BOUGIE — BOUGUER
un asile sûr et commode; sa rade, gracieusement contournée | souffert dela présence des Prussiens qui l’enl occupé durant
en forme de croissant, est abritée par une chaine de hauteurs se dirigeant de l’ouest à l'est, et dont le sommet le plus élevé est couronné par le fort du Gouraya, vrai nid d’aigle, situé droit au nord de Bougie, à 671 mètres au-dessus du niveau de la mer, Cette position sur le versant de la montagne, ces maisons en brique, d’une teinte brune, ces massifs verts d’orangers, de citronniers, de grenadiers et de figuiers de Barbarie qui les entourent, rendent son site éminemment pittoresque. Successivement numide, romaine, vandale, grecque, arabe, espagnole, maure, turque, kabyle, et française, Bougie possède éparses sur le sol, et entées les unes sur les autres, des ruines qui attestent une grande importance passée, et une haute antiquité. Tous les peuples qui depuis vingt siècles l'ont tour à tour occupée,
y ont laissé des traces de leur domination ; mais sa véritable
grandeur date de la période musulmane. Marmol assure qu'au temps de sa splendeur elle contenait plus de vingt mille maisons ; ce qui suppose une population de près de 100,000 âmes. .
Le territoire qui l'entoure appartient à la tribü des Mouzaïa ;
s montagnes qui la dominent dans un rayon de 12 à 15 myriamètres sont boisées , et très-peuplées. On y compte jusqu'à trente puissantes tribus kabyles disséminées dans d’étroites vallées. Leur commerce consiste principalement en bestiaux, peaux, grains, huile, savons, sel, fruits secs, cire, étoffes de laine et de coton, fer, acier, et quincaillerie. C'est là qu'ont été fabriquées les premières chandelles de cire dites bougies.
Tombée au .cinquième siècle au pouvoir de Genséric, Bougie fut la capitale du royaume des Vandales jusqu'à la prise de Carthage. Soumise en 708 au joug de l’islamisme par Moussa-ben-Noséir, elle passa successivement sous la domination des diverses dynasties musulmanes qui possédèrent l’Afrique. En 1509 elle fut prise par la flotte que Ferdinand le Catholique envoya pour châtier les pirates maures. Charles Quint la fortifia avec soin en 1541; mais sa prospérité décrut sous la domination espagnole. Harceiée par les Kabyles du voisinage, elle tomba dans une si complète anarchie, lorsqu'elle fut devenue le théâtre quotidien de leurs combats avec les compagnies turques que le dey d’Alger y entretenait, que ses habitants l’abandonnèrent pour échapper à la ruine et à l’incendie qui ne cessaient de les désoler.
Telle était la situation de Bougie lorsque l’occupation en fut résolue et exécutée. Le 29 septembre 183% le général Trézel, parti de Toulon, entra dans Bougie après un dé-
barquement habilement opéré et plusieurs combats aussi glorieux pour notre marine que pour nos soldats. Jusqu'en 1835 les agressions incessantes des Kabyles rendirent nécessure une garnison de 4,000 hommes pour défendre la place. Ses habitants qui l'avaient d’abord désertée, soit qu'ils redoutassent les vainqueurs, soit qu’ils y fussent contraints par les Kabyles, y revinrent.
Bougie a été érigée en commune en 1854, on y compte 2,820 habitants, dont 785 français. La plupart des anciens quartiers sont un amas de ruines ; les rues sont généralement escarpées, quelques-unes même garnies d’escaliers, On y a bàli en 1858 une église à coupole sur les fondations d’une mose quée qui avait succédé à un temple païen, Dans les environs on voit les restes de l’aqueduc romain qui portait dans la ville les eaux d'Aiïn-Seur.
BOUGIVAL, joli village du département de Seine-et- Oise, situé au pied d’un coteau qui borde la Seine, et sur le chemin de fer de Paris à Versailles (rive gauche). Il y a 2,31€ habitants. On y fabrique du blanc d’Espagne, de la chaux hydraulique et de l'acier damassé. L'église, qui date du douzième siècle, a un clocher romain et une nef du style ogi-
val primitif; on y a inhumé Rennequin Sualem, l'inventeur de la machine de Marly. Ce charmant village a beaucoup
le siége de Paris.
BOUGON ( CuaRLes-JACQUES-JULIEN) acquit une certaine réputation comme premier chirurgien ordinaire de Charles X. Né dans le département de FOrne, vers 1772, il se fit recevoir docteur en chirurgie à l’École de Paris ; après quor il pratiqua son art à Alençon, jusqu’à la chute de l'Empire. Ayant eu accès près des Bourbons dès 1814, et surtout auprès du duc de Berry, il accompagna ce prince à Gand en mars 1815, et revint avec lui, 11 est donc tout naturel que Bougon se soit trouvé au chevet du prince, le 13 fcvrier 1820, après l'attentat de Lou vel. Dupuytren ensuite, dans l'appréhension qu'un épanchement sanguin ne vint à étouffer le blessé, ayant parlé d'appliquer sur la plaie une ventouse aspirante, pourquoi reprocher à Bougon d’avoir aussitôt approché sans délibération ses lèvres d’une plaie mortelle qui pouvait être empoisonnée? Je vois là un mouvement louable el un dévouement chevaleresque bien plutôt qu’une action reprochable. La même année, le 20 décembre, le roi Louis XVIII, instituant l’Académie de Médecine, joint aux noms célèbres des A. Dubois, des Boyer, des Larrey, des Dupuytren, des Yvan; à ceux de Roux, Richerand, Marjolin et Béclard le nom de Bougon, « premier chirurgien ordinaire, » dit l'ordonnance royale, « de notre bien aimé frère Monsieur. » Que trouver là d’extraordinaire? L’extraordinaire eut été, de la part du roi; de ne pas nommer de l’Académie nouvelle le premier chirurgien de son frère, Enfin, par suite de quelques méchantes épigrammes que le baron Desgenettes sème dans un imprudent discours de rentrée, l’École est dissoute; neuf professeurs, illustres pour la plupart, sont révoqués, d’autres les remplacent du choix de M. Frayssinous, et Bougon a le malheur très-grand d’être nommé en remplacement d'Antoine Dubois.
Assurément, si l’évêque d’Hermopolis eût participé aux communes sollicitudes des familles, il se serait bien gardé de réduire à l’inaction un chirurgien dont la savante clinique servait de recours suprême dans les accouchements difficiles. Mais enfin comme ce n’était pas Bougon qui avait provoqué cette révocation, pourquoi n’aurait-il pas accepté la place vacante de Dubois, alors que Laënnec ne mettait aucun scrupule à accepter celle de Leroux et M. Orfila celle de Vauquelin? N’écoutons donc pas cette philosophie fardée qui exige tout du pauvre et très-peu du riche. Au reste, quand fut venu 1830, Dubois put reprendre très-légitimement sa place, que Bougon laissa libre pour suivre d’illusires amis exilés auxquels il dévouait sa vie. Il assista le roi déchu à ses derniers moments, et plus tard, lorsque le duc de Bordeaux se fractura la cuisse, il apporta à ce prince son tribut de soins et de dévouement. Remarquons d’ailleurs qu’on a beaucoup exagéré la nullité de Bougon, afin de complaire à des passions. Ce chirurgien si détestable a eu d’assez longues années pour élève ou pour aide de clinique M. le docteur Velpeau, et l’on ne voit pas que cela ait notablement faussé la main et le diagnostic de ce dernier. Mais voici le péché irrémissible de Bougon : le malheureux n’a jamais rien écrit! Voyez, en effet, combien de nos jours c’est un mérite devenu rare en Europe, que de noircir sans idées quelques rames de mauvais papier!
11 paraîtrait d’ailleurs avéré que Bougon aurait laissé manuscrit un grand traité d'anatomie, accompagné de planches fort belles. Bougon est mort dans l'exil, à Venise, au mois d'avril 1851. Isidore Bourpon.
BOUGRAN (autrefois bougueran), espèce de grosse toile de chanvre gommée et calandrée, dont on s’est longtemps servi pour doubler les habits et conserver leur forme.
BOUGRANE ou BOUGRAINE. Voyez BuGRAINE.
* BOUGUER (PrerrE), géomètre et astronome dis tingué, naquit au Croisic, en Basse-Bretagne, le 16 février 1698, et fit ses premières études dans les sciences exactes sous la direction de son père, Jean Boucuer , pro-
fesseur d'hydrographie, dont nous possédons un Traité de Navigation.
En 1727 Bouguer obtint un premier succès : son Mémoire sur ia Mâture des Vaisseaux remporta le prix proposé par l’Académie des Sciences. Ses deux mémoires intitulés : Méthode d'observer sur mer la hauteur des astres et Manière d'observer en mer la déclinaison de La boussole lui méritèrent encore cette flatteuse distinction, le premier en 1729, le second en 1731. En même temps il dut à la publication de son Traité d'Optique ( Paris, 1729) le titre de pensionnaire de l’Académie, et lorsqu’en 1735 le gouvernement français, dans le but de déterminer exactement la figure de la terre, ordonna deux expéditions scientifiques , l’une au pôle, l’autre à l'équateur, Bouguer fut envoyé au Pérou avec Godin et La Condamine, tandis que Maupertuis, Clairaut, Camus et Lemonnier allèrent en Laponie.
L'expédition du Pérou eut à lutter contre de grandes difficultés, et ne revint en France qu’au bout de sept ans. De retour dans sa patrie, Bouguer fit d’abord paraître sa Relation du Voyage au Pérou dans les Mémoires de l’Académie des Sciences de l’année 1744; puis il résuma les résultats de ses opérations dans une Théorie de La Figure de la Terre. Ce dernier ouvrage eut un immense retentissement, et son auteur fut successivement nommé membre de l’Académie des Sciences de Paris, de la Société Royale de Londres ct des plus illustres sociétés savantes de l'Europe.
Bouguer s'était déjà livré à d’intéressantes recherches sur l'intensité de la lumière ; il leur donna une grande extension dans son Traité d’Optiquesur la gradation de la lumière, publié après sa mort par La Caille, et il devint ainsi le fondateur de la photométrie, science jusque alors inconnue, En 1758 il inventa l’héliomètre, instrument précieux pour l'astronomie. Enfin, il enrichit la science par ses recherches sur la dilatation des métaux, sur la densité de l'air à différentes hauteurs , sur les réfractions atmosphériques, et par d'excellentes observations sur la longueur du pendule simple à différentes latitudes. C’est lui aussi qui le premier constata la déviation que l'attraction des montagnes fait éprouver au pendule.
Bouguer publia encore plusieurs ouvrages relatifs aux manœuvres et aux constructions navales, ainsi qu’un Traité de Navigation, qui parut en 1753. Il préparait de nouveaux travaux, quand la mort vint le surprendre, le 15 août 1758,