‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 291 sur 527 · BORROW — BOSC · texte numérisé non relu

BORROW — BOSC

BORROW (Gronce), écrivain anglais, né à Norfolk, en 1803, montra dès sa plus tendre jeunesse des dispositions extraordinaires pour les langues et un goût prononcé pour les aventures. Dans son enfance, il passa quelque temps au milieu de Bohémiens, et acquit, en vivant avec eux, une connaissance exacte de leur langue, de leurs mœurs et de leurs usages. Nommé agent de la société biblique d'Angleterre, il parcourut presque toute l’Europe ainsi qu’une partie de l’Afrique, et eut ainsi l’octasion d'apprendre la plupart des langues modernes, dans leurs divers dialectes, L'inconnu avait pour lui un charme invincible, et il le poursuivait au prix des plus grandes fatigues, des plus grands dangers. Fidèle aux prédilections de sa jeunesse, il fit des Bohémiens l’objet principal de ses études. Son premier ouvrage, Les Zincali, ou Descriplion des Bohémiens d Espagne (2 vol. ; Lond., 1841) intéresse par la vivacité dramatique du style; mais c’est à un autre livre, qu’il publia sous le titre de La Bible en Espagne (2 vol., Londres, 1843), qu’il dut surtout sa réputation. C’est une série d'aventures personnelles aussi variées qu’intéressantes, mêlées de peintures de caractères et de descriptions romantiques, et rachetant par la force et la vivacité des couleurs le désordre de la composition. Après un long silence, Borrow fit paraître Lavengro, écolier, bohémien et prêtre (3 vol. ; Londres, 1850), espèce d’autobiographie, où la fable se mêle à la vérité. Le désir de représenter son Lavengro comme un caractère tout à fait exceptionnel , a entrainé l’auteur dans des exagérations trop fortes, et l'originalité un peu bizarre qui faisait le charme de ses premiers écrits semble être devenue chez lui une espèce de monomanie. Il à donné dans Romany Rye (1857) une suile des aventures de Lavengro ; mais le livre a eu peu de succès.

BORY DE SAINT-VINCENT (JEAN-BaPriste- GEorces-MariE), né à Agen, en 1780, prit au sein d’un magnifique musée d'histoire naturelle existant depuis des générations dans sa famille le goût des sciences physiques, qu'il ne cessa de cultiver toute sa vie. La révolution vint interrompre ses études, et le jeta avant vingt ans dans l’armée. Il ne farda pas à se faire remarquer de ses chefs. En 1800 il commandait un fortin à Belle-Ile-en-Mer lorsque, à la demande de Lacépède, il fut appelé à l'emploi de naturaliste en chef d’une expédition de découvertes, dont le commandement était confié au capitaine de vaisseau Nicolas Baudin.

Bory, demeuré à l’île de France pour cause de maladie, explora les îles voisines dès qu'il fut rétabli. La Réunion fixa d’abord ses regards. Sa moisson botanique et géologique fut immense. On lui doit une relation curieuse de ce premier voyage, et il y joignit une excellente carte de l'ile. La paix ayant replacé nos colonies sous l’autorité de la métropole, Bory dut rentrer en France. Peu de jours après son arrivée à Paris , il fut promu au grade de capitaine et employé bientôt à l'état-major particulier du général Davoust. Pendant son séjour à Paris il publia son premier ouvrage important , intitulé : Essai sur Les îles Fortunées et l’antique Atlantide (1 vol. in-4°, 1803). Bientôt parut la relation de son Voyage dans quatre îles des mers d'Afrique (3 vol. in-8°, avec atlas), ouvrage qui lui valut le titre de correspondant de l’Académie des Sciences.

La guerre ayant recommencé, Bory rejoignit la grande armée, et fit avec distinction les campagnes d'Autriche et de Prusse. En 1808 il passa à l’armée d’Espagne, sous les ordres du maréchal Ney, et resta ensuite attaché À l’étatmajor du maréchal Soult, près duquel il se trouvait encore à la bataille de Toulouse. Rappelé à Paris dès que le maréchal Soult fut nommé ministre de Ja guerre, il prit rang parmi les colonels attachés au Dépôt de la guerre.

- Durant la première restauration, Bory de Saint-Vincent se lança dans la rédaction des feuilles périodiques, et fut,

avec Étienne, Jouy et Harel, un des principaux auteurs du Nain Jaune, revue hebdomadaire dont le succès ne fut peut-être jamais égalé par celui d'aucun écrit de ce genre. Au 20 mars il continua à faire partie du Dépôt. Nommé député par la ville d'Agen, il siégea avec distinction dans la chambre des Cent-Jours, s’y prononçant fortement contre la déchéance de l’empereur, qu’il appelait le glaive de la patrie. Aussi son nom fut-il compris dans l'ordonnance du 24 juillet, dite d'amnistie, qui renvoyait dix-neuf citoyens devant des commissions militaires et en condamnait trentehuit à l'exil. Caché dans la vallée de Montmorency, il publia celui de tous ses écrits dont il s’honorait le plus, et qui avait pour titre : Bory de Saint-Vincent, député de Lot-et-Garonne, proscrit par l'ordonnance du 24 juillet, à ses commettants. Puis il se réfugia en Belgique, où il erra de ville en ville jusqu’à ce que, l'ambassadeur de France, Latour-du-Pin, layant dépisté, force lui fut de s’enfoncer dans l'Allemagne. Ayant plus tard obtenu du gouvernement néerlandais la permission de résider à Bruxelles, il y fit paraître avec deux savants du pays un recueil intitulé Annales générales des Sciences Physiques.

Enfin, Bory de Saint-Vincent reçut, vers la fin de 1819, l'autorisation de rentrer en France. Rayé des contrôles de l'armée, sans appointements, privé de toutes ressources, il s’associa à la collaboration du Courrier français, et subsista du produit de ses travaux scientifiques jusqu’à l’arrivée de Martignac au ministère. Amis d’enfance, ces deux hommes se rapprochèrent aussitôt. Une commission scientifique ayant été adjointe à l'expédition de Morée, Bory de Saint-Vincent en fut nommé l’un des directeurs. La Grèce lui fournit les matériaux d’un ouvrage qui lui valut en 1832 le titre de membre de l'Institut. A son retour en France, au commencement de 1830, il s’empressa de jeter le plan d’un grand travail sur la Morée; et à peine l’eut-il arrété que Peyronnet, alors ministre de l’intérieur, qui, comme Martignac, avait été son compagnon de jeunesse, ordonna la publication aux frais de l’État de cette œuvre monumentale. Le colonel conduisit cette immense entreprise à bonne fin en moins de quatre ans, avec le concours d’habiles collaborateurs dont on lui laissa le choix.

Rétabli sur les contrôles de l’armée après la révolution de Juillet, il rentra au dépôt de la guerre, et fut élu député par l’arrondissement de Marmande (Lot-et-Garonne); mais il renonça bientôt au mandat qu'il tenait de ses concitoyens : l’œuvre de Morée terminée , il put disposer encore de son temps, et n'hésita point à accepter la présidence d’une nouvelle commission scientifique, formée pour étudier et populariser l'Algérie. L'Encyclopédie Moderne, le Dictionnaire de la Conversation, les Annales des Voyages, et autres recueils, abondent en articles de lui ; il a été en outre directeur du Dictionnaire classique d'Histoire Naturelle; enfin, parmi ses différentes productions, on remarque un Essai sur la Matière, un Traité des animaux microscopiques; un Essai zoologique sur le genre humain ; une Histoire du siége de Cadix, en 1810, 1811 et 1812 (en collaboration avec l’auteur de cet article), et un Résumé de la Géographie de la Péninsule Ibérique, qui offre tout l’attrait d’une relation de voyage bien écrite. Bory de Saint- Vincent est mort à Paris, le 23 décembre 1846, à l’âge de soixante-six ans. E. G. DE MONGLAYE.

BORYSTHENE. Voyez Dxiéper. |

BOSC (Louis-AucusTIN-GUILLAUME), naquit en 1759. Sa jeunesse fut médiocrement appliquée, et sans événements ni succès remarquables; son âge mûr fut rempli de vicissitudes. Fils d’un médecin de la cour, Bose d’Antic, et placé par lui au collége de Dijon, il ne montra beaucoup de goût que pour ia botanique et l’entomologie. L'espèce d’aversion que manifesia pour lui sa jeune belle-mère (car son père s'était marié deux fois) communiqua à son caractère une teinte de

tristesse et de sauvagerie dont la fâcheuse influence s’étendit à son existence entière. Habiter dans les forêts ou voyager seul fut le genre de vie le plus compatible avec ses goûts misanthropiques : on dit même que dans sa première jeunesse il n’était pas éloigné de s’enfermer dans un couvent de chartreux. Toutefois, Bosc étudia les sciences, et fut successivernent employé, administrateur des postes, puis disgracié et persécuté, puis consul ou chargé d’affaires en Amérique, puis voyageur errant, collecteur laborieux d’objets d'histoire naturelle, continuateur de Buffon, auteur de dictionnaires et de journaux , administrateur des hôpitaux jusqu’au 18 brumaire, enfin membre de l’Institut, inspecteur des pépinières de Versailles et l’un des plus célèbres agronomes de la France. Mais Bosc fut avant tout une de ces âmes fortement trempées que le sort ne saurait amollir, qui sentent les malheurs d’un ami plus que des souffrances personnelles, qui méprisent la fortune et qui défient l'oubli de l’histoire.

Quand la révolution française éclata, Bosc était secrétaire de l’intendance des postes, et les loisirs que lui laissait sa charge, il les consacrait à l'étude paisible de l’histoire naturelle. Ami de Rolland, à peine celui-ci fut-il ministre (1792) qu’il s'empressa de le nommer administrateur des postes. La place était belle pour son âge (trente-trois ans); elle dépassait ses besoins comme son ambition. Mais il ne la devait pas conserver longtemps : la journée du 31 mai 1793 renversa Rolland ainsi que les girondins; et peu de temps après Rolland paya de sa tête la constance de ses principes. Sa femme fut renfermée successivement dans plusieurs prisons de Paris, en attendant que l’échafaud se rougit de son sang; et c’est alors, dans l’espace de deux mois, qu’elle composa ces admirables mémoires, qu’il est impossible de lire sans une vive émotion. Alors aussi elle connut tout ce que valait Bose, et combien son amitié avait de sincérité et de dévouement. :

L'amitié était rare ou timide dans ces temps affreux! Le jour même de son arrestation, madame Rolland lui confia sa fille, sa chère Zudora. Bosc, au risque de sa vie, visitait souvent madame Rolland durant sa captivité ; il lui portait, au parloir, non des consolations, mais le tribut de ses sympathies et l'exemple de son courage, tant le moment fatal était facile à prévoir. Quand enfin l'heure de la séparation vint à sonner, lorsque le bourreau manda cette femme sublime, elle paya Bosc de tous ses soins par les missions pleines de périls dont elle le chargea. Elle lui confia d’abord le manuscrit de ses Mémoires, que Bosc a publiés quelque temps après. Elle le chargea en outre de la tutèle de sa fille, mademoiselle Rolland, le seul enfant à qui elle léguât des souhaits de bonheur et de funestes souvenirs. Bosc accepta tout .. Ensuite, pour unique grâce, ou plutôt comme marque d'estime singulière, comme récompense immortelle, elle lui demanda, à lui, le seul ami qui ne l’eût point abandonnée, qu'il voulût l’accompagner jusqu’à J'échafaud. Bosc, toujours supérieur aux rigueurs de sa situation, accompagna madame Rolland jusqu’au lieu du supplice. 11 l’aida même à monter les degrés de la guillotine, si près des cieux pour cette femme héroïque. Et quand il failut se quitter pour toujours, sans larmes d’aucun côté, sans plaintes, sans visible émotion, le cœur aimant mieux se briser dans son réceptacle que de déceler ses déchirements, un regard au ciel, deux mains serrées, furent les seuls adieux de ces deux amis, dignes d'être immortalisés par Plutarque.

Ce triomphe remporté sur sa sensibilité devait soumettre Bosc à de nouvelles épreuves. Sans fortune, il lui fallut pourvoir dignement à la subsistance et à l'éducation de mademoiselle Rolland. Il fallait lui prodiguer les attentions d’un père, la voir souvent, et mêler ses larmes aux siennes sur laffreux événement qui la rendait orpheline; il fallait lui montrer de la tendresse, maïs point d'amour; obtenir sa reconnaissance, mais rien au delà; et ce noble dessein, si

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haut placé par delà oute puissance bumaine, Bosc était digne de l’accomplir. L'avenir trahit sa prudence.

Depuis la mort de madame Rolland jusqu’au 9 fhermidor, Bosc resta presque toujours retiré dans une petite maison qu’il possédait dans la forêt de Montmorency. I y cacha même plusieurs proscrits, entre autres La Revellière-Lépeaux, qui y resta plusieurs mois dans un grenier. Bosc partageait avec ses hôtes sa pilance de chaque jour. C’étaient des racines fraîches, des limaçons trouvés dans la forêt, et aussi l'œuf de la seule poule qu'il eût, et qu’à quelque temps de là dévora un oiseau de proie. Le 8 thermidor passé, son hôte La Revellière-Lépeaux devint le premier des cinq souverains de la France d’alors; mais ce directeur apparemment tout-puissant eut trop peu de souvenir des mauvais jours pour doter Bosc d'une condition digne de lui.

Durant près de trois années que Bosc passa dans sa forêt, il ne négligea point de venir à Paris visiter sa pupille. Ces voyages fréquents, suivis d’un isolement absolu, finirent bientôt par susciter en lui cette émotion du cœur qu’appréhendait sa sagesse. Bosc crut voir que, de son côté, mademoiselle Rolland l’aimait autrement qu’on n’aime un tuteur; et dès ce jour, sans rien lui dire, sans lui rien faire espérer ou craindre, se croyant peu fait à son âge et dans sa position pour la rendre heureuse, craignant surtout de ne devoir son propre bonheur qu’à son titre vis-à-vis d'elle, qu’à la reconnaissance, et ne perdant point de vue son rôle de père, il fit ses préparatifs pour un voyage en Amérique (1796) : mais il la confia avant son départ aux soins d’une femme respectable, à laquelle il déclara qu’on ne le verrait revenir en France qu’à la nouvelle du mariage de mademoiselle Rol land. Avais-je tort de comparer Bosc aux grands hommes de Plutarque? Ah! sans doute il y a quelque chose de plus difficile que d’agrandir une science si l’on est savant, que d’asservir tout un pays si l’on est guerrier : c’est de se rendre maître de l'amour.

Nous n'avons pas le courage d'entrer dans les particularités ultérieures de la vie de Bosc : ses plantations de vignes, dont il réunit plusieurs milliers de variétés près du Luxembourg, son Cours d'Agriculture, ses excellents articles du Dictionnaire de Déterville, tout cela serait peu intéressant en comparaison de ses actions.

Le spectacle de la terreur et ses propres malheurs, ainsi qu’une longue solitude, avaient empreint le caractère de Bosc d’une réserve si voisine de la défiance qu’il reste encore sur plusieurs endroits de sa vie des obscurités telles que les biographes se sont fréquemment contredits en ce qui concerne les circonstances les plus délicates de son histoire. Nous devons dire à cette occasion que si nous n’avons poin! suivi les versions de M. Cuvier, ce n'a été ni sans motifs rlausibles ni sans d’autres témoignages. Bosc mourut le 10 juillet 1828. Isidore Bourpon.

BOSCAN-ALMOGAVER (Juan), célèbre poëte espagnol, naquit au commencement du seizième siècle, à Barcelone, et mourut vers l’an 1543. Ses parents, qui appartenaïent à la plus ancienne noblesse, le firent élever avec beaucoup de soin. Il suivit durant quelque temps la cour de Charles-Quint, et y demeura pendant le séjour qw’elle fit à Grenade. La noblesse de son caractère ei de toute sa conduite lui concilièrent la faveur du prince. Il fut chargé de l'éducation du duc d’Albe. Après son mariage, Boscan vécu à Barcelone, où il s’occupait de publier ses œuvres avec celles de son ami Garcilaso, auquel il avait survécu, lorsque la mort vint aussi le surprendre. Andrea Navagero, savant italien et ambassadeur de la république de Venise auprès de Charles-Quint, l'avait engagé à essayer en espagnol diverses sortes de mètres italiens. C’est ainsi qu’il devint le créateur du sonnet espagnol, et qu’il fut le premier, avec Garcilaso, à employer les tercets dans les épîtres poétiques, dans les vlégies, ete. Si cet auteur a fait époque, c'est sure

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tout pour avoir introduit les formes métriques de l'Italie dans la poésie espagnole ; et dans son temps cette innovation rencontra autant de critiques que de partisans. Les poésies de Boscan sont encore estimées aujourd’hui; mais ses autres travaux littéraires, qui consistaient surtout en traductions, sont oubliés,

BOSCH (Jérôwe ne), membre de l’Institut hollandais,

raquit à Amsterdam, le 23 mars 1740,et y mourut, le {°° juin 4811, 11 fut sans contredit le poëte latin le plus distingué des temps modernes, et en même temps un savant philologue. Sans vouloir jamais accepter de chaire d’enseignement, il vécut dans de doux loisirs, qu’il charmait par l'étude de la littérature classique; cependant, pour être utile, il consentit à se charger des fonctions de curateur de l’université de Leyde, et les remplit pendant plusieurs années. Ses Poemata ont été publiés pour la première fois à Leyde, en 1803; une deuxième édition en a été donnée à Utrecht, en 1808. Son principal ouvrage est d’ailleurs lP'Anthologie grecque, avec la traduction en vers jusque là inédite de Grotius, qui parut à Utrecht de 1795 à 1810, en 4 vol. auxquels Van Lennep en a ajouté un cinquième (Utrecht, 1822). On a aussi de Bosch des discours et des traités, presque tous écrits en hollandais, sur des objets de littérature, et qui sont tous autant de preuves de sa profonde érudition, de l’excellence de son jugement et de la pureté de son goût.

BOSCHIMANS , en hollandais Bosjesmans, ce qui veut dire habitants des buissons (du hollandais bosje, buisson); dans leur propre langue ils s'appellent Saabs. C’est une nation distincte du sud de l'Afrique, quoiqu’elle se rattache par son origine à la nation hottentote. Les Boschimans habitent une contrée sauvage, située au nord et au sud du haut Orange, entre le territoire de la colonie du Cap et l'intérieur du pays des Cafres, jusque parmi les Betjouans, dispersés à environ 222 kilomètres au nord de Lattakou. On les partage en deux grandes tribus, connues sous les noms de Balalas et de Zoulous. Ils errent en formant autant d'essaims différents que de familles, sans avoir jamais de demeure fixe, et ne se groupent que lorsqu'il s’agit pour eux de se défendre contre un ennemi commun ou bien d'entreprendre quelque expédition de brigandage, faisant preuve en toute occasion des dispositions les plus insociables et d’un penchant inné pour la rapine Leur taille est généralement inférieure à celle des Hottentots, dont on peut les considérer comme la tribu la plus dégénérée. Leur nezest encore plusaplati et les pommettes deleurs joues plus saillantes. L'expression de leurs yeux est aussi sinistre que féroce, en même temps que tous leurs traits respirent la paresse et la débauche.

Si chez eux les hommes sont laids et maigres, aussi sales et aussi fatoués que les Hottentots, les femmes ofent l'exemple d'une laideur plus repoussante encore. Les Boschimans sont doués d’une vue et d’une ouïe trèsfines; mais leur intelligence est des plus obtuses, et leur grossièreté les rapproche de la brute. Paresseux à l'excès, la faim seule peut les déterminer à entreprendre quelque travail. Les produits de leur chasse ne suffisent que fort imparfaitement à les nourrir. Ils tuent leur proie à coups de flèches ou bien s’en emparent à l’aide de piéges; et en simulant la forme extérieure de Pautruche, ils parviennent à approcher de cet animal, qu'ils prennent ainsi ct dont ils mangent la chaire toute crue. Faute de mieux, ils se contentent aussi de sauterelles, de couleuvres, de fourmis, et de toutes espèces d'insectes ; ils prennent même à l’aide de nasses quelques poissons, genre d'animaux pour lesquels les habitants du sud de l’Afrique témoignent en général l’aver- Sion la plus décidée. Ils peuvent d’ailleurs supporter la faim péndant fort longtemps, et s’efforcent d’en rendre les atteintes moins sensibles en se serrant le ventre. Quand leur chasse est productive, ou bien s’ils réussissent à dérober un

bœuf ou quelques moutons , ils se dédommagent de leur longue abstinence par des repas tellement copieux qu’ils demeurent ensuite plusieurs jours dans un état d’immobilité complet, pendant lequel s'opère le travail de la digestion. Pour boire ils se couchent à plat ventre comme les animaux. Ils aiment beaucoup à fumer, et s’enivrent en avalant la fumée du tabac; ils témoignent aussi une grande prédilection pour l’eau-de-vie, Leur costume consiste en une peau de mouton qui leur sert de manteau, et qu’ils savent enrouler fort adroitement autour de leur corps. Pour vétement de dessous ils ont une peau de chacal, et ils portent des bonnets de cuir, avec des verroteries et des sandales, En fait d'armes, ils ont de petits arcs, avec lesquels ils lancent à de grandes distances, et avec beaucoup de justesse et de précision, des flèches empoisonnées ; quelquefois aussi, quand ils habitent à la proximité de nations relativement civilisées, par exemple des Betjouans, ils sont armés d2 petits couteaux.

Ils choisissent pour demeure des cavernes, de petits fossés, ou encore des buissons, au milieu desquels il est rigoureusement exact de dire qu’ils viennent nicher. On ne trouve parmi eux aucune trace d’agriculture, et, à l'exception du chien, ils n’ont pas un seul animal domestique. Leur langue, qui compte un grand nombre de dialectes, est d’une extrême pauvreté, et consiste en un mélange d’intonations gutturales, nasales et palato-linguales. Elle diffère beaucoup de la langue des Hottentots, dont elle est peut-être le dialecte le plus grossier ; de sorte que les deux nations ne s'entendent qu'avec une extrême difficulté, en même temps qu’il est impossible aux autres peuples de les comprendre. On ne trouve chez eux presque point de trace d'organisation politique. Leurs villages, quand il s’en rencontre, et ils consistent alors uniquement en huttes de paille, ne contiennent jamais plus d’une centaine d’habitants. Toute idée de hiérarchie et d’autorité régulière leur est étrangère. La force brutale et la ruse sont les seuls liens sociaux de la nation comme de la famille, si {ant est qu’on puisse dire de cette dernière qu’elle soit connue de ce peuple, puisque aucun lien n’existe chez lui entre parents et enfants, et que dans sa langue il n’y a même pas de terme pour distinguer la vierge de la femme. Les Boschimans enterrent leurs morts, et recouvrent d’une pierre la fosse dans laquelle ils les déposent. Cependant ils sont aussi dans l’usage de brûler les cadavres, et si une mère meurt en laissant un enfant hors d'état de pourvoir lui-même à sa subsistance, ils le brûlent en même temps qu’elle. On peut dire, en résumé, que les Boschimans sont la nation de l'Afrique méridionale la plus sauvage et la plus pervertie. Ce n’est que lorsqu'il s’agit de brigandage qu’ils savent faire preuve de constance, d’adresse et d’audace, Toutes les tentatives faites jusqu’à ce jour pour les civiliser ont échoué. Aussi les colons hollandais et anglais leur font-ils maintenant une véritable guerre d’extermination. L’Évangile n’a encore p2 pénétrer que dans un très-petit nombre de leurs districts; quoique les efforts tentés dans ce but par la Société anglaise des missions remontent déjà à l’année 1799.

BOSCOVICH (Rocer-Josern), célèbre physicien ef philosophe , né à Raguse, en 1711, étudia chez les jésuites à Rome, et entra de bonne heure dans cet ordre religieux. il fit de si rapides progrès dans la philosophie et les mathématiques, qu’il fut chargé d'enseigner ces deux sciences au collége romain avant même d'avoir terminé le cours de ses études. Il acquit de bonne heure, par la solidité de ses connaissances, par les qualités brillantes de son esprit et la droiture de son caractère, une réputation qui se répandit bientôt dans tonte l'Italie, et il fut chargé de plusieurs missions scientifiques et diplomatiques, dont il s’acquitta avec succès. II fut employé par différents papes pour fournir les moyens de dessécher les marais Pontins, de soutenir le dème de Saint-Pierre, qui menaçait de s’écrouler, et plus

tard pour mesurer deux degrés du méridien (1750). If fut député à Vienne pour défendre les intérêts de la république de Lucques, dans une discussion qu’elle avait avec la Toscane, au sujet de ses limites et de ses cours d’eau. Il voyagea ensuite dans les diverses parties de l'Europe, s’instruisit en Angleterre dans la philosophie de Newton, qu'il fut un des premiers à propager en Italie, écrivit plusieurs ouvrages , soit pour exposer la nouvelle philosophie, soit pour publier ses propres découvertes en mathématiques et en astronomie, et mérita par ses travaux l'honneur d’être nommé membre de la Société royale de Londres, et correspondant de l’Académie des Sciences de Paris. Après la suppression de l’ordre des jésuites (1773), on le nomma professeur à l’université de Pavie, et peu de mois après il fut appelé à Paris, et nommé directeur de l'optique de la marine. Pendant qu’il occupait cette place, il fit de nombreuses recherches sur l'optique, et particulièrement sur la théorie des lunettes achromatiques. A la suite de quelques désagréments qu’il éprouva dans l'exercice de ses fonctions , il quitta la France, et se retira à Milan, où l’empereur le chargea d’inspecter la mesure d’un degré du méridien, Il mourut dans cette ville, en {787, entouré de la considération générale. -

Les principaux ouvrages de Boscovich sont, une dissertation De Maculis solaribus (Rome, 1736); Nova Methodus adhibendi phasium observationes in eclipsibus Tunaribus (Rome, 1744); De Lunæ Atmosphæra (Vienne, 1746); Dissertatio physica de Lumine (Rome, 1748); De expeditione ad dimetiendos secundi meridiani gradus (Rome, 1755), traduit en français sous le titre de Voyage astronomique dans l’État de l’Église, par le père Hugon (Paris, 1770); Journal d’un Voyage de Constantinople en Pologne (Bassano, 1772); Opera ad oplicam et astronomiam, maxima ex parte nova et omnia hucusque inedita (5 vol., Bassano, 1785). On lui doit en outre plusieurs dissertations sur divers sujets.

Boscovich n’était pas seulement un savant profond , e’était aussi un ami des leltres et un poëte distingué. Il a publié un assez grand nombre de morceaux de poésie latine pleins de grâce et de facilité, un beau poëme sur les éclipses, De Solis ac Lunæ Defectibus (d’abord en cinq chants, Londres, 1755-1760 ; puis en six, Rome, 1767 ). I1 a été traduit en français, par l’abbé de Barruel (Paris, 1779-1784 ). Quelques années auparavant Boscovich avait publié un poëme latin de Benoît Stay, sous ce titre : Philosophiæ a'Benedicto Stay Ragusino versibus traditæ libri 1, ouvrage où l’auteur expose un système général sur l'univers, et auquel Boscovich joignit des notes destinées à en développer les principaux points.

Quoique Boscovich ait exécuté un grand nombre de fravaux utiles sur diverses parties des sciences positives, de Vastronomie, de la mécanique, de la physique et surtout de l'optique, ce qui recommande principalement son nom à la postérité, ce sont les idées ingénieuses qu’il conçut sur le système de l’univers et les efforts qu’il fit pour expliquer par un seul principe tous les phénomènes de la nature. Après avoir exposé dans diverses publications séparées quelques-unes de ses principales idées sur ce sujet, il réunit toutes les parties de son système dans un seul ouvrage, sa Théorie de la Philosophie naturelle réduite à une seule loi. 11 voulait concilier et compléter les systèmes de Leibnitz et de Newton, dont l’un lui semblait tout réduire à des principes purement métaphysiques, les monades, ou forces simples, et l’autre à des principes uniquement physiques, les propriétés générales des corps, l'étendue, l’impénétrabilité, l'attraction. Pensant que le triomphe de la philosophie serait de diminuer encore le nombre des propriétés des corps admises par Newton et d'expliquer tous les phénomènes par une loi unique, il supposa avec Leibnitz que toute la matière est composée d'éléments simples,

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mais il fit de ces éléments non de pures forces immatérielles, mais des points physiques sans étendue, sans contact, placés à diverses distances les uns des autres ; il admit, en outre, non pas seulement, comme l'avait dit Newton ; qu’un certain nombre de phénomènes, mais que tous les phénomènes de la nature sont produits par des forces attractives £ répulsives ; bien plus, que ces deux forces, Opposées en apparence, n’en sont qu’une seule, qui d’aftractive se transforme par degrés insensibles en répulsive, et réciproquement, selon le plus ou le moins de rapprochement des parties.

Par cette théorie, Boscovich crut avoir fait faire un pas immense à la scienceet avoir dépassé de beaucoup même les espérances exprimées par Newton dans son Opfic. On trouve encore dans ses ouvrages des idées fort originales sur plusieurs des points les plus importants de la philosophie, sur la distinction de la matière et de l'esprit, sur la nature du temps et de l’espace. BouILLEr.

BOSIO ( JEan-FranÇois-Josepn , baron ), naquit le 19 mars 1768, à Monaco, où son père exerçait la profession de serrurier. Jeune encore, Bosio sentit s’éveiller en lui le goût des arts plastiques, et le peu de ressources que lui offrait son pays pour s’instruire l’obligea de bonne heure à le quitter. Ce fut à Paris, qui commençait déjà à recueillir l'héritage de la vieille Italie pour l’enseignement , qu’il vint étudier. Son premier maître fut Pajou, sculpteur d’assez peu de mérite, complétement oublié aujourd’hui, mais qui jouissait alors d’une certaine faveur. Ses progrès sous cette direction médiocre n’en furent pas moins assez rapides pour lui permettre de retourner, à dix-neuf ans, en Italie, sans autre guide désormais que ses propres lumières, afin d’y exercer à la fois la sculpture et la peinture , qu’il avait aussi cultivée pendant son séjour à Paris. Il parcourut successivement Rome, Florence, Sienne, Parme, Venise, Gênes, laissant partout des preuves de son double talent de sculpteur et de peintre. Comme peintre, cependant, nous devons dire qu’il ne s’éleva jamais au-dessus de la médiocrité : quelques plafonds de sa main, qu’il laissa en Italie, en font foi. Il le sentait mieux que personne, et il abandonna bientôt la palette pour le ciseau. Dans les dix-sept années qu'il passa en Italie, il produisit un nombre d'ouvrages considérable; pour le seul marquis Bevilacqua, il modela vingt statues en plâtre destinées à être exécutées en pierre sous la direction de l’ancien maître de Canova.

De retour à Paris, vers 1808, son début au salon fut un Amour lançant des traits el s’envolant, modèle en plâtre, dont un marbre reparut au salon de 1812, et lui fit beaucoup d'honneur, Ce premier succès fut confirmé par une seconde production du même genre, exposée en 1810 : Z’Amour séduisant l’Innocence. Dès ce moment, Bosio avait marqué sa place, et jusqu’à nos jours il ne s’est plus fait en France de grands travaux de sculpture auxquels il n'ait attaché son nom. Ses bustes de l’empereur, de l’impératrice et de la reine Hortense lui procurèrent la commande de tous ceux des personnages marquants de l’époque; et dans ce genre on ne saurait nier que, pour la finesse, l'esprit et la distinction, il était à peu près sans rival. C’est à Bosio qu’on doit l’Hercule combattant Achéloüs, en bronze, des Tuileries ; l’Aristée, dieu des jardins , placé dans un escalier de l’aile orientale du Louvre; le Zouis XIV de la place des Victoires, le duc d'Enghien de la chapelle de Vincennes; le Monthyon de l'Hôtel-Dieu; le délicieux Henri IV, dont une fonte en argent se voit au Louvre; La France et la Fidélite du monument de Malesherbes, au Palais de Justice; le Louis XVI et l’Ange de la chapelle expiatoire; Ze Quadrige qui a remplacé les chevaux de Venise, sur l'arc de triomphe du Carrousel, et vingt bas-reliefs de la colonne Vendôme, 11 fit encore une foule d'autres ouvrages, qui sont passés en partie à l'étranger ou qui ont été acquis pour les résidences royales ou pour des cabinets de particuliers. On

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