‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 286 sur 527 · BORGIA — BORGNE · texte numérisé non relu

BORGIA — BORGNE

avait été fiancée, dès son enfance , à un gentilhomme Aragonais, mais Alexandre VII, monté sur le trône pontitical, rompit cette alliance pour lui en faire contracter une plus relevée : il la maria, en 1493, à Jean Sforce, seigneur de Pesaro, et déclara ce mariage nul pour cause d’impuissance en 1497. Puis, l’année suivante, il lni en fit contracter un autre avec Alphonse, duc de Biseglia, fils naturel d’AIphonse II d'Aragon; mais deux ans après César Borgia faisait assassiner ce nouvel époux au moment où, embrassant l'alliance des Français, il voulait rompre toute liaison entre sa famille et les rois de Naples. Enfin, en 1501, Lucrèce épousa Alphonse d’Este, fils d’'Hercule, duc de Ferrare. Elle survécut à toute sa famille, et aftira à sa cour les poëtes, notamment Pierre Bembo, qui l’a célébrée dans ses vers, mais dont les louanges intéressées n’ont pu contrebalancet le témoignage unanime des historiens, qui flétrissent sans pitié l’infamie desa conduite.

BORGIA (STErano, cardinal), directeur de la Propagande, l’un des plus généreux protecteurs des sciences, au dix-huitième siècle, naquit à Vellétri, le 3 décembre 1731, et fut élevé par son oncle, Alexandre Borgia. Devenu en 1750 membre de l’Académie étrusque de Cortone , il fonda à Vellétri un musée d’antiquités, qui devint peu à peu l’une des plus riches collections particulières de ce genre. En 1759 le pape Benoît XIV le nomma gouverneur de Bénévent, et Borgia eut la gloire de préserver, par de sages mesures, cette ville et ses environs de la famine qui désolait le royaume de Naples en {764. En 1770 il devint secrétaire de la Propagande : ces fonctions , qu’il remplit pendant dix-huit ans, le mirent en rapport suivi avec tous les missionnaires répandus sur la surface du globe. Il profita de ces relations pour enrichir sa collection de manuscrits rares et d’antiquités de tout genre. Nommé cardinal par le pape Pie VI, en 1789, et chargé en même temps de l'inspection supérieure des enfants trouvés, il aftacha son nom à une foule d'institutions de bienfaisance, créées par lui dans l'exercice de ces dernières fonctions.

En 1797, l'esprit révolutionnaire commençant à agiter les États de l'Église, Pie VI déposa la dictature de Rome entre les mains de Borgia, auquel il associa deux autres cardinaux. Mais les Français s'étant présentés devant les murs de celte ville, le 15 février 1798, le pape s’enfuit, et le parti républicain ayant pris le dessus, Borgia fut arrêté et plus tard exilé des États romains. IL se rendit à Venise, de là à Padoue , où, selon l’usage du pays, il fonda une petite académie de savants, De retour à Rome avec le noyveau | pape, Pie VII, il y consacra toute son activité à l’amélioration de plusieurs branches de l’administration. 11 mourut à Lyon, le 23 novembre 1804, en se rendant à Paris, à la suite du pape,

Généreux et bienveillant, le cardinal Borgia, en vrai protecteur des sciences, n’estimait aucun sacrifice quand il s’agissait de rendre service aux savants et d'encourager leurs travaux. Ses précieuses collections, dont Adler, Zoega, Georgi et Paulinus, etc., nous ont laissé la description, étaient à la disposition de tous ceux qui désiraient s’instruire. Comme historien et archéologue, le cardinal Borgia s’est fait un nom par son /s{oria della citià di Benevento (3 vol., 1763-1769). Les titres de ses autres ouvrages sont : Monumento di papa Giovanni XVI (Rome, 1750); Breve istoria dell antica città Tadinonell Umbria(Ronïe, 1751); et Breve Istoria del Dominio temporale della Sede Aposlolica nelle due Sicilie (Rome, 1788).

BORGITES ou CIRCASSIENS, seconde dynastie des Mamelouks qui ont donné des sultans à l'Égypte.

BORGNE, celui ou celle qui est privée d’un œil, qui ne voit que d’un œil; borgnesse ne se dit que dans le style bas. et familier.

En anatomie, on appelle borgnes certains conduits diss posés en sac : tels sont le ér'ou borgne de l'os frontal, situë

BORGNE

vers l'extrémité inférieure de la crête coronale interne , et le trou borgne ou aveugle de la langue, petite cavité creusée ur le milieu de la face supérieure de la langue, proche sa base, et dont les parois sont garnies de cryptes muqneux,

On donne, en chirurgie, le nom de jistules borgnes à cerfains conduits ulcéreux qui ont beaucoup d’analogie avec les fistules, mais qui en diffèrent en ce qu'ils n’ont qu'une ouverture.

Borgne se dit aussi figurément d’un lieu obscur et mal éclairé : un cabaret borgne est un méchant cabaret, où vont d'ordinaire des gens suspects et de mauvaise vie; une maison borgne est celle dont on a bouché les vues.

On dit proverbialement faire des contes borgnes, pour dire réciter des fables, des contes de vieille. On dit aussi un compte borgne pour indiquer un compte où se trouvent des fractions, par opposition à ce qu'on appelle un compte rond. Changer son cheval borgne contre un aveugle, se dit de ces mauvais trocs, de ces mauvais marchés, qu’on fait trop souvent. Enfin, un dicton bien connu dit qu'au royaume des aveugles les borgnes sont rois, ce qui signifie que les petits esprits et les gens médiocres trouvent encore à primer auprès des sots et des ignorants.

BORGOU, grand royaume nègre, situé dans le Soudan oriental , appelé aussi Wadai ou Dar-Salé par les Arabes. Les limites n’en sont pas déterminées exactement ; en général on les fixe au Sahara au nord, au Begharmi et au lac Tchad au sud-ouest, au Kordofan et au Darfour au sud-est. L’étendue et la population de cet État sont encore plus incertaines. C’est un pays plat, sans montagnes considérables ; la végétation, favorisée par de nombreux cours d’eau et par des inondations fréquentes , est vigoureuse; on y récolle du riz, du coton, différentes espèces de dattes, du bois d’ébène. Le règne animal ne diffère pas de celui de l'Afrique tropicale; il est à peu près le même qu'à Bornou, royaume situé sur la même ligne à l’ouest du lac Tchad. Les habitants, qui parlent une langue divisée en beaucoup de dialectes et offrant de grandes analogies avec celle des peuplades de occident de lAfrique, professent l’islamisme, et font la guerre à leurs voisins dans le but surtout d'enlever des prisonniers, qu'ils vendent. Au commencement de ce siècle ils se rendirent redoutables sous leur sultan Abdoulkerim. La capitale du royaume est Wara.

BORIES (JEax-Fraxçois-Louis LECLERC), était en 1821 sergent au 45° de ligne, en garnison à Paris. A cette époque le pouvoir affichait hautement l'intention d’en finir avec les idées et les intérêts créés par la révolution. La presse était bâillonnée. Les sociétés secrètes s'organisaient. Bories et trois de ses camarades, Raoulx, Goubin et Pommier, sousofficiers comme lui au 45° de ligne, tous jeunes et dans l’âge des passions généreuses , tous pénétrés d’un ardent amour de la liberté, s’affilièrent à la vente centrale de Paris, pendant le séjour de leur régiment dans la capitale.

L'année suivante fut signalée par diverses conspirations qui éclatèrent successivement à Béfort, à Saumur, à Toulon, à Nantes, à Strasbourg, et qui toutes se rattachaient plus ou moins directement à l’action latente de la charbonnerie. Le pouvoir, en répandant l'or à propos, tint bientôt dans sa main tous les fils de cette trame mystérieuse, et, ayant acquis la preuve que des individus appartenant à l’armée faisaient partie de cette vaste conspiration, il résolut de frapper un grand coup et de faire un grand exemple. Dénoncés à l’autorité militaire, les quatre sous-officiers du 45° furent arrêtés à La Rochelle, où leur corps était allé teuir garnison ,-et transférés à Paris; leur procès fut rapidement instruit, et ils se virent traduits en cour d'assises avec nn instituteur, un étudiant en médecine, un avocat, un capitaine et quelques autres. Marchangy occupait dans cette affaire le siége du ministère public. 11 se montra impitoyabie dans son réquisitoire, inséréepar ordre dans les jourmaux. 11 n’hesita pas à demander la tête des accuses, « Au-

BORIQUE 461 cune puissance oratoire ne saurait, dit-il, arracher Bories à la vindicte publique, » phrase qui fut flétrie par la défense comme l'expression d’une haine barbare et personnelle. Il représen-

tait le jeune sous-oflicier comme le chef d’un complot formé pour renverser le gouvernement, et se liant, disait-il, à ceux qui avaient éclaté sur divers points. D’après la déclaration d’un témoin, les séances des ventes se terminaïent au cri de vive la constitution de 1791! ce qui expliquait assez le but politique des conjurés. Une charge fatale pour eux fut la découverte de munitions et d’armes prohibées chez la plupart et jusque dans le lit de ceux qui étaient militaires ; mais aucune pièce écrite présentée au procès n’appuyait l’accusation. Bories et Raoulx prétendirent que la société dont ils étaient membres n'avait qu'un but philanthropique; ils soutinrent que le général Despinoïs les avait engagés à des révélations par des menaces, par des promesses et en se disant lui-même carbonaro. Is furent défendus par MM. Mérilhou, Berville, Chaix-d’Est-Ange et Coffinières, Le jury rendit un verdict de culpabilité contre les quatre sergents, qui furent condamnés à la peine de mort. Les autres accusés furent ou frappés de peines légères ou acquittés. Avant le prononcé de l'arrêt Bories eut un beau mouvement : « Messieurs les jurés, dit-il, M. l'avocat général n’a cessé de me représenter comme le chef du complot... Eh bien, j'accepte, heureux si ma tête en roulant sur l’échafaud peut sauver celles de mes camarades! » :

Le 20 septembre 1822, à cinq heures du soir, les quatre malheureux sous-officiers furent exécutés sur la place de Grève. Le même soir il y eut grand bal à la cour. On se ferait difficilement une idée de l’exaspération produite dans les esprits par cet inhumain oubli de toutes les convenances. Le distique suivant, qui circula bientôt, en fit, du reste, sévère justice : | :

Pour Louis quel beau jour!

On égorge à la Grève, et l’on danse à la cour.

Il tint cependant, dit-on, à bien peu de chose que cette exécution ne devint le signal d’une lutte qui eût pu avoir les suites les plus graves. En effet, on assure que tout ce que la charbonnerie comptait d'hommes ardents , déterminés, assistait en armes à celte scène sanglante. Chacun brûlait de sauver ces martyrs de la cause commune, chacun était prêt à tout tenter dans ce but ; mais l’ordre de la vente suprême, qui au moment décisif devait faire agir cette multitude comme un seul homme, n’arriva point ; le mot qui devait faire briller ces épées, ces poignards, faire détonner ces armes à feu, ne fut point prononcé; et les têtes des quatre sous-officiers de La Rochelle roulèrent sur lPéchafaud! Les malheureux s'étaient embrassés avec effusion à la vue de la foule muette et consternée, dans le sein de laquelle ils comptaient tant de sympathies; ils surent mourir en soldats au cri de Vive La liberté!

BORIQUE (Acide). Cet acide, autrement nommé acide boracique et sel sédatif de Homberg, est un corps solide, blanc, sans odeur et d’une saveur légèrement aigre, trèspeu soluble dans l’eau. 11 résulte de la combinaison du bore et de l'oxygène, dans la proportion de 31 parties du premier contre 69 du second. Sa densité est 1,5.

Cet acide existe à l’état naturel dans les eaux de certains lacs de Toscane et de l'Inde. Il est probable, dit M. Payen, qu’il se trouve à l’état concret dans le sein de la terre, d’où ces sources l’enlèvent en solution. On remarque en effet que celles qui sortent plus bouillonnantes et semblent avoir été poussées par quelque action volcanique sont aussi chargées d'une plus grande quantité d’acide borique. Il suftit d’évaporer les eaux de ces lacs pour obtenir l’acide qu'elles contiennent, et qu’elles déposent en cristaux blancs, opaques, par le refroidissement. C’est ainsi que l’on se procure tout Pacide borique qui est répandu aujourd’hui dans le commerce, et avec lequel on prépare,

en France particulièrement, presque tout le borax employé dans les arts.

L’acide borique rougit légèrement la teinturé bleue du tournesol, L'eau chaude en dissout la treizième partie de son poids, et l’eau froide seulement la trente-cinquième ; aussi cristallise-t-il par le refroidissement. La forme de ses cristaux est celle d’un prisme qui n’a pas été bien déterminé : lorsqu'on le fait eristalliser au milieu d’une solution de sulfate acide de soude, il se présente souvent sous la forme de larges paillettes nacrées. C’est ainsi qu’on le prépare en décomposant le borate de soude par l'acide sulfurique pour l’usage des pharmacies. Il retient toujours une certaine quantité de sulfate de soude et d’acide sulfurique en excès.

L’acide borique s'emploie encore comme fondant, pour analyser les pierres qui contiennent de la potasse ou de la soude. On s’en servait autrefois en médecine comme d’un sédatif; mais depuis que l’on a su que cette application dans la ‘thérapeutique était fondée sur une erreur, on ne Pemploie plus ainsi. On en fait encore usage pour rendre la crème de tartre soluble,

BORNAGE, C’est l'opération au moyen de laquelle les propriétaires contigus marquent avec des bornes les limites de leurs héritages ruraux, opération à laquelle l’article 646 du Code Napoléon leur donne le droit de se contraindre mutuellement. Ces bornes sont en général des pierres plantées en terre aux confins des deux héritages. Comme la loi ne détermine pas la forme extérieure qu’elles doivent avoir, on suit à cet égard l’usage des lieux : ainsi, dans certains endroits ce sont deux pierres réunies que l’on enfonce dans le sol; dans d’autres, c’est une seule pierre, sous laquelle on place une brique cassée en deux morceaux nommés fémoins que l’on réunit. Souvent, au lieu de brique, on fait usage de charbon pilé.

indépendamment de ces bornes qui sont dites artifcielles, il y a les bornes naturelles, telles que les rocs, fleuves, et rivières,

Le bornage peut s’effectuer à l’amiable lorsque les parties sont majeures et jouissent de leurs droits; il est alors consfaté soit par un acte notarié, soit par des actes sous seing privé. En cas de dissentiment, ou bien s’il se trouve parmi les propriétaires voisins un mineur ou un interdit, la demande est portée devant le tribunal de la situation des biens. Ce tribunal nomme des experts-arpenteurs, qui prennent pour base de leur opération les titres respectifs ou la prescription de trente ans, el à défaut de titres ou de prescription, la possession annale, Les frais sont à la charge des parties par portions égales, sauf le ças où la séparation des bois de l’État et des propriétés riveraines est effectuée par des fossés de clôture : les frais sont pris alors, ainsi que le terrain des fossés, au détriment de la partie qui a demandé le bornage.

La vérification d’un bornage peut aussi être toujours demandée; alors les frais restent à la charge de celui qui l’a provoquée, à moins qu’il n’en résulte la preuve qu’il y a eu usurpation sur lui.

L’existence d’un mur sur la ligne séparative de deux héritages est un motif pour un voisin de se refuser au bornage ; mais il n’en est plus de mème lorsque la démarcation n’est formée que par des lisières, des haies vives ou des fossés.

La demande en bornage peut être faite par tous ceux qui possèdent par eux-mêmes; ainsi l'usufruitier, l’usagér et l’'emphytéote jouissent en cela d’une faculté que n'a pas, par exemple , le simple fermier. Cet acte n'excède pas la capacité du tuteur, qui n’est tenu de consulter le conseil de famiie que sur les incidents qui feraient naître une question de propriété.

La destruction ou le déplacement des bornes est puni d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende

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