‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 321 sur 527 · BOUFLERS — BOUGAINVILLE · texte numérisé non relu

BOUFLERS — BOUGAINVILLE

voyages scientifiques dans l’intérieur de l'Afrique, et envoya au ministère des plans bien conçus, dont l’exécution eût été féconde en heureux résultats. { Cependant, son exil commence à lui peser : on le rap-

pelle en France pour l’admettre à l’Académie ; puis, lorsque sonne à l'horloge du temps la grande date de 1789, mous ne. savons qui s’avise de l’envoyer aux états généraux, où il. se montre modéré, consciencieux, ennemi de toute mesure oppressive, S’opposant à ce qu’on surveille les correspondances et faisant rendre, en 1791, un décret important, dont personne ne lui sait gré, celui qui assure par brevet aux inventeurs la propriété de leurs découvertes. Mais l'orage gronde; sa tête, comme beaucoup d’autres, est sérieusement menacée ; il passe, après le 10 août, en Prusse, où Frédéric 11 lui fait une concession de terre pour y établir une colonie d'émigrés , qui ne réussit pas. Il épouse M°° de: Sabran; en 1800 il rentre en France pour se faire réadmettre à l’Institut, qui a succédé à l’Académie. Il y prononce avec succès l'éloge du maréchal de Noailles, et réussit moins dans le panégyrique de l'abbé Barthélemy. L'ami de Voltaire était sublime lorsqu'il demandait au roi de Prusse un coin de terre pour ses compagnons d’exil. 11 est méconnaissable quand, louangeur sans frein de Napoléon, il lui demande une préfecture, et la lui demande en vain, malgré ces jolis vers écrits sur l'album de la princesse Élisa et adressés au prince Jérôme, de retour d’une croisière

Sur le front couronné de ce jeune vainqueur,

J'admire ce qu'ont fait deux ou trois ans de guerre :

Je l'avais vu partir ressemblant à sa sœur; .

Je le vois revenir ressemblant à son frère,

C’est ainsi qu’il se consolait de l’état fort humble où le laissait le pouvoir nouveau, en faisant de petits vers, qui n’excitaient plus le même enthousiasme qu’autrefois, mais qu’on écoutait encore avec plaisir, par politesse, dans quelques salons, dans ceux de M"* de Staël, entre autres, dont il était un des plus fidèles habitnés. Un jour, sous ses cheveux blancs, il voulut essayer d'être grave, et composa un gros volume sur le libre arbitre, volume que personne ne lut. 11 fit bien vite retour à ses petits vers. Il y a une foule de traits charmants dans ses poésies, auxquelles on reproche, pourtant, avec raison beaucoup trop de jeux de mots, de fleurs, de fadeurs et d’antithèses. On lui doit encore des lettres à sa mère durant son voyage en Suisse, des contes et Ze Cœur, poëme érotique, avec réponse de Voltaire. É

Bouflers termina paisiblement sa vie, à soixantc-dix-buit ans, en 1815. Un mot de lui fait son épitaphe :

Mes amis, je crois que je dors.

Sa cendre repose à côté de celle de Delille. 11 y a du vraï, malgré un peu de fiel, dans ce portrait satirique qu'on à fait de lui : « Il fut abbé libertin, militaire philosophe, diplomate chansonnier, émigré patriote et républicain courtisan, »

BOUG. Voyez Boc. ’

BOUGAIN VILLE (Louis. ANTOINE DE). Presque tou fes les nations maritimes de l’Europe pouvaient se vanter d’avoir donné naissance à des navigateurs dont les découvertes étaient utiles à la fois aux sciences, au commerce et à la civilisation de l'univers, La moitié du dix-huitième siècle était déjà écoulée que la France ne comptait encore aucun nom célèbre par ses voyages dans le Nouveau-Monde ; et cependant plusieurs aventuriers français avaient fait le tour du globe, mais aucun d'eux n'avait été guidé par le désir de servir la société tout entière. Bougainville se présenta enfin pour relever sa patrie de l’état d'infériorité où elle était à cet égard, et en 1766 il proposa de diriger une expédition scientifique à la recherche de mondes nouveaux.

IL n’était pas marin. Dans sa jeunesse il avait abandonné l'étude du droit pour se livrer aux mathématiques, qu'il

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