‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 314 sur 527 · BOUCLIER · texte numérisé non relu

BOUCLIER

qui ne se baigne pas dans l'Océan. » Si l’on redescend sur la terre, là on voit représentées deux villes populeuses, des fêtes nuptiales à la clarté des flambeaux , et des danses en rond qu’animent les flûtes et les phorminx, les plus harmonieuses des lyres ; ici, deux hommes s'échauffant à plaider leur cause aa milieu d'une place publique, et des hérauts avec leur sceptre apaisant les murmures de la multitude; plus loin, deux armées victorieuses disputent sur le sort d'une ville : attirées dans une embuscade, elles en viennent aux mains avec les habitants : le carnage est horrible, et la surface du bouclier est couverte de morts et de mourants. Au milieu de ces scènes de sang, Homère n’au-

rait eu garde d'oublier les riantes saisons, les semailles, la .

moisson et la vendange : le printemps, l'été et l'automne passent sous ses admirables pinceaux.

En considérant le bouclier d'Achille sous le rapport des progrès de la ciselure et de l'emploi des métaux dans ces siècles reculés, nous devons croire que l’art de l’émailleur y était porté à un haut degré. N'en aurions-nous pas même jusqu’à la certitude par ce passage : « Quoique la terre soit d’or, elle se noircit derrière eux comme une plaine ré- <emment labourée : c’est un prodige! » Et par cet autre : « Vulcain y représenta aussi une belle vigne toute d’or, chargée de grappes pourprées qu’entourait un fossé d’une couleur bleuâtre. » L’émail seul, ce nous semble, devait opérer ces nuances merveilleuses sur l'or.

Le bouclier d'Hercule est dû au génie d’Hésiode d’Ascrée. Le bouclier que Thétis commanda à Vulcain pour son fils est forgé avec le feu du ciel dans Olympe, dans le palais du dieu, et non avec les flammes terrestres de Lemnos ou des îles Éoliennes. Le bouclier d’'Hercule , don de Pallas, également exécuté par Vulcain , eut sans doute la même origine, quoique le poëte se taise sur ce point. 11 est entouré de lames bleues d’un éclat éblouissant ; celui d’Achille est ceint d’un triple cercle d’un radieux métal; cinq lames le couvrent, un baudrier d’argent y est attaché. Celui d’Hercule, sans compter ses douze serpents accessoires, présente dans son centre un dragon terrible, aux yeux allumés, à la gueule béante, aux dents blanchissantes, allusion aux deux serpents que ce héros étouffa dans son berceau. Comme celui du fils de Pélée, il offre une Discorde-dont la tunique est rouge de sang, un combat de lions, deux armées qui en sont aux mains, des fêtes d'Hyménée avec leurs flambeaux, des chœurs de jeunes hommes avec leurs flûtes et leurs lyres, une plaine qu’on ensemence, des moissons et une vendange où l’on voit une vigne toute d’or, aux pampres agités, et soutenue par des palis d'argent, images tout à fait pareïlles à celles d’Homère. Enfin, ce bouclier, ainsi que l’autre, a pour ceinture les flots de l’Océan. Ce qu'il présente d’original, ce sont le combat des Lapithes et des Centaures , les Gorgones et Persée rasant dans son vol la surface des mers, une chasse aux lièvres, un combat au ceste, une lutte, un vaste port inaccessible aux vents, la mer d’alentour couverte de dauphins et un pêcheur observant leurs ondulations, et, par-dessus tout, un tableau des Parques, admirable par la terreur qu’il inspire. Ce tableau sombre est d’une grande vigueur; elle ne se fait point sentir à ce degré dans le bouclier d’Achille; mais Homère a voulu ménager tous les jours dans son admirable poëme. Ce n’est pas dans les accessoires qu’il a voulu user son feu divin, il le réservait pour de plus vastes sujets ; d’ailleurs, son bouclier est de beaucoup supérieur à celui d’Hésiod par l’ordonnance : tout est pêle-mêle dans le poëte d’Ascrée,

” On voit que ces boucliers sont presque identiques : l’un a servi de type à l’autre. Certes, ce n’est pas Homère qui est le copiste , puisque ses tableaux ont tant de supériorité ; le chantre de la théogonie serait donc postérieur au chantre d’Achille? Ce n’est pas ici la place d’une telle discussion.

Le bouclier d’Énée ‘est un hommage de Virgile à Au-

æuste : c’est une longue suite d’adulations entremélées des DICT, DE LA CONVERS. — T. II.

fastes de Rome. On y voit représentés sur le métal brillant la postérité d’Ascagne, la louve de Mars, couchée dans un antre vert, la ville de Romulus, l'enlèvement des Sabines, le supplice de Métius écartelé par deux quadriges, Porsenna aux portes de la ville éternelle , l’intrépide Coclès, Manlius et le Capitole, les Gaulois à la chevelure d’or, la danse des Saliens, le sombre Catilina, l’austère Caton. La mer d’Adria , couverte des flottes égyptienne et romaine, encadre ce tableau. On y voit surgir au-dessus des vagues la roche de Leucade et le promontoire d’Actium : Auguste y paraît debout sur la poupe de son vaisseau , regardant fuir Antoine, avec les peuples de l’Aurore , et la reine du Nil , son épouse, excitant en vain du cistre ses matelots barbares. Plus loin, couronné des triples palmes du triomphe, ce prince voue à Apollon Sauveur un temple d’un marbre éblouissant; autour du vainqueur sont groupées comme accessoires les nations soumises, les Numides, les Africains aux robes flottantes, les Cariens, les Dahæ, les Gélons aux flèches aiguës. Le métal offre aussi le Nil et l’Euphrate , le Rhin et lAraxe indigné du pont qui l’emprisonne. Il est aisé d’apercevoir dans ces tableaux, d’ailleurs merveilleusement tracés dans l'original en vers sonores et pompeux, l’absence des scènes de la nature et de ses charmes, qui se font si vivement sentir dans Homère et dans Hésiode, tous deux imités par Virgile,

Il ne nous reste plus à parler que d’une espèce de bouclier symbolique qui remonte à une plus haute antiquité ; c’est Eschyle, qui alimentera notre érudition sur ce sujet par sa tragédie des Sept Chefs devant Thèbes. Tydée, nous dit-il, portait sur son bouclier « un ciel clair et parsemé d’étoiles. La lune dans son plein, astre vénérable, œil brillant de la nuit, occupe le milieu. » Celui de Capanée offrait « un homme nu qui secoue un flambeau avec ces mots en lettres d’or : Je brûlerai Thèbes. » Celui d’Étéocle « un soldat qui escalade une tour, avec ces paroles : Mars lui-même ne me repousserait pas. » Celui d'Hippomédon, « Typhée, dont la bouche ardente vomit des flots d’une noire fumée. » Celui de Parthénopée , « un sphinx tenant dans ses griffes um soldat thébain. » Sur le bouclier de Polynice sont représentées deux figures : « un guerrier avec des armes dorées et une femme qui le précède : c’est la Justice; on y lit ces mots : Je le rétablirai dans sa ville et dans le palais de son père. » Quantau bouclier d’Amphiaraüs, il n’était chargé d’aucun symbole : ce chef ne faisait pas le brave, il se contentait de l’être. Il est curieux de rapprocher de cette tradition l'usage de nos preux du moyen âge, qui portaient une devise sur leur écu, C’est le quinzième siècle qui va se fondre dans la nuit des temps héroïques; c’est la mode, qui, formant le cercle, comme le serpent de Saturne, fait le tour du monde. DENNE-BARON.

BOUCLIER | Histoire naturelle). C’est le nom donné aux organes protecteurs résultant de la condensation et de la grande épaisseur de la peau, qui est plus ou moins encroûtée de sels calcaires. On voit l’origine de cette disposition en boucliers dans la peau rude des rhin'océros, qui est remarquable par des plis profonds en arrière et en travers des épaules, en avant et en travers des cuisses; c’est dans les tatous, les chlamyphores, les priodontes, les tatusies, qu’on observe ces boucliers (qui ont été distingués en céphalique, scapulaire, dorsal, lombaire et caudal , selon qu'ils recouvrent la tête, les épaules, le dos, la croupe ou les lombes et la queue), en outre des plaques solides qui recouvrent la partie externe des membres. On donne quelquefois, peut-être à tort, le nom defesé ou decarapace à l’ensemble des boucliers de ces animaux. Les pangolins, dont le corps est recouvert par des écailles, ont une sorte de bouclier écaïlleux. Dans les oiseaux et les tortues, il n’y a jamais de bouclier proprement dit. Les crocodiles, les Caïmans, les gavials, offrent dans le derme de la peau dorsale un grand nombre de pièces osseuses dont l’ensemble

constitue un véritable bouclier. Parmi les poissons , il en est, tels que les lépisostées, plusieurs espèces de trigles, de lottes, de silures et même de gastérostées, dont les écailles deviennent osseuses; chez d’autres, les ostracions ou coffres, quelques diodons, des syngnathes, des hippocampes et des esturgeons, la peau est solidifiée par la réunion de pièces complétement osseuses très-lures. Dans ces deux cas, le corps de ces poissons est recouvert par une sorte de bouclier général ou armure complète.

Dans les animaux articulés, on donne quelquefois le nom de bouclier au chaperon ou épistome qui avoisine le labre ou lèvre supérieure chez les insectes. Chez certains crustacés, la pièce supérieure qui recouvre le corps entier forme un vaste bouclier qui porte le nom de {éf ou de carapace.

En zoologie, on a donné le nom de boucliers : 1° à des espèces de poissons appartenant aux genres cycloptère, spare, lépadogastère et centrisque ; 2°. à des coléoptères de la famille des clavicornes, dont le corps a cette forme. Ces insectes, essentiellement carnassiers, préfèrent les cadavres en putréfaction et les excréments à toute autre nourriture. Plusieurs espèces de ce genre se trouvent aux environs de Paris. Il en est une, le bouclier-âtre (si/phaatrata , Fabr.), qui diffère des autres en ce qu’elle se tient sur les chênes et se nourrit de chenilles.

Il ÿ a un étrange abus de mots dans les noms vulgaires donnés à une espèce de patelle (patella testudinaria), tels que bouclier ou écaille de rocher, bouclier d’écaille de tortue, bouclier couleur d'écaille.

Quelques oursins ont reçu, à cause de leur ressemblance avec un bouclier, les noms de scutelle et de clypéastre. Enfin, Paulet a donné encore ce nom à l’agaric brevipes de Bulliard. L. LAURENT.

BOUDDHA, BOUDDHISME. Le mot bouddha en sanscrit signifie sage; c’est le titre d'honneur donné à Gautama ou Sakja-Mouni (docteur de la famille Sakja), fondafeur du bouddhisme, religion indienne, qui compte plus de 300 millions de sectateurs répandus dans l’île de Ceylan, le royaume de Siam, l'empire Birman, le Tonkin, le Tibet, la Mongolie, la Chine et le Japon. Sakja-Mouni naquit au sixième siècle avant notre ère, dans la province de Mägadha, aujourd'hui Behar. Profondément ému de la corruption et de la misère de l’espèce humaine, il se retira quelque temps dans la solitude; mais il ne tarda pas à reparaître dans le monde comme réformateur de la religion, attaquant les Védas et beaucoup d'institutions de la religion reconnue. Il transmit ses doctrines à son disciple, le brahmane Mahakaja, et mourut vraisemblablement vers l'an 533 avant J.-C. A son tour, Mahakaja se choisit un disciple, et la transmission de la doctrine bouddhique se continua ainsi de maître à disciple pendant plusieurs siècles; cependant elle avait été de très-bonne heure mise par écrit en langue sanscrite,

Les bouddhistes se multiplièrent beaucoup dans l’Inde, Voici quelles étaient leurs principales doctrines : un Dieu suprême régit le monde; il est invisible, immatériel, et ne peut, par conséquent, être représenté par aucune image; il est sage, juste, bon, compatissant, tout-puissant, et ne peut être mieux honoré que par une contemplation silencieuse. L'homme arrive à la félicité éternelle par la vertu; il ne doit ni jurer, ni mentir, ni calomnier, ni tuer, ni voler, ni se venger; il doit mener une vie chaste et sobre, faire laumône, dompter ses appélits sensuels, et apprendre à connaitre par une contemplation silencieuse sa propre nature et l’essence de la Divimité. En remplissant complétenent ces devoirs, il arrivera déjà sur la terre à la dignité d'un bouddha ou d’un sage, et après sa mort il sera réuni à l’Être suprême. Cette réunion s'appelle nirvdna, c'est-àdire repos ou félicité, Les Ames des hommes qui se sont mal conduits sur la terre transmigrent dans des corps d'animaux,

Les bouddhistes ont conservé les cosmogonies indiennes,

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