‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 284 sur 527 · BORGHÈSE — BORGIA · texte numérisé non relu

BORGHÈSE — BORGIA

par l'étude une éloquence persuasive et animée, qui lui donna par la suite des moyens de séduction irrésistibles. Maïs son penchant pour le crime se fortifia avec l'âge; il l’érigea pour ainsi dire en système, le calcula froidement , et le commit sans scrupule et sans remords.

Vanozza et ses enfants n’osèrent paraître à Rome que sous le pontificat d’Innocent VIII. Ils y vécurent dans une Gbscurité profonde jusqu’à l’exaltation d’Alexandre VI. César Borgia fut mis alors au nombre des princes de l'Église, promu à l’archevêché de Valence, à la place de son père, en septembre 1493, et connu dès ce moment sous le nom de cardinal Valentin. Sa vocalion pour l'Église était pourtant si peu décidée, que son père négociait pour lui un mariage avec la fille naturelle d’Alfonse, duc de Calabre, héritier présomptif du royaume de Naples. Son ambition, repoussée de ce côté, se tourna vers les principaux barons romains, et ne cessa de les persécuter pour s'emparer de leurs dépouilles. Aucun attentat ne lui coûtait pour arriver à son but, et la soif des richesses dont il était dévoré, l’ascendant qu’il avait pris sur son père, entrainèrent Alexandre VI dans une série de violences, d’exactions, d’assassina{s et d'empoisonnements, qu'il serait difficile d'énumérer. Les trésors de l’Église ne pouvaient suffire à la fastueuse prodigalité de César, et son impudicité lui suscifait sans cesse de nouveaux besoins, que son père avait la faiblesse de satisfaire. De tels hommes ne pouvaient manquer d’accepter les trois cent mille ducats que le sultan Bajazet leur offrait pour la tête du prince Zizim, son frère; et quand Charles VIII, maitre de Rome, exigea que ce prince musulman lui fût livré , ce fut, dit-on, César Borgia qui conseilla au pape de l’empoisonner avant de le’rendre. Il poussa même l’audace jusqu'à se livrer lui-même en otage au roi de France; mais quand le poison lent donné à Zizim vint à produire son effet, le cardinal Valentin eut l'adresse de s'échapper du camp de Charles, qui marchait alors sur Naples, et il revint à Rome pour concerteravec son père les moyens de couper la retraite au jeune conquérant,

La haute politique qui occupait son esprit ne lui faisait point négliger les petits profits de son astucieuse scélératesse. Le pape Alexandre avait choisi pour dataire un Modénais, évêque de Patria, nommé Jean-Baptiste Ferrata. Ce ministre, faisant argent de tout , avait amassé de grands biens. César Borgia le fit empoisonner, et s’empara des immenses produits de ses simonios. 11 poussa la barbarie jusqu'à chercher des victimes dans sa propre famille. Le duc de Gandie, son frère aîné, avait part comme lui aux bienfaits de son père; César Borgia ne put souffrir ce partage, et devint jaloux de la fortune de son frère, que, par l'entremise de son père, le roi de Naples avait investi des duchés de Bénévent et de Pontecorvo, César Borgia vit avec colère ce riche établissement procuré à son frère ; et un motif plus infâme vint mettre le comble à sa jalousie. Lucrèce, leur sœur, était en même temps leur maîtresse. Le cardinal Valentin le découvrit, et fit assassiner le duc de Gandie, dont le cadavre fut retrouvé dans le Tibre, percé de neuf coups de poignard. Le pape parut inconsolable de cette perte, et médita des vengeances terribles contre l’assassin, qui lui était inconnu. Mais il apprit bientôt que c'était son propre fils; et comme il ne pouvait se résoudre à se priver de lui, il le rappela de Naples, où le monstre s'était réfugié, lui pardonna ce fratricide et lui rendit toute sa faveur, La nécessité de retenir dans sa maison les fiefs que le roi de Naples avait accordés au duc de Gandie engagea le pape substituer le cardinal Valentin à son frère, en le relevant des vœux qu'il avait prononcés comme diacre et en Jui faisant épouser la princesse Charlotte, fille du nouveau roi Frédéric, Une difficulté se présentait : une dispense de la même nature avait été accordée par Alexandre VF à une religieuse, héritière unique de la couronne de Portugal. La maison d'Aragon, qui voulait réunir ce royaume aux autres

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