BERNE — BERNICLES
vresqu'’ile qu’entoure l’Aar, est une des villes les mieux bâties de toute la Suisse, Les rues en sont pour la plupart droites , larges et bien pavées, et les maisons généralement pourvues d’arcades. Les monuinents les plus remarquables sont la cathédrale, édifice gothique de 160 pieds de longueur sur 50 de largeur, avec une tour haute de 190 pieds ; l'église du Saint-Esprit, construite en 1122 ; la bibliothèque de la ville, à laquelle est adjoint un musée, la Monnaie , l'Hospice des Orphelins, le vaste et magnilique hôpital civil , l'hôpital appelé l'Ile, qui a tout l'air d’un palais, et dont les revenus ne s'élèvent pas à moins de trois millions de francs; la porte de Murtner, consistant en belles grilles de fer, et Arsenal, riche surtout en armures et en armes du moyen âge. Le nouveau palais destiné aux séances de la diète fédérale a été terminé en 1856; il a été construit sur le modèle du palais Strozzi à Florence. En fait d'établissements scientifiques , il faut citer en première ligne l'Université, ou verte en 1834, qui compte une vingtaine de professeurs ordinaires, autant de professeurs particuliers, et environ 200 étudiants; et ensuite le Gymnase, l'École académique de dessin, et l'Association d'artistes. Les principalés sociétés savantes sont la Sociète economique et la Société suisse d'histoire naturelle, qui ont rendu l’une et l’autre d’incontestables services aux sciences. La Galerie d'histoire naturelle nationale, fondée en 1802, renferme la collection complète de tous les mammifères, oiseaux, papillens, insectes et plantes de la Suisse. La Bibliothèque c<omple 30,000 volumes et possède d’inappréciabies richesses, lant en livres imprimés qu’en manuscrits relatifs à l'histoire particulière de la Suisse. Divers particuliers possèdent en outre de remarquables collections d’art. L'industrie et le commerce sont en progrès ; les fabriques fournissent à la consommation des cotonnades, des toiles imprimées , des étuffes de soie, des bas, etc. Peu de villes en Europe ont de plus belles promenades. Une des plus remarquables est la plate-forme garnie de quatre rangées d'arbres, et au milieu de laquelle s’élève la cathédrale. Le côté de cette place que regarde l’Aar est à 108 pieds au-dessus de cette rivière, qui forme en cet endroit une belle cataracte, Le côté qui regarde le Rhin à Laupen n’a pas tout à fait la même hauteur, mais la largeur est à peu près égale. Le 8 décembre 1862, a été signé à Berne entre la France et la Suisse un traité qui avait pour but de mettre fin aux contestations auxqueiles donnait lieu depuis 1815 la possession de la vallée des Dappes. (Tillier, Histoire de Berne ; 183X).
— Üne autre BERNE, très-peu connue, et que les voyageurs ne visitent point , fut fondée en 1763, en Russie, au delà du Volga, dans le gouvernement de Saratof. Une quarantaine de familles bernoises , attirées en Russie par limpératrice Catüerine 11, firent leur établissement sur le bord du Petit-Caraman, rivière qui tombe dans le Volga, et donnèrent à leur hameau le nom de la capitale de leur canton natal.
GLRNE (Ours de). Voyez Ours DE BERNE.
BERNI ( Francesco), qu’on nomme aussi BERNA et BERNIA, est au rang des poëtes les plus célèbres qui ont illustré l'Italie au seizième siècle. 11 naquit vers la fin du quinzième, à Lamporecchio, en Toscane ; son père était d’une famille noble, mais pauvre, de Florence. C’est dans cette ville que le Berni fut envoyé tout jeune; il y resta jusqu’à dixneuf ans dans un état voisin de l’indigence. Au milieu de sa détresse, Rome fixa ses regards; il avait dans cette capitale de la chrétienté un parent, le cardinal de Bibbiena; il se rendit pres de lui; mais ses espérances furent bientôt dé- -çues, car il ne trouva qu’un indifférent, et fut trop heureux d'entrer comme secrétaire particulier chez un dataire du pape Léon X, Giammateo Ghiberti, évèque de Vérone. Ce fut pour complaire à l’ingrat évêque, qui le faisait manger à l'office avec son cuisimer, qu'il prit l’habil ecclesiastique, sous lequel il ne continua pas moins de manger avec le
cuoco, le cuisinier maître Pierre, à qui une de ses joviales épitres est adressée.
Il y avait alors à Rome une société de jeunes ecclésias. tiques que réunissait l'amour de la joie, du vin, de la bonne chère et surtout de la poésie. Le Berni, dans le besoin où 4 était d’épancher sa verve et de laisser déborder son esprit facétieux et ardent, que la sévérité du prélat avait si long-
temps contenu, se jeta dans cette académie, dite des Vi-
gnerons (Vignajuoli), dont Jean della Casa, dans la suite archevêque, était l’un des membres, ainsi que le Mauro, le Molza et le Firenzuola, Le rire inextinguible, le fou-rire, était l’âme de ces hanquets, où l’on plaisantait sur tout, sur les sujets même les plus graves et les plus lugubres; on y chantait, on y improvisait, on s'y portait des défis poétiques, desquels le Berni sortait toujours vainqueur, quoiqu'il n’improvisât pas : aussi son nom est-il resté attaché chez les Italiens au genre de poésie burlesque, appelé depuis lui bernesque ou berniesque. Pour la satire, Roccalini met audessus de Juvénal notre poete, auquel, malgré son indolence, la langue grecque était familière, et qui écrivait purement l’idiome d’'Horace, dont il imita l’enjcuement dans sa propre langue , et l'élégance dans des vers latins qu’il composa sur différents sujets.
L'ouvrage qui illustra le Berni est l’Orlando innamorato (le Roland amoureux) du Bojardo, qu’il refit entièrement. Il n’y a point ajouté un seul épisode, il le suit pas à pas, corrigeant le style, sur lequel il laisse le coloris de son pinceau ; seulement, à la manière de l’Arioste, il orne chaque chant d’un début, qui en est comme l’élégant frontispice. Il brode avec tant d’art sur ce canevas écrit en style sérieux, et des vers satiriques, et des vers burlesques, et des détails épiques, que le lecteur, au milieu de tant de variétés, est entraîné par un charme irrésistible. Ainsi, Bojardo et le Berni se sort donné tour à tour l’immortalité. C’est sous le titre de Rime burlesche que la plupart de ses autres poésies sont imprimées. On en blâme avec raison la licence, qui d’ailleurs n’était qu’un reflet des mœurs de ce siècle. Son capitolo ou chapitre le plus facétieux est celui de l'Éloge de la peste; le plus mordant est celui qu'il composa contre le pape Adrien VI. Son sonnet contre PArétin est si licencieux que ce dernier en fut jaloux. Son style est pur, gracieux, quoique familier; ses expressions sont neuves. Le Berni composait difficilement ses vers, si faciles; son manuscrit est couvert de ratures.
Tout fut successivement heur et malheur dans sa vie. En 1527 Rome et le Vatican furent saccagés par le connétable de Bourbon ; le Berni perdit tout ce qu'il possédait. Il finit par se retirer à Florence, où il vivait avec les muses, ses compagnes chéries, du revenu d’un médiocre canonicat; il y vivait, sinon opulent, du moins heureux, quand la funeste amitié du cardinal Hippolyte de Médicis et du duc Alexandre de Médicis le perdit. Le premier mourut empoisonné par le duc son ennemi. Le poëte, invité par Alexandre à se charger de cet infâme office, avait précédemment repoussé avec indignation une proposition pareille. Le duc, redoutant les suites d’une telle confidence, empoisonna linfortuné poete, qui mourut à quarante ans, victime de ce double et läche forfait. Le portrait que le Berni fait de luimême est curieux; il parle ainsi de ‘ui à la troisième personne : « 1] était grand, maigre et fort dispos; il avait le nez long , la face large, les sourciis rapprochés, les yeux un peu creux, bieu d'azur, la vue très-nette, et la barbe épaisse. » C’est effectivement ainsi qu’il est peint dans une des voûtes de la galerie de Florence,
— Il ne faut pas confondre avec ce poëte le comte Francesco BERNI, né en 1610, mort en 1693, auteur de onze drames et de diverses poésies lyriques. DENXE-BanoN.
BERNICEES. C'était une sorte de torture, de gehenne en usage chez les Sarrasins, et que le sire de Joinville décrit ainsi : « Les bernicles sont deux grands fisons de bois,
qui sont entretenants en chief. Et quand ils veulent y mettre aucun, ils le couchent sur le cousté entre ces deux tisons, et lui font passer les jambes à travers de grosses chevilles, puis couchent la pièce de bois qui est là-dessus, et font assoir un homme dessus les tisons, dont il advient qu’il ne demeure à celui qui est là couché point demi-pied d’osse-
ments qu’il ne soit tout dérompu et escaché. Et, pour pis
lui faire, au bout de trois jours, ils lui remettent les jambes, qui sont grosses et enflées, dedans celles bernicles, et les brisent derechief. » « Le sultan, dit Fleury, menaça saint Louis de le mettre aux bernicles , et il se contenta de dire à ceux qui lui firent cette menace qu’il était leur prisonnier, et qu'ils pouvaient faire de lui ce qu’ils voudraient. »
BERNIER (François), surnommé le Mogol, voyageur et philosophe célèbre, né à Angers, vers 1625, étudia d’abord la médecine à Montpellier. En 1654, le goût des voyages le conduisit en Syrie. Il visita l'Égypte, où il eut la peste; puis passa dans l’Inde, ou il résida douze années, dont huit en qualité &e médecin de l’empereur Aureng-Zeyb. Aimé de ce prince, estimé de ses ministres, il put, grâce à leur protection , parcourir des contrées jusque alors inaccessibles aux Européens. De retour en France, il publia ses observations et les renseignements qu'il avait recueillis. D’autres voyageurs ont visité depuis le Cachemir, le Delhi et l’Indoustan, mais n’ont pas fait oublier sa relation, écrite avec une élégante simplicité, une exactitude exempte de sécheresse, une érudition qui n'exclut pas l'intérêt. Il avait vu de grandes choses, et sut les raconter sans rester au-dessous de son sujet. 11 compte encore aujourd’hui parmi les meilleurs historiens de l’Inde au temps d’Aureng-Zeyb.
Ami de Gassendi, et son plus illustre disciple , il avait porté au Mogol sa philosophie épicurienne. Il a résumé, mis en ordre, présenté pour la première fois en français et popularisé par un abrégé lumineux les idées de ce rival de Descartes. Comme Épicure, Gassendi et Bernier voulaient qu’au lieu de chercher à deviner la nature, on se contentât de l’observer, et que l’on fit consister la vertu, non pas dans l’abstinence des plaisirs, mais dans la haïne des excès ; non pas à se mettre au-dessus des lois de l'humanité, mais à s’assurer la paix et le bien-être intérieur par la modération des désirs. Bernier réunissait, par un rare bonheur, les charmes de la figure et les grâces de l’extérieur à la finesse de l’esprit, à la solidité du jugement. Aussi, Saint- Évremond le nommaïit-il /e Joli Philosophe, et n’est-on pas surpris de le voir recherché des plus illustres personnages de son temps, lié avec les plus grands écrivains. C’est lui qui composa avec Boileau ce fameux Arrét burlesque qui sauva les doctrines et le nom d’Aristote de la proscription dont les menaçait le parlement de Paris. J1 visita l’Angleterre en 1685, et voulut y attirer La Fontaine. Ninon de Lenclos, madame de le Sablière, Chapelle, Saint-Évremond, furent ses amis intimes. C’est assez dire quels étaient ses goûts; mais s’il aima le plaisir en homme voluptueux, il sut se ménager en homme sage, et mourut, dit Voltaire, en vrai philosophe, à l’âge de soixante-trois ans (1688). À. DES GENEVEZ.
BERNIER (ÉTIENNE-ALEXANDRE-JEAN-BAPTISTE-MARIE, abbé), né d’une famille obscure de l’'Anjou, en 1764, fut pourtant élevé au collége d'Angers, d’où il sortit pour entrer au séminaire, Sa conduite régulière, son application à l'étude, de l'esprit et ae l’adresse, lui valurent, jeune encore, la cure de Saint-Laud d'Angers. 11 se plaça très-haut dans l'estime de ses compatriotes lorsqu'en 1790 il refusa de prêter le serment qu’exigeait la constitution civile du clergé, et se déclara dès le mois de mars 1793 pour le parti royaliste qui soulevait la Vendée, Le: paysans s’armaient à la voix de l'abbé Bernier, et leurs seigneurs, devenus chefs militaires, comme au temps des croisades, appelaient à les conseiller le prêtre, qui ne courait pas moins de dangers que ces guerriers improvisés, Bernier, parlant et écrivant avec une grande