‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 306 sur 527 · BOUCHER · texte numérisé non relu

BOUCHER

revint bientôt, et de nouvelles peintures révélèrent un émule du gracieux Watteau. Il peignait vite, et sa peinture, quoique enflée et souvent terne, était d’une finesse exquise de coloris et d’une élégance de dessin telle qu’on oubliaif aisément les fautes pour ne voir que les beautés. Sa réputation alla tous les jours croissant à la cour. Les sévères imilateurs du vieux Poussin étaient alors en grande défaveur ; il fallait pour prospérer faire danser des marionnettes sur la toile, comme notre Boucher, ou séduire galamment, comme tant d'autres.

Carle Vanloo, premier peintre du roi, étant mort, Boucher lui succéda dans sa place, et ce nouveau titre ne fitqu'ajouter à sa grande renommée près des filles de bon ton. Un biographe dit qu'il gagnait avec la peinture 50,008 francs par an. Il s’était aussi essayé dans une manière plus grave; mais l'élégance l’y poursuivit encore. Là surtout, imitateur passionné de Rubens et de Vanloo , il copia leurs prétentions aux formes larges et musculeuses; mais il ne les atteignit pas. Sa Rachel porte paniers et jaquette, ses vierges sont des impudiques qui baissent les yeux avec pruderie, ses douze apôtres sont douze bons viveurs, Souvent il s’essaye dans la façon de Philippe de Champagne, et il le surpasse quelquefois. Le martyre de Jacques Ghisaï, de Paul Michaï et de Jeun Gotho, missionnaires dans le Japon, est une très-belle chose; mais c’est du Rubens encore.

Il a représenté plusieurs fois les quatre éléments sous les

formes d’anges, ou plutôt d’amours bouffis, enflés et joliets. Il a fait Ze Printemps, l'Élé, l’Automne, l'Hiver ; la Poésie épique, la Poésie lyrique, la Poésie satirique, et La Poésie pastorale, charmantes pochades du chique le plus gracieux , rappelant avec un grand bonheur les bergères de cour dansant au son du tambour de basque et de la flûte de Pan. L'Amour moissonneur , auquel on passe sur la .évre un épi de blé pendant qu’il dort, est charmant. L'Amour oiseleur, gravé par Lépicié, est une des gravuies les plus gracieuses que j'aie vues. La belle villageoise me plaît plus encore peut-être que les plus belles toiles de Greuze. Dans la collection des Amours, toilettes, confidences, pastorales, ainsi que dans le Retour de la chasse de Diane, tout est charmant. Mais ce qui me plait surtout, ce sont les Cris de Paris, sa Quéteuse de grand chemin, ses paysannes, ses Amours et ses Chinoïses aux yeux lascifs. Une petite femme enceinte, tenant par la main un petit enfant colère et méchant, égale les plus jolis essais de Watteau. Elle a la tête pensive et baissée, les yeux mouillés de pleurs de souvenirs, la pose soucieuse, la démarche lente. Boucher, malgré la prétention aux formes grosses et lourdes, fait quelquefois les femmes admirablement,

Il mourut au plus beau de sa gloire, le 7 mai 1770, et n'eut bientôt plus d’admirateurs. Une réaction dans le sens de l'autorité balaya toutes ces renommées de cour, et le

grave David réhabilita Poussin, le peintre philosophe,

oublié depuis longtemps. Barthélemy HAURÉAU.

BOUCHER ( ALEXANDRE-JEAN }), né à Paris, le 11 avril 1770, montra dès son enfance de grandes dispositions pour la musique et pour le violon. Navoigille laîné, professeur très-habile , ladmit au nombre de ses élèves. Boucher avait à peine quatorze ans, et déjà son talent était remarqué dans la capitale; le jeune virtuose était le soutien de sa famille, A dix-septans il partit pour l'Espagne, et le roi Charles IV, très-bon musicien, le choisit pour violon solo de sa chambre et de sa chapelle. Boccherinise plut à donner des conseils à l'artiste français, et lui dédia inôme un œuvre de ses admirables compositions.

Un congé qu'il obtint ramena Boucher en France. Il se lit entendre à Paris en 1808, aux concerts de madame Grassini, de madame Giacomelli, avec le plus grand succès: On le nomima l’Alexandre des violons, mais le parti de

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