BOUCHES INUTILES — BOUCICAUT
Lorsque le gouverneur ou le commandant d’une place juge indispensable de renvoyer les bouches inutiles, il commence d’abord par les vieillards, les femmes et les enfants. Si la résistance continue, sans que la garnison ait été ravitaillée, autre partie de la population est, à son tour, impitoyablement renvoyée. Cette coutume çst d'autant plus condamnable, qu'il arrive presque toujours que les assié= geants refusent de recevoir ces malheureuses victimes de la guerre. Dans la guerre de 1870, marquée par des siéges si nombreux, une seule tentative fut faite de renvoyer les bouches inutiles : ce fut à Strasbourg. Le général Uhrich fit demander, le 20 août, au commandant prussien de Werder l'autorisation de faire sortir de la place les femmes et les enfants. Ce dernier s'y refusa obstinément, sous prétexte que « la présence de ces êtres faibles dans la ville bombardée était nécessaire pour lui en ouvrir plus vite les portes. »
BOUCHON. On appelle ainsi toute espèce de cône tronqué, en bois, en liége, en verre, dont on ferme l'orilice d’une bouteille, d'un flacon, d’un pot, etc. Tout bouchon doit avoir non-seulement la propriété d'empêcher le liquide, comme le vin, l'eau-de-vie, contenu dans le vase, d’en sortir, mais encore être imperméable aux fluides spiritueux qui se dégagent au-dessus de ces liquides. 11 n’y a par conséquent de matière propre à faire des bouchons possédant cette propriété, que les métaux, le verre, le cristal. Voilà pourquoi on est obligé de recouvrir de cire les bouchons de liége, et de coucher les bouteilles ; car lorsqu'elles sont dans cette position, le vide où se rendent les fluides spirifueux qui se dégagent du vin se trouve au-dessous d’un des côtés de la bouteille, tandis que le bout du bouchon est constamment recouvert de vin.
À Paris, quand on veut indiquer qu’un objet grossier est à vendre, on l’expose dans la rue avec un bouchon de paille. C’est aussi avec un bouchon de paille que l’on essuie les chevaux et les bestiaux en rentrant à l'écurie.
On appelle aussi bouchon un mauvais cabaret où l’on détaille du vin à bas prix. TEYSSÈDRE.
BOUCHONNIER, celui qui fait et vend des bouchons. Il suflit d'examiner un bouchon pour concevoir sur-le-champ tous les procédés de la fabrication. La matière que les bouchonniers emploient le plus communément, c’est le Ziége. Les bouchonniers débitent les tables de liége par bandes, qu’ils coupent ensuite en travers, d'où résultent de petits parallélipipèdes, qui étant arrondis forment autant de bouchons.
Les outils des bouchonniers consistent en une table à rebords et des éranchets , ou lames très-minces, larges comme la main et très-bien affilées ; ils tiennent d’une main ces couteaux fixes, le dos en bas contre les bords de la table, et de l’autre main ils tournent le bouchon sur lui-même, et le font aller et venir contre le tranchant du couteau , de façon que le parallélipipède se trouve arrondi quand il a fait un tour sur lui-même, ce qui est facile à concevoir. L’ouvrier tient à côté de lui une pierre à aiguiser, sur laqueile il repasse à sec son couteau chaque fois qu’il a terminé un bouchon , car la moindre petite brèche que le fil du tranchet aurait éprouvée, ce qui peut arriver souvent, produirait sur le buucnon qu’on taillerait ensuite des imperfections assez grandes pour le faire rejeter.
Comme les tables de liége ne sont pas de même qualité dans toute leur étendue , il en résulte que certains bouchons sont plus ou moins inférieurs à d’autres, ce qui oblige à les trier en très-fins, en fins, bas fins et communs, que Von vend ensuite à des prix proportionnés à leur qualité,
Les marchands bouchonniers vendent encore en liége des semelles et des encriers, des appareils natatoires, des plan- €hes pour boîtes à insectes, des roues pour les tailleurs de cristaux, des patenôtres ou chapelets dont les pêcheurs tont usage pour tenir leurs filets suspendus dans l’eau.
BOUCHOTTE (Jean-Bapriste-NoeL), naquit à Metz,
le 25 décembre 1754. Entré à l’âge de seize ans dans la carrière militaire, il était lentement arrivé au grade de capitaine de cavalerie, quand la révolution éclata. 11 ne
tarda pas à être élevé aux fonctions de colonel, La réputation de probité, d’ordre et de désintéressement qu'il s'était faite appelait déjà l'attention sur lui, Après la trahison de Dumouriez , il se signala en empêchant la ville de Courtrai de tomber au pouvoir des Autrichiens, avec lesquels des traîtres négociaient déjà. Cet éminent service fut apprécié par la Convention, qui le 4 avril 1793, à l'unanimité d'environ sept cents voix, le nomma membre du conseil exécutif et ministre de la guerre, en remplacement de Beurnonville, que Dumouriez venait de livrer à l'ennemi.
Jamais administrateur de la guerre ne fut aux prises avec des circonstances plus solennelles, plus périlleuses : Bouchotte, par son zèle, par son activité, aida puissamment le comité de salut public à improviser, organiser et approvisionner nos armées. Quand la loi du 28 juillet 1793 l'eut chargé des nominations, il sut doter la république de généraux instruits et dévoués. Bouchotte conserva le ministère jusqu’au 1% avril 1794, époque où, dans le but de concentrer davantage l’action gouvernementale, les six ministères furent supprimés par décret de la Convention et remplacés par des commissions exécutives.
Il avait pris une part trop active à la grande lutte de 1793 pour ne pas devenir l’objet de la haine et de la calomnie. Arrêté avant le 9 thermidor, comme contre-révolutionnaire, il fut poursuivi après la chute de Robespierre comme terroriste. On le traîna de maison de détention en château-fort, de château-fort en tribunal. Enfin, il fut rendu à la liberté, l’aceusateur public n'ayant pu, malgré son bon vouloir, trouver aucune charge contre l’ancien ministre. x
Rendu à la vie privée, Bouchotte se retira à Metz, sa ville natale, et ses concitoyens purent juger, par la simplicité de sa vie et la médiocrité de sa fortune, si, durant son ministère, il s'était plus occupé du soin d’augmenter son patrimoine que de s’avancer dans la carrière militaire. A l’avénement du gouvernement consulaire , il témoigna le désir de reprendre du service, et signa à sa section, au mois de frimaire an VIII, l’acceptation de la nouvelle constitution. Dans une pétition du 9 ventôse an IX, il sollicite le grade de général de brigade et une inspection de cavalerie, ou, à dé+ faut, un traitement en rapport avec ses anciennes fonctions de ministre, « la république ne pouvant décemment, ditil, laisser un ancien ministre exposé à se loger au mois et a courir pour avoir à diner ». Le gouvernement ne le tira pas néanmoins de l’oubli. Au mois de juin 1840, Bouchotte s’éteignait à Metz, sans autre ressource qu’un fort modeste traitement de réforme.
BOUCICAUT (JEax LE MAINGRE, dit). La famille Boucicaut n’était pas fort ancienne, et tirait son origine de la Touraine. Charles V se plaisait à élever des hommes d’une naissance médiocre, dans lesquels il remarquait des talents. En 1366 il porta aux premières charges de l’État Jean Le ManGrE, dit Boucicaut, négociateur habile, général expérimenté, qu'il fit maréchal de France. Il mourut en 1370 , laissant deux fils en bas âge.
L’aîné, Jean, naquit en 1364, à Tours, dont son père était gouverneur. Florine de Linières, sa mère, ne négligea rien pour lui donner une bonne éducation. A neufans Charles V le plaça auprès du dauphin, pour partager ses études et ses jeux. Louis de Clermont, voulant s'amuser de son humeur belliqueuse, le conduisit, à peine Agé de douze ans, à la conquête des places que Charles de Navarre occupait en Normandie; mais l'enfant s’y comporta en vrai soldat. Quatre années après, armé chevalier, malgré son âge, il attaquait, à Ja journée de Rosebeck, un Flamand d'une taille et d’une force remarquables : celui-ci, dédaignant sa jeunesse, lui fit tomber sa hache des mains : Enfant, lui dit-il, va ééter! mas Boucicaut se glisse sous son bras, et lui plonge sa dagne
dans le flanc, en s’écriant : Les enfants de ton pays jouentils à ces jeux-là? L'activité de Boucicaut s'ennuyait du loisir, Quand la paix désarmait la France, il poursuivait les combats en Prusse, en Hongrie; il lui fallait des voyages aventureux, comme un pèlerinage en Palestine; il lui fallait des joùtes contre les premiers chevaliers de l’époque. Il fit annoncer dans toute l’Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne et la France, qu'il tiendrait un mois entier contre tout venant, avec deux de ses amis. Au lieu et au jour fixés, cent vingt chevaliers anglais se présentèrent. Boucicaut et ses compagnons sortirent avec gloire et sans blessures 4e ces luttes périlleuses.
Boucicaut faisait la guerre pour la seconde fois en Prusse contre les voisins idolàtres des chevaliers teutoniques, lorsqu’il apprit la mort du maréchal de Blainville, dont la dignité vacante lui était réservée; il se hâta de revenir. Il trouva Charles VI à Tours; et, soit hasard, soit par une attention délicate, le roi confirma sa nomination dans la chambre où il était né, il y avait vingt-cinq ans. Il suivit le roi, et passa l'hiver à la cour, où les dames louèrent sa magnificence , sa politesse, sa gaieté, son éalent à composer ballades, rondeaux, lais, virelais et complaintes d'amoureux sentiments. 11 conduisait en Bretagne un corps de mille hommes d’armes, quand la démence imprévue du roi arrêta l'expédition. En 1396, Sigismond, roi de Hongrie, pressé par les armes de Bajazet, réclama une seconde fois le courage et la piété des Français. Une foule de nobles répondirent à cet appel, et notamment les jeunes princes du sang royal, le connétable de France, l'amiral de Vienne et Boucicaut. Le comte de Nevers, Jean, qui fut surnommé Sans Peur, fut mis à la tête de cette croisade, À l'arrivée de ce renfort, Sigismond marcha à l'ennemi; mais le sort se déclara contre les chrétiens. Boucicaüt traversa deux fois les bataillons ennemis, distribuant la mort; mais il fallut céder au nombre. Tout ce qui ne fut pas tué tomba dans les fers. Le jour suivant, Bajazet fit la part de la vie et de la mort, réserva les princes du sang royal, et le reste eut la têté tranchée, Quand vint le tour de Boucicaut, ses yeux échangèrent un adieu si touchant avec le comte de Nevers, que celui-ci étendit les bras vers Bajazet, s’efforçant d'exprimer que Boucicaut et lui étaient comme deux doigts d'une main. Ce mouvement sauva le maréchal, qui partagea la prison des princes dans la forteresse de Bude.
Envoyé auprès du sultan pour négocier leur rançon, il s’empara si bien de l'esprit de Bajazet, qu'il le força à y consentir après de longs refus. L'empereur de Constantinople, Manuel Paléologue, de plus en plus pressé par les armes de ce conquérant, ayant demandé du secours à la France, Boucicaut lui fut envoyé (1399). Sa bonne fortune le conduisit au port de Péra, au moment où cetle ville allait tomber aux mains des Turcs, et entraîner la prise de Consfantinople, Sans presque donner de temps au repos, il se mit en campagne avec l’empereur, chassa l'ennemi, et rendit un service non moins signalé en réconciliant Manuel avec un neveu qui aidait les Turcs à précipiter la ruine de sa patrie. Au bout d’un an, Boucicaut repartit; l’empereur Manuel, après l’avoir fait connétable de son empire, l’accompagna. Il allait solliciter les puissances chrétiennes, lorsque la fortune le servit an delà de ses espérances en jetant Bajazet dans les fers de Tamerlan. A cette époque, des bandes armées désolaient la France; les dames étaient insultes jusque dans leurs châteaux. Ce fut pour les défendre qüe Boucicaut, avec l'autorisation du roi, créa l’ordre militaire de la Dame-Blanche à l’écu vert, qui compta d'abord treize chevaliers , nombre qui fut porté plus tard à soixante, Les Génois, fatigués de leurs dissensions et desespérant de trouver la paix sous des chefs leurs concitoyens, s'étaient donnés à la France; et, après avoir essayé de plusieurs gouverneurs dont la faiblesse avait été méprisée des partis, avaient demandé Boucicaut, Celui-ci, instruit de l'état des choses,