‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 298 sur 527 · BOSSUT — BOSTON · texte numérisé non relu

BOSSUT — BOSTON

“yoque. Sa longue carrière ne manque ni d'intérêt ni d’enseignements. Nous le voyons, encore enfant, s’éprendre, à la lecture des Éloges de Fontenelle, d'une vive passion pour les mathématiques , demander des conseils à ce célèbre secrétaire de l'Académie des Sciences, et se rendre sur son invitation à Paris. Le patronage de la jeunesse est pour les hommes illustres un devoir, une sorte de resitution à laquelle ils se sont engagés envers la fortune, qui leur a tendu la main. Aussi est-on plus charmé que surpris des encouragements prodigués à Bossut. C’est le géomètre Clairaut qui lui indique les sources de la science; c’est D’Alembert qui le choisit pour son élève favori et l’initie à ses puissantes médilations: c’est Camus, examinateur des élèves du génie, à Metz, qui le présente au comte d’Argenson , ministre de la guerre, et le fait nommer professeur de mathématiques à l’école du génie. Sous l'inspiration de si grands maîtres, on conçoit qu’il eût à vingt-deux ans donné assez de gages de son talent pour être admis parmi les correspondants de l’Académie des Sciences. Pendant seize années de professorat assidu , il donna la solution de plusieurs problèmes difficiles, et publia des ouvrages remarquables sur les mathématiques pures, la mécanique, la dynamique et l’hydrodynamique, fut couronné dans plusieurs concours académiques, et eut la gloire de partager des prix avec les Euler et les Bernoulli. Tous ces travaux le conduisirent à hériter des deux places de son protecteur Camus à l’Académie des Sciences et à l’École de Metz.

Un des principaux mérites de Bossut est d’avoir rendu populaires, par des méthodes aussi simples qu’élégantes, des questions d'abord réservées aux seuls savants. Son Cours de Mathématiques, où l’ordre, la clarté, l'esprit philosophique, ne laissaient rien à désirer, partagea la vogue de celui de Bezout, et lui valut une certaine aisance, Aussi, quand la révolution vint lui enlever à la fois son titre d’académicien, sa place d’examinateur et la chaire d’hydrodynamique, récemment fondée pour lui, il put se créer une retraite à l'abri des humiliations qu’impose la misère ; il dut sans doute à son isolement d’avoir échappé aux coups de la tempête, dont furent frappées tant d’illustres victimes. 11 reparut quand le calme se rétablit, fut nommé membre de l’Institut lors de sa formation, et successivement examinateur de l'École Polytechnique et membre de la Légion d'Honneur.

C’est pendant son exil, au sein de la patrie, qu’il composa sa fameuse Histoire des Mathématiques , ouvräge qui retrace avec bonheur les progrès des connaissances humaines sur les nombres, les grandeurs, leurs rapports et leurs applications, et signale au respect des hommes et à l'émulation de la jeunesse les noms des savants qui ont agrandi de ce côté Ÿe domaine de la pensée. Les géomètres le trouvèrent superficiel ; maïs il était fait pour les gens du monde, qui le lurent avec avidité; le livre eut deux éditions en moins de six ans. On a reproché à Bossut, avec une aigreur qui remplit ses dernières années d’amertume, de n’avoir pas apprécié avec assez de soin les travaux contemporains. Le reproche n’était pas sans fondement ; mais c'était le pousser jusqu’à l'injustice que de mettre en doute l’impartialité d’un homme dont la probité et la roideur même, dans ses délicates fonctions d’examinateur, ont été proverbiales. Le comte de Muy, ministre de la guerre, signait sans les lire les tableaux d’examen que lui présentait Bossut : « Je signe aveuglément, disait-il ; j'ai éprouvé qu’il ne faut pas regarder après vous. »

Ce fut un grand service rendu par Bossut aux sciences et aux lettres que la publication des Œuvres complètes de Pascal. Pour la première fois on connut ce grand homme tout entier. Bossut, dans un discours préliminaire, remarquable par l'élévation et la pureté du style, justifie de son admiration passionnée pour Pascal. Aussi bien entre ces deux hommes peut-on saisir plus d’une ressemblance.

Quand Bossut observe avec satisfaction que « Pascal, ce profond raisonneur, était en même temps un chrétien soumis et rigide », il se peint lui-même dans ce peu de mots. Il avait toute la rudesse et l’austérité de Port-Royal, et son caractère ombrageux et défiant, non moins que la sévérité de ses goûts, l’éloignait du monde; mais quand il trouvait à qui se livrer, il apportait dans le commerce de la vie une effusion de bienveillance, une richesse de sentiments, qui lui ont valu beaucoup d'amis dévoués.

La création de l’Institut lui avait rendu ses honneurs et ses places ; et lorsque, après quarante ans de bons services et de travaux éminents, il fut forcé par l’âge et les infir mités de renoncer à ses fonctions d’examinateur , le gouvernement fit acte de justice et de noblesse en lui en con servant le traitement. A. Des GENEVEZ.

BOSTANDIJY, c'est-à-dire, gardiens des jardins, nom d’un corps d'environ six cents hommes organisé militairement et chargé de la garde du sérail du sultan. Son chef, le Bostandjy-Baschi exerce en même temps une survéillance sur l'extérieur , sur les jardins du sérail, sur le canal et les maisons de plaisance, et il accompagne le grandseigneur dans toutes ses promenades.

BOSTELLES (Bostællen). Voyez SUÈDE.

BOSTON, chef-lieu de l'État de Massachusetts, situé dans une jolie position , au fond de la baie de Boston ou de Massachusetts, sur une presqu’ile qui ne se rattache au continent que par l’étroite langue de terre de Boston- Neck, en face de l'embouchure de la rivière de Charles. C’est, après Philadelphie, New-York et Baltimore, la plus belle ville maritime des États-Unis. Elle se divise en trois quartiers : le Boston septentrional, le Boston méridional, et le Boston occidental ou Nouveau Boston, et compte (1870) 250,701 habitants. Des ponts de bois mettent en communication les diverses parties de la ville, ainsi que Boston avec Cambridge et Charleston. Le Nouveau-Boston, où demeurent les plus riches négociants, est régulier et bien bâti. Le port, défendu par des fortifications, peut contenir plus de cinq cents navires, et est assez profond, même dans le temps du reflux, pour recevoir les plus grands vaisseaux. Les nombreuses îles de la baie de Boston le protègent contre les vents , en sorte que ce seraït le meilleur port des États-Unis si l'entrée en était moins étroite. En dehors s'élève un phare de vingt mètres de haut. Les chantiers et le débarcadère sont commodes, vastes et bien tenus; les rues propres, pavées et garnies de trottoirs de trass. On ne compte pas moins de cent cinquante églises ou oratoires appartenant aux différentes communions chrétiennes, mais aucun n’est remarquable sous le rapport de l’architecture.

Parmi les édifices publics on cite l'hôtel des États, vaste bâtiment de bois, d’un mauvais style; l’Athénée, fondé en 1804; une magnifique Bibliothèque publique; l'hôpital Massachusetts et le marché (Quincy market), construits tous deux en granit ; le nouveau palais de justice ( Courthouse); l'hôtel Trémont, dont la façade est ornée de colonnes doriques ; la Bourse et plusieurs banques. Boston possède trois théâtres, une prison admirablement tenue, un institut pour les aveugles, un collége de médecine pour les femmes. Cette ville s’enorgueillit à bon droit de ses nombreuses écoles, dont l'entretien lui coute par an près de deux millions de francs. L'enseignement secondaire comprend une école latine, une école de littérature anglaise , une école normale, et 18 écoles de grammaire ou colléges pour filles et garçons. Plusde 200 écoles primaires, administrées comme les précédentes par des comités spéciaux, sont fréquentées par 35,000 enfants. Ses établissements scientifiques et littéraires, ses nombreux journaux, ses écoles enfin ont fait décerner à Boston le beau surnom de l'Athènes d'Amérique.

Dans le voisinage immédiat de la ville on trouve Zast- Boston, dont la fondation ne remonte qu’à 1836, et les bourgs de Roxbury et de Charleston, ayant ensemble

une population de plus de vingt-quatre mille habitants ; plus loin, dans une circonférence de quinze à trente kilomètres : la ville de Salem, qui fait un commerce considérable; celle de Lynn, remarquable par ses fabriques de souliers; celle de Marblehead et de Nantucket, dont les habitants se livrent à la pêche de la baleine; et celle de Lowell, la ville de fabrique la plus importante de toute l'Union. Governors-island , petite ile appartenant à Boston, est remarquable, comme le lieu natal de Benjamin Franklin.

Les trente-quatre banques de Boston sont regardées comme les plus solides de l'Amérique ; il en est de même de ses trente et une compagnies d’assurances. Les premières, dont le capital s’élève à plus de 195 millions de francs, n'ont jamais suspendu complétement leurs payements. Des chemins de fer, dont les intérêts sont représentés à Boston par vingt sociétés, relient cette ville à Lowell, Springfield, Worcester, Quincy, Providence, Albany et New-York. De toutes les villés de l’Union, c’est Boston qui fait le commerce de cabotage le plus important; limportation des produits étrangers s’y élevait, en 1856, à 218,521,000 fr., Vexportation à 146,926,000 fr.

Boston fut fondée, en 1630, par des émigrés venus en partie de Boston, ville du comté de Lincoln en Angleterre avec une population de 14,900 habitants. La ville américaine porta d’abord le nom de Trimountain, à cause des trois collines sur lesquelles elle est bâtie. Au bout de dix ans, sa population s'élevait à quatre mille âmes. Plus tard, elle prit le nom de Boston en l’honneur de Cotton, ardent ami de la liberté, qui, après avoir rempli les fonctions pastorales à Boston en Angleterre, fut appelé: à desservir la première église du Boston d'Amérique. Quoique détruite en partie par un tremblement de terre en 1727, elle comptait dix-huit mille habitants au milieu du dix-huitième siècle. C’est à Boston que le peuple commença la révolution, au mois de décembre 1773, en jetant à la mer le thé importé d’Angleicrre. Le port fut fermé par un acte du parlement. C’est dans le voisinage que la lutte s’engagea par le combat de Bunkershill , le 17 juin 1774. Cette affaire, en mémoire de laquelle on doit élever une colonne de granit de deux cents pieds, fut suivie du siége de Boston, dans les années 1775-1776. Boston doit sa prospérité étonnante à sa situation, qui y attire de nombreux émigrants, surtout de l’Allemagne.

BOSTON (| Jeu de). Les idées philosophiques qui fermentaient dans toutes les têtes vers 1776, et la haine séculaire, et pour ainsi dire innée , des Français contre les Anglais, haine avivée par le souvenir récent du honteux traité de 1763, firent accueillir avec faveur la nouvelle de la révolte des colons de l'Amérique, que l’on appelait alors Insurgents ou Bosloniens, de Boston, ville d’où était parti le signal de la résistance. Ce fut par suite de cette sympathie que d’un accord tacite tous les gentilshommes provinciaux renoncèrent à l’'amusement favori du jour, le whist, jeu d’origine anglaise, et lui substituèrent un jeu nouveau, que par opposition on nomma Boston.

Le boston se joue à quatre personnes, avec un jeu de cinquante-deux cartes, dont la valeur est ainsi réglée : as, roi, dame, valet, etc.; mais le valet de carreau, qu’on appelle boston , fait exceplion ; c’est la carte la plus forte de toutes, de sorte qu'il y a toujours quatorze atouts dans le jeu , savoir: les treize cartes de la couleur de la retourne et le boston, qui domine toutes les autres. Quand la retourne est en carreau, le valet de carreau n’est qu’un atout prenant rang après la dame, et le valet de cœur est boston.

Les places et la donne se tirent au sort. Chacun ensuite garde sa place pendant la partie entière, qui est de dix tours. Les mises étant faites et placées dans une corbeille, le joueur qui a la main donne treize cartes à chacun, trois par trois ou quatre par quatre, puis une, et il retourne la dernière, qui annonce là couleur de l’atout, et qui est et

BOSTON — BOSTRICHES

demeure /a belle pendant les dix tours : chaque donneur retourne pourtant aussi la dernière carte, mais cette retourne n’est qu’en petit, c’est-à-dire inférieure à la belle, Cette retourne reste à découvert sur le tapis, jusqu’à ce que le premier à jouer ait jeté une carte sur la table; le donneur prend ensuite la retourne, qui complète son jeu.

Alors, et alors seulement, le premier joueur à la droite du donneur dit : Je passe, s’il ne trouve pas son jeu suffisant, ou bien : Je demande en cœur, ou en carreau, trefle ou pique, selon qu’il a beau jeu en une de ces couleurs. Si un des autres joueurs a un jeu suffisant dans la couleur demandée, il dit : Je soutiens, et dès lors le demendeur et le souteneur ou accepteur, sont associés.

Un joueur ayant demandé en petite, si un autre demande en belle, la demande en petite est annulée. En général toute demande est annulée par une demande supérieure. Les demandes sont classées dans cet ordre, en allant de l’inférieure à la supérieure : la demande en petite, la demande en belle, la demande de solo en petite indépendance, la demande en grande indépendance , la demande de faire seul neuf levées dans la couleur qu’on désignera, la demande de faire neuf levées en petite , la demande de faire neuf levées en belle et la demande de misère.

Le joueur qui demande et n’est soutenu de personne joue seul contre les trois autres; alors il lui suffit de faire cinq levées pour gagner l'enjeu et pour être payé en outre par les perdants , d’après un tarif annexé à tous les jeux de boston. S’il fait moins de cinq levées, la corbeille appartient aux trois autres joueurs , et le perdant leur paye en outre ce qui lui eût été payé s’il eût fait son devoir, c'està-dire cinq levées.

La demande étant acceptée, le demandeur et l’accepteur doivent faire au moins huit levées à eux deux pour gagner la corbeille, et être payés selon le tarif. Le demandeur et l’accepteur qui ne font pas leur devoir, c’est-à-dire le nombre de levées suffisant pour gagner, payent aux deux autres joueurs ce qu’ils en auraient reçu s'ils eussent fait huit levées, indépendamment de la corbeille. Ils mettent en outre à la corbeille autant de jetons qu’elle en contenait, ce qui s'appelle faire la béte. Mais, sur le nombre de huit levées, le demandeur doit en faire au moins cinq et le souteneur au moins trois. Celui des deux qui ne remplit pas ces conditions , paye seul à ses adversaires ce qu’il eût gagné en faisant le nombre voulu et en plus deux fiches de con- Solation à chacun. L

Le joueur qui demande l’indépendance ou solo doit faire au moins huit levées pour gagner la corbeille et être payé en outre comme il est dit au tarif. S'il fait moins de huit levées , il perd ce qu’il eût gagné les ayant faites.

La misère consiste à ne pas faire ‘une seule levée, ce qui est d'autant plus difficile que trois joueurs se trouvent alors ligués contre un seul. La demande de misère anéantit le boston et les atouts. Si le joueur qui a demandé misère gagne, il prend la corbeilie et reçoit de chaque joueur le prix indiqué au tarif pour ce coup. S’il perd, il paye autant qu’on lui eût payé s’il eût gagné. En cas de gain, il ne paye ni ne peut se faire payer boston; mais s’il perd et qu'il n'ait pas boston , il le paye à chacun des trois autres joueurs.

Les levées qu’un joueur qui demande fait en sus de son devoir lui sont payées d’après le tarif; s’il fait toutes les levées, ce qui s'appelle faire La vole ou chelem, le devoir et les autres levéesse payent double. Au demandeur qui n’est pas soutenu , il suffit de faire huit levées pour faire chelem.

En jouant ,.on doit fournir de la couleur demandée, sans cependant être obligé de forcer. Bien plus, quand on n’en a pas, on n’est pas forcé de couper,

BOSTRICHES, nom donné par Geoffroy à un genre de coléoptères de la famille des xylophages ou mangeurs de bois. Ce genre a élé pris pour type de la tribu des bostrichins ou bostrichiens.

BOSTRICHES — BOTANIQUE

Les bostriches sont ainsi nommés de féreuxos ; boucle de cheveux , parce que le bosérichus capucinus , qui leur sert de type, a le corselet couvert d’aspérités velues qui, jointes à sa couleur noire et à sa forme bombée, le font ressembler à la chevelure crépue du nègre.

Ces coléoptères sont généralement très-petits. Leur corps est cylindrique. Les élytres sont tronquées ou plutôt courbées et dentées à leur extrémité. Une tête globuleuse, s’enfonçant dans le corselet ; des palpes très-petits et coniques ; des antennes à funicule de cinq articles, courtes et terminées en une massue solide; des tarses ayant leurs trois premiers articles égaux ; tels sont les principaux caractères qui distinguent les bostriches.

Les larves de ces insectes attaquent les arbres résineux. Lorsqu’elles sont très-multipliées, ce qui n'arrive que trop souvent, elles causent de grands dégâts dans les forêts en vivant aux dépens de l’aubier, qu’elles sillonnent dans tous les sens, de manière que l'écorce finit par se détacher du tronc.

BOSTRYCHOMANCIE (du grec Bosropvxos , boucle de cheveux , mævreix, divination), sorte de divination par l'inspection des cheveux.

BOT (Pied-). Voyez P1ED-B0T.

BOTA, nom d’une mesure de liquides en usage en Espagne et en Portugal, et qui équivaut à 30 arrobas mayores (voyez ARROBE), ou environ 480 litres.

BOTAL (Trou de). C’est le nom que l'on donne, en anatomie , à cette large ouverture par laquelle le sang circule chez le fœtus ; elle est située sur la cloison commune des oreillettes du cœur, et fait communiquer ces deux cavités ensemble, Le nom de cette ouverture lui vient de Léonard Botal, qui écrivait en 1562; on paraît cependant fondé à croire qu’elle était connue avant lui, et que Galien en aurait parlé.

BOTANIQUE (de Boréyn , herbe, plante) est le nom donné à la science méthodique qui traite.de tout ce qui a rapport au règne végétal. Depuis la plante que le microscope seul peut offrir aux regards jusqu’au chêne majestueux, tout ce qui végète est du ressort de la botanique. Elle embrasse non-seulement la connaïssance des plantes, mais les moyens de parvenir à cette connaissance, soit par la voie d’un système qui les soumette à une classification artificieHe, soit par la voie d’une méthode qui les coordonne dans leurs rapports naturels.

La botanique est de toutes les parties de l’histoire naturelle celle qui présente en même temps et les objets d’utilité les plus nombreux et les agréments les plus variés ; envisagée dans ses applications, elle occupe un des premiers rangs parmi les sciences les plus importantes à l’existence de l’homme ; et , par sa liaison avec les autres sciences physiques, elle reçoit et donne tour à tour des lumières qui servent à perfectionner l'étude de l’agriculture, de la médecine , de l’économie rurale et domestique, et qui profitent même aux arts qui ont en apparence le moins de rapport avec elle. « Le premier malheur de la botanique, a dit Rousseau, est d’avoir été regardée dès sa naissance seulement comme une partie de la médecine. Cela fit qu’on ne s’attacha qu’à trouver ou à supposer des vertus aux plantes , et qu’on négligea la connaissance des plantes mêmes : car comment se livrer aux courses immenses et continuelles qu’exige cette recherche, et en même temps aux travaux sédentaires du laboratoire, applicables au traitement des malades, par lesquels on parvient à s'assurer de la nature des substances végétales et de leurs effets sur le corps humain ? Cette fausse manière d’envisager la botanique en à longtemps rétréci l'étude, au point de la borner presque aux plantes usuelles, et de réduire la chaîne végétale à un petit nombre de chainons interrompus. Encore ces chaînons mêmes ont-ils été très-mal étudiés, parce qu’on y regardait seulement la matière, et non pas l'organisation, Comment se

serait-on beaucoup occupé de la structure organique d’une substance, ou plutôt d’une masse ramifiée, qu’on ne songeait qu’à piler dans un mortier? On ne cherchait des plantes que pour trouver des remèdes; on ne demandait pas des plantes, mais des simples. Il en est résulté que si l'on connaissait fort bien les remèdes , on ne laissait pas de connaître fort mal les plantes. » Rousseau a beaucoup aidé à faire sortir la botanique de cette voie aride, et il a surtout contribué par ses écrits à la rendre populaire. Aujourd'hui ce n’est plus une science cultivée par les savants seuls ; elle fait partie de l'éducation générale, et les gens du monde y trouvent un plaisir pur, qui accompagne partout et sans cesse celui qui se livre à ses distractions; un plaisir que l'ennui ne flétrit point, que le remords ne fait jamais regretter ; un plaisir surtout que l’on peut avouer, que l’on partage d'autant plus volontiers qu’en augmentant le nombre de ceux qui s’y adonnent on multiplie en même temps ses richesses. Il n’est point d'étude plus satisfaisante, plus intéressante, plus digne enfin de l'homme. Voir, admirer, suivre la nature pas à pas, être étonné de sa sagesse, de sa simplicité et de sa fécondité; étudier, apprendre et savoir, ou du moins compter sur quelque chose de certain, car tout dans cette étude est faits, apparence, réalité : telle est la science de la botanique et sa plus exacte définition.

Les auteurs divisent la botanique de diverses manières. Cependant ils s'accordent généralement à reconnaître à cette science cinq branches principales : lorganographie, la taxonomie, la phytographie, la géographie botanique et la botanique appliquée.

On désigne sous le nom d’organographie la partie de la botanique qui traite de la description des organes ou parties constituantes du végétal : la physiologie végétale s’y rattache naturellement. La {axonomie est l’application des lois générales de la classification au règne végétal. L'art de décrire les caractères particuliers à une espèce, à un genre, à une famille, constitue la phyt{ographie. La géographie botanique étudie la distribution des végétaux à la surface du globe. Enfin on a donné le nom de botanique appliquée à cette branche de la science qui s’occupe des rapports utiles existant entre l’homme et les végétaux : elle se subdivise en botanique agricole, en botanique médicale, en botanique économique et industrielle.

Les Égyptiens sont regardés comme les premiers qui se soient appliqués à l’étude de la botanique; on veut même que dès les premiers temps ils aïent composé des traités sur cette science. Dans le nombre prodigieux des livres attribués à Mercure-Trismégiste, on prétend qu'il y en avait plusieurs qui traitaient de la vertu des plantes. « Nous trouvons dans l’Écriture Sainte, dit Goguet, un témoignage bien positif et bien ancien des progrès que la botanique avait faits dans certains pays. Moïse nous apprend que dès le temps de Jacob les Égyptiens étaient dans l'usage d’embaumer les corps, ce qui prouverait que ces peuples s'étaient occupés des propriétés des simples. » Presque tous les fa-meux personnages grecs des siècles héroïques se sont dis-tingués par leurs connaissances dans cet art. Dans ce nombre on compte Aristée, Jason, Télamon, Teucer, Pélée, Achille, Patrocle, etc. Ils avaient été instruits par le centaure Chiron , que ses lumières avaient rendu l’oracle de la Grèce. Médée n’a dû qu’à la science profonde de la botanique et à l'usage criminel qu’elle fit de ses découvertes la réputation de magicienne.

Mais, sans remonter jusqu'aux époques fabuleuses, il est certain que dès la plus haute antiquité des philosophes ont occupé leurs loisirs par l’étude des plantes. Peut-être étaient-ils parvenus même à saisir quelques analogies, quelques rapports de formes sur lesquels ils avaient fondé des divisions, et par conséquent avaient-ils créé des systèmes ; mais ceci n’est qu’une conjecture hasardée, car leurs ou-

vrages ne sont pas parvenus jusqu’à nous, et nous ne savons qu'ils se sont occupés de l'étude de la botanique que par les citations d’auteurs moins anciens qu'eux. Les ouvrages d’Aristote lui-même ne nous sont arrivés, du moins sur celte matière, que par fragments, et encore sont-ils tronqués et défigurés par l’auteur arabe qui nous les a transmis. Il semble beaucoup plus probable, toutefois, que les anciens, comme nous l'avons déjà dit, n’ont cultivé la botanique que dans la vue d’en tirer des secours pour soulager l'humanité. Les seules plantes qui étaient regardées comme fournissant à la médecine des remèdes certains fixèrent l'attention des Hippocrate, des Cratéras et des Théophraste. Ces trois auteurs grecs nous ont donné la description de celles qui étaient connues et en usage de leur temps. Hippocrate ne nomme et ne décrit la propriété que de deux cent trente-quatre. Cratéras est entré dans de plus grands détails. Mais c’est à Théophraste , qui nous a laissé seize livres sur les plantes, que nous devons l’histoire des connaissances des Grecs en botanique. Par malheur, il règne une si grande obscurité dans ses ouvrages, soit par rapport aux descriptions, soit par rapport aux noms qui ne sont plus les mêmes à présent, que l’on ne peut en tirer tout lavanfage qu’ils sembleraient promettre.

Les Romains, plus occupés à faire des conquêtes et à étendre leur empire qu’à acquérir des connaissances, ne commencèrent guère à écrire qu'après les triomphes de Lucullus et la défaite de Mithridate. Les-ouvrages de Valgius, Musa, Euphorbius, Æmilius Macer, Julius Bassus, Sextius Niger, ne sont connus que parce qu’ils sont cités par Pline, et la botanique ne fit pas de grands progrès entre leurs mains. Caton et Varron s'occupèrent directement de l’agriculture. Dioscoride donna de l'attrait et de l'intérêt à la botanique en faisant non-seulement l’histoire des herbes, comme on avait fait jusqu’à son temps, mais encore en donnant celle des arbres, des fruits, des sucs et des liqueurs que les végétaux fournissent. Dans son ouvrage, il fait mention d'environ six cents plantes, sur lesquelles il en décrit quatre cent dix, nous laissant ignorer les noms et les propriétés des autres. A peu près dans le même temps, Columelle, le père de l’agriculture, composait sur cet objet un grand ouvrage, dont il nous reste encore treize livres, et qui se rattache à la botanique pour les excellents préceptes qu’il donne aux cultivateurs, et qui conviennent à tous les temps et presque à tous les pays. Pline vint ensuite, qui nous a laissé l'état exact des connaissances des Romains en botanique; il a décrit les plantes, comme dit Gesner, en philosophe, en historien, en médecin et en agriculteur. Pline porte le nombre des plantes connues de son temps à près de mille, Galien, dont la médecine se glorifie à si juste titre, et que ses ouvrages font placer à côté d'Hippocrate, après un très-grand nombre de voyages dans différents pays, s’appliqua à donner à ses contemporains une histoire des plantes faite avec le plus grand soin. Il faut mettre les œuvres de Palladius avec celles de Caton, Varron et Columelle, et dire que les Romains ont en général plutôt écrit sur l’agriculture que sur la botanique.

Après la chate de l'empire romain, la botanique, cette science si utile, fut absolument négligée, et elle resta dans l'oubli jusqu’au temps des Arabes. Ce peuple conquérant, après avoir soumis au Coran la moitié de l’ancien hémisphère, se livra à l'étude des sciences durant les beaux jours qui distinguèrent le règne de ses principaux califes; mais ses docteurs embrouillèrent plutôt qu'ils n’expliquèrent la botanique des anciens Grecs et Romains. Sérapion, Rhazès, Avicenne, Averroës, Abenbitar, etc., furent des commentateurs plus obscurs que les auteurs dont ils s’érigèrent les interprètes. Cependant, on doit leur savoir gré de leurs travaux ; ils ont tiré de la nuit de l'oubli les ouvrages qui nous restent. Après eux, l'ignarance étendit son voile épais, et enveloppa l'univers de ses ténèbres jus-

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