vu ou qui l'avaient entendu s'élancèrent sur ses pas à la victoire. A la fin de cette campagne, le Directoire lui écrivait : « La république est accoutumée
BERNADOTTFE
à voir triompher ceux de ses défenseurs qui vous obéissent. »
Peu de temps après la bataille de Neuwied, Bernadotte fut chargé de conduire à Parmée d’Ialie 20,000 hommes de l'armée de Sambre-et-Meuse. C'était la première fois qu'il se trouvait face à face avec Bonaparte. Dès que ces deux hommes s'aperçurent, ils éprouvèrent Pun pour Pautre une
| secrète antipathie. « Je viens de voir, dit Bernadotte en
rentrant à son quartier général , un homme de vingt-six à vingt-sept ans qui veut avoir l'air d'en avoir cinquante, et cela ne me présage rien de bon pour la république » A en croire certains biographes, Bonaparte aurait dit de lui, à son tour, que c'était une tête française sur le cœur d’un Romain. Les messieurs de l’armée d'Allemagne ne fraternisèrent pas d’abord avec les sans-culottes de l'armée d'I-
| talie; mais quand il s’agit de battre l’ennemi toutes ces
haines, toutes ces rivalités disparurent. Pendant la mémo-
| rable campagne qui amena la paix de Campo-Formio,
Bernädotte se signala surtout au passage du Tagliamento et à la prise de la forteresse de Gradisca.
Chargé de présenter au Directoire les drapeaux enlevés à l'ennemi, il arriva à Paris quelques jours avant le coup
| d'État du 18 fructidor. 11 était porteur d'une lettre du
général en chef de l’armée d'Italie, se terminant ainsi : « Vous voyez dans le général Bernadotte un des amis les plus solides de la république, incapable par principes comme par caractère de capituler avec les ennemis de la liberté pas plus qu'avec l'honneur. »
Les partis qui divisaient la France se trouvaient alors en présence, et la guerre était déclarée entre le Directoire et les Conseils. La contre-révolution marchait tête levée; elle avait ses agents dans les premiers pouvoirs de l’État, son armée, ses journaux, ses comités dans la capitale et les départements. Elie se trahissait souvent par d’indiscrètes rodomontades , et ses séides, se flattant d’un triomphe infaillible et prochain, criaient hautement : « Nous sommes cinq cent miile, et Pichegru est à notre tête. » Le Directoire opposait les armées aux factieux de l’intérieur. Chaque jour des adresses annonçaient au Directoire que les armées étaient prêtes à voler à son secours. Le discours prononcé par Bernadotte, en présentant les drapeaux conquis en Italie, exprimait les mêmes vœux. Cette présentation était done un événement remarquable; aussi la réponse du président du Directoire au représentant de l’armée d’Italie fut-elle un manifeste de guerre et le signal du coup d’État du 18 fructidor.
Seul de tous les généraux des armées républicaines présents à Paris, Bernadotte avait refusé de jouer un rôle dans ce coup d'Etat; il avait laissé faire Augereau. Le Directoire lui offrit le commandement de l’armée du midi, destinée à comprimer les bandes royalisies qui s’y étaient organisées. Ses services méritaient une plus noble récompense ; il refusa, et alla rejoindre Bonaparte avec des ordres particuliers et des instructions verbales. Ce fut au château de Passeriano qu’ils se rencontrèrent. Bonaparte lui demanda son avis sur la conduite qu’il avait à tenir ; Bernadotte ne balança pas à lui conseiller la paix. « Et quel est avis du Directoire? — Juste l'opposé du mien. — Pensezvous qu’on me fournisse longtemps les moyens de faire la guerre? — Non; la nation désire la paix, et le Directoire ne tient à la guerre que pour prolonger son existence. » Voila ce qui décida Bonaparte à signer le traité de Campo-Formio.
A cette époque Bernadotte écrivait au Directoire pour lui demander un commandement aux iles de France, de la Réunion, dans l’Inde, dans l’armée de Portugal, ou, enfin, sa retraite. Le Directoire, heureux de la rivalité qu'il voyait poindre entre les deux généraux, s’empressa de désigner Bernadotte pour commander en chef l’armée d'Italie à la place de Berthier, qui exerçait cette fonction par interim. Il se rendait à son poste lorsque, à sa grande surprise, il reçut un nouvel arrêté, qui le nommait ambassadeur à Vienne.
L! n’était alors rien moins que diplomate ; il représenta
néanmoins sa patrie avec dignité, et fit pour la première fois arborer le drapeau tricolore au palais de France : c'était pour lui un droit et un devoir. L'apparition de l’étendard républicain devint le prétexte d’une emeute organisée par la police autrichienne, à la suite de laquelle Bernadotte dut quitter Vienne, L'affaire du drapeuu eut les plus funestes conséquences. Les petits princes d'Allemagne, qui jusqu'alors avaient paru résignés à de fortes concessions parce qu'ils croyaient l'Autriche sincèrement unie à la France, reprirent courage et se montrèrent très-exigeants.
On sait comment finit le congrès de Rastadt : les hostilités recommencèrent bientôt avec une effrayante intensité, Bernadotte accusa lambition de Bonaparte de les avoir fomentées. De retour à Paris, il refusa le commandement de la 8° division (Marseille) et l'ambassade de La Haye. Sa lettre de remerciinent au Directoire, motivée sur le besoin de repos, se termine par ces mots : « Je vous prie, citoyens directeurs, d’agréer le tribut de ma gratitude, Vous aurez justement senti que la réputation d’un homme qui à contribué à placer sur son piédestal la statue de la liberté est une proprielé nationale. » Le Directoire ne pouvait cependant laisser Bernadotte sans emploi après son rappel de l’ambassade de Vienne; c'eût été improuver et punir la conduite de son amsassadeur dans l’affaire du drapeau. W fut donc nommé général en chef de l’armée d'observation du Bas-Rhin, et il ouvrit la campagne par le boinbardement de Philipsbourg et la prise de Manheïm.
Tandis que l'expédition d'Égypte se préparait, Bernadotte, de retour à Paris, y épousait la belle-sœur de Joseph Bonaparte, M°‘l° £Æugénie-Bernardine-Désirée CLary , fille d’un négociant de Marseille. Singulière destinée que celle de cette jeune fille, née pour être impératrice ou reine! Quelques années auparavant, Napoléon Bonaparte, alors général d'artillerie en disponibilité, Pavait deinandée à son père, qui lui avait répondu : « C’est bien assez d’un Bonaparte dans la famille. »
Le système de destitutions arbitraires d’Aubry, qui, du temps de la Convention, avait frappé les meilleurs généraux des armées de la république, s'était renouvelé sous le Directoire. Sieyès, qui voyait partout s’avancer comme un redoutable fantôme le régime de 93; Sieyès, que la moindre manifestation d'indépendance terrifiait, avait révélé son effroi dans un discours prononcé au Champ-de- Mars dans une grande solennité uati)nale. Devenu à son tour président du Directoire, il avait fait partager ses craintes à ses collègues, Barras et Roger-Ducos. L'armée était découragée : des revers funestes et fréquents avaient succédé aux victoires, et l’on rappelait avec affectation les brillants succès de l’armée d’Italie, pour ramener l'admiration. et les regrets sur son jeune général, alors en Égypte. Était-ce la conséquence d’un plan arrêté pour justifier son retour ? Quoi qu'il en ait été, le Directoire avait senti la nécessité d'appeler au ministère de la guerre un autre général, qui eût toute la confiance de l’armée, et dont les talents et l'activité pussent rétablir l’ordre dans ladministration militaire. Bernadotte fut chargé de ce portefeuille. De grands abus ne tardèrent pas à être réformés ; les cadres furent bientôt portés au complet. Mais Bernadotteétait républicain ; il était lié avec les membres de la même opinion les plus influents des deux conseils. C’en était assez pour alariner l’'ombrageuse susceptibilité de la majorité du Directoire. Elle chercha donc promptement une occasion de s’en débarrasser. Ce fut une intrigue assez plaisante. A la suite d'une conversation qu’il eut avec Sieyès, Bernadotte reçut sa démission, acceptée par trois membres du Directoire, avec la promesse d’un commandement. Les deux autres directeurs, Gohier et Moulin, qui n'avaient point eu connaissance de cet acte, allèrent en grande pompe féliciter le général, désavouant ainsi leurs collègues. Bernadoite n’en demanda pas moins son traitement de réforme. 11 s’eflaça lui-même de