‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 32 sur 527 · BERNICLES — BERNINI · texte numérisé non relu

BERNICLES — BERNINI

facilité, animait les soldats par ses sermons et rédigeait le proclamations des généraux ; il était de plus chargé de correspondre avec les différents corps d'armée; enfin, cette guerre étant soumise aux lois &’une stratégie tout exceptionnelle, l'abbé Bernier prit souvent part aux opérations militaires , non-seulement en portant la croix comme un étendard au milieu des bataillons républicains , mais encore em commandant des manœuvres.

Les circonstances qui avaient décidé de la guerre civile en Vendée étaient telles qu’il serait téméraire de juger Bernier d’après ce que nous savons des devoirs du sacerdoce. Cependant il faut remarquer que l'influence de Bernier et le respect qu'il inspirait aux chefs vendéens ne s’accrurent pas avec le temps. 11 fut taxé de semer la discorde parmi les royalistes , d’intriguer, d'employer tous les moyens pour ar: river à une domination absolue, plus utile à son ambition qu'aux intérêts de la cause royale. Enfin , s'étant attaché à différentes corps d’armée et se trouvant dans celui de Stofflet lorsqu'on y fusilla le vicomte de Marigny, ce fut Bernier qui fut accusé de la mort de ce chef vendéen, violent et cruel, mais brave ct dévoué aux Bourbons. Plus tard, caché dans une métairie où il avait mandé Stofflet et où il apprit qu’on allait venir l'arrêter, Bernier se sauva sans faire avertir ce chef, qui, tombé au pouvoir des républicains, fut passé par les armes. Cependant M. d’Autichamp, qui lui conservait sa confiance, le fit nommer agent général des armées catholiques auprès des puissances étrangères. Mais Bernier ne voulut jamais s’éloigner du foyer de la guerre, et lorsqu'il ne fut plus possible de la soutenir, il traita !uimême avec le général républicain Hédouville des conditions qui devaient la terminer.

Lorsqu'on vit de près à Paris l’abbé Bernier, on s’étonna de l'influence qu’il avait exercée ; ce qui n'empêcha pas qu’il ne fût nommé évèque d'Orléans et compris parmi les plénipotentiaires chargés de traiter du concordat. Mais Bernier

lèbre artiste ; c’est un coquin :.... vous le mettrez dans un: coin. » Les Orléanais jugèrent autrement de leur évêque, dont l'administration fut sage et la conduite irréprochable. Aussi, bien qu’il fût blâmé de quelques-uns pour s'être rallié à Bonaparte, bien que l'on attribuât à l'ambition la maladie de langueur dont il mourut à Paris, le 1°" octobre 1806, fut-il regretlé de la majorité de ses diocésains. C*° nE BRAnl.

BERNINI (Giovanxi-Lorenzo), que les Français nom-

ment le cavalier Bernin, naquit à Naples, en 1598, de

Pierre Bernin , originaire de Toscane, assez bon sculpteur,

et d’Angelica Galante. Pierre Bernin, appelé à Rome par Paul V, s’établit dans cette ville avec sa famille. Le jeune Bernin montra de très-bonne heure du goût et des dispositions. extraordinaires pour les arts du dessin. Dès l’âge de dix ans il exécuta des sujets de sculpture qui firent l’étonnement de Paul V. Ce pontife chargea le cardinal Maffei-Barberini de diriger ses études, prévoyant déjà que cet enfant serait un jour le Michel-Ange de son siècle. Les pressentiments de Paul furent justifiés : le Bernin fut bon peintre, bon seulpteur et grand architecte.

Après la mort de Grégoire XV, le cardinal Maffei étant parvenu au souverain pontificat, fit appeler notre artiste, lui fit part de ses projets d'embellissement pour la ville de Rome, et lui commanda le baldaquin de Saint-Pierre. Le Bernin s’acquitta de cette entreprise avec un rare bonheur, quoique les difficultés qu'il eut à vaincre fussent grandes et nombreuses, 11 fut ensuite chargé de décorer de niches et de

BERNINI — BERNIS 6t

statues les quatre piliers qui soutiennent le dôme de Saint- Pierre ; il pratiqua en même temps des escaliers dans l’intérieur de ces piliers pour monter dans les tribunes. Quoique les constructeurs de ces masses eussent ménagé des vides dans l’intérieur, Bernin n’en fut pas moins accusé par ses ennemis d’être la cause des lézardes qui s'étaient manifestées en plusieurs endroits de la coupole. Le Bernin répondit à ses envieux par le palais Barberini, où l’on admire, entre autres beautés, un magnifique escalier en vis dont le plan est elliptique.

Urbain VIII chargea ensuite notre artiste de la construction de deux campaniles qui devaient orner le portail de Saint-Pierre. Le succès de cette construction ne répondit pas au talent de l’architecte. 11 n’y eut pas de sa faute si les murs menacèrent ruine : la mauvaise confection des fondements en fut cause; néanmoins le nouveau pape Innocent X se promit de ne pas l’occuper dans les travaux qu'il se proposait de faire exécuter. Par suite de cette prévention, le saint-père ayant voulu décorer la place Navone d’une fontaine surmon- | tée d’un obélisque qui était enseveli sous les ruines du cirque de Caracalla, tous les artistes, à l’exception de Bern, furent invités à présenter des projets ; mais Ludovisi, neveu | du pape, qui avait toujours affectionné le Bernin, lui dit de composer secrètement son modèle; quand il l’eut fait, il le plaça dans une salle que le pape devait traverser en sortant de table. Le pontife fut si enchanté de l'excellente compo- | sition de ce projet qu’il s’écria : « Il faudra donc à toute force employer Bernini. » Dès ce moment il lui rendit ses bonnes grâces, et le chargea de l'exécution de la fontaine. L’ouyrage élait sur le point d’être terminé , quand le pape alla le visiter : il demanda en se retirant à l’artiste dans com- ‘bien de temps les eaux commenceraient à couler : « Le plus tôt possible, » répondit celui-ci. Et à peine Innocent X était-il sorti de l'enceinte des travaux, que le murmure des eaux le fit revenir sur ses pas. Ce trait prouve que le Bernin était aussi fin courtisan qu'habile artiste.

Le chef-d'œuvre du Bernin est sans contredit la magni- | fique colonnade dont il décora la place qui précède l'entrée de Saint-Pierre de Rome. Elle lui fut commandée par le pape Alexandre VIII. Rien de si magnifique, comme pure décoration, ne s’est fait depuis les anciens. La chaire de Saint-Pierre, ouvrage colossal en bronze, est aussi l’œuvre de Bernin. Il serait trop long d'énumérer et surtout de décrire les statues, les tableaux, les palais, les églises, les mausolées , etc., que l’on doit au génie de cet artiste.

Vers 1664, Louis XIV et ses ministres résolurent de terminer le Louvre sur un plan qui fàt digne de la partie magnifique que François 1°" avait fait élever sur les dessins | de Pierre Lescot. « Dans ce temps-là, il y avait à Paris, dit Perrault, un certain abbé Benedetti, qui avait fait con- | naissance avec M. Colbert. Cet abbé, ami du cavalier Bernin, prôna tellement son mérite et le mit si fort audessus de tous les architectes d'Italie, que M. Colbert prit la résolution de le faire venir en France. Le roi lui-même lui écrivit à ce sujet. » Les honneurs insignes qui furent rendus au Bernin par les souverains dont il traversa les États pour venir en France et par les autorités des villes de France, l'accueil qui lui fut fait à son arrivée à la cour, passent toute croyance , aussi bien que les largesses, pour ne pas dire les prodigalités du roi en sa faveur. Il fit d’abord le buste de Louis XIV; puis il s’occupa des plans du Louvre, qui furent goûtés, moins pour leur mérite qu’à cause de la renommée de l’auteur. Cependant, après diverses contestations, on jela, suivant ses dessins, les fondations de la façade orientale de ce palais; après quoi il demanda à s’en retourner, prétextant la rigueur de l'hiver de notre climat. « La veille de son départ, dit Perrault, je lui portai moi-même, et dans mes bras, pour lui faire plus d'honneur, 3,000 louis d’or en trois sacs, avec un brevet de 12,000 livres de pension par an, et un de 1,200

livres pour son fils. II me dit pour toute réponse que de pareils bonjours seraient bien agréables si l'on en donnait souvent. On lui promit 3,000 louis d’or par an s’il voulait rester, 6,000 livres pour son fils, et autant au seigneur Mathias, son élève; 900 livres au sieur Jules, 600 livres au sieur Cosme, camérier, et 500 livres à chacun de ses estafiers. »

De retour à Rome, le Bernin y continua pendant douze ou treize ans ses travaux comme sculpteur, peintre et architecte. Son dernier ouvrage de sculpture fut un Christ demi-figure, offert par lui à Christine, reine de Suède, qui ne voulut pas l’accepter , par la raison qu’elle se croyait incapable de reconnaître dignement un tel présent. Bernin le lui légua par son testament. Il était occupé à la restauration de la Chancellerie, lorsqu'une attaque d’apoplexie, précédée d’une fièvre lente, l’enleva aux arts et à ses admirateurs, le 28 novembre 1680. Il laissa une fortune de 2 millions de francs, somme que la reine Christine trouva fort au-dessous de son mérite.

Voici le portrait que Perrault fait du cavaliere : « I] avait une taille un peu au-dessous de la médiocre, bonne mine, un air bardi; son âge avancé (soixante-huit ans) et sa grande réputation lui donnaient encore beaucoup de confiance. I] avait l'esprit vif et brillant , et un grand talent pour se faire valoir : beau parleur, tout plein de sentences, de paraboles, d'historiettes et de bons mots dont il assaisonnait la plupart de ses réponses. Il ne louait et ne prisait guère que les hommes et les ouvrages de son pays. Il citait fort souvent Michel-Ange, et disait à tout propos : Si come diceva il Michael-Angelo Buonarotti. I disait encore qu’il avait un grand ennemi à Paris, la grande opinion que l’on avait de lui : 72 concetto che trovo di me. » TEYssÈDRE.

BERNIS (François-Joacuim DE PIERRES DE), né à Saint-Marcel ( Ardèche ), le 22 mai 1715, d’une famille noble et pauvre. Poëte galant et spirituel, unissant à des formes athlétiques une figure séduisante, le jeune de Bernis pouvait prétendre à tout à une époque où les femmes tenaient le sceptre du pouvoir. Le plus brillant avenir s’ouvrait donc devant lui, quelle que fût la carrière qu’il choisit ; mais il eût vécu et serait mort dans l’obscurité s’il se fût contenté de son premier bénéfice. Nommé chanoine-comte de Brioude , il suivit les inspirations de son ambition naissante, et vint à Paris. Lié d’abord avec une petite marchande de modes assez jolie, il fut présenté par elle à quelques-unes de ses pratiques, et descendit de la mansarde aux salons du premier étage. Aimable convive, causeur amusant, il fut recherché par la meilleure compagnie. Les hommes d'esprit applaudirent à ses premiers essais poétiques. Ses ouvrages litteraires lui ouvrirent les portes de l'Académie Française le 29 décembre 1744. Admis dans les cercles de la haute finance, il fixa l’atfcrtion de M! Poisson, d’abord maitresse, puis femme légitime du financier Le Normand d'Étivles. Devenue grande dame, l’amie de Bernis fut bientôt favorite en titre, et régna sous le nom de marquise de Pompadour.

L'abbé de Bernis n’était encore que simple clerc tonsuré. La princesse de Rohan, née Courcillon, nom tant soit peu rolurier, était une des beautés de la cour. La mort de son époux lavait mise en possession d’un beau titre, d’une grande fortune et de sa liberté. Elle s’attacha Bernis. L’abbé lui aida à faire les honneurs de son hôtel, qui devint le rendez-vous de tous les Français et de tous les étrangers de distinction. Le comte, depuis prince, de Kaunitz, alors ambassadeur de Vienne en France, y était un des plus assidus. Bernis , qui savait prendre tous les tons, parlait tour à tour plaisir et galanterie avec les dames, littérature et beaux-arts avec les académiciens et avec ceux qui espéraient le devenir, et politique avec les hommes d’État on prétendus tels ; il était de l'avis de tout le monde. La princesse de Rohan s'était chargée de sa fortune ; elle n’éprouvait d’ob-

Page 1