‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 320 sur 527 · BOUFLERS · texte numérisé non relu

BOUFLERS

celle du roi d'Angleterre, dans les guerres que se livraient ces deux puissances pour la possession de notre pays. Des Bouflers sont faits prisonniers à la bataille d’Azincourt, d’autres se font tuer pour Charles de Bourgogne à la bataille de Nancy, d’autres assistent, avec François I*', à celle de Pavie, ou figurent aux états de Blois.

La maison de Bouflers a produit un maréchal de France qui se couvrit de gloire à la défense de Lille. Louis XIV pour en consacrer le souvenir lui accorda le privilége de joindre à ses armes des drapeaux fleurdélisés. Le chevalier de Bouflers est demeuré célèbre par l'originalité, la grâce et le piquant de son esprit. Nous leur consacrerons des articles particuliers, ainsi qu’à la célèbre comtesse de Boufers, lidole du duc de Conti. Enfin ce fut un Bouflers qui donna à La Fontaine l’idée de sa fable Le Curé et le Mort. Voici comment M°®° de Sévigné raconte le fait dans une lettre du 26 février 1672 : « M. de Bouflers, dit-elle, a tué un homme après sa mort; il était dans sa bière en carrosse, on le menait à une lieue de Bouflers pour l’enterrer; son curé était avec le corps. On verse; la bière coupe le cou au pauvre curé. »

BOUFLERS ( Lours-François, due pe ), né le 10 janvier 1644, commença sa carrière militaire en 1662, dans le régiment des gardes, où il entra comme cadet. Sous-lieuténant en 1666, aide-major en 1667, colonel en 1670, maréchal de camp en 1677, lieutenant général en 1681, maréchal de France en 1693, il avait gagné tous ses grades sur

les champs de bataille. Il se distingua sous Condé, Turenne,

Créqui, Luxembourg et Catinat, dans toutes les campagnes de ces longues guerres à peine interrompues par des trèves de courte durée. Ce fut après la campagne du Nord (1695) que sa terre de Cagni fut érigée en duché-prairie, sous le nom de Bouflers. Forcé de capituler, après avoir, pendant quatre mois, défendu la ville de Lille, le prince Eugène, qui savait honorer le courage malbeureux, lui dit : « Je suis fort glorieux d’avoir pris Lille, mais j'aimerais mieux encore l’avoir défendu comme vous. »

Rien n’aurait manqué à sa gloire s’il n’eût combattu que les ennemis de la France; malheureusement son nom serattache aux sanglantes expéditions contre les protestants. Ii fut chargé d’entreprendre la conversion des protestants deMetz. Soumis et timides, ils n'avaient pas donné le moindre prétexte à la persécution. Mais, trop fidèle à ses instructions et aux ordres de Louvois, Bouflers se mit à la tête des dragons ; tous les habitants, sans nulleexception, furent contraints par lui d’aller à la messe, où des places spéciales étaient assignées aux protestants , afin que les curés pussent constater leur soumission à l’édit royal de révocation. La confession et la communion pascales furent ordonnées sous peine d'amende, et le maréchal mit toute sa garnison à la disposition du clergé et de l’intendant pour

: faire exécuter les récalcitrants. Le jour de Noël, après avoir

traqué tous les protestants dans les églises, il fit envahir leur domicile par des dragons; il avait recommandé la saisie et l'enlèvement de toutes les Bibles françaises, et en fit un grand auto-da-fé, La communion romaine fut exigée comme une preuve de conversion. Ceux qui refusèrent furent condamnés aux galères, leurs femmes à la réclusion, et leurs enfants enlevés et renfermés dans des couvents, pour y être convertis. Les temples furent démolis.

Il est pénible de voir des hommes distingués par leurs talents, leur bravoure et les services éminents qu'ils avaient rendys à leur pays, se faire les exécuteurs d’un édit qui fut plus funeste à la France que les fléaux les plus désastreux. Le maréchal de Bouflers, hâtons-nous de le dire, ne dut agir

dans cette circonstance que par conviction. Aucun motif d'in-

térêt où d’ambition nepouvait lui inspirer le rôle ignoble et barbare de convertisseur. Le vieux guerrier était dévot, disent les historiens contemporains : ee mot explique tout.

M° de Maintenon s’empressa d'annoncer sa mort au maré-

chal de Noailles : « Vous avez perdu, su dit-elle, un bon ami, mon cher due, en perdant M. le maréchal de Bouflers, qui est mort hier, ici (le 21 août 1711). Il allait se reposer à Bouflers, et j'avais peine à croire qu’il en revint; car il était bien affaibli ; son grand courage le soutenait ; en lui le cœur est mort le dernier... » — Son fils, Joseph-Marie , né en 1706, se distingua dans les guerres du règne de Louis XV, devint maréchal de camp, et lieutenant général, assista à la bataille de Fontenoi, commanda les troupes envoyées par Louis XV au secours de la république de Gênes, attaquée par les impériaux , et mourut dans cette expédition le 2 juillet 1747. Durey ( de l’Youne ),

BOUFLERS (M'° SAUJON, comtesse pe). Devenue veuve, elle vécut dans la plus grande intimité avec le prince de Conti, qui, en sa qualité de grand prieur de l’ordre de Malte en France, occupait le vaste palais du Temple : madame de Bouflers en faisait les honneurs. Elle conserva longtemps l'espoir d’épouser le prince. Madame du Deffand, qui haïssait {ous ceux qui n'étaient pas ennemis de J.-J. Rousséau, ne laissait échapper aucune occasion de verser le ridicule sur madame de Bouflers et sur les familles de Luxembourg et de Biron. Et cependant elle se faisait inviter à toutes leurs soirées; elle était de toutes leurs fêtes. C'était toujours avec une dédaigneuse fatuité qu’elle s’exprimait sur tout ce qui tenait par le sang ou par les affections à la comiesse de Bouflers, qu’elle n’appelait jamais autrement que l’Zdole du Temple, et le plus souvent l’Idole tout court. Madame de Bouflers était sa béte noire; elle cite l’Zdole à tout propos dans sa volumineuse correspondance. H. Walpole, écrivant sous la dictée et sous l’influence des préventions de madame du Deffand, a fait de la comtesse de Bouflers, qu’il ne connaissait point, un portrait hideux de cynisme et de méchanceté.

Deux hommes se partageaient son cœur : le prince de Conti et Jean-Jacques Rousseau. Si ses rapports avec le prince furent aussi innocents que ceux qu’elle eut avec le philosophe, l’épithète de maîtresse que lui donne Walpole n’est qu’une calomnie gratuite. Rousseau, qui dans ses Confessions a montré à nu ses liaisons les plus intimes, ses sentiments les plus secrets, et qui dans ses révélations indiscrètes a bravé toutes les convenances, ne s'exprime qu’en termes honorables sur madame de Bouflers. Leur correspondance a duré plus de seize ans. C’était toujours l'expression chaste et franche d’une sincère et pure amitié. Cet attachement de madame de Bouflers était souvent mis à de rudes épreuves. Si elle ne réussit pas à guérir son ami de sa misanthropie, c’est que le mal était incurable. Elle ne pouvait supporter tout ce qui pouvait exciter ses accès. Un jour qu’elle le voyait prêt à s’emporter et à répondre sérieuse ment à d’absurdes sophistes, elle ne put se contenir, et lui cria tout haut : « Tais-toi, Jean-Jacques! ils ne peuvent te: comprendre! »

La calomnie aurait dû respecter l’attachement de cette digne femme pour le prince de Conti, qu’elle n’abandonna jamais, et qui mourut près d’elle. Aucun motif d’intérèt ne l'avait si longtemps fixée près de lui : elle seule lui restait. Les princes d'Orléans et de Condé, et la famille royale même, ne témoignèrent ni douleur ni regret à la mort du prince qui n'avait conservé avec la cour que des rapports de convenance. Sans ambition personnelle, il avait préféré à une vie toute d’intrigues et d'hypocrisie la retraite paisible: qu’il s'était choisie et la société d’artistes, de philosophes, d'hommes de lettres et de femmes aimables et spirituelles que lui avait faite madame de Bouflers. Elle eût désiré que le prince s’isolät moins de la cour, pour utiliser son crédit, non dans son intérêt personnel, mais en faveur de ses amis.

La mort du prince rendit M** de Bouflers à elle-même ; elle se retira à Auteuil, et se voua tout entière à sa bellefille, madame de Lauzun, qu’un hymen malheureux avait condamnée à tous les genres d’infortunes, et dont la fin fut

déplorable, Le nom de la comtesse de Bouflers se mêle à tous lesnoms célèbres ou fameux de son époque. M!!° de Lespinasse l’a peinte telle qu’elle était. M®* du Deffand ne l’a vue qu'à travers le prisme de la prévention et de la haine. Les lettres de M! de Lespinasse et la correspondance de J.-J. Rousseau font parfaitement connaitre le caractère et des principales circonstances de la vie de la comtesse de Bouflers. A son retour d’un second voyage en Angleterre, elle avait été arrêtée, et resta prisonnière à la Conciergerie. &lle n’obtint sa liberté qu'après l'événement du 9 thermidor, et mourut sous le consulat. Durex (de l'Yonne).

BOUFLERS (ManRiE-FRANÇOISE-CATRERINE DE BEAU- VAU-CRAON, marquise pe), ayant épousé le marquis de Bouflers-Remiencourt, capitaine des gardes du roi de Pologne Stanislas , joua un grand rôle à la cour de Lunéville, qu’elle charma par les grâces de son esprit et de sa figure. Elle mourut à Paris, en 1787, laissant deux tils, dont le plus jeune fut l'abbé, chevalier, marquis Stanislas de Bouflers {voyez plus loin). Voltaire avait adressé les vers suivants à M®° de Bouflers :

Vos yeux sont beaux, votre âme encor plus belle, Et, sans prétendre à rien, vous triomphez de tous. Si vous eussiez vécu du temps de Gabrielle,

Je ne sais pas ce qu’on eût dit de vous,

Mais on n'aurait point parlé d'elle,

BOUFLERS ( SranisLas, marquis, plus connu sous le titre de chevalier ne), né à Lunéville, en 1737, fut un des hommes d’esprit les plus goûtés par la brillante et frivole société du dix-huitième siècle. Il avait été élevé à la petite tour que tenait en Lorraine le roi Stanislas, cet hôte aimable des poëtes et des philosophes à la mode. Sa mère, femme remarquable par son esprit et sa beauté, était la reine de cette résidence princière, si souvent célébrée par Voltaire. Bouflers fut le protégé du roi, son parrain, qui lui assura un bénéfice de quarante mille livres en Lorraine, sa mère destinant, selon l'usage, son fils cadet à l’état ecclésiastique, C'était de tous les états celui auquel il convenait le moins : il le prouva bien en composant, dès son entrée au séminaire Saint-Sulpice, son conte d’Aline, reine de Golconde , œuvre leste, galante et voluptueuse, Cependant il n’en eût sans doute pas moins fait son chemin dans l’église, g'il ne s'était dégoûté de l’état ecclésiastique.

11 n’y tenait même déjà qu'à cause de son bénéfice, Pour le conserver en jetant le froc aux orties, il se fit chevalier de Malte, et alla guerroyer dans la Hesse, en 1761. Le voilà donc enfin dans son élément! Au milieu des gentils-hommes à la destinée desquels la sienne est liée, il se distingue par sa belle humeur, ses plaisanteries grivoises, ses orgies et ses petits vers musqués. Mais bientôt la profession des armes l'ennuie : la manie des voyages le prend, il s’en va par monts et par vaux courir la Suisse et l'Allemagne, séduisant

la brune et la blonde, comme on disait alors, et emportant de tous les lieux où il s’arrêtait des lettres d'amour de lontes les nuances et des portraits qu'il dessinait Inimême; car, pour continuer à parler le langage du temps, sl maniait le crayon aussi bien que la lyre.

En Suisse, il vit le philosophe de Genève, et descendit au retour chez le vieux Voltaire, qui le salua d'un de ces jolis compliments en vers dont il ne fut jamais avare, surtout vers la fin de ses jours. Le chevalier, en échange, grava le portrait du grand homme à l'eau forte; car il gravait encore aussi bien qu'il dessinait et qu'il chantait.

En 1771 Bouflers s’en revint à l’armée, et toujours ami du plaisir, toujours étourdi, toujours prodigue, il eut bientôt achevé de dissiper son bien. Au bout de quelques années, ses affaires étaient dans le plus piteux état. Pour essayer de sortir d’embarras, il sollicita et obtint la place de gouverneur du Sénégal. Là il s’honora par son humanité envers les esclaves, en délivra bon nombre, en défendit plus en- £ore contre la‘barbarie des traitants, forma le projet de

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