‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 290 sur 527 · BORNOU — BORROMÉE · texte numérisé non relu

BORNOU — BORROMÉE

coup de soin les armures de guerre, tant pour chevaux que pour cavaliers. En ce qui touche l’agriculture, c'est l'Arabe qui l'y a introduite, en même temps, dit-on, que la traite des esclaves qui s'y fait sur une très-large échelle et qui entraîne un grand nombre de guerres, notamment contre les Abyssiniens. Indépendamment de la langue arabe, qui est celle de la grande majorité des habitants, on parle encore dans le Bornou neuf dialectes différents.

Au commencement de ce siècle, le Bornou fut suhjugué par les Fellatahs; mais le chéik El Kanemi parvint à secouer le joug qui pesait sur son pays, dont il agrandit d’ailleurs le territoire par des conquêtes; de sorte qu’il a aujourd'hui pour tributaires les royaumes de Kanem, sur la rive nord-est du lac de Tchad, avec Lari, son antique capitale; de Zoggoun, au sud de ce lac, avec une population très-industrieuse, et pour capitale, Xournouk ou Loggoun; de Mandara, avec Dilo pour capitale : les uns et les autres gouvernés par des princes vassaux. Le chéik suprême, qui a nom aujourd’hui Xelam-el-Anün, fils du conquérant mentionné plus haut, réside à Xouka, la nouvelle capitale, bâtie à peu de distance du lac de Tchad. Le gouvernement est absolu, et, comme chez tous les peuples mahométans, la justice s’y administre par voie de composition. Les forces militaires considérables que cet État entretient constamment sur pied lui donnent une grande importance dans l'Afrique centrale.

BORNOYER ou BORNEYER. C’est une opération de jardinage, qui consiste à aligner et dresser une allée sur le terrain au moyen de jalons et du niveau.

En architecture , bornoyer veut dire aussi s'assurer à l'œil si une chose est droite. Un tailleur de pierre bornoie un parement de pierres pour examiner s’il est droit et bien dégauchi.

BORO-BUDOR, c’est-à-dire le vieux Boro, nom d’une ville en ruines, située dans la province de Kadou ou Kedou, vis-à-vis du confluent de l’Ello et du Progo, ser le versant septentrional des monts Minorek , chaîne peu élevée et peu boisée de l’intérieur de l’ile de Java. Ces ruines surpassent de beaucoup en intérêt celles de Brambanan et de Singasari. On admire, entre autres, un temple de Bouddha, bâti dans des proportions gigantesques et assez bien conservé; c’est une magnifique pyramide de 163 mètres de large et de trente-six de haut, coupée, à la manière des pagodes , en six sections et décorée de nombreuses statues assises dans des niches et portant chacune une couronne en forme de dagop simple. Le sommet forme une large plate-forme au milieu de laquelle s'élève une double rangée circulaire de petits dagops, dont ceux du cercle intérieur sont plus hauts que les autres. Au centre s’en dresse un seul, mais le plus grand de tous, qui couronne tout lédifice. Cette construction semble remonter au dixième siècle de notre ère.

BORODINO, village de Russie, dans le cercle de Mojaisk, gouvernement de Moscou, à {15 kilomètres ouest-sudouest de cette ville, sur la Kologa, petit affluent de la Moskowa. Les Russes ont donné le nom de bataille de Borodino à la sanglante affaire du 7 septembre 1812, qui ouvrit les portes de Moscou à la Grande Armée (voyez Moskowa [ Bataille de la] ).

BOROUGH ( en anglo-saxon byrig), mot anglais signifiant bour g, et qui désignait à l’origine, comme le burg des Allemands , un lieu protégé par des travaux de défense et propre à servir de refuge contre les attaques de l'ennemi. Quand ils conquirent la Bretagne, les Anglo-Saxons accrurent encore le nombre, déjà si considérable, de villes grandes ou petites fondées par les Romains, et donnèrent le nora de byrig aux localités qui jouissaient des droits de municipe. Toutes alors étaient nécessairement entourées de murailles, et elles avaient à leur tête un byrig-geréfa (le Burggraf des Ajemands ), nommé par voie d'élection, L’invasion nor-

DICT, DE LA CONVERS. — T. Il,

mande détruisit ces Institutions démocratiques, et lesremplaça par le système féodal. Des baillis, généralement d'origine française, et nommés par le souverain, remplacèrent les byrig-geréfas, avec des pouvoirs illimités et dont ils abusaient le plus souvent de la manière la plus cruelle. 11 était dès lors naturel que les habitants cherchassent à s’affranchir de l'autorité de ces fonctionnaires ; et moyennant certaines redevances payées à la couronne, ils obtinrent en effet la permission de s’administrer eux-mêmes en vertu de chartes spéciales. Les localités ainsi affranchies prirent le nom de boroughs, et furent pour les droits politiques assimilées aux villes ( cilies ) investies du privilége de se faire représenter par des mandataires aux assemblées générales de la na tion, origine du parlement. Mais il arriva avec la suite des temps que certaines de ces localités perdirent peu à peu de leur ancienne importance, tout en conservant le droit de se faire représenter au parlement, et que les élections s'y trouvèrent aux mains de quelques individus, qui en vinrent à trafiquer publiquement de leurs voix. Cet odieux abus fit désigner les localités de ce genre sous le nom de roffen boroughs, bourgs-pourris.

BORRAGINEES, famille de plantes dicotylédones, monopétales, hypogynes, qui tire son nom de la bourrache (en latin borrago). Elles sont pour la plupart herbacées , quelquefois ligneuses, à feuilles alternes, ordinairement couvertes de poils rudes, ainsi que les tiges, qui sont cylindriques. Leurs fleurs forment des épis roulés en crosse à leur sommet ; elles se partagent en deux sections distinctes, d’après la nature de leur fruit, qui est une baïe dans quelques-unes, ou un assemblage de quatre graines nues dans d’autres. Les principaux genres de borraginées sont, parmi les plantes médicinales, la bourrache aux fleurs bleues ou violettes, à corolle rosacée ou étoilée; la cynoglosse, la consoude, la buglosse, la pulmonaire; parmi les plantes d'ornement, la vipérine, le myosotis,etlhéliotrope. Les premières sont en général mucilagineuses, douces et émollientes, et leur suc contient souvent du nitrate de potasse tout formé ; ce qui les rend diurétiques. L’écorce de la racine de plusieurs d’entre elles, comme l’orcanette, donne une teinture rouge,

BORROMEE (Saint CnarLes) , naquit le 2 octobre 1558, au château d’Arone, sur les bords du lac Majeur, dans le Milanais. Fils de Gilbert Borromée, comte d’Arone, le pape Pie IV était son oncle maternel. Pourvu dès l’âge de douze ans d’une abbaye commendataire, puis d’une autre abbaye et d’un prieuré que lui résigna ce pontife, il fut élu cardinal à l’âge de vingt-trois ans. Pie IV, vieux et infirn.e, en revêtant de la pourpre son neveu, jeune et plein de zèle, avait donné une colonne à l’Église et une âme au Conc le de Trente; car ce fut à la sollicitation de Charles Borromée que cette assemblée fut convoquée de nouveau.

Son étude favorite parmi les anciens était celle d'Épictète et de Cicéron. La nature lui avait refusé le talent de la parole; il en triompba par des exercices fréquents au sein d'une académie fondée par ses soins au Vatican. L'Église dut à cette académie des cardinaux, des évêques, une foule de savants, et par-dessus tout le pape Grégoire XIII. Archevèque de Milan, Borromée entra dans un diocèse où la corruption des mœurs était parvenue à son comble et artorisée par les scandales dont la cour de Rome donnait l’exemple, Pour couper court à ces désordres , il convoqua six conciles provinciaux et onze synodes diocésains, où les rè glements du Concile de Trente furent remis en vigueur ef imposés au clergé et à l’Église. Il créa en outre la congrégation des oblats, mot qui signifie g/ferts, dévoués , parce qu'ils s’engageaient par vœu à porter aide et secours à Eglise. Quant à son zèle, il n’y avait point dans les Alpes de précipices, de roches, d’avalanches, qu’il n’affrontât pour visiter son diocèse, qui s’étendait fort loin. Ce prélat fonda des écoles, des séminaires, des couvents, des hôpi-

faux, bâtit ou répara un grand nombre de temples, parmi lesquels celui de Saint-Fidèle à Milan, qui, par sa magnificence et son étendue, peut être mis au rang des plus grands et des plus beaux de l'Italie. Depuis plus d’un siècle les archevêques de Milan ne résidaient plus dans leur diocèse : aussi cette église était-elle dans un état absolu de dégradation , et en proie aux caprices du clergé, Saint Charles la tira de cette anarchie, malgré les efforts de l’ordre des humiliés et du chapitre de la Scala. Tout était bon à ces moines odieux pour arriver à leur but. Un jour, au moment où le pieux archevèque était à genoux au pied de l'autel, un frère Farina, que ces forcenés avaient aposté, tira sur lui, à six pas, un coup d’arquebuse : le coup mal assuré ne fit qu'endommager la soutane et le rochet de ce sage de l'Église, qui, sans détourner les regards, continua sa prière. Malgré l’intercession de l'excellent archevêque, Farina et ses complices furent mis à mort.

Si l'on veut avoir une idée de la naïveté de cœur et de la simplicité de mœurs de ce bon prélat, on saura que dans une maladie grave il se guérit par le moyen de la musique, qu’il aimait beaucoup, mais qu’il n’usa qu'avec modération de ce spécifique, dont la mollesse et l’attrait lui eussent semblé dangereux; qu'il abandonna ses biens à sa famille, et fit trois parts des revenus de son archevêché, une pour les pauvres, une seconde pour l’Église, une troisième pour lui; qu’il rejeta la soie de ses vêtements , bannit du palais épiscopal tous les objets d'art mondains ou profanes , et qu’enfin il soumit son corps à des jeûnes et son esprit à des méditations. Jusque là son zèle religieux ne passait pas les bornes; mais coucher sur des planches, mais organiser des processions, qu'il suivait les pieds nus et la corde au cou, dans les rues de Milan, que ravageait la peste, et cela pour apaiser la colère de Dieu, c'était méconnaître l'essence de la Divinité, c'était être saintement homicide de soi-même! Sa présence pendant six mois au milieu des pestiférés, ses consolations, ses dons sans mesure, son lit qu’il vendit pour les pauvres, lui, élevé dans le faste et la pompe de la cour de Rome, voilà ce qui éternisera son nom, voilà ce qui l’a rendu à tout jamais l’objet de la vénération de l’Italie et de toute la chrétienté. Ce fut à quarante-six ans, le 3 novembre 1584, qu’usé de jeûnes, de veilles et de fatigues, il termina sa carrière. En 1610 Paul V canonisa ce modèle des archevêques. Parmi ses ouvrages on remarque trenteet un volumes de lettres, des Aomélies, les Nuils du Vatican, la collection de ses Conciles, etles Actes de l’Église de Milan. Son style n’a rien de la sublimité ni de la force de celui des Pères de l’Église, mais il a de l’onction et de la douceur. La châsse de ce saint passe pour une merveille d’orfévrerie. DENNE-BaRoN.

En 1697 une statue colossale fut élevée auprès d’Arone, sur une éminence dominant le lac Majeur, à saint Charles Borromée, Cette statue est en bronze ; elle a 23,5 de hauteur ; le piédestal, en granit, a 15 mètres de haut,

. Son cousin, le comte Frédéric Borromée , né en 1563, cardinal et archevêque de Milan de 1595 à 1631, fut le fondateur de la bibliothèque Ambroisienne.

BORROMÉES (lies), nom de plusieurs petites iles dans le lac Majeur. Ainsi nommées de la famille Borromée , qui depuis des siècles possède les plus riches domaines des bords du lac Majeur; ces iles sont aussi appelées quelquefois Zsole dei Conigli, à cause du grand nombre de lapins qu’elles nourrissent. Ce n'étaient que des rochers arides, lorsque le comte Vitaliano Borromée entreprit, en 1671, de les embellir en y faisant transporter de la terre végétale et construire des terrasses. Elles sont au nombre de cinq, l’Zsola Bella, Isola Madre, Y'Isola di San Giovanni, San Michele et VIsola de’ Pescalori; les deux premières surtout sont célèbres par leur beauté, Sur la côte occidentale de l’Zsola Bella s'élève un palais vaste et magnifique, qui renferme une superbe galerie de tableaux des

BORROMÉE — BORROMINI

meilleurs maîtres. Ce palais communique par les salle terrene, suite de grottes revêtues de pierres de diverses couleurs et décorées de fontaines, avec des jardins supportés par dix terrasses qui vont en se rétrécissant de manière à présenter la forme d’une pyramide tronquéé couronnée par le statue colossale d’une licorne, armes de la famille Borromée. L’Isola Mudre , située au milieu du lac, est peuplée de faisans, et jouit d’un climat encore plus doux ; sept terrasses conduisent à son château. Couvertes de plantes du midi de toutes espèces, ces îles répandent sur le lac le plus délicieux parfum. Comme on n’y trouve aucune hôtellerie, les voyageurs qui les visitent doivent passer la nuit dans les petites villes du voisinage, Intra, Paltanza ou Baveno. Les habitants de l’Jsola de’ Pescatori vivent principalement du produit de leur pêche, qu’ils portent à Milan ou dans le Piémont, et des profits de la contrebande,

BORROMINTI (François), architecte célèbre, né en 1599, à Bissone, dans le diocèse de Côme, en Italie, était d’une famille dont plusieurs membres paraissent s'être distingués dans la même profession. Son père, qui lui avait donné les premières leçons de son art, l’envoya dès l’âge de neuf ans, étudier la sculpture à Milan, et de là il vint à Rome, où Charles Maderno, son parent, alors architecte de la fabrique de Saint-Pierre, acheva son éducation, ef le mit bientôt en état de le seconder dans les travaux que lui avait confiés Urbain VIII. Cependant les sept années qu’il avait passées à Milan, et qui avaient été entièrement consacrées à la sculpture, avaient décidé de sa vocation, et il y aurait sans doute persisté si le désir de surpasser le Bernin, qui avait succédé à Maderno, en 1629, dans la place d’architecte de Saint-Pierre, devenue vacante par la mort de ce dernier, ne l'avait porté à redoubler d’efforts dans la nouvelle direction qu’il avait prise. J1 parvint bientôt, en effet, et grâce à la protection d’Urbain VII, à enlever à celui qu’il regardait comme son rival une partie des travaux qui devaient être exécutés par lui. Il eut ainsi successivement à construire l’église de la Sapienza , le couvent de Saint- Philippe de Néri , son oratoire et sa façade, l’église du collége de la Propagande, une partie du bâtiment de l’église de Sainte-Agnès à la place Navone, la nouvelle décoration intérieure de Saint-Jean-de-Latran, et fut chargé également, toutefois sous la direction du Bernin, de la coutinuation des travaux du palais Barberini. Sa réputation s’étendit si loin que le roi d’Espagne, ayant résolu d'agrandir son palais à Rome, lui commanda un projet qui, bien qu’il n’ait jamais été exécuté, valut à son auteur l’ordre de Saint-Jacques et une gralification de mille piastres. 11 reçut en même temps du pape l’ordre du Christ, avec 3,000 écus comptant et une pension.

Son ambition n’avait plus à redouter de rivalité; cependant , son humeur envieuse lui faisait toujours voir des défaites dans les succès du Bernin, et un ennemi dans l’homme qui avait trop de goût pour ne pas blâämer ses caprices Bernin, en effet, le regardait comme un novateur téméraire, destiné à corrompre toute l’architecture. Enfin, Bernin ayant obtenu la conduite d’un édifice déjà confié à Borromini, qui en avait même donné les dessins, cette préférence fut pour celui-ci l’occasion d’un ressentiment qui ne connut plus de terme. Pour se distraire , il résolut d'aller en Lombardie. Le voyage ne put chasser son ennui, qui le ramena bientôt à Rome, où son mal devint ineurable, En vain, pour y faire diversion, donna-t-il un libre cours à tous les caprices de son imagination, dont il projetait de faire graver le recueil. 11 présidait à ce travail lorsqu'un accès d’hypochondrie fit désespérer de sa vie, et une nuit d'été, ne pouvant trouver de repes, il se saisit d’une épée, et s’en perça d’outre en outre, Ainsi périt, en 1667, à l’âge de soixante-huit ans, cet artiste, victime de la jalousie qui avait empoisonné sa vie et corrompu son goût,

Page 1