‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 312 sur 527 · BOUCICAUT — BOUCLES D'OREILLES · texte numérisé non relu

BOUCICAUT — BOUCLES D'OREILLES

d'un appui contre son audace augmentèrent l'influence de Boucicaut en Lombardie : le due de Milan offrit l'hommage, le comte de Pavie imita son exemple, Boucicant, ayant soumis en passant Crémone et Plaisance révoltées, fut reçu avec pompe dans Milan, où, sur la place magnifiquement décorée, le comte et le duc prètèrent l'hommage entre les mains du maréchal, assis sur un trône, et tenant un sceptre ; mais, en même temps, Spinola et Doria, chefs de la faction gibeline, soulevaient le peuple dans Gênes, ouvraient les portes au marquis de Montferrat et à Facino-Cane, tuaient les Français ou les mutilaient, et forçaient la citadelle à capituler (1409). Boucicaut accourut ; il avait demandé un secours que la France n’était plus en état de lui envoyer au milieu des factions qui l’agitaient; pour comble de malheur,

elle fut abandonnée par les principautés de Lombardie, qui

s'étaient déclarées ses vassales. La seule vengeance que Boucicaut en put tirer fut de passer chez le duc de Savoie gour l'aider à battre le marquis de Montferrat et lui en- Lever des places fortes,

La France gémissait déchirée par les Bourguignons et par les Armagnacs. Ceux-ci comptaient Boucicaut parmi leurs plus zélés partisans. Henri V, roi d'Angleterre, jugeant la situation de nos affaires convenable à ses projets, débarqua en Normandie ; mais, suivi de près, il se hâtait d'opérer sa ‘rêtraite vers Calais, quand l'armée l’atteignit au village d’Azincourt. Si l’on eût cru Boucicaut , on aurait laissé l’ennemi continuer sa retraite précipitée, sans le réduire au désespoir ; mais l’impatience française en décida autrement. La journée d’Azincourt (1415) doit être inscrite entre les défaites de Créci et de Poitiers. La veille, on avait armé beaucoup de chevaliers, dont la plupart avaient voulu recevoir l’accolée du maréchal. Prisonnier dans cette bataille, où la France perdit la fleur de sa noblesse, il fut amené en Angleterre, et mourut à Londres, en 1421, à l’âge de cinquante-cinq ans ; son corps fut transporté en France, et enseveli dans l’église de Saint-Martin de Tours. H. FAUCHE.

BOUCLE , nom donné à une sorte d’anneau et à tout ce qui en a la forme. Les anciens employaïent comme nous les boucles à divers usages; il y en avait chez eux qui serwaient à l'architecture, d’autres à la chirurgie; les plus communes servaient, comme chez nous, à boucler les vêtements, à en joindre une partie avec une antre, à l’aide d’une ceinture ou autrement, et elles étaient portées également par les deux sexes chez les Grecs, les Romains et les autres nations contemporaines. Les femmes portaient principalement des boucles sur la poitrine. Les hommes s’en servaient pour attacher les tuniques, les chlamydes, les lacernes et les pénules , qu’ils bouclaient quelques fois à l'épaule droite, d’autres fois à la gauche.

La forme des anciennes boucles approche assez d’un arc ayec sa corde : de l’une des extrémités de l’arc sort une aiguille retournée plusieurs fois sur elle-même, et l’aiguillon s'ayance de l’autre extrémité. A chaque côté de l'habit, à Pendroit où la boucle s’attachait, il y avait une pièce de métal de la même matière, c’est-à-dire d’or, d'argent ou de cuivre. Il y en avait qui étaient ornées de pierres précieuses, et quelquefoisimême la boucle était faite d’une seule de ces

pierres.

Les modernes , imitateurs des anciens, ont adopté l’usage et la forme de leurs boucles , ainsi que le choix des matières diverses dont ils les composaient ou les ornaient ; de plus, ils ont donné aux matières les plus viles qu’ils employaient les apparences les plus séduisantes. On se sert encore de boucles pour les bretelles, les jarretières, les ganses de chapeaux , . les pattes de gilets et de pantalons, etc. Les boucles de sou- . liers et de ceintures ont disparu il y a longtemps,

En architecture, on nomme boucles de petits ornements en forme d’anneaux entrelacés sur une moulure ronde, telles qu'une baguette ou une astragale.

Mais l’acception première et naturelle du mot boucle, celle

qui a servi sans nul doute de type à toutes les autres, c’est la plus belle parure des femmes et des adolescents, c’est la boucle de cheveux, si précieuse à l'amour, dont elle devient souvent le gage et le souvenir le plus doux , et que Pope à chantée dans des vers si dignes du dieu qui l’inspirait. BOUCLES D'OREILLES. Ce genre d'ornement, qu'on retrouve chez presque tous les peuples sauvages, remonte à la plus haute antiquité. Éliézer donna à Rébecca des boucles d'oreilles et des bracelets. Dans Homère, elles font partie de la parure des femmes. Junon les fixe aux lobes de ses oreilles percées avec art. Les hommes, chez les Grecs, portaient aussi quelquefois des boucles d'oreilles. Pline dit qu'on se plut à incruster dans sa chair des joyaux en pierres brillantes ou en perles, soit en perçant le lobe des oreilles, soit en y attachant ces ornements sans les percer. A Rome, Alexandre Sévère défendit aux hommes de porter des boucles d'oreilles. Les femmes à cette époque en avaient de si lourdes que, suivant Sénèque, leurs oreilles en étaient ‘plutôt chargées qu’ornées : ji] y avait des femmes dont tout le métier consistait à donner leurs soins aux lobes des oreilles des élégantes de Rome, souvent blessées par le poids de l'or, des perles et des pierres que l’on y suspendait; ces femmes étaient nommées auriculæ ornatrices. Chez les

* Grecs, les enfants ne portaient de boucles d’oreilles que du

côté droit.

Les perles furent d'un grand usage pour les boncles d'oreilles. Lorsque le commerce eut fait connaître ces produits aux Grecs et aux Romains, le luxe en tira le plus grand parti, et sous les empereurs les femmes se plurent à suspendre à leurs oreilles la valeur de deux ou trois riches patrimoines. On trouve dans les plus anciens tombeaux des rois d'Égypte des agates, des calcédoines, des onyx, des cornalines, qui ont la forme de perles parfaitement rondes et d’un très-beau poli; elles servaient à faire des boucles d'oreilles.

La forme et le nom des boucles d'oreilles étaient très-variés. Les boucles d'oreilles romaines appelées bulles étaient semblables à des bulles d’eau; peut-être les nommait-on ainsi à cause de leur forme et de leur légèreté : elles étaient faites d’une feuille d’or extrêmement mince. On appelait callaica de grandes boucles d'oreilles faites avec une pierre précieuse verte, peut-être l’émeraude ; caryotides, celles qui avaient la forme de petites noix vertes ; centaurides , celles qui étaient ornées de figures de centaures en or; connos, des boucles d'oreilles en forme de quille ; crotalia, des boucles formées de plusieurs grosses perles réunies et suspendues, lesquelles, en se heurtant, produisaient un léger bruit, semblable à celui des crotales ou des castagnettes. On donnait le nom d’exaluminat:æ aux perles les plus belles et les plus blanches, et à l’eau desquelles on trouvait la couleur de lalun, et ceux d’hippiscos et d’hippocampos aux boucles d’oreilles où pendaient de petites figures de cheval ou d’hippocampe, petit poisson connu sous le nom de cheval marin, très-commun dans la Méditerranée; enfin celui de pinosis aux bouclesen forme de pin. Les rofulæ étaient des boucles d'oreilles dont les pendeloques étaient en forme de petites roues ou de poires. Spathalia et stalagmium indiquaient des formes en goutte d’eau ou en poire allongée, telles que celles des stalagmites. La éfriglene était célèbre dans l'antiquité; elle fait partie de la parure de Junon dans l'Iliade; c’est dans l'Odyssée le riche présent qu'Eurydamus envoie à Pénélope. Mais il n’est guère possible d'expliquer ca qu'étaient les triglènes : peut-être étaient-ce des onyx ou des cailloux roulés, à plusieurs couches concentriques de couleurs différentes, et qui offraient la forme et les couleurs de la prunelle de l'œil, le mot yXñvn signifiant la pupille de l'œil. Enfin, il y avait des boucles d’oreilles qui avaient la forme de petits trépieds, et que pour cela on nommait tripoues.

Il nous reste à parler du nesim on aisme, Les Hébreux

donnaient ce nom à l'anneau dont ils ornaient leurs narines, usage qu'on trouve chez plusieurs peuples sauvages et aux Indes. 11 semble avoir été pratiqué en Orient dès le temps d'Abraham ; il en est souvent question dans la Bible. Les peintures indiennes et chinoises offrent un grand nombre de figures dont les narines sont ornées de perles et de pierres précieuses. Ces anneaux servaient chez les Juifs aux hommes ainsi qu'aux femmes, et on les suspendait tantôt aux narines, tantôt aux oreilles. On appelait aussi autrefois nesim, en Orient, ce fort anneau qu’on employait et qu’on emploie encore aujourd'hui, en plusieurs pays, comme frein ou caveçon, et qu’on passe dans la cloison des narines des buffles et des bœufs. DELBARE.

BOUCLIER, arme défensive dont les anciens se servaient pour se couvrir le corps et se préserver des coups de Jeurs ennemis dans les combats. Selon plusieurs savants, le mot bouclier est dérivé de buccularium ou buccula, parce qu’on représentait sur les boucliers des têtes ou gueules de gorgone, de lion ou d’autres animaux. Les Grecs et les Romains en avaient de diverses formes , tant pour l'infanterie que pour la cavalerie. Le bouclier rond s'appelait en grec &onic, en latin clypeus ; le bouclier long et rectangulaire en grec Qupeoc (semblable à une porte), en latin scu/um. Le scutum avait souvent la forme d’une tuile creuse; il était assez haut pour couvrir le soldat quand il se baissait. Les boucliers étaient ordinairement munis de deux anses; le combattant passait le bras dans la plus grande, et saisissait lautre comme une poignée. On faisait les boucliers de matières légères et tenaces, comme osier, bois blancs, cuirs, etc., que l’on couvrait quelquefois d’une feuille métallique. Le milieu du bouclier était couvert d’une plaque de métal, et armé d’une pointe. On l’appelait en grec uecoupéhioy (le nombril), en latin #mbo.

Les Égyptiens s’attribuaient l’invention du bouclier, la plus ancienne des armes défensives, et la seule, du moins, dont il soit parlé dans les livres de Moïse; les Grecs le reçurent d’eux, avec le casque, et le transmirent à leur tour aux autres nations. Les premiers boucliers étaient d’une grandeur démesurée et avaient presque !a hauteur d’un horime, Au temps de la guerre de Troie, on ne les portait pas encore au bras; ils étaient attachés au cou par une courroie et pendaïent sur la poitrine : lorsqu'il s’agissait de se battre, on les tournait sur l'épaule gauche et on les soutenait avec le bras; pour marcher, on les rejetait derrière le dos, et alors ils battaient sur les talons. Les Cariens, peuples trèsbelliqueux, changèrent cet usage, et enseignèrent aux Grecs à porter le bouclier passé dans le bras par le moyen de courroies faites en formes d’anses. Du reste, la figure du bouclier parait avoir souvent varié en passant d’une nation à une autre. Les Grecs se servirent plus ordinairement du Gvgcoc, ou bouclier long et rectangulaire; mais les Lacédémobiens portaient un bouclier qui avait la forme d’une tuile creuse. L'un et l’autre étaient ordinairement de cuivre. On gravait sur chacun la lettre initiale du pays de celui qui le portait : ceux des Lacédémoniens avaient un}, ceux des Argiens un &. Ce dernier, qui était le c/ypeus, devint aussi le bouclier des Romains, qui adoptèrent le scu/um après leur réunion avec les Sabins. Tantôt plat et tantôt courbé, et ayant la forme d’un carré oblong, ce bouclier fut chez eux Parme défensive de l'infanterie, et la cavalerie eut un bouclier rond, plus léger, que l’on appelait parma. Chaque légion avait des boucliers d’une couleur particulière, et ornés d’un symbole qui les distinguait de ceux des autres légions, tels que le foudre, une ancre, un serpent, ete. On y joignait encore des signes distinctifs pour que le bouclier de chaque soldat pût être reconnu.

On sait que dans les premiers temps de la monarchie des Francs les princes on chefs choisis par la nation étaient élevés sur un {aillevas où pavois, grand bouclier, et montrés de la sorte au peuple réuni, Derrière ces pavois, tenus

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