BOTANIQUE
jiques. Par cette ingénieuse combinaison , le nombre immense des noms de plantes se trouva réduit à un terme peu considérable, eu égard au nombre des espèces. Aujourd’hui deux mille noms de genres et une quantité de noms spévifiques beaucoup moindre suffisent pour désigner les quarante ou cinquante mille végétaux connus. II faut remarquer que les noms d’espèces, qui sont toujours des adjectifs , peuvent être employés plusieurs fois, non dans un même genre, mais dans des genres différents, puisqu'ils sont joints à des substantifs dont ils ne font qu'indiquer une qualification.
De même qu’en groupant ensemble les espèces qui ont entre elles une analogie marquée on en a fait des genres, de même en réunissant les genres qui se ressemblent beaucoup et qui sont liés par des caractères communs on en compose des tribus nouvelles, appelées ordres ou familles, et qui ne sont autre chose que de grands genres. Les ordres, groupés ensuite d’après un caractère plus général , forment les classes, qui sont les divisions les plus élevées du règne végétal.
Mais, quoique soumises à celte marche commune, et s'accordant même en général dans l'établissement des genres et des espèces , les classifications en botanique peuvent différer beaucoup, selon les principes suivis dans la formation des divisions supérieures. On peut en effet établir ces divisions d'après des caractères tirés d’un seul organe ou d’un petit nombre d'organes, en négligeant tous les autres ; ou bien on peut les établir d’après les caractères fournis par l’ensemble de l’organisation étudiée dans ses détails. Aussi l’on connait aujourd’hui en botanique un assez grand nombre de méthodes que l’on peut rapporter aux trois sortes suivantes : les mné/hodes analytiques ou dichotomiques, les méthodes ou systèmes artificiels, et les méthodes naturelles.
Les méthodes analytiques ou dichotomiques ne satisfont qu’à l’une des deux exigences de toute classification, à celle de faire arriver aisément au nom d’une plante : telle est la méfhode de Lamarck.
Les méthodes ou systèmes artificiels, qui participent également du système et de la méthode, mais auxquelles on s'accorde assez généralement à donner le nom spécial de systèmes, ont pour but principal de faire trouver avec plus ou moins de facilité le nom des êtres qu’elles comprennent ; en même temps elles nous font connaître quelques-uns de leurs rapports, mais seulement lorsqu'on envisage ces êtres sous un point de vue particulier. Ce qui distingue un pareil système, c’est que les caractères des classes sont tirés tous des modifications d’un seul organe ; tel est le système connu sous le nom de mé{hode de Tournefort, qui est basé principalement sur la considération des différentes formes de la corolle, et tel est encore le système de Linné, dont les classes sont établies sur des caractères tirés uniquement des organes de la génération.
Les méthodes naturelles, qui ont pour but principal de faire connaître les vrais rapports des végétaux, retiennent communément le nom spécial de méthode ; mais il semble qu’on devrait plutôt leur donner le nom de système naturel, celui de méthode convenant beaucoup mieux aux classifications qui n’ont d'autre objet que de tracer une route pour arriver promptement au nom d’une plante. Leurs diyisions ne sont point établies d’après la considération d’un seul organe; mais les caractères offerts par toutes les parties des plantes concourent à les former ; telle est la mnéthode de Jussieu.
La méthode ou plutôt le système de Tournefort comprend vingt-deux classes, dont les caractères sont tirés de la consistance et de la grandeur de la tige, de la présence ou de l'absence de la corolle, de l’isolement de chaque fleur ou de leur réunion dans un mème involucre, de l'intégrité ou de la division de la corolle de sa régularité ou de son irré-
gularité. Elle se résume dans le tableau suivant, qui en indique les vingt-deux classes :
Campaniformes, . ,
régulières... Infundibuliformes.…. :
x monopétales : -
É d irrégulières. , { Personnées, ,.,, 8 S| p» - LADIESR: 640: +. … à 815 © Crucifères, . .,.. 5 APE Rosacées. ..,.,, 6 ESS E régulières. ..{ Ombellifères, . , . " 2/45)" Jooiypétates 1 RE
2(2]2 de à ä|£ irrégulières. | nomates, +: : : : 14 o1E£E Flosculeuses.,.,, 14 £ COMPOSÉOS, rer nr ess Semi - flosculeuses, 13 A Radses, .,, +, 18 © BDGLAIOR, ,, 01 >» sure roono 0 sv eubles.ce 15 Æ | dépourvus de fleurs. . . ... sets de DO PRE RE | dépourvus de fleurs et de fruits. PAR ER TUE 17 pétales proprement dites, , 18 apétales, .... { Amentac + + Dr D LD Arbres. Fleurs. . { monopétales. .. LA a RS 2e 20 OSACÉES, . 000, 31 polypétales. . «À ADO DA, One EE 2
Tournefort, par l'établissement rigoureux des genres et des espèces, a rendu de grands services à la science; mais un grand vice de sa méthode est cette division inulile des végétaux en herbes et en arbres, d’où résulte la répétition de plusieurs genres.
De tous les moyens inventés pour coordonner les végéfaux et faciliter la recherche de leurs noms, le système de Linné est sans contredit un des plus simples : aussi a-t-il été presque généralement adopté. 11 repose entièrement sur les caractères que l’on peut tirer des organes reproducteurs, c’est-à-dire des é{amines et des pistils. Les classes sont établies d’après les étamines; les ordres ou subdivisions des classes le sont, en général, d’après les pistils.
Ce système comprend vingt-quatre classes, dont vingt sont consacrées aux plantes à fleurs hermaphrodites, trois aux plantes à fleurs unisexuelles, et une seule aux plantes à fleurs nulles ou invisibles. Les dix premières classes renferment toutes les plantes à fleurs hermaphrodites, dont les étamines sont libres, égales et en nombre déterminé. En voici le tableau :
QC OM dun Monandrie. ., 1
deux 1e Diandrie. . .. 2
trois. .. . . . , Trlandrie. 8
quatre. . .. Tétrandrie.. . #
Cinq... + ° Pentandrie.., 5
Les étamines! six. . . . . . . Hexandrie. .. 6
n'étant u- } sept. . Heptandrie... 7
nies Lpar|l'huit. SHOCEANUTIE. 1, 8
aucune de } neuf. .. . .Pnnéandrie...9
leurs par die er . + Décandrie, . . 10
ties, égales | douze. . , . .. Dodécandrie. . 11 et au nom- f souvent vingt bre de adhérant au
Icosandrie, ..
eo De
Callébr 0:
plus de vingt
MONOGLINES
jusqu’à cent,
$ ou n’adhérant :
$ | hkermaphro ‘ pasaucalice. Polyandrie. . . 48 Si dites, ou Les étamines / ayant deux fi-
à étamines et étant iné- lets plus
S| pistils situés gales, et longs. ..,. Didynamie. . . 14 = dans la me ES chKTIL qRee
<S même fleur; ours plus ets us
à Hu courtes, longs. ch .. Tétradynamie, 18 F par les filets
= en un corps.. Monadelphie. . 16 ë Les étamines | en deux corps. Diadelphie. . . 47 = étant réu- }en plusieurs
ER nies par] corps. ..., Polyadelphie, . 18 < LE es par les anthé-
2 leurs par- ves
a ticsouavecf en forme de
a le pistil, cylindre, , . Syngénésie.,, 19 £ attachées au
S pistil...,.,,. Gynandrie. . . 20 = DICLINES
FE. ou uni- sur le même pied. ....,,. Monæcie. . ., #1 n\ sexuelles, ou | sur des pieds différents. , .. Diæcie. . . .. æ | étamines et { sur des pieds différents, ou À
B | pislils dans) sur le mème pied avec des ;
à des fleurs fleurs hermaphrodites. . ., Polygamie. . . 8 Æ différentes,
FLEURS à organes sexuels non apparents. . . .. Cryptogainie.. 34
A l'aide de cet échafaudage de divisions et de caractères,
on est conduit pas à pas à connaître le nom, et par suite les propriétés de la plante que l'on voit pour la première fois,
On cherche d’abord dans cette plante l’un des caractères qui servent à distinguer les vingt-quatre classes; ce caractère trouvé, on sait dans quelle classe est la plante dont il s’agit, et on n’a plus à la reconnaître que parmi celles qu'elle renferme , dont le nombre est seulement de plusieurs centaines, ou au plus de quelques mille. Le caractère de. l’ordre, que l’on cherche ensuite, réduit bientôt ce nombre à une ou deux centaines environ, et celui du genre à quelques dixaines, parmi lesquelles on parvient aisément à reconnaître l'espèce à son caractère particulier. Cette opération présente à peu près la même marche qu’un dictionnaire, où, pour trouver le mot donné, on cherche successivement la première, la seconde, la troisième et les autres lettres du mot.
Mais une pareille méthode, fondée sur une certaine classe de caractères choisis arbitrairement, est propre seulement à faire découvrir le nom des plantes, et non à faire connaître leurs véritables rapports. Ce dernier objet est rempli par la méthode naturelle, dans laquelle les caractères, tirés de toutes les parties des végétaux, concourent à former les divisions successives, dans l’ordre de leur plus grande valeur ou de leur plus grande généralité. La difficulté d’établir une pareille méthode tient à l'appréciation de la valeur relative des différents caractères comparés entre eux, car les différences qui distinguent les êtres organisés ne sont pas toutes d’égale valeur, et il ne suffit pas de les compter, il faut les peser pour ainsi dire. Bernard de Jussieu est le premier botaniste qui ait posé pour principe fondamental de la méthode naturelle la subordination des caractères.
La méthode de Jussieu a sur toutes les autres l’avantage de conserver les familles naturelles, de rassembler les plantes analogues par leurs vertus, et de présenter un {ableau gradué de l’organisation végétale, depuis la plante la plus simple jusqu’à celle qui est la plus compliquée. Elle comprend trois grandes divisions primordiales, subdivisées en quinze classes ; chacune de ces classes se compose d’un nombre plus ou moins considérable d'ordres ou de familles naturelles ; chaque famille est partagée en un certain nombre de genres, et chaque genre comprend un nombre plus ou moins grand d'espèces. Nous en donnons le tableau général :
DROIT OS d6 0 ù 6.6 à da esse peleldies à 6.65 016-070 o 70 1 Hypogynes, .... ..., 2
Monocotylédoncs, à étamines, . ..., POTIENNES ea 57 on a 0e É] tpigynes, ; . . ..,..: +
apétales, à ta) ere: à
mines, . .... HYDURYTR ce vos 7
É Hypogyne. 8
5 monopétales, à} Périgyne. . ....,... 9
Dicotylédones { 3 corolle. . . .. Épigyne, à an- | soudées, . 10 & É thières. . . . | distinctes, 11
Ê polypétales, a éta. | Hpiynes. ere. 12
mines. ..... PÉTIÉENESS ES ee dat 14
Diclines , on unisexuelles vraies. ,.....,,.,. 15
Tel est le système qui a prévalu sur tous les autres jusqu’à ce jour. Plusieurs botanistes, le trouvant difficile pour des commençants, ont voulu le combiner de différentes manières pour en rendre l'étude plus aisée; mais leurs efforts n’ont pas toujours répondu à cette intention. Nous allons dire un mot du travail dé Decandolle et de celui de Lamarck, qui sont ceux qui nous semblent avoir obtenu jusqu'ici les meilleurs résultats dans cette tentative épineuse.
Voici la marche que Decandolle a suivie pour la coordination des familles dans sa Théorie Élémentaire de Botanique, excellent ouvrage, que nous recommanderons à ceux qui veulent étudier la science sous ses rapports philosophiques. Au lieu de prendre, comme Jussieu, les caractères des grandes classes dans le nombre des cotylédons, qui est variable et assez difficile à reconnaître, il les a tirés de leur insertion ou position relative; et au lieu de partir des végétaux les plus simples pour s'élever jusqu’à ceux qui ont l'organisation la plus compliquée, il part des végétaux les
BOTANIQUE — BOTANOMANCIE
plus complets, et par conséquent les mieux connus, de ceux qui offrent le plus grand nombre d'organes distincts, pour descendre graduellement jusqu’à ces végétaux d’une organi sation très-simple, qui forment en quelque sorte le passage au règne animal. Il a établi seize classes de plantes, qu’on ne doit pas cependant considérer d’une manière rigoureuse.
Ce sont : 1° les plantes maritimes ou salines ; 2° les plantes |
marines; 3° les plantes aquatiques ; 4° les plantes des marais d’eau douce ; 5° les plantes des prairies et des pâturages secs ; 6° les plantes des terrains cultivés ; 7° les plantes des rochers; 8° les plantes des sables; 9° les plantes des lieux stériles; 10° les plantes des décombres ; 11° les plantes des forêts ; 12° les plantes des buissons; 13° les plantes souterraines ; 14° les plantes des montagnes ; 15° les plantes parasites ; 16° les plantes fausses parasites.
La méthode analytique de Lamarck indépendante de tout
système particulier de classification n’est, à vrai dire, qu’une
sorte de dictionnaire ou de table analytique, dans laquelle on
va chercher le nom générique d’une plante que l’on a sous les yeux, ou son nom spécifique, quand ce nom de genre est connu. Lamarck a senti que la marche la plus simple
que l’on puisse tracer à l'esprit, pour lui facüiter Ja recherche -
du nom d’une plante, consiste à partager d’abord le règne végétal en deux grandes divisions tellement tranchées que l’on voie tout de suite dans laquelle des deux se trouve la plante en question, en sorte que la difficulté du choix soit réduite à moitié ; à partager de même chacune de ces divisions en deux parties, puis chacune de ces parties en deux autres, jusqu’à ce que, par une suite de pareilles bissections, on arrive à n’avoir plus à choisir qu’entre deux plantes, dont l’une soit celle dont on cherche le nom. Il ne s’agit alors que d'établir pour chacune de ces divisions dichotomiques ou de ces bifurcations, deux caractères contradictoires qui soient présentés en regard et sous forme de question, de manière à ne laisser de choix qu'entre deux propositions opposées. Cette méthode est surtout propre pour l'étude de la botanique. En effet, l’élève le moins exercé n’éprouve aucun embarras à choisir entre ces deux propositions celle qui convient à la plante qu'il a sous les yeux , et il est conduit par un numéro de renvoi à d’autres questions, et ainsi successivement jusqu’à ce qu’il parvienne à celle qui doit lui faire connaître le nom cherché. Lamarck et de Candolle ont fait une heureuse application de cette méthode aux plantes de toute la France dans l’important ouvrage qu’ils ont publié sous le nom de Flore Française.
Après fous ces noms, nous citerons parmi les botanistes distingués de notre temps Dupetit-Thouars, Loiseleur- Deslongchamps et Marquis, MM. de Mirbel, Brown, Humboldt, Desfontaines, Lindley, Endlicher, Ad, deJussieu,Brongniart,Gaudichaud, etc., quitous ont rendu des services plus ou moins précieux à la science. MM. Richard et Mérat ont apporté des modifications au système de Linné, et M. Guiart à celui de Tournefort.
Aujourd’hui que l’on possède plus de trente mille espèces de végétaux différents connus à la surface du globe et décrits, nombre que l'on peut hardiment porter à cinquante mille, en réunissant tout ce qui existe de non décrit dans les diverses collections européennes , et qui s’élèverait sans doute à plus de cent mille, si toutes les richesses végétales qui parent les deux continents et l’universalité des iles étaient connues, il serait bien désirable qu'une méthode générale et unique vint fondre et remplacer toutes celles qui se partagent encore le domaine de la science et pût servir de guide au milieu de ce labyrinthe, de ce dédale effrayant de nomenclatures qui l'encombrent de toutes parts et qui en rendent l'étude quelquefois fatigante,
BOTANIQUES (Jardins). Voyez JARDINS BOTANIQUES:
BOTANOMANCIE ( du grec foräyn, plante, et telx, divination), divination par le moyen des plantes et des
et.
BOTANOMANCIE — BOTRYLLES
arbrisseaux. Outre les oracles, qui ne parlaient que dans les grandes occasions ou seulement pour les riches, les prêtres du paganisme avaient inventé d’autres moyens de consulter le sort à meilleur marché, afin que tout le monde y pût atteindre. Ainsi naquit la botanomancie, qui consistait à écrire sur les feuilles de certains arbrisseaux le nom du tonsultant et la question adressée par lui à la divinité. Quant à la réponse, on ignore de quelle façon elle s’obtenait; certains doctes pensent qu’elle était faite de vive voix par celui qui présidait à la cérémonie. La verveine, le
figuier, le tamarin et surtout la bruyère, consacrée à Apol-"
lon , père de la divination, étaient seuls employés.
r BOTANY-BAY, ainsi nommée par Joseph Banks, à cause des richesses botaniques qu’il trouva sur ses côtes, est une des baies les plus connues et les plus vastes de la côte orientale de la Nouvelle-Hollande, située sous le 33° 33 de latitude méridionnale, et le 168° 48’ de longitude orientale; elle appartient à la province de Cumberland dans la Nouvelle-Galles du Sud. L'entrée, entre les caps Banks et Solander, en est commode; mais elle a peu de profondeur, à l'exception de quelques endroits creusés par les courants. Ses côtes sont basses, sablonneuses, marécageuses ; elles sont arrosées par le Cook et le Saint-Georges, qui se jettent dans la baie. Cook, qui découvrit ce pays en 1770, en avait fait une description charmante; ce qui le fit choisir par le gouvernement anglais, en 1787, pour lieu de déportation. En conséquence, Arthur Philipps partit d'Angleterre en 1788, avec 1011 hommes, dont 756 déportés; mais n'ayant {rouvé propres à un établissement ni la baie ni les environs, il alla débarquer plus au nord , dans la baie du Port-Jackson, où il fonda Sidney-Cove. Depuis celte époque, on a donné assez souvent le nom de Botany-Bay à toute la côte de la Nouvelle-Galles du Sud.
BOTH ( Annré et JEAN), tous deux peintres célèbres, nés à Utrecht, le premier en 1609, le second en 1610, reçurent de leur père, peintre sur verre, les premières notions de l’art du dessin, et se perfectionnèrent plus tard dans l’atelier d'Abraham Bloemart; ils allèrent ensuite voyager en Italie. André s’y adonna à la peinture de portraits à la manière du Bamboccio, tandis que Jean, charmé par la vue des œuvres de Claude Lorrain, prenait ce maître pour modèle, Mais si leurs goûts particuliers leur firent suivre une direction différente, Pamitié qui les liait savait réunir leurs pinceaux pour des œuvres entreprises et achevées en commun. Ainsi c'était André qui se chargeait de faire les figures dans les paysages de son frère, D’ailleurs, ils excellaient si parfaitement à se faire valoir l’un l’autre, que personne ne pouvait jamais soupçonner dans leurs productions le travail de deux mains différentes. Dans leurs paysages, ils savaient s'inspirer des beautés de cette nature italienne au milieu de laquelle ils vivaient. Ce qui les distingue éminemment, ce sont les heureux effets d'ensemble et d’harmonie générale de leurs compositions ; quant à ces minutieux détails d'exécution, ils ne s’en préoccupèrent jamais. Une teinte jaunâtre et d'automne, parfois peut-être un peu trop prononcée, donne à leurs toiles un charme tout particulier, André se noya à Venise en 1650, Inconsolable de la perte de son frère, Jean revint alors à Utrecht, où il mourut la même année. On estime beaucoup les planches que les deux frères gravaient eux-mêmes d’après leurs tableaux, et plus particulièrement celles de Jean Both, entre autres ses Cinq Sens.
BOTHNIE, ancienne province de Suède, bornée au nord par la Laponie et située sur le golfe auquel elle a donné son nom, est comprise maintenant, pour la plus grande partie, dans la Suède, et pour le restant dans la Russie (Finlande). Elle se divisait, d’après sa position par rapport au golfe, en Bothnie occidentale, ou Wester-Botn, et en Bothnie orientale, ou Œster-Botn. C’est la première qui appartient aujourd’hui presque en totalité à la Suède, dont elle forme
DICT. DE LA CONVERS, — T. III
un comté, compris dans les deux læen d'Umea, ou Wester- Botn, et de Piteà ou Norr-Botn.
BOTHNIE (Golfe de), formé de la partie septentrionale de la mer Baltique, au nord des fles d’Aland, et bornée par les provinces septentrionales de la Suède, la Bothnie orientale et la Laponie, ainsi que par la Finlande, qui appartient à la Russie. S'étendant du 60° au 66° de latitude septentrionale, il a 592 kilomètres de long sur 192 de large et de 20 à 50 brasses de profondeur. Les côtes et l’intérieur de ce golfe sont semés d’un grand nombre de petites îles, de bancs de sable, de roches, d’écueils appelés Skaren, qui en rendent la navigation très-dangereuse; surtout à son entrée dans la Baltique. La partie septentrionale est appelée
par les habitants Botten-Viken; la partie méridionale,
Botten-Hafvet : elles sont unies entre elles par un détroit appelé Quarkenstrasse (Détroit boueux), entre Umea et Nycarleby. L'entrée de la mer Baltique dans le golfe de Bothnie, entre la Suède et les îles d’Aland, s'appelle le détroit d’Aland, et entre ces îles et la Finlande, l'Œstersjæn. Les nombreuses rivières poissonneuses qui se jettent dans ce golfe y rendent l’eau moins salée que dans la Baltique. En biver, il gêle ordinairement à une telle profondeur, qu’on peut le traverser en traîneau pour aller de Suède en Finlande. Depuis des siècles, l’eau se retire de plus en plus des côtes de la Suède et de la Finlande, le sol de la Suède s’exhaussant graduellement par l’action de volcans souterrains, L
BOTHRIOCEPHALES (de B66ços, trou, et xepañ, tête). Ce nom a été donné par Rudolphi à un genre de vers parenchymateux, dont le corps, très-long, est aplati en forme de bandelette, et dont l'extrémité céphalique présente deux trous ou fossettes latérales qui servent de suçoirs. Les articles du corps sont courts et très-nombreux. Ces vers, qui ont une très-grande analogie avec les tænias, vivent en général dans les intestins des poissons. Cependant le grand tænia de l’homme, connu sous le nom de {ænia lata, est un bothriocéphale. La longueur de ce ver est estimée ordinairement de trois à sept mètres. L. LAURENT.
BOTILIES. Voyez AÉROLITHES,.
BOTOCUDES, sauvages du Brésil, sur lesquels le prince de Neuwied a donné le premier des renseignements exacts. Ils vivent au milieu des forêts vierges du Brésil, vont tout nus, et ont coutume de se percer les oreilles et les lèvres pour placer dans les ouvertures de larges cylindres de bois en guise d’ornements. Ils sont habiles à se servir de l’arc. Leurs besoins sont très-bornés ; ils supportent avec patience les plus grandes fatigues , même la faim et la soif. Leur nourriture ordinaire consiste dans le gibier qu’ils tuent; pour eux la chair d’un ennemi est une friandise. Ils n’ont des chefs qu’en temps de guerre. Ils vident leurs querelles entre eux, les hommes en s’assommant à coups de bâton, les femmes en s’arrachant les cheveux. C’est un peuple sans foi, mais bardi, qui s’est montré plus d’une fois redoutable aux Portugais. Un très-petit nombre de Botocudes ont consenti jusqu'ici à se soumettre aux entraves de la civilisation, malgré les trois villages que l’empereur du Brésil a fait bâtir pour eux en 1824.
BOTRYLLES, genre de mollusques de la classe des tuniciers et de l’ordre des botryllaires, auquel il donne son nom. Dans ce genre, les individus adhèrent entre eux au moyen d’une enveloppe commune, gélatineuse, de manière à simuler un seul animal complexe. Les botrylles étoilés se présentent ordinairement sous la forme d’expansions meinbrano-gélatineuses, qui recouvrent des corps marins de diverses natures, tels que les roches et les plantes marines ; ces expa#sions ont une sorte de base qui présente une multitude de petits plis très-rapprochés les uns des autres, et sur laquelle on voit de distance en distance des étoiles saillantes , formées de rayons, dont le nombre varie de trois à vingt.
BOTRYOIDE (de Bérévs, grappe, et etôoc, forme). Mot dont on se sert pour désigner les substances minérales disposées en grains ou en masses mamelonnées, qui ont la forme d’une grappe. Le fer hématite, le quartz et la chaux carbonatée se présentent sous cette forme. La chaux boratée concrétionnée est aussi appelée pour la même raison botryolithe.
BOTRYS (de Bérpvs, grappe). On réunit sous ce nom générique et scientifique plusieurs plantes connues sous des noms plus vulgaires, telles que le {eucrium botrys, qui n’est autre que la germandrée, le botrys vulgaire (chenopodium botrys) et le botrys du Mexique (chenopodium ambrosioides), qui sont des variétés de l’ansérine.
BOTRYTIS (diminutif de Bérouc, grappe), genre de la cryptogamie par lequel on désigne des plantes ou espèces de moisissures qui croissent sur les matières animales ou végétales en fermentation.
BOTTA (Cnares-Josepn-GuILLAUME ), pote et historien, naquit, le 6 septembre 1766, à San-Giorgio-del-Canavese dans le Piémont. Botta étudia la médecine à Turin. Ouvertement partisan des principes de la révolution française, il fut jeté en prison en 1792. Rendu à la liberté deux ans après, il vint en France, et fut employé comme chirurgien à l’armée des Alpes. Son service le conduisit à Corfou. En 1799 il entra dans le gouvernement provisoire du Piémont avec Bossi. Après la bataille de Marengo, il fut nommé membre de la consulta piémontaise. En 1801 il fut élu député de la Doïre au Corps législatif, et il y manifesta une indépendance qui déplut à l’empereur. En 1814 il vota la déchéance de Napoléon. 11 ne fit pas partie de la Chambre sous la Restauration. Nommé pendant les Cent-Jours recteur de l’Académie de Nancy, cette place lui fut tée au second retour des Bourbons, et dès lors il se livra exclusivement à des travaux philosophiques et littéraires.
Parmi les ouvrages sortis de sa plume, nous citerons les suivants : Description de l’île de Corfou (Paris, 1799); Souvenirs d’un voyage en Dalmatie (Turin, 1802); Précis historique de la maison de Savoie (Paris, 1803); Histoire de l'Amérique (Paris, 1809). Son épopée en douze chants, 14 Camillo, o Vejo conquistata (Paris, 1816), fut aussi accueilli avec faveur; cependant on regarde comme ses chefs-d’œuvre sa Sloria d'Italia dal 1789 al 1814 (Paris, 1824), qui obtint le prix quinquennal de l’Académie della Crusca ; son Histoire des peuples d’Italie (3 vol., Paris, 1825), où il conteste au christianisme et à la philosophie le mérite d’avoir civilisé l’Europe pour l’attribuer à la renaissance, et sa Sloria d'Italia dal 1490 al 1814 (20 vol., Paris, 1832), qui comprend l’ouvrage de Guicciardini avec la continuation par Botfa et la S/oria d'Italia citée plus haut. Ce fut seulement en 1830 , à l’avènement au trône de Charles-Albert, son protecteur, que Botta obtint la permission de rentrer dans sa patrie. Le roi lui accorda sur sa cassette une pension de 3,000 francs, portée plus tard à 4,000. 11 termina cependant ses jours en France, et mourut à Paris, le 10 août 1837.
BOTTA (PauL-Émie ), célèbre archéologue et voyageur français, est fils du précédent. 11 entreprit, encore jeune, un voyage autour du monde , et séjourna longtemps sur les côtes occidentales de l'Amérique, s’occupant avec ardeur de recueillir des curiosités naturelles. En 1830 il entra comme médecin au service de Méhémet-Ali, et fit en cette qualité l’expédition du Sennaar. 11 en rapporta une riche collection zoologique. Nommé consul à Alexandrie, il fit en Arabie un voyage dont il a publié les résultats dans sa Relation d'un voyage dans l’ Yémen , entrepris en 1837 pour le Muséum d'Histoire naturelle de Park (Paris, 1844). Le gouvernement l’envoya ensuite à Mossoul comme agent consulaire, Soupçonnant que les collines de sable qui s’élèvent le long du Tigre couvraient des antiquités assyriennes, il résolut de les mettre au jour, 11 commença ses fouilles au
BOTRYOIDE — BOTTELAGE
printemps de 1843, d’abord avec pea ue succès; mais dès le mois de juillet, üne lettre adressée à M. Jules Mohl, et publiée dans le Journal Asiatique, promettait des découvertes plus importantes principalement sur l’écriture cunéiforme. Le gouvernement français prit l’affaire à cœur, Un habile dessinateur, M. Eugène Flandin, fut envoyé sur les lieux pour copier les sculptures en albâtre faciles à se dé. grader; et une commission, composée de MM. Raoul-Rochette, Letronne, Lenormant, Mohl, Burnouf, Lajard, Guigniaut, Ingres et Lebas , fut chargée de préparer la publication d’un magnifique ouvrage qui parut sous le titre de Monuments de Ninive, découverts el décrits par M. Botta, mesurés et dessinés par M. Flandin (Paris, 1849- 1850) en cinq vol. in-fol., dont les deux premiers contiennent les planches d'architecture et de sculpture, le troisième et le quatrième les inscriptions , et le dernier le texte. Les Inscriptions découvertes à Khorsabad (Paris, 1848) né sont qu’un abrégé de ce grand ouvrage. Ce qui a pu se conserver de ces monuments fragiles a été apporté à Paris et placé au Louvre. L’Anglais Layard a obtenu des résultats encore plus remarquables ; mais à M. Boffa restera la gloire d'avoir fondé l'archéologie assyrienne, dont on soupconnait à peine l'existence. l
Nommé consul général à Bagdad en 1852, il a éfé envoyé ae le même titre à Jérusalem en 1854, puis à Tripoli en
BOTTAGE, ancien droit que l’abbaye de Saint-Denis levait sur tous les bateaux (bof) chargés de marchandises qui passaient sur la Seine depuis la Saint-Denis jusqu’à la Saint-André de chaque année, c’est-à-dire du 9 octobre au 30 novembre. 11 était assez considérable pour que les marchands, afin de s’ÿ soustraire, prissent leurs mesures pour devancer l’époque ou pour attendre la clôture du droit de bottage.
BOTTE,, faisceau de plusieurs choses semblables ou de même nature : on dit une botte de paille, de foin, d’asperges, de soie, d’allumettes, etc., et ce mot vient du latin botulus, par lequel il paraît qu’on exprimait, au contraire, un assemblage de choses diverses.
Botte, en termes de commerce, se dit des soies non ouvrées; quinze onces de soie, par exemple, font une botte. On vend le fil, la soie, la laine, au poids, en écheveaux ou en boftes.
Botte, en termes de chasse, se dit de la longe ou du collier avec lequel on mène le limier au bois.
Enfin, le mot botte s’est dit autrefois d’un vaisseau propre à contenir du vin, dont la contenance était à peu près celle d’un muid, La botte était aussi une mesure chez les Romains. Cette mesure a passé en Espagne et en Portugal, sous le nom de hot a.
BOTTE (Escrime). C’est un coup que l'on porte avec la pointe du fleuret en faisant des armes. On appelait jadis es{ocade la botte portée avec une épée. Un mot analogue manque à notre langue, depuis que l'épée a cessé de se nommer es{oc. On est forcé de recourir à une périphrase équivoque et de dire coup de pointe. Se mettre en garde, c'est se tenir couvert contre les bottes de l'adversaire. Par analogie on dit porler, recevoir, parer une botte.
Porter une botte à quelqu'un, c’est, au figuré, l'embarrasser, le vaincre, lui tendre un piége, par analogie avec ce qu'on nomme une botte en termes d'escrime. Dire ow faire quelque chose à propos de bottes, c'est agir ou parler à contre-temps, par analogie à une botte mal portée ou portée à faux.
BOTTELAGE, action de lier en bottes la paille et les fourrages. Cette opération est nécessaire pour empêcher les fourrages de s’échauffer lorsqu'ils sont rentrés un peu humides. Elle se fait ou sur le pré ou dans la grange ; mais le choix de ectte dernière localité paraît préférable pour la conservation du fourrage, et permet d’ailleurs de l'entasser
BOTTELAGE
en plus grande quantité. On bottelle d'ordinaire à deux liens, mais il faut en mettre trois quand le fourrage doit être soumis au transport, ou quand le brin de l'herbe qui sert au bottelage est court. L'usage est de botteler à cinq kilogrammes ; mais il faut qu’ils soient forts pour se retrouver après la dessiccation. Le bottelage est le moyen le plus sûr pour évaluer le produit d’une prairie.
BOTTES, chaussure de cuir dont on s’est servi d’abord pendant longtemps pour monter à cheval, afin de s’y tenir plus ferme et de se garantir des injures du temps, et dont l'usage s’est étendu depuis un demi-siècle seulement. On en connait de différentes espèces : les boites à l’écuyère, que portent les écuyers, les généraux, la gendarmerie à cheval, etc.; les bottes fortes, dont se servent les postil-
Jons, les pêcheurs, les égoutiers, etc.; les bottes molles,
avec lesquelles tout le monde s'habille; les boites fourrées, pour les voyages; les bof£es à revers, que portaient les officiers de la garde impériale et que portent aujourd’hui les domestiques de bonnes maisons ; les dandys du Directoire portaient les boftes à la Souvarof, plissées et terminées en cœur ; aujourd’hui les fashionables mettent des bottes en cuir verni, à tiges de maroquin. On avait imaginé des botles sans couture ; pour cela on déchaussait la jambe d’un animal sans fendre la peau, on la {annait ainsi, et on la mettait sur l'embouchoir pour lui faire prendre la forme. Dans ces derniers temps on a fait des bottes californiennes, en caoutchouc, imperméables et assez légères.
L'invention des bottes paraît du reste remonter fort haut dans l'antiquité. Les Grecs et après eux les Romains portèrent des espèces de bottines faites de cuir de bœuf, qui se mettaient à cru sur la jambe. Il est parlé de bottes dans la Vie de saint Richard , évêque de Chichester, écrite en latin par un Anglais au treizième siècle, et rapportée par J. Carpgravius dans la Zégende anglicane. On trouve aussi dans les registres de la Chambre des comptes, en France, un article de 15 deniers pour prix du graissage des bottes de Louis XI.
Le mot boéles se retrouve dans un certain nombre d’expressions proverbiales plus ou moins familières : c’est ainsi qu’on dit qu’un homme a Zaissé ses bottes en quelque endroit, pour dire qu'il y est mort ; et trivialement graisser ses bottes , pour se préparer au long voyage, à la mort. Graissez les bottes à un vilain, dit un autre proverbe, 7 dira qu'on les lui brûle. Se soucier de quelque chose autant que de ses vieëlles bottes, c’est s’en soucier bien peu. Un homme qui a fait une fortune rapide dans les fournitures, ou qui fait un gain illicite dans un marché dont il est l’entremetteur, est accusé communément d’avoir mis du foin dans ses bottes.
BOTTICELLI (Sanpro), dont les noms véritables
étaient Alessandro Fixpert, peintre de l’école florentine du quinzième siècle, vécut de 1447 à 1515. Il fut d’abord mis en apprentissage chez Botticelli, habile maître orfèvre, dont il joignit le nom au sien. Mais ses remarquables dispositions pour la peinture ne tardèrent pas à l’emporter, et il devint alors l’un des élèves de Fra Filippo Lippi. 11 emprunta à ce maître l’action passionnée qu’on remarque dans ses tableaux historiques, et sut l’associer à nne certaine conception fantastique, qui, si elle lui inspira aussi de mauvaises toiles, lui fit souvent faire des ouvrages charmants par leur originalité. On peut voir un exemple de ce caractère passionné qu’il savait imprimer à ses compositions, dans une MWativité qui fait aujourd’hui partie de la collection d’Young Ottley à Londres. Les anges y dansent de joie un branle dans les airs ; ils couronnent de fleurs les bergers, et les embrassent impétueusement, pendant que trois démons s’éloignent pleins d’une impuissante fureur. Une autre toile qu’on a de lui, c’est la Madone couronnée qu’on voit dans la galerie des Offices à Florence, et dont on admire la charmante tête, Mais c’est surtout dans ses tableaux historiques que Botticelli donne libre carrière au caractère fantastique
— BOTZARIS d 491
de son talent. Il fut l'un des premiers qui introduisirent dans l’art moderne l’allégorie et les mythes antiques ; et il le fit avec prédilection. C’est ainsi qu'une Vénus nue voguant sur l’onde dans sa conque en même temps qu'elle est poussée vers le rivage par une pluie de roses que font tomber les dieux des vents (cette toile se trouve également dans la galerie des Offices), produit un effet des plus étonnants. Les fresques qu’il exécuta dans la chapelle Sixtine, au Vatican, sont la principale de ses œuvres. Chargé de la surveillance des travaux, Botticelli y a peint Moïse exterminant les Égyptiens, la troupe de Korak et la Tentation du Christ. Par la suite Botticelli devint négligent et maniéré d@ns ses travaux. Disciple de Savonarole, il s’adonna en outre pendant des années à une étude passionnée du Dante, et laissa là son pinceau pour prendre la plume et écrire avec assez peu de succès sur ce grand poëte. Il exécuta une édition de l'Enfer (Florence, 1481) avec des planches gravées d’après ses dessins , pour la plupart par B. Baldini, et même, suivant Passavant, toutes par lui-même, On estime beaucoup (ne füt-ce qu'à cause de leur extrême rareté), certaines planches provenant véritablement de Botticelli, par exemple les Prophètes et les Sibylles, le Triomphe de Pétrarque, etc.
BOTTINES, petites bottes. Ce sont aussi des chaussures de femme qui montent au dessus de la cheville, et se lacent ou se boutonnent.
On donne, en chirurgie, le nom de boflines à des appareils qui ressemblent à de petites bottes, munis de ressorts, de courroies et°de boucles, qui servent à corriger les vices de conformation des membres inférieurs chez les en fants, tels que la déviation des genoux en dedans ou er dehors , la torsion des jambes, des pieds, etc.
BOTZARIS , famille souliote, célèbre dans la Grèce moderne par le rôle qu’elle joua à l’époque de la guerre de l'Indépendance.
BOTZARIS (GEorGEes) marchait contre Ali-Pacha à la têtes des bandes souliotes ; mais on le soupçonna, non sans raison, de chercher à se perpétuer au pouvoir, et dès lors il devint une cause fréquente de dissensions entre ses compagnons dévoués et ceux de ses compatriotes qui prisaient moins un homme que la liberté. Tous les partis, du reste, s’accordaient à rendre hommage à sa bravoure et à celle de ses deux fils No£is et Christos.
BOTZARIS (Marcos), fils de Christos et petit-fils de Georges , né en 1789, dans les montagnes de Souli, grandit au bruit des combats terribles qu'éteignit en 1803 la ruine sanglante de cette malheureuse ville. A travers des périls inouis , il réussit à gagner le territoire ionien, où se groupèrent autour de lui les principaux chefs d’Armatoles qui fuyaient les atrocités d’Ali et révaient l'indépendance de la Grèce. Avec eux, il prit part en 1806 à une tentative d'insurrection fomentée par la Russie, qui était alors en guerre avec la Porte, Cet espoir d’une prochaine délivrance ne se réalisa pas; et la paix de Tilsitt ramena les Français dans les Sept-Iles. Marcos Botzaris en profita pour s'engager comme sergent dans une légion albanaiïse qui se formait, et qui comptait son père et son oncle parmi ses officiers supé« rieurs.
Retiré dans les îles Toniennes depuis 1815, une douce union ne pouvait lui faire oublier le sol natal, quand tout à coup, en 1820, une double commotion vint ébranler la Turquie : Ypsilanti appelait les Grecs à l'indépendance; Ali- Pacha , renfermé dans Janina, bravaif les menaces et les armées du sultan. 800 Souliotes coururent en Épire se ranger autour de Marcos et de son oncle. Ali leur proposa de leur rendre leurs foyers s’ils voulaient opérer une diversion en sa faveur. Notis prit alors position dans les défilés, tandis que son neveu se chargeait de harceler les Tures à la tête de 200 Palikares : son coup d'essai fut Penlèvement d'un convoi de minutions, escorté par 500
hommes, la prise d’un poste important et, quelques jours après, la défaite de deux pachas et de 5,000 hommes.
Les Turcs, ne pouvant ni se garantir de ses attaques ni l’atteindre dans ses retraites, mirent sa tête à prix. Il y répondit par de nouveaux succès, qui dès le printemps de 1821 avaient généralisé l'insurrection grecque. Il ouvrit la campagne par la prise du port de Réniassa, qui assurait les communications de l'Épire avec les autres provinces insurgées, obligea un pacha et 1,300 hommes à mettre bas les armes, dispersa Ismael et 2,000 janissaires , se rendit maitre de Placa, et s’y maintint. Blessé, il prend à peine quelques jours de repos, et déclare qu’il enlèvera la place forte d’Arta, sa garnison et son beau parc d'artillerie. Il comptait sur l'appui des Albanais, qui l’abandonnèrent. Il avait déjà franchi le pont de la citadelle sous le feu de ses batteries, lorsqu’elle reçut un renfort inattendu de 6,000 Turcs; mais il ne perdit pas la tête, et assura par un stratagème le salut des siens.
Au commencement de 1822, Ali était forcé dans son repaire. Une tentative que fit Botzaris pour ravitailler Souli fut sans succès, et la funeste journée de Péta vit périr l'élite des Grecs ct des Philhellènes. Avec 6000 braves il arrêta tout un jour l'armée turque au défilé de Crioneros, et courut s’enfermer dans Missolonghi. Par d’heureux stratagèmes, il paralysa les efforts de l'ennemi jusqu’à la fin de la campagne, et, nommé stratarque de la Grèce occidentale, il mit à profit l’hiver pour fortifier la place.
Au printemps de 1823, une armée turque de 20,000 hommes descend du nord de l'Épire. Botzaris veut aller à sa rencontre et la terrifier par un trait d’audace. A la tête de 240 palikares, c’est au milieu du camp turc qu’il promet de donner le signal de l'attaque aux divers chefs postés dans les défilés d’alentour. Dans la nuit du 20 août, les Grecs, préparés au combat par la prière, fondent sur les avantpostes ennemis. Le succès couronne leur audace; mais Marcos tombe atteint mortellement d’une balle. Son frère Constantin reçoit son dernier soupir, et le venge en complétant la victoire. Il mourut”aussi plus tard les armes à la main.
L’ainé des fils de Marcos, Démétrius Borzanis, fut élevé à la cour du roi Othon, devint son aide de camp, et occupa le ministère de la guerre de 1867 à 1869, et de nouveau depuis le 17 décembre 1870 jusqu’en juillet 1872.
BOTZEN ou plutôt BOZEN (en italien, BOLZANO), chef-lieu de Pancien cercle de PAdige, aujourd’hui du district de Botzen dans le Tyrol, lequel compte 70,000 habitants sur une superficie de 17 myriamètres carrés. Botzen est situé dans un bassin au confluent de l’Eisack et de la Talfer. Sa population s'élève à 12,000 habitants; elle est le siége du tribunal suprême du cercle de Brixen, d’une chambre de commerce, d’un gymnase et d’une école supérieure. Protégée contre les inondations de la Talfer par une digue en pierres qui sert de promenade publique, la ville, quoique allemande , est entièrement bâtie à l'italienne. Les rues en sont étroites, mais fort propres ; et on y trouve de spacieuses allées de feuillage. Outre la place d’armes et la place aux fruits, ornées de belles fontaines, on peut citer la place Saint-Jean avec la cathédrale, magnifique bâtiment gothique du quatorzième siècle, divisé en trois nefs , dont on admire le somptueux maître-autel et la tour, construite en 1519 par Jean Lutz. Derrière l’église s'étend le cimetière, avec des arcades décorées de belles fresques et d’autres ornements d'architecture par Rainalter. Parmi les autres édifices on remarque encore la halle, le palais de larchiduc Rénier, qui habite Botzen depuis 1848, l’auberge de la Couronne Impériale avec un petit théâtre, le palais Sontheim et l'hôtel de l'Ordre Teutonique.
Quoique les foires de Botzen aient beaucoup perdu de leur importance, cette ville est toujours l’entrepôt du commerce entre l'Italie et l'Allemagne. Les principaux articles
BOTZARIS — BOUCAGE
d'exportation sont la soie, le coton, les fruits. L'industrie y est sans importance. Les habitants s'occupent surtout et avec succès de la culture du mûrier, des arbres fruitiers, et de la vigne. Les arbres du midi-se cultivent en plein air, le: climat y étant extraordinairement doux l’hiver, et la chaleur mème presque intolérable en été.
L'histoire fait mention de Botzen dès l’année 378; elle fut soumise ensuite aux Lombards (680) et aux Francs (740). Plus tard elle devint la résidence des margraves bavarois de la famille des Guelfes. En 1027 l’empereur Conrad II la donna aux évêques de Trente. Elle fut dès lors un sujet de querelle entre ces derniers et les comtes du Tyrol jusqu'à ce qu’elle tombât sous la domination autrichienne.
On trouve dans les environs Sigmundskron, aujourd'hui magasin à poudre, d’où l’on jouit d’une belle vue sur la vallée de l’Adige; Maratsch, avec une route romaine; Neuglstein, avec des fresques exécutées par d'anciens artistes allemands ; l’abbaye de Grins, avec une des plus belles églises du Tyrol, ornée de fresques et de peintures par Knoller ; Maultasch et Greifenstein, sur des rochers presque inaccessibles. Des. pyramides naturelles de terre hautes de 18 à 31 mètres s'élèvent sur les flancs du Ritterberg près de Langmoos.
BOUC, mâle de la chèvre.
La détestable odeur du bouc de la race européenne attira de tous temps à cet animal une malveillance dont il fut longtemps la vicüme. Aujourd’hui même le culte des différentes sectes chrétiennes contribue à propager cette opinion défavorable, en introduisant dans les chanis sacrés le bouc comme un emblème de malédiction, tandis que la brebis y est traitée avec une prédilection que sa douceur lui a méritée. Les Grecs immolaïent un bouc sur les autels de Bacchus, non, comme le disent certains commentateurs, parce que les ravages commis dans les vignobles par cet animal excitaient le courroux du dieu ; car la chèvre n’est pas moins dévastatrice, et cependant on l’épargnait. La vache n'obtint pas cette faveur, et partagea constamment le sort du taureau. La brebis même était souvent immolée sur les autels des dieux, et la chèvre laissa toujours cet honneur au mâle de son espèce. Aux fêtes de Bacchus, célébrées dans toute la Grèce, c'était par le sacrifice d’un bouc que l'on préludait aux chants ioyeux, aux mascarades et aux autres divertissements auxquels on se livrait aux champs comme à la ville, divertissements qui furent, comme on sait, l’origine très-peu reconnaissable de la tragédie. Cependant, la proscription du bouc ne fut pas universelle; les Égyptiens s’en abstinrent, par respect pour le dieu Pan, ses pieds fourchus et ses cornes. Quelques villes d'Égypte décernèrent même des hommages à cet animal, si universellement condamné en Europe, où on ne le conservait que par nécessité.
Dans le Nouveau Testament, Jésus-Christ emploie le mot bouc pour désigner les réprouvés (Matth., xxv, 32-33 ) : « Toutes les nations, est-il dit, se rassembleront devant lui, et il séparera les uns d’avec les autres, comme un berger sépare les brebis d'avec les boucs; il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche, »
BOUCAGE, genre de la famille des ombellifères , ainsi nommé de l’odeur de bouetrès-forte qui émane des racines et des semences d’une de ses espèces. Quatre espèces de boucages croissent communément en France; ce sont le boucage majeur (pimpinella magna), le boucage mineur (pimpinella saxifraga), anis (pimpinella anisum), et la pimpinella peregrina. Ces espèces diffèrent surtout par la grandeur de leurs tiges et de leurs feuilles; car elles ont toutes une racine longue, blanchâtre, un peu fibreuse et fort piquante au goût. Leurs feuilles radicales sont pennatiséquées, tandis que les caulinaires sont très-finement laciniées; elles ont un goût moins piquant et moins désagréable que leurs racines. Les tiges sont branchues , hautes de
BOUCAGE — BOUCAN
cinquante centimètres dans la grande espèce. Leurs fleurs, communément blanchâtres et quelquefois purpurines, sont en ombelles ; chacune d’elles est composée de cinq pétales inégaux , échancrés et disposés comme le sont les fleurs de lis des anciennes armes de France. Leurs semences sont arrondies, cannelées et menues comme celles du persil. Les racines du boucage sont fort apéritives et très-diurétiques. A ces racines sont attachés quelquefois de petits globules ronds (dansla pimpinella saxifraga) qui teignent en rouge comme le kermès. On fait avec les semences du boucage une huile essentielle, bleue, qui sert dans quelques contrées, à Francfort, par exemple, pour teindre l’eau-de-vie en cette couleur, mais qui lui communique une âcreté désagréable.
BOUCAN, BOUCANER, BOUCANIER. L'histoire de ces trois mots présente deux époques. La première remonte à la formation de notre langue. Dans le bas latin qui fut en usage en France pendant les deux premières races et le commencement de la troisième, le substantif latin Lircus (bouc) se trouva remplacé par le mot buccus, dont nous avons fait le substantif bouc. L’antiquité, en donnant la forme de demi-boucs à ses satyres, a consacré ce fait généralement connu, que de tous les animaux les boues sont les plus lascifs. L'odeur qu'ils répandent est forte, mauvaise. Il n’est donc pas étonnant qu’à l'exemple des Romains, qui ont fait de Zupa lupanar, nos pères aient appelé boucan un lieu de la plus sale débauche. De là boucaner, c’est-à-dire imiter les boues, se livrer à la lubricité, se plaire dans la puanteur, hanter les boucans; et boucanier, homme qui boucanne, habitué de boucans. En un mot, depuis la formation de notre langue, jusques vers la fin du quinzième siècle, constamment l'expression boucan signifia un lieu de prostitution et de débauche du plus bas étage, et boucanier un coureur de mauvais bouges et de filles de joie. Au commencement du seizième siècle, ces mots, remplacés par d’autres aussi énergiques, devinrent beaucoup moins en usage; bientôt même ils disparurent du langage habituel, et ne furent plus employés, dans cette acception, que sur quelques points éloignés de la côte de Normandie : peut-être y auraien{-ils également cédé la place aux locutions nouelles, si, vers l’an 1660, l'établissement de quelques bandits dans l’île de Saint-Domingue ne les avait fait revivre dans un sens nouveau.
Nous arrivons ainsi à la seconde époque historique de ces mots. Il y avait près de quarante ans que les Espagnols occupaient, sans être inquictés, les points principaux de l'ile de Saint-Domingue, quand plusieurs aventuriers français vinrent s’établir sur la côte septentrionale de cette vaste possession. D'abord en petit nombre, ils virent successivement accourir vers leurs huttes tous ceux de leurs compatriotes de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Grenade, auxquels la tyrannie de priviléges commerciaux exclusifs enievait le libre exercice de leurs bras et de leur industrie. De vastes forêts, s'étendant fort loin dans les terres, couyraient tous les points de la côte où ils s’élaient assis; et une grande quantité de sangliers, de nombreux troupeaux de bœufs sauvages, issus de taureaux et de vaches domestiques portés dans l’ile par les Espagnols, et que la négligence de ceux-ci avaient laissés échapper, peuplaient ces immenses solitudes. Privés de tout secours de la mère-patrie, obligés de pourvoir par eux-mêmes aux premiers besoins de la vie, les nouveaux colons cherchèrent dans Ja chasse leur nourriture et une partie de leurs vêtements. Les produits de leurs courses devinrent bientôt si abondants, qu’ils purent songer à faire des animaux sauvages abattus par eux l’objet d’un commerce lucratif. A mesure qu’un bœuf était tué, on l'écorchait, on coupait l’animal par quartiers et l’on transportait le tout à l'habitation. Ces intrépides chasseurs occupaient une espèce de loge dont l'immense foyer était couvert par une claie où gril en bois sur lequel ils rôtissaient ou fumaient la viande, ou séchaient les peaux. L'épaisse vapeur
qui remplissait ces huttes, l'odeur insupportable qu’y répandait ce mélange de chairs et de peaux soumis à l’action du feu, la malpropreté inhérente à ces préparations et aux grossières habitudes de leurs habitants, faisaient de ces loges de véritables boucans, dans toute la vieille acception du mot : ce nom leur resta. On appela boucaner le mode qui y était en usage pour faire rôtir ou sécher les viandes et les peaux; et leurs possesseurs prirent ou reçurent le nom de boucaniers.
L'équipage de chasse des boucaniers consistait : en une meute de vingt-cinq à trente chiens, parmi lesquels se trouvaient toujours un ou deux veneurs chargés de découvrir et de lancer le gibier ; en un fusil excellent, long de 1", 60, portant des balles de 30 grammes et fabriqué à Dieppe ou à Nantes ; et en 7 à 10 kilogrammes de très-bonne poudre, qu'ils faisaient venir de Cherbourg, et qu'ils plaçaient dans des calebasses bouchées avec de la cire. Leur habillement se composait : de deux chemises, d’une casaque et d’un hautde-chausses de grosse toile, d’un cul de chapeau en feutre ou d’une calotte de drap ayant un rebord sur le devant, et de souliers en peau de sanglier, de bœuf ou de vache ; la jambe restait nue, et ils avaient pour ceinture une mauvaise courroie où pendait un sabre très-court et quelques couteaux. Comme leurs courses duraient souvent plusieurs jou*s, ils portaient en outre, roulée autour d’eux en bandoulière, une petite tente de toile très-fine, destinée à les protéger pendant la nuit contre les moucherons et les brouillards humides des forêts. Tous avaient le même équipage et la même manière de vivre. Isolés dans la nouvelle patrie qu'ils s’éfaient créée, sans femmes, sans enfants, ils s’associaient deux à deux pour se rendre les services qu’on reçoit dans une famille; il y avait communauté de biens entre les associés, et l’un mort, tout ce qu’il possédait devenait la propriété de son compagnon. Les loges restaient ouvertes à tous venants; et cependant jamais aucun larcin n’était commis. Ce qu’on n’avait pas chez soi, on allait le prendre chez le voisin, sans autre obligation que de prévenir ce dernier lorsqu'il était là ou de l’avertir après coup quand il n’y était pas. Les querelles étaient rares et facilement terminées ; lorsque les parties y mettaient de l’opiniâtreté, elles vidaïent le différend à coups de fusil. Si une des balles avait frappé par derrière ou trop de côté, les témoins prononçaient qu’il y avait perfidie, et cassaient immédiatement la tête à l’auteur de l'assassinat. Ils ne connaissaient pas le pain : toute leur nourriture consistait en viande grillée, qu’ils assaisonnaïent avec un peu de piment et du jus de citron ; l’eau était leur seule boisson. L’occupation d’un jour était celle de toute l’année.
Quand ils avaient rassemblé le nombre de cuirs ou la quantité de viande fumée qu'ils voulaient livrer aux navires des différentes nations qui fréquentaient ces mers, ils allaient les vendre dans quelques-unes des rades de la côte. Cette cargaison y était portée par des engagés, espèce d’hommes qui, séduits par tout ce qu’on leur racontait des richesses de l’Amérique, consentaient à échanger trois ans de leur liberté contre l'espérance de revenir chargés d’or et de diamants. Malheur à ceux qui tombaient entre les mains des boucaniers! Les rêves brillants des pauvres diables étaient bientôt évanouis; ils s'étaient vendus, convaincus qu’ils allaient saisir la fortune; ils ne trouvaient que l’esclavage le plus rude. Un de ces malheureux, dont le maitre choïsissait toujours le dimanche pour principal jour de corvée, ose lui représenter que Dieu a proscrit cet usagg en disant : Tu éravailleras six jours, et te reposeras le septième ! Et moi, répond le boucanier, je dis : Six jours tu tueras des taureaux et les écorcheras! et le septième tu en porteras les peaux au bord de la mer ! Cette sentence fut accompagnée d'un déluge de coups de bâton.
La colonie espagnole, d’abord considérable, s’était réduite à rien. Le peu d'habitants qui y éfaient restés, pas-
saient leurs nuits à jouer et leurs jours à se faire bercer dans des hamacs par leurs esclaves. Longtemps, l'existence des boucaniers fut pour eux un voisinage ignoré. Mais lorsque ces aventuriers vinrent pousser leurs courses jusque dans les prairies et dans les cours des maisons des léthargiques habitants de Santo-Domingo, ceux-ci se réveillèrent; ils appelèrent du continent et des îles voisines d'assez nombreux corps de troupes, qui firent aux boucaniers une chasse rude et meurtrière : obligés .de se séparer pendant le jour, les boucaniers se rassemblaient chaque soir pour veiller à la sûreté commune. Si quelqu'un manquait, on concluait qu’il avait été pris ou tué; et les chasses étaient suspendues jusqu’à ce qu’on l’eût retrouvé ou que sa mort eût été vengée par le massacre de plusieurs ennemis.
Cette lutte aurait sans donte fini par devenir fatale aux Espagnols, si, désespérant de vaincre des adversaires aussi acharnés, ils ne s'étaient avisés de mettre fin à la dispute en détruisant l’objet qui l'avait fait naître. Au lieu de chasser aux boucaniers, ils chassèrent aux bœufs, et, à force de battues générales bien dirigées, ils parvinrent à anéantir ces animaux jusqu’au dernier, Les boucaniers se virent alors réduits à former des habitations et à les cultiver. La France avait jusque alors désavoué ces intrépides chasseurs; mais quand elle les vit élever des établissements de quelque fixité, elle leur envoya, en 1665, un gouverneur intègre et intelligent, ainsi que toute une cargaison de ces femmes que la police ramasse dans les carrefours et au coin des rues : ce singulier chargement fut distribué entre les nouveaux colons. Je ne vous demande pas compte du passé, disait chaque boucanier à celle que le sort lui donnait; vous n’éliez pas à moi. Mais aujourd'hui que vous m'appartenez, il me faut répondre de l'avenir : je vous quitte du reste. Puis, frappant de la main sur le canon de son fusil, il ajoutait : Si vous me manquez, ilne vous manquera pas. Ce mélange des deux sexes mit fin à l'existence des. boucaniers; ils devinrent colons. Cette nouvelle vie trouva toutefois quelques opposants, qui allèrent chercher dans la petite île de la Tortue une existence plus conforme à leur caractère et à leurs habifüdes. Cette ile voyait alors se rassembler dans ses nombreuses criques le noyau de ces autres aventuriers si fameux et si connus sous le nom de flibustiers.
Nous avons vu les trois vieux mots français boucan, boucaner, boucanier cesser d’être en usage chez nous vers la fin du seizième siècle. Importés en Amérique au commencement du dix-seplième, par des aventuriers normands, ils furent réimportés en France vers l’an 1650 avec le sens qu’on leur donne aujourd’hui. Dans son acception actuelle, boucan ne s'emploie guère cependant au figuré; on s’en sért toutefois dans le langage familier pour exprimer du bruit, du tapage, du tumulte : c’est un boucan à ne pas s'entendre; faire du boucan. Dans le sens propre, boucan est le lieu où les chasseurs du Nouveau-Monde font fumer leur viande; le gril de bois sur lequel ils la posent pour la faire sécher ; le bâti en claie, et rempli de fumée, qui sert à préparer la cassave. Boucaner, c’est faire sécher de la viande ou du poisson à la fumée; c’est aller à la chasse des bœufs sauvages ; boucaner de la cassave, c’est la faire sécher à la fumée; boucaner des cuirs, c’est les préparer comme le faisaient les boucaniers; enfin le boucanier est celui qui va à la chasse des bœufs sauvages. Nous ne connaissons pas cependant aujourd'hui de hboucaniers réunis en corps, en société; il n’y a plus que des boucaniers isolés, opérant pour leur propre compte.
Achille ne VAULABELLE, anc. ministre de l'instr, publ.
BOUC ÉMISSAIRE (en hébreu Aazazel, de has, bouc, et d’azel, qui s’en va). À la fête de l’Expiation solennelle, qui avait lieu le 10 du mois £izri, où commençait l’année civile des Juifs, le grand prêtre, sans éphod, sans rational, remplaçant par une simple robe de lin sa robe ma-