BOUCAN — BOUCHARDON
gnifique couleur d'hyacinthe , recevait des mains des princes du peuple deux boucs pour le péché. L'un de ces boucs devait être immolé, l’autre mis en siberté; c'était le sort qui en décidait : Hazazel, le bouc libre, le bouc émissaire, Chargé d’imprécations et des péchés d'Israël, à la porte du tabernacle, était traîné dans le désert par un homme qui l’abandonnail au milieu des précipices , ou qui, selon d’autres, l'y jetait avec violence. A son retour, comme souillé du contact de l’animal, cet homme se purifiait, Les païens aussi, dans les calamités, détournaient la colère de leurs dieux sur des animaux et même sur des hommes. Les Marseïülais , au rapport de Pétrone, précipitaient du haut des roches des créatures humaines ; et les Égyptiens , selon Hérodote, ayant chargé d’anathèmes et de malédictions la tête de cer- {ains animaux, après l'avoir coupée, la jetaient avec horreur dans la mer,
Chez nos peuples civilisés on appelle, au figuré, bouc émissaire un malheureux, le plus souvent homme vertueux, mais simple, que des sycophantes accusent de tous leurs torts et qu’ils sacrifient. DENNE-BARON.
BOUCHARDON (Enue), l’un des statuaires de cette École française du dix-huitième siècle dont les œuvres ne sont ni sans mérite ni sans grâce, naquit en 1698, à Chaumont en Bassigni, d’un père qui y exerçait la profession d’architecte, et avait commencé par être sculpteur. De bonne heure le jeune Bouchardon s’appliqua, sous la direction de son père, à l’étude du dessin. J1 peignit et modela tout d’abord d’après nature, ce qui est une excellente manière pour s’initier profondément aux secrets de l’art, et pour apprendre à en surmonter expérimentalement les difficultés. Aussi ne {arda-t-il pas à s’en rendre les procédés familiers. Ses progrès en sculpture furent rapides, et tels que sa famille en conçut les plus grandes espérances et l’envoya se perfectionner à Paris. Il y étudia d’abord sous Coustou jeune, qui tenait une école de sculpture en grand honneur à cette époque. En peu de temps il se mit en état de remporter le grand prix, qui valait aux vainqueurs, alors comme aujourd'hui, d’être envoyés à Rome aux frais du gouvernement. Ce fut; selon toute apparence, vers 1727 qu’il s’y rendit. Là, ses premières études portèrent principalement sur les précieux restes d’art et sur les chefsd'œuvre qui abondent dans cette métropole de la chrétienté. Il se fortifia de la sorte, et se mûrit pour la sculpture, sur laquelle il fondait avec raison tout l’espoir de sa gloire et de sa fortune. Déjà plusieurs œuvres remarquables témoignaient avec éclat de son talent, notamment les bustes du pape Clément XII et celui de la femme de Wleughels, directeur de l’Académie de France à Rome, d’une expression gracieuse et franche. Un ouvrage de plus d'importance allait lui être confié, lorsqu'il fut rappelé à Paris dans le courant de 1732.
Dès son arrivée il fut chargé, pour Versailles, Gros-Bois et autres résidences, de nombreux ouvrages, qui tous lui firent honneur, malgré la hâte qu’il mettait à les exécuter. Bouchardon peupla ainsi nos jardins publics et plusieurs parcs privilégiés d'innombrables statues mythologiques ou allégoriques d’un goût un peu bâtard, mais fort recommandables par les détails et le modelé, et sous ce rapport dignes encore de l’attention et de l'étude des artistes. En 1736, Chauflournier, dessinateur de l’Académie des Belles- Lettres, mourut; Bouchardon fut appelé à lui succéder, Il était très-versé dans la connaissance des pierres antiques, et il fit en 1750 les dessins d’un traité des pierres gravées, publié cette même année. Il avait été reçu membre de l’Académie de Peinture dès 1744.
Bouchardon exagérait l’expression et la grâce dans le marbre, ce qui le faisait souvent tomber dans la roideur et l'afféterie, En général, ses sculptures ne sont pas exemptes de manière. Son dessin est pur, agréable, correct, mais il marque de naïveté; il n’est pas assez nalure, pour nous
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