‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 288 sur 527 · BORNÉO — BORNES · texte numérisé non relu

BORNÉO — BORNES

fidèles. La plus puissante de leurs tribus est celle des Kajangs. Les Papous ou Negritos sont vraisemblablement aussi indigènes ; ils vivent au fond des bois et des solitudes, dans des cavernes ou sur des arbres, sans vêtements, sans pstruction , sans rapports avec leurs semblables. La colonie

chinoise, au nombre d'environ 250,000 âmes, s'occupe principalement de commerce et de l'exploitation des mines ;

ceux qui se sont enrichis retournent ordinairement dans leur patrie, impatients de se soustraire au gouvernement despotique des Hollandais ; les Bougis enfin, venus presque tous des Célèbes, sont soumis aux Dayaks. Ils forment une classe considérée , à cause de ses richesses, produit du commerce ou de la piraterie,

La côte seule est bien cultivée. Les Chinois recucillent de Vor dans le territoire de Sambas et dans la partie orientale de l'ile. Les Dayaks exploitent les mines de diamants et lavent le sable des rivières pour en retirer de l'or, Les Bougis se livrent au conimerce ; les Malais exportent les productions de l'ile; les Hollandais et les Anglais, comme les Chinois et les Malais, importent de l'opium, du thé et quelques produits manufacturés. C’est sur la côte occidentale qu'est situé le royaume de Sambas , le plus puissant de tous, auquel appartiennent les mines d’or de Montradak et celles de diamants de Matan. Outre les colonies chinoises, Sambas, résidence du sultan et l’entrepôt du commerce de l’opium, el Pontianak, centre de la puissance hollandaise sur cette côte, sont les deux villes les plus importantes. Sur la côte sudouest on trouve le royaume de Succadana, divisé en plusieurs États, sur lesquels les Hollandais n’exercent qu’une souveraineté nominale. La capitale est Succadana, où les Chinois font un grand commerce, surtout d’opium. La côte méridionale est soumise au roi de Bendscher-massin ou Banjermassing, ville de 4,000 habitants, très-commerçante, qui entretient des manufactures de divers genres. Près de là s'élève le fort hollandais de Tatis, et au sud s'ouvre le port Tibonio. Sur la côte orientale sont situés les royaumes de Passir, de Koulti-Lama et de Tiroun; sur la côte nord-est, les États du sultan de Soulou, et sur la côte nord-ouest, le royaume malai de Bornéo ou Brouni, dont le sultan tient sous son autorité un grand nombre de radjas et de pendscherans. Il s'étend depuis Tandjongdatou, au sud-ouest, jusqu’au fleuve Kimanis, à l’est; sa capitale est Bornéo ou Borni, sur le fleuve du même nom, place de commerce importante, surtout pour Singapour; c’est la résidence du sultan. Elle compte 30,000 habitants, et contient plus de 3,000 maisons, les unes bâties sur pilotis, les autres portées sur des radeaux. Les moyens de communication entre les différentes parties de la ville sont des canaux, sur lesquels se traitent toutes les affaires de commerce, Les articles d'exportation sont les bambous, les nids d’hirondelle, le camphre et le poivre.

Il est possible qu’autrefois le gouvernement de Bornéo se soit étendu sur l'ile tout entière, et même sur une partie des Philippines. Les souverains étaient , à ce qu’on croit, d’origine chinoise. En 1518 les Portugais abordèrent à Bornéo; mais ce ne fut qu’en 1690 qu'ils purent s'établir d’abord à Banjermassing, dont ils furent bientôt chassés par le meurtre et la trahison. J1 n’y eut que les Hollandais qui réussirent à conclure un traité de commerce avec le souverain de Banjermassing, en 1643. Ils bâtirent un fort, établirent une factorerie près le village de Tatis, une autre k en 1778, à Pontianak, et plusieurs autres depuis en différents endroits. En 1823 ils soumirent plusieurs États malais, indépendants jusque alors, ét par là devinrent maîtres de tout le pays compris entre les frontières de Banjermassing et celles de Sambas. Ce territoire contient beaucoup de mines d’or et de diamants.

Les Anglais, qui dans les années 1702 et 1774 avaient fait d’inutiles tentatives pour former des établissements à Bornéo, ont réussi dans ces derniers temps à s'emparer de

toute la côte sud-ouest et nord-ouest. En 1846 ils bombardèrent Bornéo, et firent un affreux carnage de la population, Le sultan dut se soumettre à toutes leurs conditions et signer un traité avec eux. Ces mouvements des Anglais excitèrent la jalousie des Hollandais, qui dès 1846 réunirent toutes leurs possessions en un seul gouvernement, envoyèrent des expéditions dans l'intérieur, et renouvelèrent leurs traités d'amitié avec les differents souverains de l'ile.

Les possessions de la Hollande dans ce pays couvrent une partie des côtes à l’ouest, au sud et à l'est; à la fin de 1864 la population indigène qui lui était soumise s'élevait à 929,661 habitants.

BORNES. L'origine des bornes remonte aux Égyptiens. Leur contrée étant soumise aux crues périodiques du Nil, les limites naturelles des propriétés disparaissaient souvent au milieu des ravages du fleuve; de là pour eux la nécessité d'établir des limites factices. Les anciens eurent recours à la Divinité pour protéger les droits de propriété de chacun ; et les dieux défenseurs de ce droit jouent un grand rôle dans la mythologie (voyez Termes). Le Deuléronome n'avait pu que prononcer des malédictions contre ceux qui changeaient les bornes des héritages. Aujourd’hui la loi protège les bornes des champs et punit ceux qui oseraient les déplacer (voyez BORNAGE). :

Les bornes ne servent pas seulement à marquer les limites des propriétés territoriales; on en établit aussi dans les rues des villes, pour protéger les édifices contre le choc des voitures. Quelquelois aussi elles servent à tendre des chaînes; mais l’usage des trottoirs et des grilles tend à les faire disparaître.

Sur les routes, on indique les distances par des bornes placées de cinq cents en cinq cents mètres ; elles sont en fonte ou en pierre taillée eylindriquement ou rectangulairement, et portent gravés du côté de la route des chiffres qui désignent en kilomètres et demi-kilomètres la distance du point où on les trouve fixées au chef-lieu du département.

Pour laver les rues l’eau coule de bornes-fontaines en fonte. L’administration des postes a fait placer en différents endroits d’autres bornes en fonte pour recevoir les lettres.

Au figuré, comme au propre, bornes se prend dans le sens de Zimiles. C’est ainsi qu’on parle des bornes du droit et du devoir, des bornes du respect, de la sagesse, du pouvoir, de la raison, de la bienséance. Tout, dit-on, doit avoir des bornes. L’infini seul n’en a pas. Mais l’homme peut-il concevoir l'infini? lui dont l'esprit est si borné.

Depuis soixante ans la puissance des hommes dans les sciences appliquées ne semble plus reconnaître de bornes. Elle fend les airs, arrache aux cieux ses secrets, pénètre dans les entrailles de la terre, la dépouille de ses richesses et la force encore à lui révéler le secret de ses révolutions. Ces barrières, qui depuis longtemps séparaient le globe en d'innombrables régions, disparaissent : grâce à la vapeur, les États n’ont plus de distances, et les vents, ces despotes des mers, restent désormais domptés. De minute en minute l’homme décompose pour recréer, et il plane sur l’univers comme s’il en était devenu le souverain. Mais il tombe à son tour, englouti dans le gouffre de sa propre fécondité. Le travail individuel est sapé à sa base : où il fallait naguère la longue fatigue de milliers de bras, des machines que meut l'inspiration des sciences exactes dépassent en quëlques secondes le chiffre de tous les antiques produits. Ce n'est pas là l'infini, mais dans un sens c’est ce qui en approche davantage : telle est la dernière révolution qui attendait le globe. Ce qui tempère, du reste, la tyrannie industrielle, c’est que les sciences exactes ne s'arrêtent jamais dans la marche de leurs inventions; il ne leur faut pas beaucoup de temps pour que la dernière découverte dévore celle qui l’a précédée. Aussi reste-t-il à peine de la gloire pour quatre ou cinq grands noms qui surnagent; le surplus n’est qu’une foule qui passe après avoir été utile à son heure.

Il n’en est pas de même du génie qui s'exerce dans la littérature ou dans les arts : là tout est borne; en retour, les succès légitimement acquis résistent aux révolutions et se maintiennent victorieux en face de tous les caprices ou de toutes les réformes. L'espace est circonscrit, mais l'empreinte de chaque pas habilement tenté s’y conserve. Un seul homme peut s’élancer au delà de toutes les sciences exactes, prises dans leur ensemble : il les liera de nouveau. En littérature ou dans les arts, il n’est pas même possible de réussir dans tous les genres, parce qu’il faudrait posséder une réunion de qualités qui se repoussent et s’excluent. Là non-seulement il faut se défendre de l’universalité, mais il est sage encore de se tenir jusqu’à un certain point dans les bornes imposées à chaque genre : ce n’est que bien rarement qu’il est permis de les étendre ou de les franchir. Des beautés sublimes apportent sans doute leur excuse; mais enfin ce sont de ces hardiesses où le génie lui-même peut fort bien se tromper. Dans l'intérêt de sa gloire, certaines bornes lui sont donc utiles, et les respecter constitue, en général, ce qu’on est convenu d'appeler l'esprit de conduite.

Dans les dernières années du règne de Louis-Philippe, par allusion aux bornes qui se tiennent immobiles le long des grands chemins et regardent impassiblement le mouvement qui se fait devant elles, on avait donné, au figuré, le nom de bornes à ces esprits stationnaires, cloués à tous les vieux préjugés et croyant pouvoir arrêter la marche du progrès en jui opposant leur masse inerte. M. de Lamartine, dans une de ses plus belles improvisations parlementaires, fit justice, à cette même époque, de ces dieux termes de la politique, qui ne se jouent pas moins de toutes les attaques et qu’on aura grand’ peine à déraciner du sol, dans lequel de plus en plus ils s’enfoncent.

BORNHOEVED ou BORNHŒEFT, petite paroisse du bailliage de Segeberg, dans le duché de Holstein, à 30 kilomètres au sud de Kiel, à la source du Bornbach. C’est à peu près le point central et le plus élevé du Holstein proprement dit et du Stormarn; plusieurs rivières y prennent leurs sources et se dispersent dans toutes les directions ; de là lenom de Brunnenhaupt ou Quellenhaupt, qu’on lui donne aussi. Autour de l'église de Burnhæved ou Zuentiveld, construite en 1149, par l’évêque Vicelin , se réunissait autrefois la fleur de la chevalerie. C’est là que jusqu'en 1480 la diète des prélats, des chevaliers et des villes du Holstein et du Stormarn tint ses séances. Le 22 juillet 1227, le comte Adolphe IV de Holstein, le comte Henri de Schwerin, le duc Albert de Saxe, l'archevêque Gerhard de Brême et les, Lubeckoïis y remportèrent une victoire complète sur le roi de Danemark Waldemar 11, qui fut blessé et fait prisonnier par le duc Othon de Lauenbourg. C’est là encore que, le 24 juin 1397, le duc Gerhard partagea le Holstein avec ses frères; là enfin que, le 6 décembre 1813, les Suédois battirent les Danois, qui opéraient leur retraite.

BORNHOLM, île du Danemark située dans la Baltique et dépendante du bailliage de Seelande; sa superficie est de 6°0 kilomètres carrés, y compris les petites iles voisines, et sa population de 27,000 habitants. Cette île est à 140 kilomètres de celle de Scelande, 51 de la province suédoise de Scanie, et à la même distance de l'ile de Rugen; elle a 39 kilomètres de long sur 27 de large. Elle est très-montueuse, surtout au nord, et environnée de rochers escarpés , de bancs de sable et de brisants qui en rendent l'accès fort difficile. Le sol est assez fertile au sud; mais au nord l'ile n'offre qu’une lande déserte, appelée ZLongmark. C'est de Bornholm que l’on tire la terre employée dans la fabrique de porcelaine de Copenhague. Ies habitants, d’origine danoise, se livrent avec succès à la pêche, élèvent beaucoup de gros bétail, de chevaux, de brebis, s'occupent quelque peu d'agriculture et de l'éducation des abeilles, chassent les oiseaux de mer et ont quelques fabriques de laine, de poterie, d’horlogerie, Le commerce et la naviga-

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